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Jeux Olympiques de golf 2021 à Tokyo : Perez "out" relance le débat

Jeudi 24 juin, le numéro un actuel du golf professionnel français, Victor Perez habituellement engagé sur le PGA Tour, 37eme mondial annonce son intention de renoncer aux Jeux Olympiques qui doivent se tenir du 29 juillet au 1er aout prochain. Automatiquement, cette décision qualifie Romain Langasque aux côtés d’Antoine Rozner pour représenter la France, et tenter de ramener une médaille. Dans les heures qui ont suivi cette annonce, un vif débat a animé les réseaux sociaux entre soutien et incompréhension autour de cette décision, admise comme difficile par le joueur lui-même. Après l’épisode de Rio, nombreux sont encore les golfeurs professionnels à se retirer des futurs JO de Tokyo, Adam Scott, Dustin Johnson parmi les plus connus…Zika, Covid-19, au-delà des sujets sanitaires, golf professionnel et olympisme semblent avoir du mal à se réconcilier.

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Twitter se réchauffe en ce mois de juin pourtant pluvieux.

Parmi les commentaires publiés sur le réseau social faisant suite à l’annonce de Perez, Kiko Vigneron écrit « Un rêve de gosse que de participer au JO... à part un majeur, ça devrait passer devant tout autre tournoi... à moins que le prize money ne soit pas suffisant »

Parmi les différentes réactions, cette déclaration pose en fait le sujet : Quelle est la place des Jeux Olympiques dans le cœur des golfeurs professionnels ?

Ne perdons pas de vue que le golf a fait seulement son retour aux Jeux Olympiques de Rio en 2016, après plusieurs décennies d’absences, de sorte que plusieurs générations de golfeurs de haut niveau ne se sont pas construits autour de cet objectif. Cela me remémore une déclaration de Rory McIlroy à ce sujet, et peu avant les jeux brésiliens.

En revanche, en France, les Jeux Olympiques continuent de transcender les fans de sports.

A titre d’exemple, en décembre 2020, 84% des Français se déclaraient favorables à la tenue des JO à Paris.

En 2012, à l’occasion des Jeux de Londres, l’institut Ipsos avait mesuré que dix jours avant le début du tournoi olympique, deux français sur trois déclaraient se préparer à suivre l’événement à la télévision.

Au-delà du golf, la France aime les Jeux.

Dans l’esprit du grand public, les Jeux Olympiques d’Eté comptent parmi les événements sportifs majeurs : avec 43% d’avis exprimés, les JO d’Eté sont en tête du palmarès des grands événements sportifs, devant la Coupe du Monde de football, puis l’Euro de football et Roland Garros ex aequo.

Le fait qu’un golfeur professionnel français décline sa participation a donc de grandes chances d’être mal perçu, alors qu’instinctivement le grand public accorde plus d’intérêt aux JO par rapport au Golf Professionnel, relativement peu suivi en France.

Citons par exemple JPFO qui déclare toujours sur Twitter « Non moi pas comprendre... Refuser de porter les couleurs de son pays dans le plus grand événement sportif… » ou encore NIKKKO « Ne pas représenter son pays. Je ne comprends pas mais je ne suis pas à votre place...Le train ne repassera sûrement pas en 2024, et cela serait logique. »

Enfin, delecroixl ajoute sa pierre à l’édifice « Pas top ça.  On attend de nos champions un peu plus de fierté de représenter notre pays ! »

Pour autant, la décision de Victor Perez est-elle vraiment dénuée de logique sportive ?

Depuis le retour des Jeux au calendrier du golf professionnel, et encore, seulement tous les quatre ans, les organisateurs des circuits professionnels, PGA et European Tour, ont eu bien du mal à trouver le calendrier idéal. En ont-ils la volonté ?

Depuis quelques saisons, les Américains ont revu le calendrier du PGA Tour pour considérablement raccourcir la saison, et notamment un dernier tournoi, le Tour Championship, qui s’achève tout début septembre.

La raison, bien entendu mercantile, est tout à fait objective : Les Américains basculent en fin d’année sur d’autres sports, comme le Football américain. Le golf reçoit beaucoup moins d’attention, surtout les quatre majeurs passés.

Le PGA Tour a historiquement du mal à tenir l’attention du public sur toute une année calendaire.

Pour préserver les audiences TV, et renforcer l’attractivité du circuit de golf professionnel, la saison du PGA Tour se contracte donc de janvier à août, de sorte que la période estivale est en fait la dernière ligne droite pour participer aux derniers tournois de la Fedex Cup, sorte de play-off, justement inventé pour maintenir un semblant d’intérêt, après la fin de la saison des majeurs.

De son côté, les Jeux n’ont jamais réellement composé avec les autres événements sportifs, en particulier les grands sports professionnels comme le football, le tennis ou le golf, s’imposant en juillet-août tous les quatre ans. Les jeux se placent d’eux-mêmes au-dessus de tout, confortés par l’opinion favorable du grand public.

S’agissant par exemple du tennis, quand on s’intéresse au calendrier de l’ATP Tour, qui régit le haut niveau professionnel, les jeux s’intègrent finalement assez facilement, car la saison se déroule de janvier à novembre.

Du 24 juillet au 1 aout, sur une semaine, du classique pour un tournoi de tennis or majeur, l’ATP Tour n’est pas nécessairement au cœur d’un temps fort.

Certes, l’US Open se profile en septembre, et les meilleurs joueurs du monde s’apprêtent à disputer la tournée américaine préparatoire au dernier majeur de la saison, en août.

A la différence du golf, les Jeux peuvent exister sans trop bouleverser le calendrier des meilleurs joueurs du monde, Djokovic, Federer ou Nadal…

Sur le PGA Tour, au contraire, les Jeux ne peuvent pas se tenir à un plus mauvais moment, sans même parler du fait qu'il faut se déplacer des Etats-Unis vers le Japon, qu'il faut aussi prendre en compte les restrictions sanitaires imposées aux champions...

Quelques jours après le dernier majeur britannique, il ne reste en fait plus que quatre tournois avant la finale de la Fedex Cup.

C’est plus qu’une dernière ligne droite avec le niveau de pression qui l’accompagne pour les 50/60 meilleurs joueurs du PGA Tour.

Pour mémoire, à l’occasion du Tour Championship, seuls les trente meilleurs sont invités à disputer le dernier grand rendez-vous de l’année. Se retrouver à Atlanta, la dernière semaine, c'est le but ultime.

Cependant, si Perez décline, ce n’est peut-être pas seulement à cause du calendrier, mais aussi à cause d’une autre réalité très révélatrice du niveau actuel du golf mondial, et concernant au moins les 100 meilleurs golfeurs, si ce n'est pas plus...

Prenons encore l’exemple du tennis, si le trentième mondial actuel, le suisse Stanislas Wawrinka décide de faire l’impasse sur un tournoi du circuit professionnel pour préparer convenablement les jeux, en réalité, d’un point de vue personnel, il prend un moins gros risque que Victor Perez dans la même situation dans un sport comme le golf, où en vérité, il y a plus de cent joueurs pour trente places au plus haut niveau du classement mondial !

Pour être plus explicite encore, le niveau de jeu actuel du golf mondial n’est pas supérieur au tennis, en revanche, la densité de golfeurs capable de jouer les premiers rôles est nettement plus concentrée.

 

Autrement dit, si Victor Perez part à la chasse, il risque fort de perdre sa place…

En seulement quelques semaines, et quelques tournois, le classement mondial du golf peut beaucoup bouger, et c’est particulièrement une préoccupation pour les 50 premiers mondiaux, qui bénéficient en fait d’avantages sportifs considérables : Convocation automatique aux Majeurs, et aux championnats du monde.

Perez a donc pris une décision difficile pour préserver ses intérêts sportifs sur le circuit professionnel où il doit effectivement penser à défendre sa place dans le top-50 mondial, d’autant qu’un autre élément conjoncturel vient cette fois peser dans sa décision : Une méforme de résultats en cours.

Le français vient de manquer consécutivement quatre cuts dont trois majeurs, et pour l’instant, sans conséquence à court terme sur son classement mondial.

Entre le Masters et l’US Open, Perez n’a reculé que de quatre places à l'orde du mérite… toutefois, il prend le risque dans les prochaines semaines de se faire dépasser par des golfeurs classés après lui, et qui vont remporter des victoires sur le PGA Tour, mais aussi sur les autres circuits comme l’European Tour.

Autre complexité du golf mondial, à la différence du tennis, les golfeurs ne sont pas en compétition avec seulement des joueurs du PGA Tour, mais aussi, avec tous les autres circuits comme l’European Tour, mais aussi le Japan Tour ou le Sunshine Tour.

Bref, Perez est tout de même en danger sur son classement, d’autant qu’il semble se consacrer exclusivement au circuit nord-américain, et où ses chances de victoires sont plus limitées, compte tenu de la qualité plus élevée du champ de joueurs engagés.

En 2021, il a tout de même réussi à obtenir des bons résultats, comme une neuvième place au Player’s Championship et une demi-finale aux championnats du monde de Match-Play, deux bonnes performances qui ont justement contribué à son classement actuel.

En réalité, quand le français parle d’incompatibilité entre ses objectifs personnels, et sa participation aux JO, il prend tout cela en compte, et surtout le fait d’être en bagarre pour participer à la finale de la saison, le Tour Championship qui n’invite que les trente meilleurs.

A la 37eme place, Perez n’est tout simplement pas assuré d’être de la partie, et va donc tout tenter sur les derniers tournois où il pourra encore se présenter.

Si Perez avait été plus loin au classement, paradoxalement, peut-être aurait-il considéré sa participation aux Jeux autrement, plus détaché par rapport à la finale du PGA Tour, ou à l’inverse, dans le top-10 mondial, il aurait aussi plus facilement assuré sa participation aux Jeux.

Au-delà de sa position, le débat sur l’implication des golfeurs professionnels par rapport aux Jeux ne tient pas assez compte des spécificités du golf professionnel actuel.

Clairement, le calendrier des jeux ne colle pas avec le calendrier golfique, et surtout, la concentration de talents, et la pression qui l’accompagne permet difficilement aux joueurs de se concentrer sur les Jeux.

Si les Jeux donnaient des points à la Fedex Cup, dans ce cas, la donne pourrait être différente, mais ce n’est pas non plus l’objet des jeux.

Du coup, il convient donc de se demander si pour préserver le golf aux Jeux, il ne faudrait pas se tourner vers une autre solution : Ouvrir les jeux au golf amateur, et non pas professionnel !

Pourquoi ne pas magnifier à l’occasion des jeux les meilleurs golfeurs amateurs du monde ? Le niveau de jeu serait très élevé, et une victoire aux Jeux pourrait servir de tremplin à un futur héros du jeu.

Certes, tous les professionnels ne réagissent pas comme Adam Scott, Dustin Johnson ou Victor Perez, par exemple, McIlroy, Rahm ou Thomas ont confirmé leur participation pour tenter de succéder à Justin Rose au palmarès Olympique.

Pour autant, en l’état actuel des faits exposés ici, tous les quatre ans, nous assisterons quasiment toujours à ce débat, et donc ces incompréhensions potentielles sur la défection de tel ou tel joueur, et compte tenu de ses circonstances.

Que n’a-t-on pas dit de Rickie Fowler ces dernières semaines alors qu’il n’était pas qualifié pour jouer le Masters à Augusta ! Je redis que le niveau de jeu actuel au plus haut niveau est tellement élevé qu’un golfeur peut être « In » en quelques semaines ou surtout « out » dans le même laps de temps.

Sur la page twitter suivant sa publication trop courte, et pas assez explicite, Perez s’est effectivement exposé à de l’incompréhension.

Par exemple, Koubol69 déclare « Deux bons tournois puis cinq semaines de break, puis oh pas de rythme, j’ai peut-être trop breaké, puis oh je joue bien mais je ne score pas, puis oh bah non pas les JO, ça fait trop… Le sport individuel français dans toute sa splendeur… wake up & work »

Ajoutons encore le commentaire de DR Spin « Deux semaines au golf, deux mois au repos. Comment survivre à un emploi du temps aussi infernal ? »

La communication d’un sportif de haut niveau devrait être gérée comme la communication de crise d’une grande entreprise, entre bons et mauvais résultats.

Perez fait sans doute preuve d’un peu de jeunesse dans sa manière de commenter ses résultats et son emploi du temps, et ouvre la porte, malgré lui, à des critiques, sans doute sévères, mais qui disent quelque chose qu’il faut entendre.

Depuis très longtemps, les golfeurs professionnels français se murent dans une forme de mutisme, au moment d’expliquer la réalité des temps forts, et des temps faibles d’une carrière.

Cela pourrait être aussi le rôle de la FFGOLF de venir les soutenir dans cette communication pour expliquer ces réalités du golf mondial, et la difficile intégration des Jeux. Non, au contraire, c’est un silence assourdissant sur un sujet qui pourrait être un véritable débat intéressant.

Amateurisme ?

Le cas présent, c’est finalement Mike Lorenzo-Vera qui monte au créneau pour défendre son compatriote « Incroyable les gens qui jugent la décision de Victor Perez pour les JO. Mais qui êtes-vous ? C’est sa carrière ! Il ne vous appartient pas !  Vous êtes des poisons ! »

Il emploie un terme très juste « Il ne nous appartient pas » et encore plus dans un sport individuel. J'ai d'ailleurs toujours mal compris la notion de supporter quand on dit « On a gagné » à propos du joueur ou de l'équipe que l'on supporte. Non, il ou elle a gagné, et cela me fait plaisir...mais objectivement, le fait de supporter ne peut pas nous permettre de nous approprier la victoire d'un tel ou d'un tel.

Cela étant, sans supporter, pas de média, pas de sponsor, et donc pas de rémunération pour faire du sport... Lorenzo-Vera pointe en réalité une ligne de crète du sport professionnel, et du golf en particulier...Qui appartient à qui ?

Loin d'éteindre le débat, au contraire, le joueur tricolore l'a alimenté, Dia, un abonné twitter lui a répondu « Incroyable les golfeurs pros qui n’acceptent aucun avis, aucune critique. Faut changer de travail et rentrer dans l’anonymat… »

Là, encore, il y a aussi une part de vérité...

Le natif de Bayonne plus communiquant que l’émetteur du communiqué, Victor Perez, répond à nouveau avec sa verve bien connue « Donc en gros, je ne peux pas non plus dire ce que je pense des gens qui allument Victor. Vous êtes mal tombé les gars... N’oubliez pas de lui lustrer le bout quand il marquera les points en Ryder »

Si ce n’est que le golf est un sport censé défendre une étiquette de comportement, ce que Mike Lorenzo-Vera a tendance à oublier, que cette passe d’armes entre quelques internautes, et le pro français, et donc d’une portée toute relative, qu'il y a même un côté rigolo dans les propos du basque, ne doit pas nous éloigner du véritable débat : La mauvaise communication de tous les acteurs concernés, et pas seulement les joueurs sur ce qui est en jeu.

Je reformule une proposition que j’ai d’ailleurs pu lire sur ce même réseau social : Faisons jouer les meilleurs amateurs, comme c’est le cas dans d’autres sports, comme la boxe.

Au-delà d’enterrer définitivement la question de la difficile cohabitation du golf professionnel avec les Jeux, sûr que nous nous passionnerons encore plus pour le destin de ses jeunes amateurs en lutte pour une médaille d’or.

Dommage enfin que le débat tourne au pugilat sur les réseaux sociaux, cela étant Mike Lorenzo-Vera aurait pu choisir une forme de communication moins cinglante, soit pour simplement soutenir son collègue, soit pour au contraire, expliquer les enjeux qu’affrontent Perez.

D'autant que par le passé, il a déjà souffert d'être lui-même agressé sur ces réseaux, et quelque part, c'est incompréhensible de le voir s'impliquer à nouveau, et risquer des potentiels conflits finalement stériles.

Ce serait plus à Victor Perez d’intervenir, et de faire ce travail d’information sur ses choix sportifs.

Il aurait pu, avec une communication plus aboutie, couper court au débat, et s’éviter des commentaires peu agréables, qui peuvent à un moment ou à un autre, polluer la confiance d’un athlète de haut niveau.

D’ailleurs, de ce point de vue, communiquer soi-même sur les réseaux sociaux, est-ce vraiment une bonne idée ? Le temps passé sur ces réseaux, c’est au moins du temps qui n’est pas consacré à l’essentiel : L’entraînement ou la compétition.

D’autant plus que finalement, cette forme de communication n’est pas considérée comme une information par les suiveurs, et fans.

De ce point de vue, à vouloir couper la case interview avec un média, dont c’est la mission que de permettre l’explications sur des faits marquants, les joueurs se prennent directement le boomerang en retour…Tweeter, ce n’est pas communiquer, ce n’est pas informer. C’est tweeter.

Ces gazouillis me confortent dans ce que je pense depuis plus de dix ans.

Il y a un fossé entre les golfeurs professionnels français et leur public.

Ce fossé engendre ces réactions de frustrations exprimées de part et d’autre, au-delà un grand désintérêt de la majorité, et par conséquent, des opportunités manquées, et par exemple en sponsoring.

A méditer…

Crédit photo : David Buono/Icon Sportswire et Jason Heidrich/Icon Sportswire / Keith Gillett/Icon Sportswire

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Commentaires   

ccs.ric@gmail.com
0 #1 Et les golfeuses pro ?ccs.ric@gmail.com 28-06-2021 18:50
Les golfeurs devraient prendre exemple sur les filles concernant les JO ...

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