Débat sur la distance au drive : L’USGA et le R&A tranchent dans le vide

L'américain Mickelson déclare pathétique la nouvelle règle visant à limiter la longueur d'un shaft de driver

Parmi les golfeurs concernés par la nouvelle règle « locale » qui entrera en vigueur le 1er janvier 2022, l’américain Phil Mickelson, 51 ans, l‘a justement qualifié de pathétique. L’USGA de concert avec le Royal & Ancient viennent en effet d’annoncer une nouvelle règle locale visant à limiter à 46 inches, la longueur des manches autorisés en compétitions. Mesure qui restera à la discrétion des organisateurs de tournois. Le gouvernement du golf, qui depuis plusieurs années s’émeut d’un accroissement dangereux des distances au drive, a semble-t-il et finalement pris une décision « molle », et qui ne devrait rien régler. Est-ce un aveu de faiblesse ? Isolé contre une majorité de golfeurs amateurs et professionnels, sans oublier l’industrie dans son ensemble, le législateur semble pris au piège de sa propre boîte de Pandore…

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Après plusieurs années de rapports sur la distance et de débats sur le besoin de limiter la distance au drive, l’USGA et le Royal & Ancient viennent de prendre une première mesure concrète : Limiter la longueur des manches pouvant être utilisés à 46 inches.

Dans le commerce, et à destination des golfeurs amateurs, les marques de matériel de golf ont progressivement et au fil des années allongées les manches pour proposer des clubs entre 45,5 et 45,75 inches, ce qui paraît déjà beaucoup.

Leur idée était de vendre aux golfeurs une augmentation de la vitesse de swing, sans trop se soucier de l’augmentation de la dispersion ou même d’un effet contre-productif, le décentrage des frappes dans la face, et par conséquent, une baisse du smash factor.

Baisse qui peut s’accompagner d’une baisse de la distance parcourue par les balles…

Chez les amateurs, il est donc extrêmement improbable de trouver un golfeur utilisant un driver muni d’un manche de 46 inches ou plus, ou alors il sera passé par la case fitting.

Chez les professionnels, cette longueur est aussi assez rare, puisque les meilleurs ont plus souvent recours à des manches de 44,75 ou 45 inches.

Le gaucher Phil Mickelson est en fait un des rares golfeurs à utiliser un manche de 46 inches, et Bryson DeChambeau a pu dans un passé récent, tester des drivers avec un manche allant jusqu’à 48 inches.

La mesure annoncée par le gouvernement du golf n’aura donc que très peu d’effet sur les quelques 65 millions de golfeurs dans le monde, et ressemble plus à une règle inventée pour deux ou trois joueurs.

Cela semble un peu hors sujet, quand depuis le départ de ce débat, le législateur entend au contraire défendre l’avenir du jeu, et surtout l’économie des parcours.

L’accroissement des distances pourrait de son point de vue, et celui de Jack Nicklaus ou Tiger Woods menacer la santé financière des golfs obligés de repousser les tees de départs, augmenter les coûts, et dénaturer le jeu.

A lire cette phrase, beaucoup d’amateurs pourraient se taper de rire sur le ventre, tant ils ont déjà du mal à lancer un driver à plus de 220 mètres ou pour les plus athlétiques à 250 mètres, et alors qu’en France par exemple, beaucoup de parcours proposent une distance totale supérieure à 5500 mètres des repères blancs !

Clairement ce débat est très loin des préoccupations d’une population de golfeurs majoritairement senior.

Si Mickelson explique que cette mesure va à l’encontre du développement du golf, et de son caractère amusant, paradoxalement, il a un peu raison et tort à la fois.

Sur le PGA Tour, à 51 ans, Mickelson est un ovni de performance, capable de rivaliser encore avec des athlètes, 20 à 30 ans plus jeunes que lui.

Avec une moyenne de vitesse de drive encore supérieure à 115mph, et sans doute au bénéfice de son driver légèrement plus long, Mickelson se maintient tout près des 50 golfeurs les plus longs sur le circuit.

A l’inverse, et les Français ont pu le voir à l’occasion de la Ryder Cup à Paris, quand le parcours est trop sinueux, avec un rough très haut, et des fairways très étroits, Mickelson qui cherche largement plus la distance à la précision est tellement pénalisé qu’il en vient à déclarer que ce type de parcours ne l’amuse pas, et grand dieu qu’il a raison…

A l’inverse, aux Etats-Unis, beaucoup de parcours (pas tous) sont souvent très larges et très longs pour justement récompenser les plus longs frappeurs. C’est une autre culture, une autre vision du golf, et d’ailleurs beaucoup plus orientée vers l’amusement.

Pour Mickelson, un shaft plus long aurait le mérite de lui permettre un arc de swing plus long et moins violent, alors qu’à l’inverse, un manche plus court lui favoriserait un mouvement plus court, et plus brutal. C’est ce point qu’il met en avant pour contester la mesure, et essayer de raccrocher à sa cause, celles des amateurs.

Peut-être a-t-il raison mais encore une fois, très peu d’amateurs se reconnaissent dans son choix.

A l’inverse, il n’a pas tort quand il déclare que cette mesure est tout de même un peu pathétique, car dans le fond, elle ne résout rien du problème posé initialement.

En aout dernier, DeChambeau utilisait un driver Cobra King Ltd Pro de loft 7 degrés monté sur un manche LA Golf Tour AXS Blue 60 X de 45,5 inches…

Si la mesure vise à limiter le plus long frappeur actuel sur le tour, c’est raté ! Et pourtant, il existait une solution déjà largement évoquée sur JeudeGolf, et de l’initiative de Ian Poulter : Limiter les lofts !

En interdisant des lofts inférieur à 7,5 degrés, le législateur aurait déjà apporté une réponse plus concrète, et cohérente… au problème posé par la distance sur le circuit professionnel.

Au-delà des limitations à imposer ou ne pas imposer, cette affaire démontre que l’USGA et le Royal&Ancient ne savent plus comment sortir de cette histoire par le haut.

L’industrie rejette en bloc l’idée d’un retour en arrière de la balle, soutenue par ses clients, les amateurs qui ne perçoivent pas dans leur quotidien, ce problème.

C’est confirmé par plusieurs études distinctes du rapport sur la distance émis chaque année par le législateur.

Par exemple, ShotScope qui produit une montre GPS permettant de tracker les coups sur le parcours a encore récemment montré que seulement 4% des golfeurs sont en mesure de driver à plus de 270 mètres.

La majorité des golfeurs drivent entre 180 et 205 mètres sur des parcours au contraire bien trop longs pour favoriser l’amusement.

Autre information, la moyenne de distance des amateurs ne progresse pas réellement au cours des dernières années, ce qui devrait au passage remettre en question les discours marketing des marques promettant toujours plus…

C’est faux !

Il n’y a pas de débat sur une distance trop longue au drive, sauf pour quelques golfeurs professionnels. Au contraire, ce débat inutile fait perdre de vue les vrais enjeux du golf, et notamment des parcours trop difficiles pour 80% des pratiquants, ce qui présente des conséquences sur le nombre élevé de golfeurs/golfeuses qui abandonnent, sur la triche, ou le jeu lent.

L’annonce de cette nouvelle règle locale est aussi pathétique, car finalement c’est une demi-mesure qui va présenter peu de contraintes, et ne fait que soulever des interrogations sur l’autorité du législateur.

Règle locale d’une part, la MLR-G10 sera en fait une « option » à la discrétion d’organisateurs de tournois professionnels ou amateurs (pour les élites), et donc pas une contrainte.

Dans son communiqué, Martin Slumbers a insisté sur le fait d’avoir dialogué avec tous les acteurs de l’industrie, et avant de mettre au point cette nouvelle disposition.

On sent surtout que le législateur cherche à avancer son sujet face à une opposition très vive, et qu’il n’a que peu de soutien pour ce projet.

Plus réaliste, Mike Whan, le Président de l’USGA admet « Ce n’est pas la réponse pour traiter tout le débat autour de la distance, mais simplement une option pour les organisateurs de tournois ».

Il est donc admis que c’est une demi-mesure, une mesure molle…

Pour autant, le débat n’est pas clos, et le gouvernement du golf semble toujours vouloir réfléchir à une nouvelle méthode de test pour la balle, et une manière de réduire l’effet rebond des drivers, des mesures qui pour le coup pourraient avoir un plus grand impact, et sur un plus grand nombre de joueurs.

Sur ce débat, le législateur se montre en profond décalage avec ce que vivent les golfeurs dans leur quotidien, et ne sait pas plus trancher dans le vif avec les golfeurs professionnels.

Aveu de faiblesse ? Aveu surtout de déni de réalité, et de perte d’influence alors que quelques années en arrière sur le sujet de l’ancrage au putting, l’interdiction d’un certain type de putters était souhaitée, et avait été très bien acceptée.

Le gouvernement du golf a bien entendu toujours un rôle majeur à jouer pour guider les golfeurs, mais il doit pour cela rester au contact de leurs réalités ou des réalités balistiques.

La limitation du loft n’aurait aucun effet négatif sur les industriels, et aucun effet sur les amateurs, mais pourrait en revanche, clairement limiter de manière nette, les golfeurs bodybuildés qui pourraient toujours s’orienter vers les concours de long-drive, un autre sport.

Rappelons que plus la vitesse de swing augmente, et plus le loft du club doit être diminué pour favoriser un angle de lancement adapté et optimisé, et ce pour que la balle ne subisse pas un effet de ballonnement.

Quand DeChambeau descend son loft à 4,5 ou 5,5 degrés, il peut optimiser sa distance au drive en cohérence avec sa vitesse de swing supérieure à 130 mph.

S’il devait utiliser un driver conventionnel avec un loft de 9,5 degrés, son taux de spin augmenterait de sorte qu’il serait limité en efficacité. Le débat sur la distance serait alors réglé, et sans qu’on pénalise des millions d’amateurs pas concernés.

Enfin, Mickelson a peut-être raison de parler de décision pathétique, mais pas nécessairement pour les raisons qu’il évoque…et qui le concerne surtout lui personnellement.

Crédit photo : David Rosenblum/Icon Sportswire

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