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Ryder Cup 2018 en France : De la Tour Eiffel à l’Elysée

Ryder Cup 2018 en France : De la Tour Eiffel à l’Elysée - Crédit photo : Getty Images

Une fois n’est pas coutume, le golf a fait une entrée remarquée au Palais de l’Elysée et en présence du Président de la République, Emmanuel Macron. Quand la France a remporté l’organisation de la prestigieuse compétition par équipes, personne, à l’époque n’aurait imaginé un tel scénario.Le lancement de la semaine « One Year To Go » en présence des deux capitaines, Jim Furyk et Thomas Bjorn, aura été une belle réussite pour la FFG. Désormais, tout l’enjeu va-t-être de constater, si cet événement va réussir à sortir du seul cadre des initiés, pour fédérer un plus grand nombre de français et françaises. Beaucoup de directeurs de golf sont pourtant sceptiques.

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One Year To Go : Un événement sur deux jours pour magnifier la Ryder Cup à Paris

Thomas Bjørn et Jim Furyk ont croisé le fer au Golf National, en prévision de l’édition 2018 de la Ryder Cup, rencontré des centaines de jeunes, tapé des drives depuis la Tour Eiffel, et effectivement rencontré Emmanuel Macron.

Les capitaines européen et américain ont conseillé, en effet, de jeunes espoirs français à l’occasion d’une rencontre amicale, le Challenge des capitaines.

Sous leur direction, huit membres (quatre garçons et quatre filles) des équipes de France boys et girls (-18 ans) de la Fédération française de golf ont disputé une rencontre sur L’Albatros.

« La Ryder Cup repose sur le respect et la camaraderie. Le Challenge des capitaines et le Clinic des capitaines prouvent que le golf est à la portée des garçons et des filles. J’espère par ailleurs que tous les joueurs ayant participé à l’expérience conserveront un souvenir unique de leur passage au Golf National. Thomas et Jim sont de merveilleux ambassadeurs de notre jeu et de la Ryder Cup, ce que chacun a pu constater lors de ces deux manifestations. Les participants ont vécu des moments qu’ils ne sont pas près d’oublier ».

Un événement qui a visiblement plu à Richard Hills, le directeur de Ryder Cup Europe.

Le lendemain, changement de décor, et costume de rigueur pour arpenter le Péron de l’Elysée.

L’influence présidentielle

C’est la première fois depuis fort longtemps qu’un événement ayant trait avec le golf a eu la chance d’être autant médiatisé. Que ne faut-il pas faire ?

Emmanuel Macron a beau être un président au plus bas dans les sondages, la vie médiatique française est ainsi faite que le moindre fait et geste de l’homme d’état est mis en lumière.

Le président va courir. Les télévisions le suivent. Le président dîne avec Donald Trump. Vous ne manquerez aucune image. Le président a adopté un nouveau chien. Vous serez plus vite au courant que vous n’aurez la météo du lendemain.

Finalement, pour parler de golf à la télévision, il fallait miser d’emblée sur le bon porte-voix.

Cette anecdote permet de mieux comprendre pourquoi aux Etats-Unis, 25 millions d’américains, soit environ 10% de la population jouent au golf.

Pratiquement tous les présidents américains depuis la fin de la deuxième guerre mondiale ont été des golfeurs passionnés, comme Eisenhower, ou plus récemment George Bush Jr, Bill Clinton, et Barack Obama.

Sans parler de l’actuel locataire de la Maison-Blanche qui est carrément impliqué dans le golf business depuis des décennies.

Imaginez un peu le destin du golf en France si Mitterand avait assumé d’être golfeur, et n’avait pas joué en cachette sous le seul regard de ses gardes du corps.

Aux Etats-Unis, les présidents jouent au golf par tradition, et aussi parce que 10% de l’électorat joue.

En France, c’est moins de 1%.

On peut se demander si un président français qui jouerait au golf ne ferait pas plus de licenciés que la Ryder Cup à elle toute seule.

Et dire qu’Emmanuel Macron, bon joueur de tennis, habite au Touquet, une ville majeure pour le golf en France !

Le poids des mots, le choc des images

La réception du comité Ryder Cup, des capitaines et de leurs épouses, ainsi que du board de la FFG a l’Elysée n’a bien entendu pas été le seul moment festif de cette semaine consacrée à la médiatisation de l’événement.

Des frappes de balles depuis la Tour Eiffel par les deux capitaines, les stars Jim Furyk et Thomas Bjorn, resteront certainement comme les principales images marquantes pour le monde du golf, et bien plus que l’entrée à l’Elysée, qui a surtout valeur de symbole pour la présidence de la FFG.

Les images des deux capitaines sur la vieille dame ont fait le tour du monde de la petite balle blanche, et c’était bien le but.

Nous vivons une époque où l’image est parfois plus importante que les faits.

Dans un environnement finalement très anglo-saxon, la France qui est parfois mal connue, et même un peu méprisée comme destination golf, n’a pas le droit au moindre faux pas.

Pour certains, la Ryder Cup n’aurait jamais dû quitter le sol britannique.

La Ryder Cup à Paris en 2018, ce n’est pas seulement notre enjeu de français, c’est un enjeu continental, surtout à un moment où le Brexit, séparation entre le Royaume-Uni et l’union Européenne pourrait mettre à mal l’idée d’une équipe européenne de golf.

Avant de faire exister tout un continent sur la scène d’une Ryder Cup, nous avons un gros défi à relever ou plutôt Pascal Grizot, dans son costume de président de la commission Ryder Cup France 2018 « Cette journée laissera des souvenirs impérissables aux nombreux enfants des écoles de Saint Quentin en Yvelines et aux jeunes espoirs des équipes de France présents au Golf National. C’est la magie des grands évènements de sport. C’est la magie des rencontres avec de grands champions. La Fédération française de golf ne pouvait rêver meilleure entrée en matière pour ce One Year to Go. Ces deux jours vont nous aider à plonger les français dans la Ryder Cup. »

Plonger dans la Ryder Cup !

C’est effectivement tout le sujet, et à en juger par le fonctionnement des médias nationaux, le problème, c’est que passé la photo avec Emmanuel Macron, ces mêmes médias semblent très vite replonger dans le même mutisme habituel concernant le golf, et en particulier la Ryder Cup.

Un frémissement dans les médias mais toujours par un soutien suffisant de la presse généraliste

Mis à part quelques secondes dans les journaux du soir, l’événement n’a pas suscité un emballement médiatique ! Pas plus d'émissions spéciales, et des débats télévisés ou radios sur le sujet...

D’une part, cela tient à un tabou persistant des médias généraux, qui ont peur de mettre en avant, un sport considéré comme élitiste, à un moment où l’actualité est dominée par la réforme de l’ISF, les ordonnances sur le code du travail, et la percée à l’assemblée nationale de l’extrême gauche, et de ses tribuns.

D’autre part, c’est peut-être aussi le reflet de la faiblesse collective des médias, et de la filière golf, pas assez forts dans le paysage médiatique national pour supporter cet événement.

Quand la France organise la coupe du monde de football, une radio comme RMC est capable de consacrer des heures de directs à tout un tas de débat, comme par exemple, le schéma en 4-2-3-1 de l’entraîneur Chilien du Costa Rica ou que sais-je, parmi les débats ultra-déterminants que le football, sport considéré comme universel peut nous réserver, alors que Messi, Neymar ou Ronaldo, gagnent 25 à 35 millions d’euros par an.

On ne voit plus très bien ce que le golf a d’élitiste et d’indécent, quand les stars du ballon rond gagnent 130 000 fois le SMIC.

Bref, on imagine pourtant mal RMC organiser le même débat sur le choix des capitaines en termes de Wild-Cards, Vincent Moscato, Eric Di Méco ou encore Rolland Courbis s’interroger sur le bien-fondé de tel ou telle paires en foursomes.

Et pourtant, c’est le cas notamment de Di Méco, la plupart d’entre eux jouent au golf !

La Ryder Cup en France va donc souffrir de ne pas avoir un média assez puissant pour l’imposer aux yeux de tous.

La FFG est un peu et en partie responsable de cette situation, en étant à la fois juge et partie, plutôt que dans son seul rôle naturel et légitime de fédération.

Mais c’est une autre histoire, et un autre débat…

Le serpent de mer de la démocratisation du golf

Faut-il vraiment la populariser la Ryder Cup aux yeux de tous ? Quel est le degré de démocratisation souhaitable ?

Fallait-il par exemple tomber dans la démagogie, et emmener Furyk et Bjorn dans une cité parisienne ? Les politiques le font bien au moment des élections, et notamment l’actuel locataire de l’Elysée.

Ce n’est peut-être pas seulement à Paris qu’il faut viser la démocratisation du golf, et par conséquence, la médiatisation de la Ryder Cup. C’est peut-être plus en province qu’il faut créer les conditions de l’engouement.

Les images de Bjorn et Furyk sur la Tour Eiffel étaient importantes pour la presse du monde entier, et un joli clin d’œil pour Arnold Palmer, le seul à avoir déjà réalisé cette prestation.

Un clin d’œil pour le public américain qui représente tout de même au moins 50% de l’audience. De ce point de vue, c’était très bien joué. Ces images vont durer, et justement Paris, permet de faire ce type de clichés mémorables.

Mis à part, le Golf National, écrin de la FFG et théâtre de la compétition, les directeurs de golf du Nord au Sud sont désormais unanimes pour douter de l’impact réel de la Ryder Cup sur le développement du golf en France. L’heure est même au pessimisme.

Pourtant, 2017 semble marquer un léger mieux sur le front des débutants, surtout du fait de l’action des chaînes de golf et leurs offres découvertes.

Revers de la médaille, si les séances d’initiations font plus souvent le plein, la fidélisation baisse. On arrête le golf aussi vite que l’on débute, Ryder Cup ou pas.

A l’époque de la génération Cyril Hanouna et Touche Pas à Mon Poste, la télévision est toujours le premier sport favori en France. Elle permet de zapper !

Le golf est par essence un sport qui est difficile à zapper. On ne peut pas passer du drive au putt sans passer par le coup de fer, sauf à s’appeler McIlroy !

Paris, c’est bien ! Toute la France, c’est mieux !

Pour que la Ryder Cup à Paris soit un succès, il faut qu’elle s’exporte en province ! Qu’elle suscite l’adhésion dans les 700 parcours de France, au-delà d’un sticker collé ici ou là dans les clubs.

La flamme Olympique voyage bien de villes en ville avant d’arriver dans sa dernière vasque.

Sans demander à Furyk et Bjorn de faire cela, alors que le sport doit reprendre ses droits. Ne pourrait-on pas imaginer un petit voyage pour la coupe ?

Le succès de la prochaine Ryder Cup est dans les clubs ! Dans les 700 clubs ! Dans les régions ! Dans les associations sportives !

Encore faut-il les mobiliser, et ne pas laisser la Ryder Cup trop à Paris, un peu seule dans cette grande ville qui vit à 100 à l’heure, où une actualité en chasse une autre, entre deux embouteillages.

Surtout qu’à cette heure, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, beaucoup de directeurs de golfs se sentent sceptiques concernant les potentielles retombées de la Ryder Cup sur leur activité.

Certains, comme le directeur du Golf de Monte-Carlo qui déclarait dans l’édition d’octobre de SportEco, revue destinée à la distribution professionnelle, que ces membres ne faisaient pas cas de la Ryder Cup, se sentant très peu concernés, ou d’autres comme le directeur du GCL à Lyon qui ne voit toujours pas de réelle médiatisation du golf en France, à l’image du tennis.

Au Touquet, Charles DeBruyne n’est pas certain que la Ryder Cup créé des golfeurs, préférant miser sur des opérations ciblées pour attirer des golfeurs des pays voisins.

A ce jour, il semble que la FFG a encore beaucoup de travail de conviction pour rassurer sur sa stratégie de développement du golf en France.

Si une large majorité des acteurs de la filière considère que la Ryder Cup est plutôt une bonne chose pour le golf en France, cette majorité reste en attente des éventuels bénéfices d’une telle compétition, sachant que par le passé, l’exemple du Pays-de-Galles en 2010 a montré que c’était en fait sans effets.

Des capitaines à la hauteur de l’événement

La semaine de lancement One Year To Go a eu le mérite de réunir les capitaines à Paris, même si Thomas Bjorn pointe le fait que le golf n’est pas encore très populaire en France, il valorise l’accueil reçu, et surtout la jeunesse.

« Aujourd’hui, cela a été pour moi un retour en enfance de voir tous ces jeunes si enthousiastes. C’est un excellent moyen de se souvenir d’où l’on vient. L’engouement autour de la Ryder Cup en France est extraordinaire dans un pays où, pourtant, le golf n’est pas encore un sport très populaire et où la Ryder Cup n’a pas encore d’histoire. J’ai eu de bonnes discussions sur le parcours avec Jim mais aussi avec les jeunes espoirs français. Ce sont des jeunes extrêmement talentueux et ils semblent avoir un grand potentiel. J’ai essayé de leur expliquer comment aborder le parcours. Nous avons tous connu ce type d’expérience à un moment de notre carrière. Il y a des mots qui restent dans votre tête toute votre vie. J’espère qu’on a pu leur apporter deux trois choses qu’ils retiendront et qui feront d’eux de meilleurs golfeurs ».

La réussite, c’est justement d’avoir des grands capitaines qui sont en même temps de grands ambassadeurs !

C’est une chance ! Bjorn et Furyk sont une chance pour Paris !

Furyk ajoute : « Cette journée, entre la visite de l’école, le challenge des capitaines et la démonstration de golf, a été une très belle expérience. Cela m’a fait du bien de me retrouver sur un parcours de golf et de passer un excellent moment avec ces enfants. Le niveau des jeunes espoirs français était vraiment relevé. Les enfants étaient très nerveux au départ mais ils ont très bien joué. J’ai vraiment apprécié la manière et l’esprit d’équipe. Ils se sont aidés et ont joué avec le sourire. J’ai du mal à m’imaginer à leur place à 16/18 ans. J’aurai été très nerveux d’avoir à taper ces coups sur ce fantastique parcours. La démonstration pour tous les élèves des écoles de Saint Quentin en Yvelines restera un très bon souvenir. On s’est vraiment amusé à discuter avec les enfants. On voulait que les enfants apprécient le jeu et s’amusent en leur démontrant que golf et fun étaient compatibles »

Le capitaine américain met là-aussi en exergue ce qui est le plus important : Créer cet événement pour les jeunes !

Nous savons tous que la Ryder Cup, c’est avant-tout pour la jeune génération. C’est à la fois un cadeau, et une invitation.

Crédits photo : Getty Images

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