Posté par le dans European Golf Tour

Changer de clubs de golf : Pas toujours une bonne idée ?

 

Et revoilà Victor Dubuisson au sommet de l’affiche sur le parcours du Royal Greens Golf et Country Club, au nord de la Mecque, et sur les bords de la mer Rouge, en Arabie Saoudite. Se confiant au journaliste de L’Equipe, Martin Coulomb, il a expliqué être revenu récemment à son ancienne série de clubs, pour retrouver son jeu, et ses sensations. Visiblement, cela a marché, il a posté trois cartes de 69,65 et 65 pour se retrouver au sommet du leaderboard, à la lutte avec Graeme McDowell, le futur vainqueur.

Découvrez nos formules d'abonnements

Un Victor peut en cacher un autre sur le retour au Saoudi Arabian Open

Malgré un double et un bogey sur les trois premiers trous de son premier tour, Victor Dubuisson a réussi une excellente semaine en Arabie Saoudite, terminant à la sixième place finale, devant Victor Perez, qui malgré deux très bonnes premières cartes a reculé au classement (38eme).

Pendant au moins trois tours, Dubuisson a effectivement retrouvé un très haut niveau de jeu, alternant les journées entre 78 et 90% de greens pris en régulations.

Sur le dernier tour, le Cannois de 29 ans, héros de la Ryder Cup 2014, n’a pas mis en place son meilleur jeu, pour dominer le futur vainqueur, Graeme McDowell.

Pour autant, ses statistiques traduisent une évolution positive de son jeu en 2020, et par rapport une saison précédente plutôt décevante, terminée au 111eme rang de la Race to Dubaï.

Ses performances sur le parcours s’améliorent au drive, et en particulier dans le domaine des fers.

Quelques mois plus tôt…

Après un an sans jouer, en re-signant avec TaylorMade, Dubuisson a revu Adrian Rietveld, responsable du Tour pour TaylorMade.

A cette occasion, il a changé de série, abandonnant les lames P730, pour mettre en jeu les P760 jusqu’à ce début de saison 2020.

Comme souvent dans pareille situation, la marque a justifié ce choix en expliquant que Dubuisson avait gagné 2 à 3 mp/h de vitesse de balle avec la plupart des clubs de son nouveau sac.

Le joueur cherchait initialement à améliorer son sac, pour obtenir de meilleurs résultats, et pourtant, plusieurs mois après, il déclare avoir fait machine arrière.

Dans son très court interview, Dubuisson explique que son coach, Benoit Ducoulombier constatant que sa technique était inchangée, tapait malgré cela des coups horribles, et selon ses mots.

Au moment de changer la première fois, il avait pourtant vérifier les caractéristiques de lancements, sans perdre en distance, et en contrôle, le croyait-il tout du moins.

Sur les longs fers, il obtenait plus de distance au carry.

Du 3 au 9, il était donc passé des P730 au P760 sur des manches aciers Project X LZ 6.5 inchangés.

Ci-dessus, les caractéristiques du P730, qui illustrent une lame des plus classiques avec des lofts ouverts (fer 7 à 35 degrés), très peu d’offsets, et un équilibrage en D3 avant autres changements (longueur du manche, grip…)

Ci-dessus, les caractéristiques de la série P760 pour laquelle Victor Dubuisson a opté.

Il ne s’agit pas d’un simple changement de série !

Les lofts sont plus fermés, l’offset plus prononcé, et la longueur des manches plus importante, sauf changement et adaptation spécifique pour Victor.

L’équilibrage est aussi différent (D2).

Avec un loft de 33 degrés, rien d’étonnant à ce que le pro français est constaté un gain de 2/3 mph de vitesse de balle sur son fer 7, comme la plupart des autres fers de sa série.

Cependant, il serait bien étonnant qu’il n’ait pas constaté des changements de trajectoires (angle de lancement et angle d’atterrissage).

En revanche, s’agissant du spin donné à la balle, bien qu’en théorie, là encore, il aurait dû constater une différence, elle n’était peut-être pas assez significative, et la source principal du problème finalement rencontré par le joueur.

Pensant gagner en distance avec ses fers, il a lâché du contrôle, et malgré les déclarations de Rietveld, que je ne peux pas croire, selon ma propre expérience du Trackman, qui sert justement à tout contrôler.

Les deux séries sont trop différentes pour qu’il n’y ait pas effectivement un gain de distance, plus de roule, moins de contrôle de profondeur, et même pour un professionnel.

Certes, entre les deux séries, les écarts peuvent être infimes quand vous regardez l’offset ou les lofts, mais peut-être suffisants pour altérer les sensations du joueur (swing weight différents).

Pour un amateur, plus de roule peut signifier un gain de distance appréciable, alors que pour un pro, plus de roule, signifie surtout moins de pouvoir stoppant, pour arrêter la balle près des drapeaux.

Les caractéristiques des deux séries ne suffisent pas expliquer pourquoi en revenant aux P730, Dubuisson prend plus de greens en régulations.

A la rigueur, cela pourrait expliquer une meilleure capacité à approcher les drapeaux sur les greens.

Prendre plus de greens en régulations signifie plutôt que le joueur gère mieux son jeu du tee au green, prend de meilleures décisions, prend mieux en compte les conditions climatiques, et tapent de meilleurs coups, y compris au drive.

En revenant à la série P730, Dubuisson a surtout retrouvé une série qui lui donnait plus de confiance, car finalement, il s’agit surtout de confiance.

D'autres exemples...

Dubuisson n’est pas le seul golfeur professionnel à avoir connu des difficultés au moment d’un changement de série, d’autant que dans le cas du français, un simple retour en arrière l’a aidé à retrouver la confiance dont il avait besoin.

En 2013, Rory McIlroy numéro un mondial change d’équipementier, quitte Titleist pour Nike, et opte donc pour des nouveaux clubs.

A la différence de Dubuisson, il ne change pas de type de clubs, et restent sur des lames de même type, pourtant ce changement va lui coûter un précieux temps d’adaptation, et beaucoup de frustrations.

Il recule du rang de numéro un mondial au sixième rang. Il lui faudra une saison complète pour finir par retrouver la plénitude de son jeu.

Dans son cas, il n’avait pas changé que la série de fers, mais tous les clubs, y compris les bois, et la balle, peut-être d’ailleurs l’élément le plus important.

Son sac était préalablement composé de la Pro V1 X, des fers Titleist MB du 3 au 9 montés sur des True Temper Project X 7.0.

Un an plus tard, il jouait la Nike RZN Black avec des fers Nike VR Pro blades du 4 au 9 montés sur des Project X 7.0.

Il a conservé les mêmes manches, et sans doute coupés à la même longueur.

Cependant, le seul changement de la tête a peut-être suffi à altérer ses sensations pendant un temps.

Quelques années plus tard, au moment de changer à nouveau de Nike vers TaylorMade, avec de l’expérience en plus, il n’a pas connu une telle phase d’adaptation.

Autant, trop souvent, nous les amateurs pensons trouver dans un changement de matériel un gain de performance, autant quand un golfeur professionnel a trouvé la configuration idéale pour son sac, il ne devrait plus changer, sans risquer de détériorer son jeu, ce qui a visiblement concerné Dubuisson.

Parfois, en voulant faire mieux, on fait moins bien.

Pour un driver, il existe de multiples possibilités d’ajustements, ce qui peut rendre assez compliqué le fait de trouver le meilleur set-up (tête, manche, et grip).

Pour une série de fers, entre deux têtes équivalentes, et par exemple des lames MB, l’écart ne devrait pas être spectaculaire.

Tout est dans le « ne devrait pas être ».

Les cordonniers ne sont pas toujours les mieux informés

Pour un golfeur professionnel, on pourrait penser qu’il aurait développé de telles qualités de toucher qu’il pourrait jouer justement avec n’importe quel club, et au contraire, savoir percevoir les moindres changements.

En fin de compte, pour avoir échanger à ce sujet avec des professionnels français dont Sébastien Gros, Julien Quesne et Raphael Jacquelin, j’ai fait quelques constats qui m’ont particulièrement surpris.

D’abord, golfeur professionnel ne signifie pas nécessairement être fan de matériel de golf, et développer une appétence pour la mise au point.

Un golfeur professionnel se concentre surtout sur sa technique, développer de la confiance, et surtout bien jouer sur le parcours, en prenant de bonnes décisions. Le matériel n’est pas forcément sa première obsession.

Dans leurs carrières, ils signent relativement très tôt avec un équipementier, de sorte qu’ils n’expérimentent pas tant de clubs de golf que l’on pourrait croire.

En corrélation avec le premier point, ils ne jaugent pas nécessairement toutes les subtilités de tous les clubs.

Quand ils ont trouvé chez une marque, un club qui leur correspond, ils hésitent fortement à changer, et à faire des comparaisons.

Autre vérité, en cours de saison, ils n’ont pas le temps de faire des expérimentations, et ne veulent pas en faire. 

N’oublions pas qu’ils jouent pour marquer des points, passer des cuts, et gagner de l’argent. Ils évitent toutes formes de distractions.

Ils sont à la recherche de confiance, pas de doutes.

Toujours au cours de discussions à bâtons rompus, j’ai pu constater qu’ils n’étaient pas les plus informés sur les caractéristiques des balles ou des clubs.

Encore une fois, leurs préoccupations est de jouer au golf, pas de se transformer en metteur au point. C’est une très importante distinction de mon point de vue.

Il existe des cas où au contraire, les professionnels sortent la tête de l’eau sur ce sujet, et remettent en cause leur contrats de parrainages, pour ne plus jouer des clubs imposés, mais des clubs plus adaptés.

Le français Mike Lorenzo-Vera a assumé ce choix, et au moins pendant quelques saisons.

Peut-être plus sensibilisé à cette question des « pinceaux » comme il aime les appeler, il avait argué qu’à son niveau, les gains en tournois étaient plus importants que les gains via le sponsor club, et que pour cette condition, il préférait jouer exactement ce qui lui donnait le plus de performance.

En Formule 1, les pilotes ne peuvent plus seulement piloter. Ils doivent impérativement être d’excellents metteurs au point.

En golf, les professionnels se concentrent sur le jeu, et ont tendance à ne pas creuser la question du matériel, considérant que finalement, et après tout, il s’agit tout simplement de clubs de golf.

Ils sont peut-être tous les mêmes. Ils écoutent beaucoup le discours des marques, et au point, de leur faire aveuglément confiance.

Chaque année, un nouveau driver, et des professionnels qui changent, pour alimenter le marketing de la marque, qui vante justement la rapidité de changement auprès des amateurs.

A force de tester des clubs de golf, c’est finalement une des choses que je comprends le moins, au sujet de gens qui jouent pour gagner leur vie.

Quand vous avez un bon set-up de driver, pourquoi changer ?

Au prétexte d’un gain de performance par rapport au modèle de l’an passé ? Il n’existe pas !

La seule chose qui devrait justifier un changement de matériel, c’est dans le cas d’un club qui ne donne pas assez de confiance, pas assez de distance, et pas assez de précision…

En gros, en admettant que le pro connaisse le shaft et le grip idéal, pourquoi changer la tête si elle fonctionne déjà ?

Pour ma part, et de mon expérience, c’est surtout prendre le risque de faire moins bien, car l’équilibre est parfois très précaire.

Sans pouvoir l’affirmer avec certitude, Dubuisson n’était sans doute pas assez au fait de toutes les subtilités, et a trop écouté les sirènes du fitter de TaylorMade, sur un gain de 2 à 3 mph de vitesse de balle, et avec ses fers.

Il n’a peut-être pas su évaluer les contreparties obligatoires entre le fait de passer d’une MB à une CB (P730 à P760).

A son niveau, cela lui a coûté plus d’argent (il a gagné plus de 9 millions de dollars en carrière) que ce que son contrat TaylorMade lui apporte.

Pour la marque, la tentation était tellement grande de communiquer sur le gain de vitesse de balle, pour non pas influencer le joueur, mais vous, les consommateurs.

Les pros ne devraient pas toujours écouter tout ce que l’on dit, et devraient savoir interpréter tous les chiffres d’un Trackman, et pas seulement quelques-uns.

Les amateurs ne devraient pas être influencés dans leur choix de clubs par ce que font les pros.

En définitive, personne ne devrait choisir ses clubs au hasard ou sans avoir un projet de jeu clairement défini.

Changer de clubs, ce n’est pas toujours une bonne idée.

Crédit Photos : Getty Images et Icon Sportswire

Sources clubs : TaylorMade Golf

  • Taille du texte: Agrandir Réduire
  • Lectures : 1314
  • 0 commentaires
  • Imprimer
Modifié le
Twitter
Facebook
G+
In
pinterest

Restez informé

Recevez notre newsletter
Participez à un tournoi de golf amateur à Lisbonne...
La précision au drive redeviendrait-elle plus impo...

Auteur

 

Vous ne pouvez pas poster de commentaires si vous n'êtes pas membre du site.