Comment Bryson DeChambeau génère beaucoup de vitesse de swing au drive ?

Il y a un an Bryson DeChambeau défrayait la chronique avec une modification aussi soudaine que spectaculaire de son corps, et dans le but affiché de développer une vitesse de swing accrue. Sa prise de masse a largement été commentée, de même que sa vitesse de swing au drive dépassant les 130 mph (209 km/h), avec une pointe à 138 mph (222 km/h). La transformation physique du joueur a eu tendance à passer au second plan quelques éléments techniques néanmoins intéressants, et par exemple, l’action spécifique de ses poignets. Reinhold Pirags et le staff d’HackMotion se sont livrés à une analyse détaillée qui permet d’approfondir les mécanismes menant à la création de vitesse…Qu'en retenir pour un amateur qui voudrait améliorer la vitesse ou le contrôle de ses drives ?

Découvrez nos formules d'abonnements

Oui, Bryson DeChambeau, favori du derniers Masters à Augusta ne l’a pas emporté, et ne gagne d’ailleurs pas chaque tournoi sur lequel il s’engage.

Il est bel et bien devenu le plus long frappeur sur le PGA Tour, et avec un écart relativement conséquent par rapport aux autres compétiteurs, cependant, cet avantage indéniable ne lui suffit pas encore pour écraser toute forme de concurrence.

Toutefois, il faut reconnaître qu’il est tout de même parvenu à franchir une grosse étape en 2020, celle le menant au statut de vainqueur en majeur.

A l’occasion du dernier US Open qu’il a dominé de la tête et des épaules, DeChambeau a validé que son choix portant sur la distance à tout prix pouvait payer.

Indéniablement, qu’il ait gagné ou pas, il a attiré sur lui une grosse partie de l’attention médiatique, et nombreux ont été les coachs à commenter son physique, et un peu sa technique.

DeChambeau a replacé la création de vitesse de swing, et notamment avec le driver, au centre du débat.

Cela n’a pas échappé à Reinhold Pirags, CCO de la société HackMotion, basée à Riga en Lituanie, d’étudier avec leur capteur, les mouvements du poignet du champion américain.

« Le swing de DeChambeau est un parfait exemple de release avec beaucoup de rotation des poignets dans la zone d’impact, et c’est justement ce qui lui permet de maintenir un certain contrôle sur la face du club, malgré une vitesse de swing extrêmement importante. »

Pirags ne se contente pas de l’affirmer, et il le démontre à l’aide des analyses fournies par le capteur HackMotion, qui se place sur le poignet directeur, et révèle des mouvements imperceptibles à l’œil nu.

Premier facteur clé de vitesse de swing qui saute aux yeux du letton, Bryson DeChambeau présente une rotation du shaft de son club, entre avant l’impact, et parallèle au sol, et après l’impact, toujours parallèle au sol, très supérieur à la moyenne des meilleurs golfeurs du monde !

Il relève une valeur de 145 degrés, dont 74 degrés avant l’impact, et 71 degrés après l’impact.

Cette valeur serait bien supérieure à la moyenne généralement observée chez les joueurs du circuit professionnel, soit 120 degrés !

C’est d’ailleurs cette valeur qui a poussé les équipes d’HackMotion à vouloir en apprendre davantage sur le swing de DeChambeau, et en particulier, la rotation de ses poignets.

Ci-dessous, et si vous avez déjà lu mes premiers articles après avoir acheté ce capteur de mouvements, vous allez reconnaître une synthèse des données mesurées, mais le cas présent, il s’agit de Bryson DeChambeau.

Il convient sans doute de redéfinir rapidement ce qui est mesuré, et comment interpréter les chiffres.

Le graphique de gauche représente le mouvement du poignet directeur du joueur de l’adresse à l’impact, et jusqu’à la fin du mouvement.

Trois lignes coupent les courbes pour symboliser les étapes clés : Adresse, sommet du swing, et impact.

A côté des courbes, sur la droite, on trouve les données brutes, et présentées sur 4 lignes.

Il y a d’abord en vert la flexion et extension du poignet.

Il y a ensuite en bleu l’inclinaison ulnaire ou radiale.

Il y a en violet la rotation du poignet.

Et enfin, en gris, la mesure du tempo entre le backswing, et le downswing.

Pour mieux comprendre le mouvement de DeChambeau, Pirags décortique chaque mouvement, et en commençant par la flexion/extension.

A l’adresse, son poignet directeur est plutôt en flexion (-13 degrés), alors qu’au sommet de son swing, il bascule plutôt en extension (+11 degrés), restant stable proche de cette valeur pendant la phase dite de transition.

A l’impact, son poignet directeur du mouvement reprend position en flexion (-20 degrés) jusqu’à lentement retourner en extension jusqu’à la fin du mouvement.

Cette alternance de flexion et extension peut aussi s’apparenter dans d’autres termes au fait de bomber (-) ou de creuser le poignet (+).

Au-delà des chiffres, Pirags nous explique leur signification.

Première chose à noter : A l’impact, DeChambeau essaie de ramener la position de son poignet similaire à sa position à l’adresse !

Ce serait en fait plutôt inhabituel.

L’expert s’interroge sur l’impact de l’usage du grip Jumbo qui pourrait aussi s’apparenter à un grip de main gauche plutôt faible, et qui peut créer justement ce phénomène.

Ce qui est intéressant, c’est que grâce aux données, on peut justement s’interroger sur l’intérêt d’un grip aussi large.

Deuxième chose à noter, et contrairement à ce que vous pourriez peut-être imaginer, Bryson ajoute de l’extension très tard au moment de son backswing.

Clairement, au sommet du swing, il n’ajoute pas beaucoup d’extension.

Enfin, troisième constat, à l’impact, Bryson DeChambeau amène son poignet dans une position plutôt bombée, retirant tout phénomène d’extension, et même, il est plus fléchi qu’à l’adresse.

En comparaison aux autres joueurs, à la fin de son mouvement, son poignet n’est pas tant en extension que cela.

Que faut-il comprendre ?

DeChambeau présente une extension de son poignet directeur relativement stable pendant tout le swing, et donc ne créé pas sa vitesse de tête de club par une extension brutale du poignet juste après l’impact.

La vidéo suivante proposée par l'European Tour vous permettra de voir un ralenti sous plusieurs angles du swing du champion. Je vous invite en particulier à regarder de 1'32 à 1'42 pour retrouver la démonstration de ce qui est évoqué ici, et au sujet de la rotation des poignets.

Alors comment fait-il pour créer autant de vitesse de swing ? Si ce n’est pas le mouvement d’extension ou de flexion, la réponse vient davantage de la rotation du poignet directeur, et comme expliqué sur le graphique suivant…

Avant de le détailler, reprenons les principes techniques chers à DeChambeau, et qu’il explique lui-même…

« Quelque chose qui m’a toujours embarrassé après du swing de golf, c’est le fait qu’il faut démarrer à l’adresse dans une position, mais terminer dans une autre à l’impact. Cette variation m’a toujours préoccupé, surtout quand vous voulez que votre swing soit sur le même plan du début jusqu’à la fin. Pour moi, le point de départ, et le point d’arrivée doivent correspondre. Sur chaque swing, j’appuie mes mains vers l’avant et je transfère de l’énergie sur mon pied avant de sorte à atteindre une position verrouillée avant que je commence à relancer. J’ai appris ce mouvement dans le livre d’Homer Kelley. »

Le graphique plus haut illustre donc que DeChambeau se concentre surtout sur la rotation de ses poignets.

On peut retenir qu’à l’impact, le poignet directeur du joueur est plus pivoté qu’à l’adresse.

Il a même tourné énormément, au point que la paume des mains pointe vers le ciel, et il s’en sert pour ramener le club square à l’impact.

Pirags note que c’est un mouvement très différent des autres joueurs, et notamment Dustin Johnson qui lui, au contraire, tourne très peu les poignets à l’impact.

Cette remarque permet de comprendre que la création de vitesse peut être très différente d’un golfeur à un autre.

Au moment du release, Dustin Johnson produit beaucoup moins de supination.

Deuxième phénomène remarqué par Pirags, le poignet directeur présente une légère pronation pendant la transition entre backswing, et downswing, ce qui laisserait penser que le capteur a tourné dans le sens inverse aux aiguilles d’une montre…

En gros, les données nous montrent que Bryson DeChambeau créé du release principalement par la rotation des poignets, et non pas par l’extension.

Troisième mouvement analysé, la déviation ulnaire ou radiale qui montre que DeChambeau « active » ses poignets relativement tard au moment du backswing, et pas avant la moitié du backswing.

De même qu’il ne dévie radialement que de très peu pendant la transition.

Tout cela pour arriver à la conclusion qu’il ne se sert pas beaucoup de ce mouvement du poignet pour produire une grande vitesse de swing.

Vous l’aurez compris… DeChambeau se sert principalement de la rotation de son corps pour créer beaucoup de vitesse de swing, tandis que le mouvement de supination du poignet lui sert principalement à contrôler la face du club.

Au niveau amateur, je me rends compte que pour ma part, je peux créer une vitesse de swing supérieure à 100 mph, avec des pointes au-dessus de 105 mph.

Récemment, j’ai encore fait le constat que quand je suis à mon maximum de vitesse, j’ai en revanche un mal fou à contrôler la position de la face à l’impact, ou au moindre la rendre prévisible.

Sur une séance de plusieurs frappes à la suite, je peux très bien envoyer un drive en hook puis un autre en slice, et à vitesse équivalente.

Cette observation concernant DeChambeau m’incite donc à penser qu’un axe de progression concret pour un amateur avec une vitesse de swing plutôt élevée viendrait bien de la capacité à comprendre le mouvement spécifique du poignet mettre en corrélation.

Dans le cas de DeChambeau, il n’a pas ce souci car il n’a pas seulement augmenté sa vitesse de swing comme un forçat, il a aussi mis en place le mouvement du poignet qui lui permet de ne pas balancer un drive n’importe où. Mis à part la rotation des poignets qui est exceptionnellement élevée, DeChambeau ne joue pas vraiment sur la flexion et l’extension, pas plus que sur le mouvement radial du poignet. C’est à méditer pour tenter de mieux contrôler la face du driver dans la zone d’impact.

Et effectivement, un outil comme le HackMotion peut permettre de s’entraîner, mais je crains qu’il soit difficile d’obtenir un résultat sans un guide à travers toutes ces données.

Sans le concerter pour réaliser cet article, ce commentaire est tout à fait gratuit de ma part, il me semble que le pro David Arrignon, expert en la matière, a vraiment une carte à jouer pour aider des golfeurs qui voudraient mieux maîtriser la direction de leurs drives, et j’en fait partie…

Crédit photo : Matthew Bolt/Icon Sportswire et HackMotion

Restez informé

Recevez notre newsletter
(Note moyenne de 5 sur 1 votes)

Vous ne pouvez pas poster de commentaires si vous n'êtes pas membre du site.