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Rencontre avec une légende : Jean Garaialde

Rencontre avec une légende : Jean Garaialde

A 82 ans, Jean Garaialde est une légende vivante de notre sport, et il a encore beaucoup à nous apprendre. D’abord sur son histoire... Jean a été contemporain de grands joueurs tels qu’Arnold Palmer, Jack Nicklaus, Gary Player, Roberto Di Vincenzo, Ben Hogan, Sam Snead mais aussi Severiano Ballesteros, José Maria Olazabal, Bobby Locke... au travers d’une carrière qui s’est étendue sur plus de 40 ans. Ensuite, parce que son palmarès fait partie de notre patrimoine golfique. Pour comprendre ce qu’était le golf français professionnel, et ce qu’il pourrait devenir, je vous propose de vous relater deux jours d’échanges avec Jean Garaialde à Biarritz...

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A travers ce sujet, je voudrai vous parler d’émotion, d’histoire, de force de caractère, et de golf.

Première rencontre avec Jean Garaialde...

9h10, golf de Biarritz Le Phare, jour de vent et de nuages sur la côte basque, un sémillant « jeune homme » de 82 ans passe les grilles du club, son sac de golf chariot sur le dos, comme n’importe quel golfeur se rendant sur le parcours.

Cette première rencontre est à la fois simple et cordiale. Le directeur du golf, Claude Rousseau nous a autorisé à filmer et photographier sur le parcours.

Grâce à son sponsor, la société Srixon Sports Europe, nous avons eu l'occasion de réunir pour le tournage de vidéos techniques, Jean et Manuel De Los Santos, quelques jours avant la participation de ce dernier à l'Open de Saint-Omer, une première pour un handicapé aux côtés des valides.

A 41 ans, je suis dix ans trop jeune pour réellement avoir grandi en suivant l'histoire de Jean.

Adolescent, le golf à la télévision était une chose rare, et seulement Ballesteros, Norman et Faldo avaient les faveurs des médias.

Comme beaucoup sans doute, j'ai redécouvert l'histoire de Jean Garaialde à l'occasion de la première victoire de Jean-François Remésy à l’Open de France en 2004.

34 ans qu’un tricolore n’avait pas marché sur les traces du palmarès le plus riche du golf français.

Les archives sur Jean et ses victoires ne sont d’ailleurs pas très développées sur internet.

Même sa page wikipedia est très modestement détaillée malgré son immense carrière, tant et si bien que pour les jeunes générations, connaître et surtout comprendre son héritage n’est pas si facilement accessible.

Au cours des deux jours passés en sa compagnie à Biarritz, j’ai été traversé par des moments d’émotions.

L’émotion que vous ressentez... quand dans une rare moment de votre vie, vous rencontrez l’histoire.

J’ai compris que j’avais un privilège que de me taire et d’écouter une histoire, comme je n’en entendrais peut-être plus beaucoup d’autres.

J’avais bien entendu préparé des questions à l’avance. Mais au lieu de suivre un fil conducteur classique d’un interview, j’ai posé le crayon pour surtout écouter.

Au fil des années, avec l’émergence des nouvelles générations de golfeurs professionnels, on a eu parfois tendance à oublier qu’à l’origine, il y avait eu ce petit bonhomme, basque d’origine, fils d’un pro de golf à la Nivelle, qui avait pris sur lui, seul, de rivaliser avec l’élite dans un sport faiblement développé en France.

Un peu comme si aujourd’hui, un français se décidait à défier les scandinaves au Curling, et surtout, se mettait à tout gagner. Le curling devenant dans le même temps, le sport individuel le plus pratiqué dans le monde.

Jean est bien à ce jour le plus grand palmarès du golf professionnel français.

Victor Dubuisson ou d’autres jeunes espoirs auront besoin de gagner encore beaucoup de tournois pour rivaliser avec son palmarès exceptionnel, et par exemple, son record de 25 participations à la Coupe du Monde des Nations.

Certains diront de lui que c’est un Monsieur, d’autres que c’est une "grande gueule".

Jean est capable de dire ce qu’il pense sur l’évolution du golf en France, de ces rapports avec les golfeurs anglais, avec la fédération, et les nouvelles générations.

Pour ma part, j’ai écouté un homme plein de bon sens, et d’une grande gentillesse.

Le début de l'histoire

Né en octobre 1934 à Ciboure, pur basque, Jean a d’abord commencé son histoire d’amour avec le golf en portant les sacs des golfeurs. Son papa, Raymond était pro.

C’est bien entendu lui qui lui a appris à jouer.

Dans ses jeunes années, porter le sac était un moyen de mettre du beurre dans les épinards.

Quelque chose me dit que c’est son expérience de cadet qui a forgé sa force de caractère et sa détermination...

A notre époque, tout va très vite. Allez dire à un jeune voulant passer pro « porte déjà le sac pendant 2, 3 ans et après on verra si tu veux passer pro ? »

En France, ou ailleurs, aucun jeune n’accepterait de perdre ainsi son temps, du temps…

Perdre du temps… ne serait-ce pas une façon d’apprendre à en gagner … d’apprendre l’importance du temps… ce qu’il faut en faire…?

Par la suite, Jean n’a pas fait mystère de vouloir devenir professionnel de golf.

Au cours des années 50, ses débuts n’ont pas été faciles.

Seul, la plupart du temps avec son sac de golf pour unique compagnon, il parcourait les tournois principalement en Angleterre, où les « rosbeef » ne lui adressaient même pas la parole.

Il n’a pas honte de le dire.

Bien souvent, dans sa chambre d’hôtel, il lui arrivait de pleurer.

Dix ans avant de connaître le succès, Jean Garaialde a déjà dû se forger une force de caractère et une ténacité.

C’est sans doute cette ténacité qui restera comme son principal trait de caractère sur le parcours.

L’époque n’était pas tendre

Jean se remémore une anecdote au sujet de son grand ami, Gary Player.

Quand ce dernier est arrivé en Europe pour jouer le circuit... Peut-être avait-il un pantalon trop court, et un pull avec un petit trou…. Les journalistes anglais n’avaient pas manqué de le railler. Vexé, blessé, Player avait alors dit à Jean le poing serré « Tu verras ! Je vais leur montrer qui je suis ! »

Nous avons aujourd’hui sous les yeux l’immense carrière de Gary Player, et celle de Jean, mais nous occultons souvent par méconnaissance de l’histoire, à quel point, les débuts ont été difficiles, et rien gagné d’avance dans un environnement très cloisonné et déjà très codifié.

A l’écouter, je me suis donc demandé si le fait d’avoir été cadet pendant de longues années, n’avait pas été aussi une genèse de sa soif de vaincre, et de son professionnalisme.

Impossible de ne pas faire le miroir avec la jeune génération… Naturellement, le sujet est venu sur la table.

Au sens propre comme au figuré, quand nous sommes allés déjeuner dans le nouveau restaurant du mythique Philippe Bernat-Salles, qui un soir de 1999 avait propulsé la France en finale de sa Coupe du monde de Rugby après un fabuleux essai mené en contre face aux terribles All-Blacks, l’une des plus belles pages d’histoires du rugby français.

Toujours aussi gaillard, le néo-restaurateur nous a accueilli dans l’ancien restaurant renommé « Les colonnes », désormais baptisé le Berry de Biarritz, une institution au-dessus de la grande plage.

Jean est reçu à bras ouvert. Il est chez lui…Au détour d’une table, une vieille connaissance puis une autre… Partout et toujours la même sympathie pour l’homme.

D'une génération à une autre, comment rétablir le contact ?

Ma première surprise a été d’entendre de Jean, qu’entre les générations, concrètement, sorti des discours de circonstances, il y a eu assez peu de transmissions de savoirs.

A la fin de sa carrière (Jean avait 55 ans), il s’attendait à ce que la fédération le sollicite.

A tort ou à raison, il considérait que c’était à elle de faire un pas dans sa direction, et lui demander de s'investir auprès des plus jeunes.

Ce pas n’est jamais venu, alors qu’il aurait été le premier à vouloir transmettre.

Aujourd’hui, la FFG mise beaucoup sur le professionnalisme, cependant, à l’époque de Jean, au contraire, elle ne jurait que par l’amateurisme.

Les pros n’avaient aucune aide ! Cela tranche avec la génération actuelle qui est mieux supportée.

Sur ce point, Jean n’y va pas par quatre chemins « En France, nous avons des bons joueurs, mais nous n’avons pas de résultats. »

Poursuivant « Regardez les espagnols, les italiens, les anglais… En France, nous n’avons tout simplement pas assez faim. »

Trop aidé ? Pas assez aidé ? Quelle est la bonne formule ?

Toujours est-il que de Garaialde à Remesy ou Van de Velde, il n’y a pas eu réellement de culture de la transmission.

Chose qui selon Renaud Gris, entraîneur fédéral interviewé l'an passé à ce sujet, est aujourd'hui mieux faite, au travers de journées d'échanges entre les pros sur le tour, et ceux qui aspirent à le devenir.

Le golf français a été, et est peut-être toujours une histoire d’individu ?

De Garaialde à Dubuisson, on pourrait croire à l'écouter qu'il n’y a pas eu jusque là une ligne directrice…à l’inverse de l’Espagne où Ballesteros est le modèle de tous, et l’origine de tout.

Jean pointe aussi l’argent comme un facteur qui n'arrange pas vraiment les choses.

Il me dit « L’an passé, le dernier golfeur à avoir passé le cut de l’Open de France a tout simplement gagné quatre fois ce que j’ai touché pour le remporter en 1969 contre Roberto De Vincenzo à Saint-Nom. »

Pas de Ferrari ou de Maserati dans le garage de Jean, il n’en souffre pas. Il se pose la seulement la question de la motivation des plus jeunes qui gagnent un tournoi puis disparaissent de la circulation...

Piquer au vif la jeune génération

Au sujet des jeunes pros français, filles ou garçons, Jean n’a pas peur de passer pour un « emmerdeur », et dire qu’ils n’ont pas assez faim.

Il ne se prive pas de leur dire quand il en a l’occasion.

Aux Trophées du Golf, cérémonie qui récompense les meilleurs français, selon ses propos, il n'a pas eu peur d'évoquer ce sujet devant toute l'assemblée.

Tout comme il est capable de le faire en face à face avec une joueuse dont je tairai le nom ici, qui admet avoir pour rituel de boire ses trois bières à la sortie d’une partie de compétition…

« Je lui dit d’arrêter la bière et de passer plus de temps à l’entraînement, et elle, elle me remercie… ah oui, c’est vrai vous avez raison… »

Quelque part, Jean Garaialde aimerait qu’un nouveau joueur ou une nouvelle joueuse tricolore efface ses records des tablettes. Il veut piquer leurs égos dans ce sens.

Poursuivant son histoire vécue cette année à Evian dans le cadre du Jabra Ladies Open...

« Alors que je prenais la navette pour aller de l’hôtel au golf, je demande à la jeune femme qui conduisait, à quelle heure elle commençait le matin. Cette dernière me répond vers 7 heures du matin. Je lui marque mon étonnement. Elle me dit qu’effectivement, à cette heure matinale, elle emmène les joueuses sud-coréennes au practice. Ensuite, je lui demande à quelle heure, elle arrête sa tournée. Elle me répond vers 21 heures au moment où elle ramène ces mêmes joueuses sud-coréennes à l’hôtel. »

Pour Jean, il n’y a pas de mystère dans la relation entre investissement et performance.

Plus haut, je m’étonnais de constater à quel point il n’y avait pas eu de transmission entre les générations, mais un autre élément est à relever.

Même s’il y avait transmission, les plus jeunes n’auraient pas forcément envie d’écouter le message d'engagement de la part du vieux professionnel.

Un jour qu’il prenait la même navette que Victor Dubuisson pour se rendre du Golf National à une table parisienne, où se tenait un événement organisé par la fédération, durant toute la durée du trajet, ils n’ont parlé que de…. pèche, le véritable violon d’Ingres de Victor !

En descendant de voiture, Jean dit à son jeune camarade « On se retrouve à table ? » Ce dernier lui répond « oui oui… j’arrive ». Personne ne le revit !

Toujours à l’Open de France, Jean demande au coach de Victor, Benoit Ducoulombier, s’il peut assister à un entrainement.

Ce dernier finit par lui répondre par l’affirmative « Tu n’as qu’à venir à 11 heures demain. Normalement, nous avons une séance de prévu. »

Le lendemain, Jean retrouve le coach au practice. Les minutes passent… Pas de Victor…L'heure passe... Victor finit par appeler son coach et lui dire « Je n’ai pas envie de m’entraîner. Viens ! Je suis au putting green ! Faisons cinq minutes de putting avant la partie ! »

Ce sera la fameuse partie où sur le trou numéro un, Victor fera une énorme socquette dès le départ.

Cette histoire, non pas pour résumer la vie de Jean Garaialde à celle d’une anecdote sur Victor, ou pour juger, mais pour illustrer où se situe l'incompréhension entre les générations.

A 82 ans comme à 17 ou 35 Jean a toujours la même passion pour le golf, et la même ambition pour son sport et son pays.

Autour de lui, des professionnels comme Gary Player n’étaient pas nés avec une cuillère d’argent dans la bouche. Ils devaient se battre pour se payer un morceau de viande à manger. C’était l’époque qui voulait cela.

Au sujet de la joute verbale entre François Illouz et certains cadres et joueurs de la FFG, il renchérit : « Dans sa position, François n’avait pas à dire ce qu’il a dit, car c’était lui le responsable du haut niveau, mais dans les faits, il avait 100% raison. »

Quand il était un jeune joueur, Jean n’avait pas de coach.

Au practice, il observait les autres joueurs, et quand il voyait une technique, il la testait pour son jeu.

Si cela marchait, il continuait, mais si cela ne marchait pas pour lui, il passait à autre chose.

C’est peut-être pour cela qu’un jour à 35 ans, il s’est mis à tout gagner…

Ce message pour dire que les pros français doivent continuer à y croire, même quand les vents sont contraires. Le succès finit par arriver pour ceux d'entre eux qui le veulent le plus.

Je n'avais pas prémédité de consacrer une telle part de cet article à ce thème entre "ancien" et "modernes".

Cependant, quelque part, quand vous échangez avec un ancien sportif de haut niveau, il n'est pas illogique qu'il vous emmène sur le terrain de ce qui l'occupe le plus : Comment ses successeurs reprennent la suite ?

La construction d'un palmarès hors norme

A défaut de voiture de luxe, sa richesse est d’avoir battue l’illustre Roberto De Vincenzo en play-off pour l'Open de France, ou encore d’avoir tenu l’immense Jack Nicklaus, un an plus tard à Stockholm au cours de l’Open de Suède.

« Lors du dernier tour, j’étais dans la dernière partie avec Jack. Je comptais un coup d’avance au départ de la partie. A la fin, Jack a enlevé sa casquette, s’est approché de moi, il m’a félicité. Nous avions fait le même score. J’avais tenu Jack pendant 18 trous. »

De 1969 à 1970, à 35 ans, Jean va vivre deux années exceptionnelles d’un point de vue des résultats.

Meilleur européen, il remporte tour à tour l’Open de France, l’Open d’Espagne, l’Open d’Allemagne, l’Open de Suède, l’Open du Maroc, et encore l’Open de Suède et l’Open d’Allemagne l’année suivante.

7 opens nationaux dans son escarcelle, sans oublier ses 17 titres de champion de France professionnel entre 1968 (date de création) et 1985.

« Au drive, je n’ai jamais été le joueur le plus long. En revanche, j’étais extrêmement régulier. Au golf, la régularité, c’est ce qu’il y a de plus important. »

Naturellement, une question me brûlait les lèvres. « Comment Jean pouvait expliquer cette période faste ? Qu’est-ce qui avait été le déclencheur ? »

Je n’ai pas réellement eu la réponse que j’espérais du type « J’ai changé mon swing ou quelque chose dans ce genre ».

J’ai même l’impression qu’il ne sait pas plus l’expliquer par fait concret ou l’attribuer à un facteur en particulier.

En tout cas, je n’ai pas eu cette réponse, alors je crois que c’est plus le fruit de la ténacité. Il est rentré dans "sa zone".

Les fortes personnalités qui ont marqué son parcours

A son époque, il y avait des monstres sacrés que même lui n’osait pas aborder.

Ben Hogan l’a particulièrement marqué.

« Il faut le dire tel quel… Ben Hogan était un sale type. Il ne parlait à personne ! Et moi, j’avais un livre avec tous les grands joueurs. Je voulais un autographe de chaque. Un jour, j’attendais Ben Hogan devant son vestiaire avec le livre ouvert à la bonne page, un stylo, et avec mon accent Frenchie, quand il est arrivé, je lui ai demandé. Il m’a toisé du regard et m’a répondu avec sa voix haute et rocailleuse. Sitôt l’autographe signé, j’ai pris mes jambes à mon cou, et je me suis enfui. »

Jean a des heures d’anecdotes au sujet des grands joueurs avec lesquels il a joué.

Des bonnes et des moins bonnes, comme l’expérience d’une Coupe du Monde jouée en Colombie avec Bernard Pascassio, son partenaire de toujours.

La Coupe du Monde était surtout l’occasion de représenter son pays dans un sport individuel où à l’époque de Jean, la Ryder Cup n’était pas ouverte aux continentaux...

Pas plus de 500 dollars par golfeur à gagner ! Autant dire que ce n'était pas un enjeu d'argent, mais bien celui de représenter son pays.

Les deux français étaient dans la même partie que l’équipe d’Angleterre.

A la fin de la partie, leurs rivaux classés derrière la paire française au général déposèrent plainte pour un incident tout à fait sans importance, un prétexte en fait pour ne pas signer la carte.

Alors que la Coupe du Monde n’avait pas une portée décisive, et alors que les officiels étaient aussi embarrassés par cette histoire, les français furent finalement disqualifiés.

Cet épisode pour révéler la longue inimitié entre Jean et les golfeurs anglais…Il a fallu que Jean gagne plusieurs Opens pour qu’ils daignent enfin lui adresser un « Good Morning » le matin dans les vestiaires.

Ne demandez pas à Jean ce qu’il pense des anglais ! En revanche, vous pouvez l’interroger sur Ballesteros dont il a été à l’enterrement.

Un jour, alors que Seve Ballesteros était déjà sur le déclin au niveau sportif, il jouait un Open organisé par son ami Bernard Pascassio.

Il me dit « Tu vas voir Jean ! Tout le monde pense que je suis fini. Je vais leur montrer qui est Seve ! Au practice, il tapa des balles parfaites. Tout son jeu était exceptionnel. Pourtant sur le premier trou, il signe un double-bogey en ratant son premier coup, alors que quelques minutes plus tôt, il n’avait pas tapé une seule mauvaise balle. Il sortira de cette partie avec un score de 76. Le soir, il dit à Bernard « Je ne veux pas jouer le second tour ! Dis que j’ai mal au dos ! Il était en fait dépité par sa partie. »

Dubuisson ou Ballesteros, Player ou Nicklaus, toutes ces histoires illustrent des êtres avant tout humain, avec leurs qualités et leurs défauts, leurs forces et leurs failles.

Cette histoire à propos de Seve est à méditer à l’heure où Tiger est à son tour dans la tourmente.

Un champion est parfois le dernier à se rendre compte de la fin de son parcours…

Le meilleur golfeur français de tous les temps n’a pas seulement été le contemporain de grands golfeurs.

Il a été aussi le partenaire d’un président de la république qui n’a jamais voulu faire la publicité de sa condition de golfeur : François Mitterrand.

Au détour d’une rencontre sur le centre d’entraînement d’Ilbarritz, Jean qui suscite partout où il passe un énorme respect de tous, est interpellé gentiment par un golfeur qui le reconnait.

Il se souvient avoir été le témoin privilégié d’une partie de golf entre Garaialde et Mitterrand. Une partie de golf jouée sous protection policière et dans un grand anonymat...

Alors que le président rate un coup (un chip), Jean lui en fait la remarque « Je n’allais pas le féliciter ou lui dire qu’il avait réussi » alors que Jack Lang, Pierre Bérégovoy, Jacques Berger, tous baissaient la tête, aucun ne voulant prendre le risque de vexer le Président…

Personne n’avait en fait jamais osé dire au Président qu’il pouvait manquer un coup de golf.

Jean est sans doute la seule personne à avoir jamais dit au président la vérité sur son jeu !

Son palmarès est notre héritage...

Jean est une légende du golf français, et il a tant à nous transmettre, à condition que nous soyons tout simplement à l’écoute.

Il rappelle les valeurs de l'effort, et de la ténacité pour réussir.

Il a joué tous les grands tournois. J’aurai d’ailleurs pensé spontanément que sa double participation au Masters aurait été considéré comme le point d’orgue de sa carrière.

De tous les tournois, c’est pourtant le British Open qu’il juge comme le plus difficile, et le plus fort émotionnellement parlant.

A Augusta, tout est manucuré. Tout est parfait.

A Lytham, Troon, Saint-Andrews ou Hoylake, théâtres de The Open, il me mime des roughs à un demi-mètre de haut, où déjà, il fallait pouvoir trouver sa balle, des bunkers d’une profondeur abyssale, et des conditions climatiques parfois terribles.

En 1962, Jean avait d’ailleurs pris la douzième place du tournoi justement disputé à Troon.

Jean Garaialde est une forte personnalité sans trop en faire ou en dire. Il dit simplement sa vérité.

Des deux jours passés avec lui au golf de Biarritz ou à Ilbarritz, j’ai été touché par sa simplicité, sa gentillesse, son amour du jeu. Je crois qu’il aurait aimé redonner bien plus au golf français.

Pas de rancœur ou de mélancolie, je l’ai senti au contraire heureux de me prendre à témoin de toutes ses merveilleuses histoires. Je suis certain que j’en oublie, et que je n’ai pas tout retranscrit ici…

Mais ce n'est peut-être pas à moi de venir l'écouter... Peut-être qu'il pourrait inspirer nos jeunes talents de Victor Dubuisson à Julien Guerrier, en passant par Sébastien Gros et Greg Havret. Je ne vais pas tous les citer.

Sans le savoir, Edouard Espana et son coach Olivier Leglise sont arrivés à Ilbarritz le lendemain de notre reportage. Il ne manque pas grand-chose pour que des rencontres se fassent...

Après tout, que l'histoire ait eu lieu en 1970 ou en 2017, quand il a battu Jack Nicklaus, joué avec Arnold Palmer sur un tour de British Open ou affronté Lee Trevino... cela reste du golf.

Certes, aujourd'hui, les pros tapent plus loin. La technique est plus fine. Mais ce qu'il faut pour gagner, cette grinta au ventre que seuls les pros peuvent comprendre, ils pourraient encore la partager ou échanger sur comment on gagne 7 Opens nationaux en moins de 18 mois...

Jean Garaialde est aussi un golfeur comme les autres, qui admet au moment de recevoir une nouvelle série de clubs, la mettre au pied de son lit pour pouvoir contempler les clubs du plus long au plus court…

Il ne dort pas tout à fait avec ses clubs, mais c’est tout comme, alors que toutes ses coupes sont dans un carton au grenier

« Je ne suis pas le genre à regarder mes trophées tous les matins en me levant. »

Au contraire, sa prochaine actualité sera la participation à une compétition de golf en faveur d’enfants souffrant d’arthrite juvénile à l’invitation de Dimitri Yachvilli et Christian Sarramagna.

A 82 ans, il trouve toujours le temps de s'engager pour des causes de coeur, se passionner pour le devenir des golfeurs et golfeuses pros français, et se prêter avec beaucoup de simplicité et de générosité au rôle du consultant sur jeudegolf.org, pour vous délivrer plusieurs vidéos de conseils dont vous trouverez ci-après le premier numéro, intitulé "Paroles de légende".

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