Tiger Woods et la question récurrente du comeback

Tiger Woods est-il vraiment sur le point de faire son comeback ? Peut-on envisager son retour pour 2022?

Cela commence à devenir une bien mauvaise habitude… depuis près de dix ans, le principal sujet de débat concernant la star mondiale du golf, Tiger Woods, bientôt 46 ans en décembre, tourne autour d’un comeback ou reprise de sa carrière de golfeur professionnel. Victime d’un très grave accident de la route en février dernier, Woods a de nouveau disparu des radars, et surtout des greens. Si le capitaine de Ryder Cup victorieux, Steve Stricker a laissé entendre qu’il poursuivait sa rééducation dans le but de rejouer au golf, comme à chaque éventualité de « comeback », le mystère plane à la fois sur le « quand », le « comment », et le « pourquoi »…

Découvrez nos formules d'abonnements

En avril 2019, le Journal 20Minutes publiait un article, une fois n’est pas coutume, consacré au golf, et notamment à Tiger Woods. Il s’intitulait « Tiger Woods a-t-il réussi le plus grand comeback de l’histoire du sport ? »

La question était plus que légitime, et contenait dans son intitulé une grande part de la réponse. Le journaliste Julien Laloye narrait alors la quinzième victoire en majeur de Woods à l’occasion du Masters 2019, soit onze ans après sa dernière victoire, et alors que plus personne n’osait imaginer un tel scénario.

A l’automne 2021, bien des choses ont changé dans le monde, dans le domaine du golf, et dans la vie de Tiger Woods.

L’excitation à l’idée d’un retour de Tiger Woods n’est pas aussi palpable qu’elle pouvait l’être quelques mois avant sa victoire à Augusta, et comme si le grand public (pas les fans de golf) étaient un peu las de cette histoire un peu sans fin.

Le Journaliste de 20Minutes s’était lancé dans un exercice de comparaison pour appuyer le titre de son article. Quel autre sportif a réussi un exploit à la mesure de ce que Woods a pu faire en 2019 ?

Le premier nom cité fut celui de Michael Jordan, véritable icône du sport américain entre les années 1990 et 2000, et même quelque part, une sorte de modèle ou de grand frère pour Woods.

Michael Jordan a réalisé deux come-back, mais sans être expert de basket, il faut reconnaître qu’ils n’ont peut-être pas eu la même dramaturgie.

Dans l’année de ses 40 ans et pour sa dernière saison de NBA, « MJ » comme beaucoup de sportifs dans un sport athlétique a sensiblement marqué le pas, même s’il a inscrit encore la bagatelle de 20 points par matchs, quand tout au long de sa brillante carrière, sa moyenne s’établissait à 30 avec des pointes à 35/37 points par match de moyenne !

Pour certains commentateurs de basket, les deux dernières années de la légende à Washington, pour son deuxième comeback ont beaucoup ressemblé à une tournée d’adieu.

Dans le cas de Woods, à bientôt 46 ans, et même si le golf n’est athlétiquement en rien comparable au basket, comment le golfeur peut-il appréhender cet énième retour ?

Finalement, en 2018/2019, revenu dans le top-10 des meilleurs golfeurs de la planète, enfin débarrassé de ses douleurs récurrentes au dos, il avait pu nous montrer une bonne palette de son talent.

Plus nécessairement le golfeur le plus puissant de la planète ou le plus révolutionnaire pour son approche justement athlétique, il avait démontré en particulier pendant les Majeurs, à Carnoustie, puis surtout à Augusta, comment l’expérience, son intelligence émotionnelle, et sa science tactique pouvaient lui permettre de jouer la gagne pour le plus grand plaisir de tous les golfeurs.

Au passage, il en avait profité pour envoyer une réponse cinglante à tous ses détracteurs, et tous les sceptiques quant à son retour, sans au passage se citer parmi ces derniers… (pour rappel, en marge d’un tournoi de golf en 2017, il émettait lui-même des doutes pour son retour au plus haut niveau).

En 2022, si Tiger Woods peut rejouer au golf dans un premier temps, et revenir sur les terrains du PGA Tour dans un second, quels pourront être ses nouveaux objectifs ?

La question peut se poser. Que peut-il vouloir encore prouver ? Avant son dernier accident de la route, il semblait moins superbe qu’avant le Masters, et comme si cet Everest personnel l’avait tant comblé en même temps que surpris.

Comme si le fait de prendre Charlie, son fils, dans ses bras en sortant du 18, avait en quelque sorte bouclé la boucle par rapport à la même image plus de vingt ans plus tôt avec son père, et déjà après un succès mémorable en Géorgie.

Miraculé pour le sport en 2018, il pourra ajouter miraculé pour la vie en 2022 aux yeux des éléments qui ont contribué à la lui sauver en février dernier (sa ceinture de sécurité et la robustesse de son SUV).

Il roulait à deux fois la vitesse autorisée sur une route escarpée.

Entre deux accidents de voiture, un premier en 2009 à l’origine des révélations sur sa vie personnelle, et le début de sa descente aux enfers, et ce second accident en 2021, la carrière de Woods n’a pas connu la longue ligne droite qu’on aurait pu légitimement lui prédire.

Cette ligne droite de victoires en majeurs toute tracée qui aurait dû faire de lui le détenteur du record de victoires en majeurs, bien au-delà du record actuel de Jack Nicklaus (18).

Entre deux accidents de voiture, le palmarès déjà exceptionnel de Woods s’est moins étoffé que l’on a parlé de comebacks, encore et toujours.

Dans cette nouvelle épreuve que traverse l’américain, le mental ou le moral sera déterminant pour accélérer ou pas le processus de retour à la compétition.

Si récemment, des clichés volés ici ou là ont permis de le voir tenir sur ses deux jambes, déjà un miracle en soi, et toujours tellement bien affuté au niveau du tronc (il reste un athlète), la question du quand son retour ne trouve pas de réponse évidente ou proche.

L’imaginer sur des terrains du PGA Tour en janvier ou février 2022, soit un an après son accident paraîtrait déjà incroyable comme exceptionnel, notamment d’un point de vue de la récupération, pour un sportif dont la jambe a été brisée.

Pour une fracture du tibia, l’institut de Kinésithérapie (France) témoigne d’une durée de trois à six mois pour la consolidation et en fonction des complications, et encore une période de trois à six mois pour la rééducation.

Dans le cas de Woods, on parle de multiples fractures ouvertes à la jambe droite, et qui ont nécessité la pose d’une tige métallique dans le tibia, et des vis pour consolider les os du pied, et de la cheville…

On peut presque se demander si ce n’est pas déjà un miracle qu’il puisse remarcher sans béquilles en octobre, soit huit mois après l’accident.

Si Woods pouvait donc retrouver l’intégralité de ses moyens physiques et envisager de rejouer au golf au plus haut niveau, pas difficile de savoir quel événement pourrait le motiver plus que tout : Le Masters en avril 2022, et même sans avoir joué en compétition avant cette date.

Avec la question du quand un retour, invariablement, il faudrait se poser la question du comment ?

Quand Woods n’est pas embarrassé par des problèmes physiques majeurs, il est capable de rapidement retrouver des sensations de frappes. Comme le vélo, le swing ne se perd pas pour un tel artiste de la balle.

En revanche, la question clé concernera sa vitesse de swing pour justement rivaliser en longueur au drive, et pour cela, il aura besoin d’une très bonne qualité d’appuis, et donc de pouvoir faire confiance à sa jambe…

Au-delà du physique, il y aura sans doute pour lui une question mentale sur la douleur, et la peur de la douleur.

En 2018, dans sa phase de retour ascensionnelle qui a trouvé son paroxysme entre le Tour Championship à Atlanta (quelques jours avant la Ryder Cup à Paris) et le Masters à Augusta, à l’occasion du Valspar Championship, Woods avait vu un de ses swings au driver mesuré à plus de 129 mph de vitesse !

A titre de comparaison, en 2021, le plus rapide en moyenne, DeChambeau a swingué à 132 mph, avec une pointe à 138 mph, or c’est un ovni dans la discipline.

La moyenne des vingt golfeurs les plus longs mis à part DeChambeau se situe légèrement au-dessus de 120 mph. Par exemple, Rory McIlroy a drivé en moyenne à 122 mph, et avec une pointe à 130 en 2021.

En 2020, une saison où il avait globalement peu joué, Woods avait enregistré une moyenne de 116 mph, contre 117 mph en 2019, et 120 mph en 2018, année où il a terminé avec la cinquième meilleure moyenne de « strokes gained » sur le PGA Tour.

Autrement dit pour son précédent comeback, Woods a surtout surpris pour sa capacité à retrouver un niveau de jeu digne des meilleurs sur le circuit, mais depuis et avant cette nouvelle interruption, il était légèrement moins en verve.

Et ce n’était peut-être pas seulement en raison d’un pic émotionnel atteint à Augusta…

Toutefois, motif d’espoir pour le Tigre, en 2021, son rival de toujours, Phil Mickelson, 50 ans passés, a prouvé qu’il pouvait encore swinguer à plus de 117mph de moyenne (dans le top-50 de la catégorie) et surtout remporter un majeur, ce que Woods a sans doute pu observer, allongé dans son lit avec sa jambe au repos.

A nouveau, dans un contexte d’entraînement normal, et sans douleurs, il est tout à fait envisageable que Woods retrouve la capacité de swinguer son driver à ce niveau de vitesse, et donc se retrouve à nouveau capable de concourir sur le circuit professionnel Nord-Américain.

Si en revanche, ses capacités étaient diminuées, et par exemple, il ne pourrait plus driver seulement qu’100 mph, cela signifierait sans doute pour lui la fin de sa carrière.

Cela a le mérite d’être un juge de paix à la fois simple et parlant pour estimer la capacité d’un nouveau retour.

Bien entendu, d’autres compartiments du jeu pourraient mettre du temps à revenir, et par exemple le putting. Mais objectivement, si Woods est capable physiquement, ce n’est pas son jeu de fers, son wedging ou son chipping qui pourraient l’empêcher.

Sur le PGA Tour, driving et putting sont les facteurs clés de succès.

Il reste la question de la motivation, et le pourquoi…

Pourquoi revenir ?

Ce n’est évidemment pas une question d’argent, ni de nécessité. Justement après avoir gagné le Masters en 2019, Woods a accompli un rêve cher à son cœur, démontrer à ses enfants.

Clairement, on peut répondre à la question du journaliste de 20 Minutes : « Oui, Tiger Woods a accompli le plus incroyable des comebacks de l’histoire du sport ».

Peut-on réaliser un comeback encore plus retentissant que le précédent comeback ?

D’une part, les histoires à répétitions ne sont pas les plus éclatantes, et d’autre part, à chaque fois, Tiger semble repartir d’un peu plus loin, d’autant qu’à ce jour, on ne sait rien de l’état de son dos… son véritable talon d’Achille…

Son dernier accident a-t-il eu un impact sur son dos ?

En janvier 2021, quelques semaines avant le drame, sa saison complète sur le tour était déjà sur le fil après l’annonce d’une nouvelle opération pour réduire la pression sur un fragment de disque pinçant un nerf.

Son indisponibilité était déjà annoncée pour au moins deux mois, et sa participation au Masters en doute. Après cette cinquième opération, Woods se déclarait devant les caméras déterminés à revenir sur le circuit et s’entraîner.

Toutefois, son visage fermé et ses déclarations à l’occasion du Genesis Invitational dont il l’est l’organisateur, et quelques heures avant son accident trahissait une plus grande inquiétude au sujet de ce retour.

Il se disait fatigué physiquement, et reconnaissait que son corps ne lui permettait pas de donner la pleine mesure de son talent.

Aujourd’hui, si Tiger venait à renoncer, qui pourrait lui en tenir rigueur, et au regard de tout ce qu’il a déjà accompli, et enduré ?

Renoncer, ce n’est pas tout à fait dans son vocabulaire, donc il y a fort à parier qu’il veuille essayer de revenir, et faire encore partie de la danse, avec peut-être dans un coin de la tête, le poste de Capitaine de l’équipe américaine de Ryder Cup, ou alors même l’envie de battre le nouveau record de Mickelson, du plus vieux golfeur à gagner en majeur.

Quoi qu’il en soit, les objectifs ne pourront venir qu’au fur et à mesure, et selon la reconstruction physique et mentale.

Comment ne pas penser qu’il a de manière regrettable endommagé les dix années qui viennent de passer, en plus de la souffrance physique, et laissé passer des opportunités d’être non pas le plus grand comeback de l’histoire, mais le plus grand champion sportif de l’histoire sur près de trois décennies…

Quelle que soit la suite de son histoire, on aimerait que Woods soit tout simplement plus prudent au volant ou qu’il fasse appel aux services d’un chauffeur…

Dans son parcours, ses plus mauvaises histoires ont pratiquement toujours été en lien avec des incidents sur la route, comme par exemple son arrestation en 2017.

Quand, comment, pourquoi… à cette heure, et comme souvent/toujours avec lui, peu de certitudes, et seulement des supputations sur un comeback… Woods a d’autres belles histoires à nous raconter, et pas seulement sur un parcours de golf.

Son fils Charlie pourrait bien être une de ses histoires…

Crédit photo : Brian Rothmuller et Robin Alam/Icon Sportswire

  • Taille du texte: Agrandir Réduire
  • Lectures : 323
  • 0 commentaires
  • Imprimer
Modifié le
Twitter
Facebook
G+
In
pinterest

Restez informé

Recevez notre newsletter

Quels sont les records de distances au drive ?
Pourquoi le 16e trou, un Par-3, du TPC Scottsdale ...

Auteur

 

Vous ne pouvez pas poster de commentaires si vous n'êtes pas membre du site.