Decade Golf: La nouvelle méthode de Scott Fawcett pour déjouer 100% des pièges sur le parcours

Quelques mois en arrière, vous ne connaissiez sans doute pas le jeune golfeur américain Will Zalatoris, 25 ans, 75 kilos, natif de San Francisco, et pourtant, en avril dernier, il s’est révélé aux yeux du monde entier en prenant par surprise, la seconde place du Masters à Augusta. Ce coup d’éclat a été suivi depuis par de solides performances sur le circuit professionnel, au point d’être nommé « rookie » ou révélation de l’année 2021 sur le PGA Tour. Derrière l’éclosion soudaine de ce golfeur déjà classé dans les 40 premiers mondiaux en seulement quelques semaines, on retrouve l’application de la méthode Decade Golf, mise au point par Scott Fawcett. Une méthode mathématique qui fascine de plus en plus, au point de se demander si Fawcett n’a pas trouvé la solution ultime pour mieux jouer au golf, et déjouer tous les pièges du parcours…

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Depuis quelques années, la pratique du golf à haut niveau est de plus en plus analysée dans les moindres détails. Cela correspond à l’avènement du Trackman d’une part, mais aussi d’autre part, le développement de la logique des coups gagnés (strokes gained) qui permet de pondérer chaque coup de golf, par compartiment du jeu, et en comparaison des autres joueurs.

En compétition, le golf est devenu de plus en plus une affaire de chiffres.

Cette tendance ne concerne pas seulement les golfeurs professionnels, mais s’étend de plus en plus aux golfeurs amateurs.

Practices connectés, applications mobiles pour tracker et analyser les coups, « Personal Launch Monitor » ou radar personnels… les amateurs sont de plus en plus exposés au phénomène.

De nos jours, les golfeurs sont de plus en plus familiers avec les notions de Smash Factor, vitesse de balle, et taux de spin, bref beaucoup de données qui peuvent en fait décrire un simple coup de golf.

Depuis dix ans, ce phénomène a pris une telle importance que la nouvelle génération de champions sur le circuit a directement construit son plan de carrière à travers les chiffres.

Ainsi, Morikawa, récent vainqueur du British Open comme Viktor Hovland ou encore Matthew Wolff peuvent être considérés comme des golfeurs ayant appris à jouer avec un Trackman en permanence près d’eux.

Un golfeur a été encore plus loin, et son nom ne va pas vous surprendre puisqu’il s’agit de Bryson DeChambeau, vainqueur l’an passé de l’US Open avec six coups d’avances sur le second… Matt Wolff.

Surnommé le « Mad Scientist » à juste titre, DeChambeau n’a pas seulement transformé son corps pour passer un palier décisif dans sa carrière.

Alors qu’en 2021, sa moyenne de swing au drive a dépassé les 132 mph, soit pas moins de 5 mph de plus que le second plus long golfeur du moment, son compatriote Cameron Champ, et qu’il concoure actuellement au championnat de Long-drive, ce qui quelques années en arrière, aurait pu paraître comme inimaginable, DeChambeau, de manière moins spectaculaire et médiatique, a utilisé la méthode de Scott Fawcett « Decade golf » pour justement gagner l’US Open en ne touchant pourtant que 23 fairways en régulation sur 56 possibles !

A l’occasion de ce majeur réputé comme le plus difficile au monde, DeChambeau a illustré qu’il était plus important de taper très loin plutôt que d’être très précis, tout du moins sur les parcours américains du PGA Tour.

De l’aveu de tous les observateurs, il n’a pas seulement gagné pour la puissance de ses drives, mais aussi du fait de la qualité de son petit-jeu, et de son putting.

Un autre point a aussi contribué à sa victoire, et a été largement sous-commenté : Sa stratégie ou plutôt sa gestion du parcours.

DeChambeau comme Zalatoris aujourd’hui se distinguent de l’approche classique du golf qui consiste à raisonner le score selon les deux métriques traditionnels que sont les fairways pris en régulation, et les greens en régulation.

Les deux ne se préoccupent plus que d’une seule chose : Battre le reste du champ de joueurs !

Et pour cela, ils se servent des mathématiques…

DeChambeau explique qu’après avoir gagné en individuel le titre universitaire (NCAA) en 2015, il est allé remercier une personne alors inconnu de l’écosystème golfique : Scott Fawcett.

DeChambeau avait en effet mis à son profit une méthode méconnue mise au point par cet ancien joueur, et qui lui a permis de comprendre notamment quand attaquer un drapeau, et quand ne surtout pas le faire…

Pour Scott Fawcett, le golf est tout simplement un jeu à base de problèmes mathématiques à résoudre par de bonnes décisions.

Au-delà de DeChambeau et Zalatoris, de plus en plus de golfeurs professionnels sur le tour utilisent dorénavant sa méthode mathématique pour appréhender la gestion d’un parcours.

Tout a commencé dix ans plus tôt, quand Fawcett voulait améliorer son propre jeu de golf en combinant l’analyse de données Trackman liées à ses coups de golf avec la logique des Strokes Gained, et un peu à la manière d’un joueur de poker qui évaluait les chances de chacun de ses coups.

En 2014, ses projets ont changé à la suite d’une blessure au coude, l’empêchant de jouer pendant plusieurs mois et de s’appliquer à lui-même cette méthode.

Dans le même temps, un jeune homme était en train de préparer ses cartes pour jouer sur le circuit du Texas…

Pour Fawcett, ce joueur d’à peine 18 ans semblait avoir beaucoup de talent clubs en mains, mais il n’avait pas encore de très bons résultats.

Il était en effet seulement 3300eme au classement mondial amateur.

Fawcett s’est mis en tête de le conseiller, et dès la première collaboration, le jeune homme a gagné.

Quelques semaines plus tard, Fawcett a caddeyé le jeune homme à l’occasion de l’US Junior Amateur qu’il a de nouveau remporté. Son nom… Will Zalatoris !

Après sa victoire, Zalatoris a concédé que Fawcett lui avait donné 25 ans d’expériences en seulement 5 jours !

Ce commentaire allait inspirer le nom de la méthode de Fawcett « Decade Golf » comme une décade pour parler d’une décennie.

Plus précisément, la méthode D.E.C.A.D.E. signifie en fait selon son auteur : Distance, expectation (attentes), correct target (la bonne cible), analyse, discipline, et exécution.

Fawcett commercialise cette méthode ou solution pour les golfeurs professionnels, comme pour les golfeurs amateurs, au prix d’environ 100 dollars pour 6 mois d’abonnement ou 200 dollars pour une version dite élite, encore un peu plus élaborée.

Fawcett n’oublie pas que le jeu de golf est difficile. Il constate que les golfeurs ont souvent en commun d’être des personnes obsédées par le contrôle, et qui pratiquent justement un sport individuel pour ne pas avoir à dépendre de partenaires…

Le golf est parfait pour les perfectionnistes alors que c’est pratiquement impossible d’être parfait à ce jeu.

Même les golfeurs professionnels ne peuvent pas prédire ce que va faire une balle de golf dans un environnement aussi vaste qu’un parcours de golf, et en plus, confronté à des aléas météos, et en premier lieu, le vent.

A moins de 100 mètres d’une cible, seulement 28% des coups joués par des professionnels arrivent à s’immobiliser à moins de 3 mètres !

Plus la distance augmente, et plus le niveau de précision diminue, de même que les chances de faire un birdie.

Pour Fawcett, il convient mieux de parler du swing de golf comme d’un canon à moitié précis. Plus le joueur est fort, et plus le canon est précis… cependant, même Tiger Woods à son pic de forme aurait été incapable de prévoir le point de chute de tous ses coups.

Par conséquent, pour Fawcett, le plus important, c’est d’apprendre aux golfeurs à gérer les attentes par rapport à un coup de golf…

Admettez-le « Quand vous jouez au golf, vous espérez et planifiez votre meilleur coups. C’est dans la nature humaine. Vous vous souvenez du meilleur et chassez le pire. »

Pour Fawcett, amateurs ou professionnels raisonnent souvent de la même façon, et par rapport au meilleur coup plutôt que par rapport à la tendance.

Si on vous donne un drapeau à viser, vous allez imaginer taper un coup droit parfait, au lieu de tenir compte de la forme moyenne de vos coups qui pourra être plutôt en draw ou en fade…

Le type de coup ou tendance, c’est cela l’ADN de la méthode DECADE.

Pour les joueurs qu’il conseille, Scott Fawcett incite fortement à utiliser une seule et même tendance de trajectoire, surtout pour les coups tapés depuis le tee de départ.

Si vous êtes un joueur de draw, jouez-en draw, en tenant compte du point de départ de votre balle, et surtout de la tendance moyenne d’arrivée…

Il explique « La principe de double croisement est ce qui rend les possibilités de taper des coups très variés et imprévisibles. Prenez l’exemple d’un golfeur qui fade 100% de ses balles, et demandez-lui de taper des draws. Il y a des chances qu’il augmente sa dispersion et sa capacité à manquer la cible de 25 à 30%... »

Il vous invite à faire le test au practice…

Son argument, c’est que ce faisant, vous allez travailler contre vous-même.

Avec DECADE, Fawcett a mis au point un système mathématique qui guide les joueurs professionnels sur le choix du coup, la ligne à viser et du club à utiliser, sur la base de données collectées.

Si sa méthode devait être résumée de manière très schématique, cela reviendrait à dire « soyez très agressif sur les coups de départs, et très prudents sur les coups vers le green… »

En réalité, Fawcett veut inciter les golfeurs à regarder le parcours autrement, et à chercher les zones les plus larges.

Entre choisir le driver ou le bois 3 depuis le tee, le choix ne doit pas être dicté par une autre mesure que la largueur du fairway à tomber de balle selon le club utilisé.

Pour vous aider, Fawcett rappelle qu’aujourd’hui au bénéfice de Google Earth, vous pouvez cartographier vous-même votre prochain parcours, et repérer les zones les plus favorables à viser.

Le mathématicien du golf appuie son raisonnement sur des statistiques relevées sur des tournois du PGA Tour, et par exemple, il met en lumière les mesures du trou 10 à Riviera, le parcours du Genesis Open, un par-4 plutôt compliqué notamment pour l’attaque du green.

Si vous allez trop à gauche, vous risquez de tomber dans les arbres… trop à droite, le coup d’approche sera très difficile à arrêter près du drapeau, dans la mesure où la pente sur le green est marquée de droite à gauche.

Sur un tel trou, la bonne stratégie pourrait être de jouer la précision sur le premier coup, avec un long fer, essayer de rester sur la gauche du fairway pour conserver l’ouverture, puis d’attaquer avec un wedge pour arrêter la balle près du trou…

Dans les faits, contre toute attente, ce n’est pas la meilleure option !

En 2015, seulement 51% des joueurs engagés sur le tournoi sont allés chercher le green, et ont combiné un score de 14 sous le par.

A l’inverse, les 49% qui n’ont pas pris le green en régulation… ont obtenu un score combiné de 52 sous le par !

L’approche DECADE pourrait être alors résumée de la manière suivante « éviter de rester trop court et à côté à tout prix »

Or, cela demande beaucoup de discipline de ne pas chercher à viser les drapeaux, et se contenter de viser le centre des greens.

Pour un professionnel, la tentation est grande de se donner une chance de birdie à tous les trous. Au contraire, Fawcett conseille à ses joueurs d’arrêter l’obsession du birdie alors que les chiffres démontrent que la véritable grandeur au golf provient du fait d’éviter les bogeys.

Pour forcer le trait de son propos, il ajoute « Les birdies arrivent par accident »

Cela étant, à ce jour, un certain nombre de golfeurs professionnels contestent le fait d’avoir à mathématiser l’équilibre entre jeu offensif ou jeu défensif.

Certains comme Stewart Cink, vainqueur en majeur, explique justement que cela fait partie intégrante de leur réflexion de savoir quand attaquer, et quand ne pas le faire. Cela s’appelle le feeling.

A contrario de Stewart Cink, si ce concept vous intéresse, vous pouvez trouver l’application DECADE GOLF sur l’app store.

Cette application se veut un système de management de parcours. Elle est censée vous donner les zones à viser sur la base de vos distances, et des problèmes qui entourent les greens, et encore quelques autres facteurs.

Au-delà de l’aspect purement stratégique, cette méthode relie aussi beaucoup l’aspect mental. En effet, l’état mental d’un joueur avant chaque coup peut grandement influencer la qualité de ses décisions.

Or, beaucoup d’amateurs sont mis en difficulté par le caractère tumultueux de chaque partie de golf. En synthèse, pour l’auteur, nous prenons de mauvaises décisions en raison de nos émotions.

Le point fort de cette application serait justement de développer un avantage psychologique par rapport au parcours.

De l’avis de golfeurs américains qui ont déjà testé cette application, elle sera surtout utile pour des amateurs qui cherchent la performance, plutôt que des golfeurs loisirs.

Pour adhérer au processus, il faut déjà être soi-même naturellement orienté vers ce type de solutions. Cela dit Scott Fawcett réfléchirait à une version DECADE Lite justement dédiée à des amateurs avec des index plus élevés.

De son côté, Zalatoris a une fois de plus eu l’occasion d’illustrer sa parfaite gestion de ses émotions sur le parcours. Pour le second tour du Sanderson Farms Championship disputé début octobre dans le cadre du PGA Tour 2021/2022, il a réussi l’exploit de rendre une carte record de seulement 61 coups, ce qui lui permet d’être en course pour la victoire.

Crédit photo : Andrew Dieb et Lee Coleman /Icon Sportswire

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