Prendre le fairway en régulation ou driver à sa distance maximum ? Quelle est la meilleure option ?

Mickelson privilégie la distance à la précision au drive

Récemment interrogé dans le cadre d’un tournoi du PGA Tour pour les plus de 50 ans, l’américain Phil Mickelson (51 ans), a une fois de plus déclaré que pour lui la précision au drive n’était pas une question pertinente, au contraire de la distance. Il a surtout précisé qu’il se souciait peu de la dispersion de ses drives, dans la mesure où il a toujours pu s’appuyer sur l’excellence de son wedging, et ce, pour réussir un grand nombre de birdies. Alors, faut-il en déduire pour un amateur que la distance l’emporte systématiquement sur la précision au drive ?

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Du point de vue de Phil Mickelson, quand on connaît la qualité de son petit-jeu, il n’est pas étonnant qu’il ait cherché à en tirer le meilleur profit tout au long de sa carrière, et au passage, à réduire la part de sa plus grande faiblesse, la précision au drive.

A 50 ans passés, Phil Mickelson swingue encore son driver à une moyenne supérieure à 117 mph (188 km/h) et même si pour cela il utilise le shaft le plus long possible, c’est tout de même un exploit pour un golfeur souvent plus âgé de 20 à 30 ans par rapport à ses principaux rivaux sur le PGA Tour.

Pro depuis 1992 et désormais à la fois engagé sur le PGA Tour, et le PGA Champions Tour pour les vétérans où il est déjà l’un des meilleurs avec déjà trois victoires, Mickelson drive encore à plus de 300 yards (275 mètres), ce qui en 2021 le classait parmi les 55 plus longs frappeurs du circuit professionnel.

Alors qu’au sommet de sa forme, Tiger Woods pouvait se montrer avare en nombre de tournois disputés dans une année, Mickelson, lui ne ménage pas ses efforts en jouant sur les deux circuits, et en fonction des possibilités de son agenda.

« J’utilise l’opportunité de jouer sur ce circuit pour m’amuser dans un environnement qui n’est pas fait pour vous punir. Je pense que vous sous-estimez à quel point la préparation des parcours sur le PGA Tour est difficile, et à quel point les placements de drapeaux sont difficiles… »

 

Cette stratégie lui a pour l’instant bien réussi, puisque cette année, il a réalisé l’exploit de remporter un tournoi majeur, le PGA Championship disputé à Kiawah Island, en Caroline du Sud.

Vous avez sans doute en mémoire la déclaration de Phil Mickelson au sujet de sa dernière participation à une Ryder Cup en tant que joueur… C’était à Paris, à l’occasion de l’édition 2018 sur le Golf National où il avait exprimé une sévère désapprobation pour ce tracé, qu’il jugeait être une perte de son temps.

La stratégie de Mickelson « tape fort et on verra après » peut dont trouver sur certains parcours une limite assez brutale.

Néanmoins, aux Etats-Unis, sur le Champions Tour, Mickelson semble bien arriver en position de force avec sa capacité à driver à plus de 300 yards, quand le plus long frappeur vétéran actuellement est le Sud-Africain Retief Goosen, avec une moyenne de 298 yards sur 102 parties et 198 drives mesurés.

A titre de comparaison, le meilleur joueur du PGA Tour Champions, Bernhard Langer, et aussi le plus titré depuis ces dernières années, n’occupe que la 35eme place avec une moyenne de 272 yards (248 mètres) à 64 ans.

Langer a d’ailleurs déclaré swinguer son driver entre 100 et 101 mph, et ne surtout pas chercher à aller au-delà.

L’Allemand s’en remet largement au fait de bien centrer la balle dans la face de son driver pour chercher un smash factor le plus élevé possible, et utilise une balle favorisant un taux de spin bas.

C’est encore Jack Nicklaus qui décrit le mieux ses aptitudes driver en mains « Il fait très peu d’erreurs. Il tape encore assez bien son driver, et joue très bien les fers »

Nicklaus, interrogé sur les performances étonnantes de l’Allemand au Masters à Augusta, censé être le temple de la distance au drive, répond « La longueur au drive est importante, mais il y a bien d’autres manières de bien jouer au golf. Si vous pouvez taper la balle exactement là où vous le voulez, vous pouvez encore jouer sous le PAR, et c’est ce que nous essayons tous de faire. »

Langer est un modèle pour beaucoup de golfeurs, et notamment pour la précision de son jeu

Langer, Mickelson, nous avons là deux écoles de pensées radicalement différentes pour bien jouer au golf.

Plus de dix ans les séparent, ce qui rend donc une comparaison difficile. Langer est incontestablement le meilleur joueur de plus de 50 ans depuis plus de dix ans.

L’actuel leader du classement sur le PGA Tour Champions qui vient encore de remporter un tournoi, devenant au passage le plus vieux joueur du circuit à y parvenir, affiche sur une année, la meilleure moyenne de score (sous la barre des 69 coups). Il a remporté 11 majeurs chez les seniors et un total de 41 victoires !

On pourrait penser que sa méthode est la meilleure.

Pour l’affirmer, il faudra pourtant attendre dix ou quinze ans, et voir ce que Mickelson sera capable de faire, et peut-être dominera-t-il autant que l’Allemand aura pu le faire avant lui, et dans un autre style ?

Régulièrement interrogé sur l’importance des statistiques de fairway en régulation, l’américain ne prend plus de gants pour répondre, et affirmer qu’il s’en fiche.

Pourtant, quand un amateur se trouve au départ d’un trou, il se dit le plus souvent « pourvu que je n’envoie pas ma balle n’importe où ».

A notre niveau, doit-on penser comme Mickelson, et au contraire, jouer libéré, taper de toutes nos forces et advienne que pourra ?

Que ce soit sur le PGA Tour ou le PGA Champions Tour, Mickelson est largement dans les derniers de la classe pour la précision au drive.

Si chez les vétérans, la moyenne de drive est de 275 yards (251 mètres) pour une précision de 68% (Langer est dans le top-5 avec 76%), Mickelson peine à dépasser les 54% de précision.

« Je ne m’intéresse qu’aux drives les plus longs comme je n’essaie que de taper le plus loin possible. Sur mon dernier tournoi du Champions Tour, j’étais le numéro un en distance au drive » ajoutant « Si vous voulez perdre du temps à regarder des choses inutiles, faites-vous plaisir ! » un brin moqueur.

Pour se justifier, il ajoute encore « Ce que je cherche, c’est la distance. Je veux taper fort, et taper à plus de 300 yards, car derrière, je sais que je suis un très bon joueur avec mes wedges. Si sur le coup suivant, je peux avoir un wedge dans les mains, je vais être difficile à battre. »

C’est la deuxième partie de la phrase de Mickelson qui se trouve en fait être importante : Jouer des wedges !

L’américain part du principe qu’à moins de 100 mètres du green pour le deuxième coup, quelle que soit sa position, avec un wedge, il va pouvoir poser la balle le plus près possible du trou.

Cependant, il oublie une chose très importante, et qui nous concerne tous, sur des tournois, il y a quantité de suiveurs ou de spectateurs qui peuvent aider à trouver une balle de golf.

Mickelson a raison de préciser qu’il peut driver n’importe où, car si en deuxième coup, il a un wedge… il va bien jouer, oui, mais encore faut-il trouver la balle.

Sa logique s’est heurtée à un véritable mur d’impossibilité dans un autre cas de figure : Le Golf National.

Le talent de Mickelson, wedges en mains, trouve tout de même une limite quand autour des fairways, les roughs peuvent mesurer plus d’un mètre de haut…

La stratégie de Mickelson est donc fortement dépendante du parcours, et de son contexte.

Jouer agressif n'est pas toujours possible sur les parcours en France...

L’américain qui est un golfeur très expérimenté le sait très bien…comme il sait qu’un parcours peut changer entre des conditions sèches et avec des greens rapides ou inversement.

« Je sais prendre en compte les subtilités et nuances d’un parcours de golf, être là où je veux être ou ne pas être, et surtout comment jouer de manière agressive. »

Après tout, Mickelson est l’exemple type du jeu à l’américaine, à savoir attaquer à outrance sur un parcours, ce qui n’est pas tout à fait le type de jeu que l’on observe en Europe, plus proche d’ailleurs de l’école Langer.

Pour nous justement les amateurs européens, la stratégie de Mickelson est-elle viable ?

Une récente étude menée par ShotScope (2020) a illustré la relation privilégiée entre précision au drive et score.

Ainsi, un golfeur 2 d’index toucherait en moyenne 60% de fairways en régulation contre 41% seulement pour un golfeur 20 d’index ! Il y a là une démonstration très nette de l’avantage de la précision sur le score.

Toutefois, dans la même étude, la mesure du bois 3 au lieu du driver ne donnait qu’un avantage mineur sur la précision.

Le fait d’opter pour un bois 3 au lieu du driver au départ d’un trou ne donnerait qu’environ 1 à 2% de chances supplémentaire de toucher le fairway, et ce quel que soit le niveau d’index, et voir même au-delà de 26 d’index, les golfeurs seraient moins précis avec le bois 3 versus le driver…

Toujours selon l’étude ShotScope, il apparaît clairement que le score chute plus la distance au green augmente, confirmant bien l’intérêt stratégique de la distance au drive.

Bref, en plus d’être précis, il nous faut être long… en théorie.

La vérité, c’est que ces théories doivent surtout tenir compte de la réalité du terrain sur lequel on joue.

En France, comme sur beaucoup de parcours d’Europe Continentale, la largeur des fairways est relativement restreinte, et pire, les parcours sont bien pourvus en obstacles et autres hors-limites.

Pas sûr que la stratégie de Mickelson pourrait fonctionner, surtout sans spectateur pour trouver facilement des balles envoyées à plus de 250 mètres, et donc difficilement visibles depuis le tee…

En revanche, Mickelson met bien le doigt sur deux bons paramètres pour bien jouer au golf : Les subtilités d’un parcours et donc sa connaissance, et la qualité du wedging.

Quand on s’intéresse à DeChambeau, Mickelson ou Koepka pour admirer la puissance de leurs drives, on omet trop souvent de s’intéresser au véritable point fort de leur jeu : Les wedges.

Mickelson comme Koepka n’hésitent pas à prendre des risques depuis le tee de départ, car ils ne se posent pas la question de trouver leurs balles, et savent au contraire qu’à moins de 100 mètres, ils ont la qualité pour mettre un coup fantastique avec un club très ouvert.

Si votre intention est de taper très loin pour gagner quelques mètres, n’oubliez pas alors que vous le faites pour jouer sur un autre compartiment de votre jeu, le wedging, et que cela vaut le coup, si justement vous êtes bons dans ce domaine. Cela s’appelle chercher à jouer sur son point fort.

Dans le cas de Mickelson, ce n’est pas le driving son point fort, mais bien le petit-jeu…

Sur la question de la nuance ou des subtilités du parcours, Mickelson nous rappelle là-encore une chose essentielle pour scorer sur un parcours : La connaissance du terrain.

Taper un coup de golf, jouer défensif ou offensif, c’est surtout une décision qu’il faut prendre en connaissance de cause, et donc du terrain.

Récemment, je jouais un petit par-5, et après avoir justement tapé un drive à bonne distance, il ne me restait plus que 150 mètres pour l’attaque du green, et sur mon second coup.

Je n’ai pensé qu’à l’opportunité de toucher en deux. J’ai voulu jouer un fer 5 en fade en pensant à la distance au carry, tout en voulant éviter la partie gauche du green…

J’ai manqué mon coup, finalement plutôt en léger slice qui est parti dans la forêt à droite du green ! Funeste erreur que le choix de ce coup… L’erreur commise n’était pas vraiment le coup un peu trop à droite (finalement et seulement 15 mètres à droite), mais le fait de ne pas avoir assez tenu compte de ma marge d’erreur.

Sur cette attaque de green, au-lieu d’attaquer en deux, il aurait été plus avisé de jouer en trois avec un dernier coup assuré à moins de 80 mètres du green, car en fait, l’attaque de green était trop étroite pour accepter un coup imprécis à 150 mètres.

C’est bien là la clé entre jeu agressif ou défensif : Bien analyser les subtilités du parcours entre tenter un exploit ou jouer malin.

Pour un amateur, la stratégie de Mickelson peut fonctionner et même en touchant seulement 30% de fairways en régulation et à condition d’être assez long, si les abords du fairways autorisent des seconds coups vers les greens.

C’est même une très bonne option, et pas seulement pour l’américain.

Le hic, c’est qu’il faut pouvoir trouver les balles…et à priori, pour 99% des amateurs, c’est là où les choses se compliquent sans spectateurs autour de soi.

A l’inverse, prendre plus de 60% de fairways en régulation mais avec 50 ou 100 mètres de moins depuis le tee n’est pas plus une garantie de succès.

Ce débat pose en fait une seule bonne question pour un amateur qui joue en Europe Continentale : Choisir un parcours en fonction des difficultés sur les côtés des fairways !

Si le parcours n’est pas assez large, il faut à minima pouvoir retrouver assez facilement ses balles, et avec un nombre d’obstacles limités.

Il faut aussi apprendre à lire un parcours, et prendre en compte toutes les subtilités. C'est probablement l'apprentissage le plus long, et le plus difficile... bien plus que le swing.

Pour vraiment attaquer au drive, cela élimine vraiment beaucoup de parcours hexagonaux, ce qui pourra aussi créer beaucoup de frustrations… quand on connaît la dominante plaisir que représente le driving chez le golfeur.

Un article à relire et qui peut vous aider au driving : Couper le fairway en deux zones...

Crédit photo : David Rosenblum, Matthew Bolt et Lee Coleman/Icon Sportswire

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