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La séquence de swing de Jordan Spieth par Jean-Philippe Serres

Nous entamons une toute nouvelle collaboration avec le coach français Jean-Philippe Serres, expert coaching reconnu, et référent dans l’hexagone pour l’Académie David Leadbetter. Nous l’avions déjà sollicité à plusieurs reprises depuis 2016, et un premier sujet sur le coaching des juniors. Avec la séquence de swing de l’américain Jordan Spieth, de retour à un très bon niveau en ce début d’année 2021, nous lui avons justement confié l’analyse des swings des plus grands champions, sujet qui le passionne, et pour lequel il a déjà, dans le cadre de ses fonctions, été amené à réaliser des analyses très fines. Le cas présent, il vous livre une analyse approfondie du swing d’un champion majeur, non pas pour vous inviter à imiter son swing, mais pour alimenter votre propre réflexion sur la construction d’un swing de golf, et si possible le vôtre…

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Pourquoi démarrer par Jordan Spieth pour parler de swings de golf ?

Jordan Spieth a remporté l'US Open 2015 avec un coup d’avance sur Dustin Johnson et Louis Oosthuizen.

Sa fin de parcours spectaculaire sur le tracé controversé de Chambers Bay lui a valu son second titre majeur de la saison. Il était alors en course pour réaliser un superbe Grand Chelem, avec en ligne de mire, The Open Championship à St. Andrews disputé le mois suivant en juillet.

L’espace de quelques mois, le jeu de Jordan a été tout bonnement incroyable.

A l’automne précédent la saison des majeurs, il remportait déjà l'Open d'Australie avec six coups d’avance, puis une semaine plus tard, il remportait encore le symbolique Hero World Challenge en Floride sur un score tout sauf symbolique avec encore dix coups d’avance, battant au passage le record du tournoi avec 26 coups sous le par.

Dans la foulée, en mars, il remportait encore le championnat Valspar 2015, qui allait préfigurer de sa plus belle victoire à Augusta, où il a surpris le monde du golf en dominant comme rarement le Masters, et quatre jours de suite.

De champion prometteur, il était soudainement devenu un golfeur majeur dont certains n’hésitaient pas à le qualifier de nouvel Arnold Palmer.

Cette montée en puissance en même temps que cette excellence ne devait rien au hasard, mais bien au fait que très jeune, il était déjà un golfeur très régulier, confirmé par sa fabuleuse saison 2015 terminée au rang de numéro un mondial, avec onze top-10 en 18 tournois disputés.

Sur l’ensemble de la saison, il avait obtenu une incroyable moyenne de 68,92 coups.

Une grande partie de son talent s’exprimait notamment sur les greens, et sans trop m’avancer, je peux affirmer qu’il n’était pas loin d’être le meilleur putter du monde pendant cette période, s’étant fortement inspiré de son ainé Ben Crenshaw, déjà vainqueur de deux Masters en 1984 et 1995, un texan comme Spieth…et aussi un excellent putter, pour ne pas dire la référence des années 80/90.

Avec une telle qualité sur les greens, Spieth convertissait un grand nombre de putts en birdies, et en eagles.

Cependant, avant de parler de putts rentrés, pour arriver à un tel niveau de jeu, il lui a bien fallu arriver jusqu’au green, et pour cela, son swing souvent critiqué présentait néanmoins des points de forces que j’ai justement envie de vous commenter.

Un bon swing de golf peut être alimenté par une excellente souplesse.

Pour ceux d’entre nous, qui ont déjà plus de quarante ans, il est vrai que nous n’avons tout simplement plus la souplesse d’une personne de 30 ans, et encore moins d’un Spieth à 21 ans…

Il ne s’agit pas de réduire le swing de Spieth à sa souplesse ou son âge. Il présente quelques caractéristiques qui rendent son mouvement très solide et répétitif, et en même temps des positions que je qualifierai de « non-cassantes ».

Une grande partie de la construction de son swing de golf me rappelle les préceptes de la « vieille école », et pas tous adaptés à des golfeurs amateurs.

Dans cette analyse, je veux vous exposer des aspects de son swing qui en réalité défient les conventions modernes du swing de golf, et pourtant l’ont aidé à devenir le meilleur golfeur du monde, en étant à la fois précis depuis le tee ou pour attaquer les greens.

Son palmarès au niveau amateur comme sur le PGA Tour, comme je l’exposais plus haut en fournit déjà une bonne preuve.

L’imperfection est la perfection !

Pour démarrer, je vous propose de vous intéresser au backswing de Jordan. 

De mon point de vue, la caractéristique la plus apparente est un bras gauche plié en haut et après l’impact.

Cela permet notamment à Jordan de renverser les conventions du swing de golf, ce qui a pu déplaire à certains, notamment d’un point de vue esthétique. Ils n’ont tout simplement pas vu ou compris le génie de ce mouvement.

Il a un style intéressant qui lui est propre, et qu’il a notamment travaillé avec Cameron McCormick depuis plus d’une décennie, au Forest golf club à Dallas.

C’est pourtant là que réside un excellent conseil pour nous, les golfeurs plus âgés, et en manque de souplesse.

C'est quelque chose que vous ne voyez pas beaucoup ces jours-ci, surtout avec un jeune golfeur vraiment souple.

J'ose dire que moins d’un pourcent des professionnels de golf de l’ère moderne ont le bras gauche plié.

Cela ne fait tout simplement pas partie de l'enseignement conventionnel, et actuel.

Pourtant, cela a déjà fonctionné pour plusieurs grands joueurs, et quelques noms me viennent immédiatement à l’esprit comme Calvin Peete, à la suite d’un accident et encore Lee Westwood.

Comment je travaille sur une analyse de swing ?

Avant que vous lisiez plus avant, je veux vous expliquer ma méthodologie d’analyse, et vous illustrer jusqu’à quel point j’ai été surpris par ce que peut réaliser Jordan.

Pour réaliser une analyse de swing, j’utilise un logiciel spécifique qui me permet de superposer des images du joueur, puis de faire des captures écran sur chaque aspect de son swing, pour justement les décortiquer.

Ce faisant, cela me permet de distinguer ce que je considère comme bon ou moins bon. Je n’hésiterai pas à vous exprimer mon étonnement sincère sur certains mouvements.

Sans prétention de ma part, cela me permet simplement de dire qu’il n’y a pas de swing parfait théorique, mais au contraire, tout le monde doit trouver son « swing parfait ».

Pour parler de son swing au driving, je vais commencer par dire qu’il est assez banal.

Classé 90eme pour la distance au drive sur le PGA Tour, le joueur affirme pourtant que c’est un de ses points forts. Il est connu pour travailler son geste avec ce club avec une grande précision. Son objectif principal est surtout de mettre la balle sur le fairway, et toujours selon son coach, Cameron McCormick.

Spieth attacherait beaucoup d’importance au fait de contrôler la face du club au moment de l’impact.

Le joueur admet ne pas chercher à donner de l’effet, ou alors très rarement. « Son swing est un exemple classique de la fonction avant la forme » et toujours selon son propre coach.

Son swing serait d’abord conçu pour contrôler la balle, ce qui compterait vraiment le plus à ses yeux.

Pour y parvenir, il essaierait de garder le poignet gauche face à la cible aussi longtemps que possible.

A ce stade, je vous livre donc mon analyse personnelle de son swing…

Comme toutes analyses de swing de golf, nous commencerons par examiner la posture à l’adresse de face et de profil.

Il n'y a pas grand-chose à dire ici, mis à part qu’il a une excellente position devant la balle, une très bonne posture.

Bon alignement, bonne distance par rapport à la balle, et en fait, une posture très athlétique.

Juste un petit bémol de mon point de vue, son grip est un peu faible au niveau de la main gauche.

Dans cette position au take-away, le bras gauche ne se trouve pas connecté au corps, et on commence à voir le poignet gauche légèrement bombé, ce qui prouve encore un faiblesse de son grip de la main gauche.

En revanche, on distingue un très bon engagement du milieu du corps avec une très bonne stabilité du bas du corps.

Ce que nous pouvons observer de profil puis de face : Les bonnes choses sont à mi-chemin pendant la montée, le manche du club reste dans le plan à la perfection !

Et encore une très bonne stabilité du bas corps, ce qui est le cas de face également.

De face une très belle amplitude des bras, mais nous pouvons observer de profil un petit manque d’armement.

Au sommet des bras, swing de face, nous pouvons observer un super pivot du corps avec une très bonne stabilité du bas du corps, mais à mon avis, un manque de largeur du swing, ce qui laisse apparaître pour certains puristes, un bras pas assez allongé, et cela va provoquer des réactions importantes au début du downswing, et à la suite du swing.

De profil, de très bons angles du corps, une très bonne stabilité, et là-encore, nous pouvons observer un swing très solide, une très bonne résistance de la jambe droite, et vous verrez, je vous expliquerai dans une vidéo complémentaire, qu’il n’a pas assez d’amplitude du bras gauche, notamment car le bras gauche pas assez allongé, et avec des bras qui finissent le backswing seuls !

De mon point de vue, c’est déjà mieux qu’auparavant, car il a raccourci sa montée, sa hanche droite est moins profonde, le poignet gauche est moins bombé, et le club pointe plus à gauche de la cible « Laid off »

Mi-descente énormément de bonnes choses, et peut-être une des meilleures positions du bas du corps, alors que beaucoup d’amateurs pourraient s’en inspirer…

Sauf un pied droit un peu hors du sol, et un peu tôt, mais une superbe transition du bas du corps…

Il utilise très bien ses appuis, puis le haut du corps suit avec encore un plan de swing parfait, alors que nous pouvons observer un coude gauche légèrement plié, et de face une attitude corporelle exceptionnelle.

Maintenant, c’est peut-être le moment le plus critique du swing de Jordan Spieth avec un pied droit un peu vite décollé du sol, et des hanches déjà trop ouvertes à la cible.

Ce à quoi il faut ajouter un bras gauche loin du corps, car juste un peu en avant.

Je vous l’expliquerai dans la vidéo. Les bras étant trop profonds derrière lui, et juste au début de la descente, cela l’amène à utiliser beaucoup le bas du corps

C’est pour cela qu’il peut faire des « push and Hook ».

Ce n’est pas forcément une mauvaise chose, mais il perd alors sa synchronisation à l’impact, et nous l’avons vu être moins précis sur quelques Drives jusqu’à la saison passée.

Il a changé cela avec son coach, et maintenant les mains sont plus devant la poitrine.

A l’impact, il est incroyablement square avec sa face de club, et je pense qu’ils ont beaucoup travaillé dans ce sens avec Cameron McCormick, car une face de club qui « tourne ou pivote » à l’impact peut occasionnée une dispersion plus grande, et limiter le nombre de greens en régulation.

Pour réaliser ce travail, ils ont sans doute beaucoup utilisé la technologie Trackman.

Sur cette photo nous pouvons observer, qu’il ne réarme pas les poignets, et certainement pour garder cette face de club encore square comme je l’ai déjà mentionné auparavant.

Quels sont les changements qu’il a pu apporter récemment à son swing ?

 

Comme je vous l’ai déjà évoqué Jordan a une posture excellente, et très dynamique.

Nous pouvons observer que sur la première photo à gauche, les angles du corps sont excellents, mais je pense que sur cette photo, il voulait jouer ce coup en fade, car les épaules sont légèrement orientées à gauche de la cible.

 

Encore une fois, un excellent take-away que vous pouvez observer à l’aide des triangles que j’ai tracé.

A mi-chemin de la montée, Jordan a engagé un très bon pivot avec un différentiel entre les épaules et le hanche ce qui est source de puissance.

Nous pouvons dire qu’il pivote avec le « Core body » que l’on pourrait traduire comme le « Noyau » donc le centre du corps, son bras gauche n’est pas encore plié !

Voir le trait bleu photo de face

De profil, le club est parfaitement dans le plan originel du club à l’adresse (voir le trait rouge en diagonale).

La hanche à droite a beaucoup plus résisté, car avant, elle était plus profonde avec un corps qui s’écroulait un peu à gauche. Je pense que c’est un des changements qu’il a apporté à son swing.

 

Au sommet du backswing, nous voyons qu’il a raccourci sa montée avec un club plus en « Laid off », et un poignet gauche moins bombé que par le passé.

De face, superbe stabilité du bas du corps, mais un bras gauche qui est pas assez allongé (voir le cercle bleu) selon les puristes, ce qui n’est pas un drame car Calvin Peete l’avait aussi à la suite d’un accident…

Ce qui ne l’a pas empêché de devenir à son époque, l’un des joueurs les plus précis du tour, et nous l’avons vu encore ces dernières semaines avec Lee Westwood toujours au plus haut niveau.

Au downswing, il commence avec une superbe transition du bas du corps (voir cercle bleu) avec peut-être un pied droit vite décollé du sol (voir les traits rouges photo de gauche).

Ses bras sont beaucoup moins en arrière qu’auparavant, et il entraîne très bien le haut du corps.

Le club est parfaitement dans le plan (voir également le trait rouge en diagonale).

Cette photo illustre des hanches un peu trop vite déroulées à mon goût, ce qui lui a donné dans le passé des draws et des pushs (voir le cercle bleu) alors que les épaules peuvent être parfaitement squares.

Photo de droite face de club parfaitement square, comme celle de la photo de gauche, mais un poignet gauche encore un peu bombé, voir cercle bleu ce qui occasionne encore son bras gauche un peu plié mais peut-être recherche t’il cela, pour un meilleur contrôle de sa face de club, et pour une plus grande précision au détriment de la longueur.

C’est une question pas une affirmation.

 

Au follow through, une superbe extension des bras mais un manque de réarmement.

 

Sur les deux dernières photos, le corps est très bien déroulé à gauche de la cible avec un pied gauche dans une position instable, ce qui prouve qu’il utilise très bien les forces verticales du sol provenant d’une très bonne charge de poids, et de transfert sur ses appuis.

Pour le coup, c’est justement ce que recherche beaucoup de joueurs et joueuses modernes.

La conclusion de Jean-Philippe

Jordan est un joueur exemplaire et exceptionnel. Il présente des qualités techniques faciles à imiter ou à travailler, car son swing est plus confortable, plus humble pour nous, les joueurs moyens ou de week-end.

Pas besoin d’aptitudes physiques exceptionnelles comme d’autres joueurs de sa génération qui restent difficile à imiter. 

De mon point de vue, son exemple est motivant car il s'agit juste de se faire plaisir, sans aller travailler des heures et des heures son jeu, mais simplement en travaillant son swing avec de bonnes bases techniques.

Crédit photo : Fred Kfoury III/Icon Sportswire et Jean-Philippe Serres

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