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Plus de fairway en régulation: Du power fade au low cut?

La plupart du temps, il y a une corrélation directe entre le nombre de fairways pris en régulation, et le score au golf. Plus les parcours sont étroits, plus les roughs sont denses, et plus la capacité de driver sur le fairway est essentielle pour bien jouer au golf. Des statistiques nous apprennent qu’un golfeur classé entre 0 et 5 d’index trouve en moyenne 60% des fairways en régulation, soit un peu plus de 8 fairways sur 14. A l’inverse, un golfeur classé au-delà de 30 d’index ne trouverait pas plus de 47% des fairways… Cependant, ces statistiques ne prennent généralement pas en compte la distance. Précision ou distance, à l’occasion de l’US PGA Championship 2019, le tenant du titre, Brooks Koepka adapte sa technique pour justement faire face. Que peut-on en apprendre au niveau amateur ?

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Dans un précédent sujet sur les fairways en régulations, nous avions vu que les pros du PGA Tour sont parfois moins obsédés par la précision, et tout de même dans le coup pour performer, et même gagner des tournois.

Pour beaucoup de golfeurs, professionnels ou amateurs, la qualité du driving est souvent la priorité.

En matière de score, ce devrait pourtant être le putting, qui représente à lui seul entre 40 et 50% des coups à jouer, et selon les joueurs.

Comme l’expliquera Alexandre d’Incau dans sa prochaine émission « Workshop », sur le fitting de putting, le putter est le premier club à fitter dans le sac, car sur le green, rentrer les putts est comme l’accomplissement de tout un travail, comme une dernière carte à poser pour finaliser le château.

Manquer les putts finit par ébranler la confiance du joueur, y compris sur le tee de départ suivant.

Néanmoins, pour beaucoup d’entre nous, la confiance est déjà ébranlée sur le premier coup, au moment de démarrer un nouveau trou, et surtout, quand la balle part à gauche, ou à droite.

Sans aller jusqu’au hors-limite ou à la balle perdue, quand un drive se retrouve derrière les arbres, dans des hautes herbes ou sur un mauvais lie, dans 90% des cas, c’est l’assurance de perdre un coup supplémentaire.

Au lieu de driver le fairway en un coup, il peut arriver que ce soit deux ou trois coups ou pire…

La base du château de cartes démarre bien mal.

La plupart des outils de scoring, comme Arccos, n’analysent pas encore assez finement la conséquence d’un drive raté.

Dans les facteurs explicatifs d’un score plus élevé, ces outils vont considérer que l’on manque derrière les greens en régulation, en raison de coups trop courts pour les atteindre.

En effet, quand à plus de 200 mètres du drapeau, vous êtes obligé de vous recentrer avec un coup qui ne parcoure pas plus de 50 mètres en guise de second coup, et pour aller chercher le green, vous êtes de fait trop court.

Est-ce à cause de ce coup de recentrage que vous manquez le green ?

Bien entendu, non… c’est le premier coup qui est en cause.

Cependant, taper un fer 7 derrière un arbre avec un mauvais lie, pour tout de même trouver le green est éventuellement possible pour Tiger Woods et les pros, mais pas pour la plupart du commun des golfeurs et golfeuses.

C’est bien parce que tout cela est une évidence pour quasiment tous les joueurs, que sur le tee de départ, le driver peut représenter une relative inquiétude, et même décourager des joueurs, à sortir ce club du sac.

Dans ce cas, on pourrait être tenté de ne plus prendre le driver, et prendre seulement le bois 3. Ce n’est pas forcément la seule solution.

Le club n’est pas nécessairement le problème. C’est souvent bien plus la synchronisation du swing, ou la stratégie du coup à jouer, qui sont en cause.

La statistique du nombre de fairway en régulation est donc très imparfaite pour déterminer seul votre handicap. En réalité, on ne peut pas dissocier distance et précision.

C’est valable pour les meilleurs joueurs du monde.

Brooks Koepka a remporté par deux fois l’US Open en 2017 et 2018. Il a aussi remporté l’US PGA Championship 2018.

Il n’était pas nécessairement classé en tête de la précision au drive, mais très largement parmi les premiers pour la distance.

Selon la largeur des fairways, et la difficulté des roughs, il considérait qu’il était préférable d’avoir un wedge comme second coup vers le green, plutôt qu’un fer 9 ou un fer 8, et ce, pour approcher plus près des drapeaux.

Cette stratégie dépend tout de même beaucoup du parcours à jouer.

En 2017 et 2018, si on prend toujours l’exemple de Brooks Koepka, notamment parce qu’il a remporté trois majeurs sur huit possibles, au global de ces deux saisons, il n’était pas dans les 150 premiers pour la précision au drive.

Cette année, il n’est pas encore « sorti du bois ».

A savoir, il n’a pas encore remporté de succès significatif.

On a constaté qu’il avait perdu du poids en début d’année, et lui-même a du s’en justifier auprès de la presse américaine.

En parallèle, et sans que l’on puisse vraiment en tirer un lien de cause à effet, il est passé sous la barre des 90 meilleurs golfeurs du PGA Tour pour la précision au drive, et donc le nombre de fairways en régulation.

On parle du numéro trois mondial de golf !

Pour parvenir à ce changement spectaculaire dans son jeu, et donc source d’inspiration pour nous les amateurs, il a mis au point une nouvelle façon de driver.

Il compte d’ailleurs s’en servir à l’occasion du PGA Championship disputé sur le Black Course de Bethpage, un parcours réputé très difficile.

Interrogé par la presse américaine, il révèle son secret « J’ai commencé à tapé plus de fairway finder. C’est en quelque sorte un cut tapé bas ».

De cette façon, il reconnait qu’il tape beaucoup mieux le drive, et obtient plus de contrôle.

« Les coups manqués sont meilleurs, et tout semble plus consistant. »

Qu’est-ce qu’un fairway finder ? Dit comme cela, cela ressemble à une formule magique que seul un professionnel peut décoder.

Brooks Koepka est un adepte du coach Claude Harmon, le fils de Butch.

Pour Michel Besanceney, ancien golfeur pro, directeur du golf de Dar As Salam au Maroc, fin connaisseur, Claude Harmon n’a pas le même charisme ou talent que son père. En revanche, il lui reconnaît une passion pour la « data ».

Harmon fait effectivement partie de ses coachs qui travaillent exclusivement avec des outils de mesures, et notamment le Trackman.

Il y a fort à parier qu’il a préparé son poulain en vue de changer de stratégie, taper des drives moins puissants, mais plus précis, en créant un chemin de club plus extérieur-intérieur avec une face légèrement moins fermée.

La science de cette technique consiste à trouver le réglage fin, surtout quand finalement on s’écarte de la ligne droite représentée par un chemin de club neutre, et une face de club square.

Ci-dessus, les mesures au Trackman démontrent qu’il créait bien les conditions d’un power fade avec un chemin de club légèrement extérieur-intérieur (-1,7 degrés), et une face plus fermée en relation avec ce chemin (-3 degrés).

La science des golfeurs pros qui travaillent avec un Trackman consiste à faire « bouger » les valeurs de relation entre le chemin et la face dans des proportions raisonnables. Le cas présent, la relation face chemin est seulement de -1,5 degrés à gauche.

Pour un amateur, toute la difficulté n’est pas de créer un chemin très extérieur-intérieur ou l’inverse, mais de coupler le chemin avec la face dans des degrés contenus.

Le pro est pro parce qu’il sait ajuster ou faire du fine tuning avec son swing.

Pour gagner son premier US Open à Erin Hills en 2017, Brooks Koepka n’avait pas joué comme un « idiot » qui se contentait de taper fort.

A l’inverse de sa saison, à Erin Hills, sur des fairways en réalité trop larges pour réellement le pénaliser, classé septième pour la distance avec 322 yards de moyenne, il avait pris 88% de fairways en régulation (4eme du classement).

Au final, il avait dominé tout le champ de joueurs avec une impressionnante moyenne de 86% de greens en régulation, ce qui l’avait conduit à gagner ce majeur.

A Bethpage, pour l’US PGA Championship 2019 qu’il ambitionne de gagner. Il ne pourra pas compter sur la générosité des organisateurs avec des fairways aussi larges.

« Si vous ne prenez pas le fairway ici, je pense que vous allez vraiment rencontrer de gros problèmes. »

Jusqu’à présent, la technique de Koepka était majoritairement basée sur le « Power fade » comme illustré plus haut.

Son nouveau coup est assez similaire, mais la balle vole légèrement plus basse, et fade un peu plus.

Cela signifie que son angle de lancement est moins élevé, et qu’il place sa face plus square à l’impact en conservant un chemin de club extérieur-intérieur.

Avec son power fade, sa face est au contraire très fermée.

Quel que soit le type de coup, il doit surtout garder un écart raisonnable entre la direction vers laquelle le club pointe, et la direction vers laquelle la face se dirige.

Toute exagération de cette relation entraîne des grosses fautes ou écartements par rapport à la trajectoire idéale.

Ci-dessus, un cut réalisé par un amateur qui swingue plus extérieur-intérieur que Koepka (trop sans doute), et doit du coup vraiment fermer la face (-2,5 degrés) pour la maintenir en fade près de l’axe.

Ce type de coup prend plus de spin qu’un draw. Par conséquence, la balle roule un peu moins.

Que ce soit pour Brooks Koepka, ou pour un amateur de golf, le plus important, c’est toujours de comprendre comment son propre swing fonctionne, plan intérieur ou extérieur…

Koepka est plus à l’aise avec un mouvement qui revient de l’extérieur vers l’intérieur. De là, il doit se concentrer sur la position de la face à l’impact.

Comme tous les golfeurs, il manque des coups, et notamment quand il exagère son mouvement, en particulier quand le chemin du club est trop extérieur-intérieur.

Plus haut, ce chemin est seulement vers l’extérieur de 1,7 degrés… Si ce chemin devait s’écarter de seulement 2, 3 ou 4 degrés, il n’aurait plus le même contrôle sur la trajectoire de balle.

En réalité, cela se joue à quelques degrés près.

Dans son cas, il commence à lâcher à droite, avec une sorte de gros blocage du corps au moment de l’impact. Il travaille justement beaucoup cet aspect de son geste, pour prévenir cette erreur sur le parcours.

Son nouveau mouvement qui s’apparente à un léger cut, sorte de balle que vous coupez à la limite du mauvais coup, lui est justement venu comme une sorte d’exercice à réaliser pour éviter le push slice.

Bien entendu, il cherche toujours à prendre la balle au centre de la face.

Simplement, il fait varier la position de la face par rapport au chemin de son club, pour toujours la faire partir d’abord à gauche, pour qu’elle courbe ensuite sa trajectoire vers la droite.

L’intérêt d’un power fade ou finalement d’un low cut est en fait de clairement fermer le côté gauche du fairway, et ne poser la balle qu’entre le centre et la partie droite, ce qui revient à éliminer 50% des trajectoires possibles.

Cette stratégie fonctionne plutôt bien pour Koepka, puisqu’en 2019, il n’a posé que 10% de ses balles du côté gauche du fairway dans le rough, contre 16% à droite. C’est un écart assez significatif.

Il utilise ce « correctif » quand il sent qu’il doit absolument prendre le fairway, mais accepte en compensation de perdre en distance.

En 2019, sa moyenne au drive est de « seulement » 308 yards quand en 2018, elle était de 313 yards.

En revanche, sa moyenne de fairway en régulation a progressé de 55% à 62%.

Cette nouvelle stratégie ne pourra trouver sa justification que dans une nouvelle victoire en majeur, et par exemple, sur un parcours comme le Black Course, nettement plus délicat qu’Erin Hills.

Dans ce cas, Koepka pourrait démontrer qu’il est plus qu’un champion, il est un champion intelligent, capable de comprendre son jeu, et en tirer avantage.

Pour une génération de golfeur plus âgé, et par exemple, pour Michel Besanceney, tout ceci peut paraître terriblement mathématique, moins instinctif et moins créatif.

C’est pourtant le golf moderne : Apprendre à contrôler les effets pour les limiter, et réduire l’incertitude. Cela conduit à créer des golfeurs professionnels plus robotiques.

Ils exécutent un plan. L’ancienne génération avait plus de vista mais était aussi moins fréquemment en capacité de jouer des scores très bas, et parfois sous la barre des 60 coups !

L’ancienne génération n’était pas moins talentueuse. Elle l’était même certainement plus. Avec les outils d’aujourd’hui, un golfeur peut apprendre à tirer parti d’un cut, et en faire un facteur clé de succès en tournoi.

Le bon conseil, la morale de cette histoire que tout amateur peut importer dans son jeu, c’est de connaître sa tendance naturelle (chemin de club et position de la face), et de procéder à de petits ajustements entre distance et précision.

Cela peut paraître simple à dire alors que c’est pourtant à priori difficile à faire.

Une bonne astuce consiste à planter devant soi au practice trois sticks (bâtons), un au centre de la trajectoire, un 20 centimètres à sa gauche sur la même ligne, et un autre, 20 centimètres à droite toujours sur la même ligne, pour en réalité dessiner deux couloirs que la balle pourrait emprunter au démarrage de sa trajectoire.

Pour réaliser un low cut, il faut chercher à faire passer la balle dans le couloir de gauche, tout en lui donnant la courbure nécessaire pour revenir vers la droite.

Pour cela, il faut « couper » la balle, ce qui est finalement la technique des golfeurs qui slicent, et d’où le nom de cut avec un swing légèrement « over-the-top ».

Pour que l’effet fonctionne, idéalement, il faut créer une chemin extérieur-intérieur du club vers la balle qui soit sur une valeur deux fois supérieure à celle du placement de la face à l’impact.

Par exemple, un chemin de 5 degrés extérieur-intérieur couplé à une face positionnée 2,5 degrés fermée génère un cut.

C’est exactement le coup présenté plus haut graphiquement à l’aide du trackman.

Si à cela, vous ajoutez un angle de lancement bas avec un club fermé (loft), vous obtenez ce fameux low cut recherché par Koepka.

Cette stratégie de l’américain est en quelque sorte la confirmation qu’il ne cherche pas à taper des « i » depuis le tee, soit une balle toute droite impliquant un chemin neutre et une position de la face square à l’impact.

Il accepte d’emblée l’idée que la perfection est difficile à atteindre, autant en jouer, et apprendre à dompter les « angles » pour prédire la trajectoire finale de la balle.

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