Est-ce qu’un shaft de golf peut s’user ou être moins performant avec le temps ?

Récemment, nous avons été interrogés sur la durée de vie des shafts graphites ou aciers montés sur les clubs de golf. Le coût du matériel de golf n’est pas si anodin. Quand une raquette de tennis haut de gamme coûte un peu moins de 200 euros, c’est à peine le prix d’un seul club de golf, et pour beaucoup, même si on peut aimer les « beaux » objets, on n’a pas toujours envie de remettre au pot tous les ans. En matière de matériel de golf, il existe un gros paradoxe qui peut justement vous rendre confus : Les marques sont évaluées sur la durabilité de leurs produits, et pourtant, chaque année, à grand coup de dépenses de communications, elles annoncent sans cesse, sans pause, sans nuance, des nouveaux clubs…Alors les clubs de golf, et les shafts en particulier sont-ils durables ou pas durables ?

Si vous surfez sur le web à la recherche d’informations sur l’usure du shaft, vous pourrez faire deux constats : Vous ne trouverez pas une étude sérieuse publiée par une marque sur l’usure des shafts, et pourtant, elles ont toutes des outils qui mesurent la fréquence d’un shaft entre autres paramètres.

Et à l’inverse, vous trouverez sur beaucoup de forums, notamment américains, des informations contradictoires, entre oui un shaft ça s’use, et non, dans un usage normal, il n’y a pas de raison.

En plus de 20 ans de pratique du golf, si j’ai bien appris une chose, le golf est un « Mind game », et les marques de matériel l’ont largement compris.

C’est pourquoi chaque année, elles jouent sur notre corde sensible, pour nous titiller à l’idée de nous proposer un produit qui va nous faire gagner beaucoup ou seulement quelques coups sur le parcours.

En vérité, sur une partie de golf, cela se joue toujours entre nous, notre intelligence émotionnelle, et le parcours.

Le golf est donc un « Mind game », et parfois, même souvent, nous sommes dirigés par nos émotions ou aspirations…plus que par des éléments purement rationnels et objectifs.

Les publicités des marques ne jouent d’ailleurs pas sur l’aspect objectif ou rationnel, mais seulement sur l’émotionnel…C’est sans doute un signe.

Pour avoir visité aux Etats-Unis, à Carlsbad, les bureaux d’études où se conçoivent les clubs de golf, je me souviens justement avoir vu par exemple chez Cobra, une machine permettant de tester la résistance d’un shaft, tout en mesurant au passage sa fréquence, et diverses autres mesures…

Cette machine disposée verticalement créé des rotations extrêmement rapide du shaft sur lui-même, et applique en même temps une torsion, ce qui a un certain moment peut aller jusqu’à entraîner la rupture du shaft.

Le shaft est en fait monté sur un mandrin capable de produire des rotations à très haute vitesse, probablement plusieurs milliers de tours par minute.

On peut donc déjà supposer que oui les marques vont jusqu’à tester les points de ruptures d’un shaft.

Il y a alors une chose fondamentale à comprendre dans l’industrie du golf.

Au-delà du marketing, un des premiers points clés pour « tenir » dans ce business est la robustesse ou qualité des produits.

En 2021, les principales marques, et bien qu’elles ne fabriquent pas directement des shafts mais les sourcent en Asie (Chine, Japon, Corée…) ne peuvent jamais se permettre que vous doutiez de la qualité. Vous pouvez douter du discours marketing, mais jamais de la durabilité.

Si vous deviez douter de la qualité, les ventes s’effondreraient, et la marque disparaitrait du panorama.

Il y a quelques mois, dans un autre domaine, les balles de golf, une marque a été épinglée par le site américain MyGolfSpy sur des balles dont le noyau n’était pas exactement placé au centre de la balle.

Cette information a provoqué un petit tôlé dans le monde du golf américain, et au point que dans les semaines qui ont suivi, la marque a communiqué sur le renforcement de sa production Made in USA, justement dans le but de garantir la qualité primaire de son produit.

Cette mésaventure lui a fait investir plusieurs dizaines de millions de dollars pour tenter de rétablir son image de marque.

Le niveau de concurrence est actuellement si élevé entre les dix premières marques du marché, que le niveau de qualité ne doit pas se discuter.

Il faut aussi dire que les marques s’approvisionnent principalement chez les mêmes fournisseurs, de sorte que les distinguer par la qualité peut être aussi assez difficile.

Bien qu’en matière de shafts, il y a actuellement beaucoup d’acteurs sur le marché, entre Fujikura, True Temper, KBS, Mitsubishi, Nippon Shaft, Miyazaki, Aldila, Graphite Design, Aerotech, Geotech, UST Mamiya, Shimada, Project X, LA Golf, ou encore TPT… la plupart obéissent aux mêmes standards de fabrications.

Encore une anecdote à l’occasion d’un PGA Merchandise Show où j’ai assisté, et notamment quand les Suisses de TPT sont arrivés pour la première fois sur le marché des manches de golf, et en prime, avec une innovation de conception.

Pendant le Démo Day en extérieur, des pros PGA se succédaient sur le stand de la marque pour découvrir les shafts de cette nouvelle marque. J’étais à quelques mètres quand soudain un golfeur vraiment bodybuildé à cassé un shaft…

Pour un pro PGA, il avait un drôle de swing… Il arrivait à la fois à swinguer à plus de 100 mph, ce qui n’est pas à la portée d’un débutant, et en même temps, taper dans la terre !

A plus de 100, et même 110 mph, si vous envoyez la tête de driver dans la tête, oui, le shaft a des chances de casser.

Curieux de la part d’un pro PGA ?

Il y a eu quelques semaines plus tard une autre anecdote concernant un joueur professionnel qui cette fois avait vu son shaft TPT casser après un drive tout à fait normal.

Les accidents industriels peuvent arriver, mais dans un univers où tous les coups comptent, mêmes les plus tordus, on peut se demander dans quelle mesure certains ne vont pas jusqu’à saboter les produits de la concurrence, pour justement atteindre le point névralgique du concurrent, la fiabilité.

Ces anecdotes pour vous mettre en garde contres les fantasmes et les supercheries nombreuses dans le domaine du golf.

C’est un business, et un gros business où il faut vous faire croire qu’il faut changer souvent, et malgré le paradoxe que je soulève : Les marques ne peuvent pas baisser le niveau de durabilité sous peine d’être éliminées du marché.

Les produits sont donc très durables, y compris les shafts, et pour vous inciter à changer, vous faire douter, il faut trouver des artifices émotionnels.

La question sur l’usure d’un shaft fait ainsi partie du panorama.

J’aurai pu commencer cet article par la réponse de David Schnider, Président de Fujikura Composites, quand on l’a interrogé sur la durabilité d’un manche en graphite.

En 2013, il avait justement expliqué à GolfWeek qui s’interrogeait déjà sur l’usure d’un shaft : « Non, il n’y a pas de facteur de fatigue concernant un shaft »

Il avait simplement ajouté « Si vous avez un problème avec le shaft, vous allez le constater très vite… » Il parlait alors d’une casse liée à du transport, et par exemple, en avion, moment où fréquemment des golfeurs ou des golfeuses retrouvent des shafts cassés (le bon conseil, et en tout cas pour les bois, c’est, quand c’est possible, de démonter les têtes pendant le transport).

On peut donc se fier au témoignage d’un expert sur la question de l’usure d’un manche et particulièrement en graphite : Non, un manche ne va pas perdre en qualité de réponse dans le temps, et tout simplement parce qu’aucun golfeur au monde n’est réellement capable de reproduire la rotation et en même temps la tension qu’une machine de test spécialement conçue pour cela pourra elle exercer pour user au point de casser un manche.

Ce fait m’a été confirmé par deux experts français en la matière, d’abord Alexandre d’Incau, ProClubMaker, qui mesure la fréquence des shafts, à la fois utilisés par des professionnels mais aussi des amateurs, et là encore, sa réponse est sans équivoque, aussi bien pour du graphite que de l’acier : Non, il n’y a pas de facteur d’usure pour un shaft.

Cependant, il explique qu’un manche graphite peut être sensible aux UV et à la chaleur, mais cela ne va pas altérer la fréquence du shaft, surtout quand il a été bien construit au départ (attention aux contrefaçons…)

A cela j'ajoute avoir interrogé les ingénieurs Japonais de la marque Miyazaki, et ce par l'intermédiaire de Nicolas Marchand (Srixon), et toujours concernant la température, ci-après leur réponse : "Une température excessive, soit en haute température ou basse température peut modifier la composition d'un shaft en carbone, et le détériorer. En somme, ne chauffez pas un shaft à plus de 80 degrés, et ne descendez pas sous -20 degrés. En dehors de ces variations de températures, nous ne considérons pas qu'un shaft puisse s'user dans un cadre normal."

Les ingénieurs basés à Kobe ajoutent à propos des shafts qui restent exposés en extérieur sur une très longue période "Les shafts en carbone sont basiquement collés avec de l'epoxy. Dans certains cas, les composants en polymère peuvent être dégradés par des ultraviolets" Fait également constaté par le spécialiste du carbone, Toray Industrie.

Ils expliquent encore "Si vous laissez un shaft dehors pendant 100 ans, la peinture sur le shaft va se dégrader, mais cela ne va pas dégrader la qualité intrinsèque du shaft."

Enfin, ils concluent "C'est difficile de dire combien de temps va durer un shaft, mais dans un usage normal, nous ne constatons pas d'usure".

S'agissant des manches en acier, si ces derniers ne sont pas rouillés, pour les ingénieurs, il n'y aura alors aucune détérioration.

 

Alexandre d’Incau fait quant à lui remarquer que bien souvent les golfeurs ne se rendent pas compte qu’un shaft a pu prendre un petit coup, notamment sur un angle, et créé une microfissure qui plusieurs jours ou plusieurs mois après, peut entraîner une casse même après un swing anodin.

Il ajoute à propos des professionnels, que certains changent leurs shafts quand ils constatent qu’un peu de peinture a été frotté au contact répété du sac ou des autres clubs (pour un shaft graphite), et sur une petite partie du shaft, ce qui peut justement être un signe d’une petite marque éventuellement signe d’une prochaine microfissure… pour une casse future.

Bref, non, il n’y a pas d’éléments scientifiques vérifiés pour démontrer l’usure d’un shaft dans le temps, et une moindre réponse, dans le cas d’un usage normal du shaft.

Fait que confirme le second expert interrogé, Xavier Bretin, Golf Optimizer, qui lui aussi mesure des shafts, et ne constate aucune usure particulière sur un manche en graphite.

Lui aussi voit arriver dans son atelier des manches plutôt « anciens », mais quand ils les mesurent sur sa machine à fréquence, il ne trouve pas de variation notable.

En revanche, dans le cas des manches aciers, il précise qu’un joueur qui taperait des coups tous les jours, et jouerait à une fréquence très élevée, pourrait dans le cas d’un usage de manches aciers un peu trop légers, les tordre légèrement, et notamment avec des coups répétés sur un tapis ou une surface dure.

Et là, dans ce cas, sa réponse est sans équivoque, quand un shaft acier est tordu, il faut le remplacer. Toutefois, il s’agit bien d’un cas extrême dont il témoigne parce que cela lui est arrivé !

De son côté, Alexandre d’Incau témoigne encore que certains joueurs professionnels imaginent quand ils jouent un shaft depuis longtemps qu’il pourrait répondre moins bien… Encore une fois, c’est purement une sensation, et qui ne se vérifie pas scientifiquement quand il remesure la fréquence du shaft.

Le golf est un « Mind game » y compris pour les meilleurs joueurs du monde, et aussi parce que le marketing a tellement infusé parfois de fausses croyances, qu’elle ferait douter les plus rationnels d’entre nous.

Après comme évoqué plus haut, cela n’empêche pas les golfeurs, et en particulier les professionnels d’avoir des sortes de rituels…

A nouveau, le golf est d’abord un jeu de l’esprit… Certains croient savoir que Rory McIlroy changerait de shaft tous les ans, et donc imagineraient que si lui le fait, c’est sans doute en raison d’usure…

Et si McIlroy n’était pas plus compétent que vous pour le mesurer, et ou le savoir ?

McIlroy est sans doute un des golfeurs le plus extraordinaire que j’ai pu croiser, mais il n’a pas de diplôme d’ingénierie. Il ne conçoit pas des shafts, et n’est en aucun cas un expert de la question.

Peut-être change-t-il de shaft simplement par croyance ou même par rituel (superstition), ou tout simplement parce qu’à force de les manipuler, un peu de peinture est partie de la base du shaft, comme cela peut arriver dans une fréquence d’usage élevée.

Si un domaine pourrait être sujet à caution, ce n’est pas le shaft en lui-même, mais un autre élément très spécifique : La colle !

La colle, quand elle est de mauvaise qualité ou pas nécessairement bien appliquée (c’est un processus de fitting très complexe) peut bouger avec la température.

Au pire des cas, une tête peut se désolidariser d’un shaft en raison de la colle, mais ce n’est pour autant que le shaft va être moins performant…une fois recollé.

Xavier Bretin rappelle que certaines marques de shafts produisent aussi des cannes à pêches, qui peuvent supporter des torsions bien plus terribles dans le cas de pêche au gros.

En réalité, il existe d’autres raisons pour changer de shaft, et en premier lieu, le fait que si vous jouez depuis plusieurs années, peut-être avez-vous progressé ou modifié votre swing.

La principale préoccupation d’un golfeur ou d’une golfeuse n’est pas nécessairement l’usure du shaft, mais bien l’adéquation de son ou ses manches avec son projet de jeu, et la nature de son swing.

En somme, il y a donc peu de raisons de s’inquiéter de l’usure d’un manche de golf dans un usage normal, et vous aurez plus de chances de changer parce que tout simplement, vous cherchez une autre optimisation ou un profil de shaft différent.

Crédit photo : Rich Graessle/Icon Sportswire

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