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Shape In Motion : Donner du mouvement à une forme, la clé d’une conception de driver réussie

Le chemin vers la performance ! C’est par ces mots que la présentation des nouveautés 2020 du fabricant Américain TaylorMade a commencé. Alors que la plupart des contenus publiés depuis quelques jours dans la jungle d’Internet se focalisent sur les clubs, et notamment les nouveaux drivers, ci-après, je vous propose de vous intéresser à ce qui préside à la conception de ces clubs de golf SIM. Véritable innovation ou énième coup de bluff marketing ?

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Le métier d’une marque de matériel de golf

A quelques jours de l’Hiver, à quelques heures d’un mouvement social d’ampleur en France, aux conséquences dramatiques pour le commerce en général, et les détaillants de golf en particulier, je m’envolais préoccupé pour Les Canaries, ayant dans un premier temps refusé l’invitation de TaylorMade.

Depuis trois ans, il ne se passe pas une année sans des bouleversements d’une violence extrême, avec des pénuries d’essences en mai 2017, les gilets jaunes en novembre 2018 et de longs mois, et désormais les grèves de décembre 2019.

Je fais ce commentaire, car je ne voudrais pas que vous puissiez croire que pendant ces crises, je pars me la couler douce au soleil, et sans être impacté ou insensible à cet environnement, sur lequel je ne dois pas porter de jugement, mais dont je constate l’effet destructeur à l’intérieur, et à l’extérieur de la France.

Pourtant, chaque année, dans ce contexte, le nombre de golfeurs et de golfeuses est en résistance dans l’hexagone. Depuis 2013, je ne crois pas que la filière a connu autre chose que la crise…

En 2019, on a pu noter un léger rebond de la filière, et selon un timide impact de la Ryder Cup auprès d’anciens golfeurs, remotivés par l’événement.

Dopée par environ 3% de licences supplémentaires, il semble que la vente de clubs et équipements de golf ait repris des couleurs, et après une saison 2018 catastrophique, car en plus des tumultes économiques et sociaux, il fallait ajouter une météo capricieuse.

Acteur mondial, TaylorMade ne construit bien entendu pas son calendrier de production en fonction des événements qu’elle ne peut de toute façon pas maitriser.

La marque Californienne récite année après année son discours.

Elle fait finalement son métier.

Imaginer, concevoir, et construire des clubs des golfs pour environ 60 millions de consommateurs dans le monde.

Pour les plus fans, il est vrai que ce calendrier annuel, avec ce discours un peu répétitif, finit par lasser. « Tiens ! Encore un driver qui va 10 mètres plus loin… »

Justement, j’observe que depuis quelques saisons, et notamment le RocketballZ, TaylorMade n’annonce plus de gains en mètres directement dans sa communication.

Plus subtile, la marque laisse les meilleurs joueurs du tour déclamer leur amour des nouveaux produits, et suggère le bénéfice sans le nommer.

Dans la dernière vidéo, on entend Matthew Wolff expliquer que les nouveaux drivers SIM sont meilleurs que ceux de l’an passé, ou encore Rory McIlroy considérer qu’ils seront plus faciles à jouer par les amateurs… Les stars font le service avant-vente.

Il y a toutefois une chose à savoir quand on se rend au siège des industriels, et qu’on écoute non pas le discours marketing, mais le discours productif.

Rien qu’aux Etats-Unis, un marché de 25 millions de golfeurs, les golfeurs changent en moyenne de série tous les 5 ans, soit 5 millions de séries à produire et à fournir chaque année.

Les nouveautés d’une saison s’adressent bien moins aux golfeurs qui ont acheté des clubs dans les 36 derniers mois qu’aux golfeurs qui s’apprêtent à le faire dans les 12 prochains.

De mon point de vue, c’est de là que né la confusion des amateurs qui bien qu’ils achètent des clubs tous les 5 ans, voient bien qu’il arrive des nouveaux produits censés être plus performants tous les ans, et parfois tous les 6 mois.

Si on se place dans la peau de l’industriel, vous l’imaginez dire à ces nouveaux clients « Bon, et bien, vous allez acheter des clubs… ne vous inquiétez pas, ils seront identiques à ceux que vous jouiez cinq ans plus tôt. »

Est-ce que ce serait plus sincère ? Peut-être ?

Cependant, les golfeurs, nous, vous, sommes dans l’attente du truc qui nous fera mieux jouer. Dans 99% des cas, ce truc ne viendra pas du matériel ou d’une nouvelle trouvaille pédagogique.

Elle viendra du temps consacré à l’entraînement, et à la répétition de parties, et si possible, en grand nombre.

On a pourtant envie d’y croire.

Acheter des clubs est d’abord un acte de plaisir.

On peut le justifier de toutes les manières possibles : Look, son, prix, technicité, marque, besoin d’identification, besoin de positionnement social…ou progrès.

Parfois, l’histoire, la forme est si bien racontée que justement on finit par se poser des questions sur la véracité du fond…

La nouvelle histoire de la Shape In Motion

Chaque année, les ingénieurs qui sont aussi bien des techniciens que de trop bons marketeurs doivent donc trouver une nouvelle histoire à nous raconter.

Nick Bonfield, 20 ans chez TaylorMade, un britannique, responsable produit pour l’Europe a donc été chargé de nous présenter l’origine de la création des nouveaux produits SIM, censés être toujours plus performants.

Comment nous expliquer en 2020, ce qu’un industriel peut encore innover dans un environnement aussi normé, et où les innovations sont parfois difficiles à réellement quantifier comme bénéfique pour le score au golf ?

Prenant exemple sur l’industrie du cycle, où l’ergonomie et les matériaux ont terriblement évolué pour notamment plus d’aérodynamisme, plus de légèreté, plus de vitesse et donc plus de performance significative.

Bonfield explique que pour atteindre cette performance, il faut suivre un certain chemin de conception.

Cela commence d’abord par plus de vitesse de swing.

En second, il faut plus de tolérance, et de meilleures conditions de lancements.

Enfin, en troisième, toute la finalité du développement produit est d’amener une hausse de la vitesse de balle à l’impact.

Nick Bonfield a conscience que les améliorations doivent être significatives pour valider l’intérêt d’une amélioration.

Quoi qu’il en soit, les ingénieurs suivent toujours ce chemin, et dans l’ordre présenté ci-dessus.

Avant la sortie d’une nouveauté, le point de départ peut très bien avoir été imaginé 5 ou 10 ans auparavant.

Si pour la vitesse de swing, il met en avant l’aérodynamique comme première solution, pour la tolérance, c’est plus la taille et le volume de la tête qui est mis en lumière.

Cela étant dit, la conception d’une tête de driver est le fruit de réponses à des contraintes.

Le centre de gravité est l’élément le plus souvent cité au moment d’évoquer les caractéristiques d’une tête de club.

Un centre de gravité abaissé et les conditions de lancement sont élevés, en même temps que le spin donné à la balle baisse.

L’homme produit cite alors le SLDR comme probablement le driver TaylorMade de référence pour ce double objectif : Lancement haut et faible spin.

Cependant, Bonfield concède que de nombreux golfeurs ont pu avoir du mal à taper de bonnes balles avec le SLDR, considérant qu’il n’était pas fait pour eux, pas assez tolérant.

Le centre de gravité du club était très/trop avancé…

Au contraire, pour favoriser le moment d’inertie, et obtenir plus de stabilité à l’impact, il fallait reculer le centre de gravité dans la tête du club.

Le fait qu’avec le M3 ou le M5, les meilleurs golfeurs de la planète dont Brooks Koepka, n’hésitaient pas à placer les poids à l’arrière de la tête, aurait achevé de décider les ingénieurs à mieux explorer cette voie.

En toute logique, il est impossible de combiner un driver peu spinnant et en même temps plus tolérant. C’est un premier compromis à faire.

C’est pourtant à ce challenge que TaylorMade a voulu s’attaquer avec les clubs SIM « Shape in Motion ».

Au moment de dessiner la tête, les ingénieurs sont partis de la face, avant de porter le crayon sur n’importe quelle autre partie de la tête.

A ce propos, Bonfield précise que TaylorMade a poussé son expérience au maximum avec la Twist face, et la Speed Injection. Pas d’évolution à prévoir sur ce sujet de la face en 2020.

Après la face, les ingénieurs ont imaginé la forme la plus aérodynamique possible. Le driver SIM a commencé à prendre une forme ovalisée à l’arrière pour parfaitement interagir avec le sens du flux d’air pendant le swing.

Pour renforcer le moment d’inertie, ils ont ajouté une forme bizarroïde à l’arrière de la tête, et sous la semelle, tout en séparant les deux questions, aérodynamique, et tolérance.

Ils ont ainsi conçu « L’Inertia Generator ».

Pour y parvenir, visiblement pas d’autres solutions que d’utiliser des matériaux ultralégers.

Le carbone a non seulement été utilisé sur la couronne, mais aussi sur des panneaux sous la semelle, près de la pointe, ou près du talon.

L’idée était de répartir le poids plus bas vers la semelle.

A ce stade, l’aérodynamique a beaucoup d’importance dans la conception du club, et les ingénieurs commencent à analyser les performances de leur nouvelle trouvaille en soufflerie.

Ils mesurent le flux d’air autour de la tête.

Les premiers retours sont bons. L’air circule plutôt bien sous la semelle, notamment au moment de l’impact quand le club revient droit sur la balle.

Pourtant, que se passe-t-il quand le club circule dans l’espace ? Et notamment au moment le plus important, quand le club atteint accélère le plus avant l’impact ?

Le dessin initialement imaginé donnait trop de « lag », de traînée dans l’air, et donc perdait de la vitesse de swing, et à ce moment précis.

Les ingénieurs ont donc analysé le swing de Dustin Johnson, admettant que la partie du backswing n’est pas la plus importante pour la performance.

C’est en réalité au downswing qu’il faut chercher des optimisations.

Quand les mains du joueur arrivent à placer le club à l’horizontale sur le chemin du retour, Dustin Johnson atteint déjà la vitesse de 90 mp/h de vitesse de swing.

Plus il accélère, et plus il crée de la traînée.

En contrepartie, le club commence à perdre en vitesse, alors que le joueur est en pleine accélération.

Toujours au moment où les mains placent le club à l’horizontale, les ingénieurs constatent que la face du club est ouverte.

De cette position précise jusqu’à l’impact, Dustin Johnson passe de 90 à 120 mph en une fraction de seconde, soit la plus grande part de l’accélération.

Dans le même temps, la face se referme.

Pendant cette phase critique, le premier dessin du driver SIM ne fonctionnait pas comme désiré.

En essayant de résoudre des problèmes, TaylorMade en avait créé un autre.

Précisément, la forme ajoutée sous la semelle « Inertia Generator » augmentait la traînée pendant le downswing.

Comment le conserver pour plaire aux golfeurs, tout en résolvant l’épineuse question de la vitesse ?

Les ingénieurs ont rapidement constaté que le problème du flux d’air se posait à un endroit précis, entre le talon du club et son bord de fuite, à l’arrière, comme si l’Inertia Generator créait finalement un frein.

Après un nouveau passage en soufflerie, près de San Diego, les ingénieurs ont tout simplement pivoté « l’Inertia Generator » pour qu’il épouse mieux le sens du flux d’air, et ne propose plus une résistance, notamment quand la face est ouverte pendant la phase de la plus forte accélération du swing.

Ils ont ainsi résolu le problème du flux d’air, tout en conservant le bénéfice du moment d’inertie supplémentaire. D’où le nom de « Shape in motion » ou forme en mouvement…

Il ne s’agissait pas simplement de concevoir une nouvelle forme de club, mais de la concevoir dans un mouvement dynamique.

S’agissant du chemin pour concevoir un club performant, TaylorMade a donc traité la question de la vitesse de club, et la tolérance, par la forme de son club.

La forme, c’est la clé du driver SIM 2020.

Lancement élevé, peu de spin, pour Nick Bonfield, c’est finalement bon pour tous les golfeurs, amateurs ou professionnels.

Quand on suit le raisonnement de la marque, la logique suivie depuis plusieurs années, avec l’addition de la Twist face, puis la Speed Injection, et maintenant la Shape in Motion, par briques, TaylorMade aurait construit la meilleure tête de driver possible.

Désormais, toute la question sera de savoir si le marché, les distributeurs, les golfeurs vont percevoir cette fabrication, et la transcrire en bénéfices concrets sur le terrain.

Pour TaylorMade, tout l’enjeu désormais commercial est à ce niveau.

Me concernant, je commence à penser que le plan de production de TaylorMade était savamment orchestré depuis le début, et sur un planning à trois/quatre ans.

Comprenez que la marque savait déjà en 2017 où elle allait nous emmener en 2020 !

Au lieu de nous amener le SIM d’emblée de jeu, elle a morcelée son innovation en M3 avec la Twist Face en 2018, puis M5 avec la Speed Injection en 2019, et enfin SIM avec la Shape in Motion en 2020 qui cumulerait les innovations précédentes…

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