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Légendes de Ryder Cup: La victoire de Thomas Levet en 2004 à Oakland Hills (1ère partie)

Légendes de Ryder Cup: La victoire de Thomas Levet en 2004 à Oakland Hills (1ère partie)

Entretien exceptionnel et exclusif avec Thomas Levet, le premier français à avoir remporté la Ryder Cup avec l’Equipe Européenne en 2004, aux Etats-Unis, sur le parcours d’Oakland Hills, face à une des plus belles équipes du monde. Une « team » USA composée notamment de Tiger Woods, Phil Mickelson, David Toms, ou encore Fred Funk que Thomas a justement battu en simple. Découvrez son récit exceptionnel ! Thomas Levet vous raconte l’avant, le pendant et l’après d’une des plus grandes victoires pour un golfeur français…

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Septembre 2017 – Evian-Les-Bains : Thomas Levet est de tous les grands rendez-vous du golf français.

Consultant pour la chaîne Golf Plus, quelques semaines après avoir officié sur les tees de départs de l’Open de France à Paris pour présenter les joueurs, le voilà sur le pont et sous la pluie pour faire la promotion du golf féminin.

En l’espace de quelques mois, nous avons croisé Thomas Levet à plusieurs reprises.

Paris, Evian, mais aussi Orlando à l’occasion du PGA Merchandise Show qu’il a arpenté avec beaucoup d’appétit pour tout ce qui touche à l’univers du matériel, croisé son copain Jesper Parnevik, et plaisanté avec les quelques représentants français présents sur le salon.

Cette fois, en salle de presse, Evian, après quelques secondes à discuter de l’actualité du golf français (Romain Wattel n’avait pas encore gagné le KLM Open), Thomas a accepté de répondre à nos questions sur sa fameuse épopée de Ryder Cup en 2004.

Avant de parler des trois jours à Oakland Hills, pouvez-vous nous parler des deux années qui ont précédé cette édition, et notamment la phase de qualification ? Est-ce que la participation à la Ryder Cup était justement un objectif ?

Oui, c’était un objectif. J’en avais justement loupé deux auparavant dont une en 2002 de vraiment très peu.

A l’époque, j’ai reçu un coup de téléphone du capitaine de l’époque, Sam Torrance, et si je me souviens bien il m’a annoncé qu’il prenait Langer et Parnevik.

En wild-card, il ne pouvait pas me prendre parce que je n’avais pas assez d’expérience dans cette compétition.

Retrouvailles : Levet en discussion avec Parnevik à Orlando

Je devais être 12 ou 13eme au classement aux points. J’étais dans le coup quand je suis allé jouer à Munich, le dernier tournoi pour avoir une chance.

Pour me qualifier, il ne me restait plus qu’une seule possibilité : Gagner le tournoi pour être sûr d’être dans l’équipe de Ryder Cup !

Là-bas, je bats le record du tournoi sur la semaine, mais je finis finalement troisième. Et c’est là que le soir, j’ai reçu le coup de téléphone de Sam Torrance.

A ce moment-là, je me suis dit que je n’étais tout de même pas loin. Et derrière, j’ai enchaîné de très grosses années. De 2001 à 2004, c’est là où j’ai probablement joué mes meilleures saisons sur le tour.

Même si tu sais que tu joues bien, tu te mets toujours, en début d’année, des objectifs qui sont de plus en plus importants. Les premiers objectifs sur les premiers tournois, c’est déjà de faire tes premiers cuts, pour justement prendre de la confiance pour enchaîner les journées en tournoi.

Si tu loupes cut après cut, et bien déjà tu ne joues pas beaucoup, soit deux jours par semaine au lieu de quatre. Donc, déjà, tu essaies de faire les premiers cuts, puis après ton objectif, c’est de faire ton premier top-30, puis top-10, et puis top-5.

En 2003, tout cela, je l’ai fait dans ma première semaine !

J’ai joué en Australie, et terminé troisième alors que le format était en stableford modifié où l’eagle avait une grosse importance. Un eagle rapportait 8 points, un birdie, 3, et ainsi de suite… En strokeplay, j’aurai même gagné le tournoi.

A ce stade, vous aviez rapidement digéré la déception de Munich ?

Ah oui ! Tu digères très vite ! J’ai poussé jusqu’au bout. Cela n’a pas suffi mais j’étais quand même dans une très bonne saison.

Ce résultat en Australie a alors lancé votre saison…

Top-3 en Australie, et derrière encore un autre top-10, ma saison était lancée ! Je suis joueur qui une fois qu’il est « établi » peut reproduire toutes les semaines. En tout cas, à cette époque, j’étais capable de reproduire avec une extrême régularité, avec de temps en temps des pointes, où je pouvais jouer extrêmement bien.

Il y a eu vraiment peu de moments où j’ai mal joué. Je ne me souviens que d’une seule fois à Dublin où j’avais été malade, et là j’avais explosé, mais sans cela, aucune alerte au niveau du jeu.

Levet en Monsieur Loyal au départ de l'Open de France

Du tee au green, vous étiez très régulier, c’était peut-être plus au niveau du putting…

Oui, oui, mon jeu était très régulier, et effectivement, mon putting était un peu plus aléatoire, mais dans ces années-là, j’étais dans ma zone.

Cela ne semblait pas formidable non plus ! Il n’y avait pas de victoire.

Puis, tout d’un coup, à un moment cela devient difficile, je n’étais pas qualifié pour le British Open… je tombe malade à Dublin…Je ne peux pas faire les qualifs du British. Je me dis « Bon bah, il ne me reste plus que l’Open d’Ecosse ».

Et là, je joue super bien pendant trois jours, et je ne rentre pas UN putt !

Mon caddie me dit « Si cela pouvait rentrer un petit peu, on pourrait peut-être aller le chercher le titre ! ». Je lui réponds « Il faut être patient… patient… ».

Le matin du dernier tour, je croise Paul McGinley au petit-déjeuner alors qu’il était en famille, et on discute deux minutes. Je lui demande s’il est exempté pour le British. Il me répond non, sauf s’il joue bien sur ce dernier tour. Et il me demande ce qu’il en est pour moi. Je lui réponds « Moi, c’est pareil. Je ne suis pas exempté. Il faudrait que je fasse 62 ou 63 pour gagner. » Puis on se quitte là-dessus.

Avec mon cadet, sur le début de la partie, toujours pas de putts qui rentrent.

On en rigole un moment au trou sept ! Du un au sept, je plante tous les mats, mais rien ! Aucun putt qui ne tombe pour birdie ! A 2 mètres, 3 mètres, 4 mètres, 7 mètres, rien !

Finalement, je passe l’aller à -1 ou -2, et puis, tout d’un coup sur le parcours de Loch Lomond, le putter se met à chauffer, et je rentre tous les putts, je joue 29 sur le retour, je fais un score de 63, et je gagne l’Open !

Tout d’un coup, je remonte dans l’équipe de Ryder Cup, et pas d’un petit peu ! Je passe en tête du classement.

Là, je me dis, il ne reste plus que deux mois à faire. Je suis en tête du classement… Si je joue un tout petit peu bien le reste, ça va être bon !

Qualifié pour le British à Troon suite à ma victoire, je prends la tête du tournoi pendant trois jours. Je suis en tête le dernier tour jusqu’au trou huit ou neuf. Je jouais super bien, et personne n’arrivait à garder ce même rythme.

Dans votre tête, vous avez dû vous dire que c’était incroyable ?

Non, ce n’était pas incroyable… par contre, j’étais fatigué ! J’avais gagné la semaine d’avant. J’ai ressenti l’effet de fatigue parce que le problème avec le fait d’être sous stress tout le temps, c’est de puiser énormément dans les réserves.

Sur le retour, je n’ai pas si mal joué, mais avec la fatigue, le ressort était un peu moins dynamique, et surtout pas assez efficace.

Je n’arrivais pas à contre-attaquer, et derrière, mes rivaux ont joué comme des malades avec des scores de 32 ou 33. De mon côté, j’ai joué +1 ou dans le par, du coup, ils me sont passés devant. J’ai fini cinquième.

Par conséquence, je n’étais plus seulement premier pour la Ryder Cup. J’étais irrattrapable !

A tel point que Bernhard Langer me téléphone le soir, pour savoir quel allait être mon programme pour la Ryder Cup dans les prochaines semaines, sachant que j’allais être dans l’équipe.

Et puis, j’ai été élu « Joueur du mois » en juillet, alors, quand la qualification se joue en août, généralement, cela se passe bien pour toi !

Pendant l’échange téléphonique, Langer me dit qu’il a besoin de moi, qu’il veut me voir. Il me donne son planning.

Avant la compétition, qu’est-ce qui se passe entre les joueurs et le capitaine ?

Il y a généralement quelques petites réunions pour que le capitaine recueille des informations sur les programmes des joueurs, sur la forme du moment ou encore s’il peut aider les joueurs sur des points précis.

Pour ma part, j’étais en pleine bourre cette année-là. J’ai terminé cinquième du classement européen avec seulement Jimenez et Harrington de vraiment « européens » devant moi puisqu’il y avait Goosen et Els aux deux premières places.

Du coup, il n’avait pas grand-chose à me dire. On arrive à Munich, et sur toute l’équipe de Ryder Cup, on est neuf à se mettre dans les dix premiers !

Pour ma part, je termine deuxième derrière Miguel. A deux semaines de la Ryder Cup, on jouait parfaitement.

Les seuls problèmes que pouvaient avoir Langer, concernaient Poulter et Paul Casey qui n’étaient pas très en formes.

De mon côté, il n’y avait pas grand-chose à dire. Je faisais -15 toutes les semaines ! Voilà comment ça s’est passé. Je suis rentré dans cette équipe de Ryder Cup. On a joué. On les a explosé !

Ce qui est drôle avec le recul, c’est que j’ai l’impression que cette année est passée à la fois très très vite, et puis très facilement.

Je me suis dit « Tiens ! Tout ce que j’ai fait à l’entraînement. Cela paie maintenant. »

Si on me demande « C’était quoi tes problèmes de swings en 2004 ? » J’aurai du mal à répondre parce que je n’ai pas eu de problème sur le parcours.

S’agissant de la Ryder Cup en elle-même, comment s’est passée la composition des doubles ? La préparation des matchs et la position contre les américains ?

Généralement, dans les semaines qui précédent, le capitaine regarde comment tu joues. Il regarde tes statistiques. Il connaît ton style de jeu. C’est un ancien joueur du circuit. Il sait qui joue et comment. Donc il regarde beaucoup, et il évalue les forces en présence.

Par exemple, en foursome, il ne peut pas mettre un joueur qui est en difficulté. Un joueur qui a des problèmes de long jeu en foursome, c’est un calvaire.

Dès notre arrivée aux USA, je mets les choses à plats à l’entraînements. On fait un match avec Westwood et Clarke. Je les bats 5 à 4 sur neuf trous.

En fait, je gagne les cinq premiers trous ! Je fais -7 sur les neuf premiers trous d’entraînements.

Thomas Bjorn qui était co-capitaine se tourne alors vers Langer et lui dit « C’est pas bien joué qu’il joue ! C’est juste énorme ! »

Sur l’après-midi, je joue contre Poulter et McGinley. Idem, je les explose. Sur cette période, j’ai tapé les meilleurs drives de ma carrière.

Je tapais non seulement droit, mais je tapais aussi super long. Pendant la Ryder Cup, je tapais aussi long que Mickelson alors que d’habitude, il était 15 mètres devant moi.

Est-ce que vous aviez une poussée d’adrénaline ?

Oui, c’était l’adrénaline ! L’excitation du truc ! Et aussi la confiance que j’avais à ce moment-là.

Donc, le capitaine voyait bien comment je jouais. Bernhard m’a donc dit dès le deuxième jour d’entraînement « Vu comment tu joues… je ne vais te mettre qu’en foursome parce que tu ne loupes pas de coup. Et moi, j’ai besoin de ça. »

Pendant les journées d’entraînements, il nous a fait passer le message comme quoi, tout le monde allait jouer. Ceux qui jouaient le moins bien, pourraient jouer en 4-balles.

La vérité sur un 4-balles… Je fais 7 au 1, tu fais 3. Je fais 9 au 2. Tu fais 3. Puis au 3, tu fais 12, je fais 3…on est -3 alors qu’on joue comme des pelles tous les deux ! C’est le nombre de birdies combinés qui compte. Alors qu’en foursome, c’est trou perdu !

Le capitaine ne peut pas se permettre d’avoir une équipe moyenne.

Langer m’avait donc spécialisé dans les foursomes. Je devais jouer les deux foursomes quoi qu’il arrive.

Dont un foursome avec Miguel Angel (Jimenez) qui jouais lui-même plutôt pas mal dans les 4-balles.

Association magique entre Thomas et Miguel Angel Jimenez

On n’a plutôt pas mal joué, notamment sur le long jeu. En revanche, on n’a pas très bien putté. Pourtant, c’était une des forces de Miguel, mais avec la fatigue, il s’est mis à un peu moins bien putter.

Est-ce que Jimenez vous a aidé à démarrer les deux… trois premiers trous ?

Quand je suis arrivé en Ryder Cup en 2004, j’avais déjà 36 ans. J’avais de l’expérience. Miguel a vu que je n’étais pas un joueur très nerveux. Bien sûr qu’il y a l’excitation du départ du un… cependant, je suis quelqu’un qui absorbe vite ces trucs-là.

Du coup, je n’ai pas été trop déstabilisé. En revanche, il y a des joueurs qui peuvent être tétanisés au départ du 1, et qui n’arrivent pas à se mettre en jeu. Pour moi, tant que je contrôle ce que je suis en train de faire, ça va bien.

Et l’environnement du golf, c’est quelque chose que je contrôle plutôt bien. Donc pas de problème !

Mais c’est vrai que Langer a mis des rookies avec des joueurs d’expériences, au cas où ces problèmes se seraient posés. Pour que le joueur d’expérience puisse rassurer celui qui débutait. On a eu la chance d’avoir une super équipe qui a très bien joué. On les a explosé la fameuse année où ils ont mis Woods et Mickelson ensemble.

Avec Miguel, on a joué Haas-Di Marco et Toms-Mickelson.

On a perdu les deux. Jay Haas a été exceptionnel. Il a rentré des putts très importants au bon moment. Il finit sur un coup de fer donné !

Au départ du 16, ils sont one up… A ce stade, il y a quand même un match ! Il enfile un putt de 10 mètres, et derrière sur le trou suivant avec un drapeau injouable, un coup de fer donné ! Imaginez le 15 au national avec drapeau à droite…Coup de fer parfait ! Merci les mecs ! Nous, on avait joué sagement au milieu du green ! Avec un tel coup, birdie pour eux, et match terminé…

Le match s’est joué sur deux coups alors qu’on avait été au coude à coude tout le temps.

Sur le deuxième match contre Mickelson et Toms, nous, on prenait tous les fairways et tous les greens pendant qu’eux, c’était tous les bois et tous les bunkers !

A la fin, nous, on ne rentre pas un putt, et eux, ils rentrent tout !

Au-delà de la défaite, ce qui était intéressant quand on regardait le jeu… c’est qu’on savait qu’on jouait bien.

Après en simple, j’ai joué dans la neuvième partie contre Fred Funk. Ce qui était prévu.

Langer savait que les américains allaient attaquer comme des malades sur les premières parties. Il avait décidé de mettre des joueurs qui n’étaient pas au top devant.

De toute façon, un joueur qui est un peu en-dedans, que tu le mettes devant ou derrière, il sera quand même en-dedans.

Contre Woods et Mickelson, l’idée, c’était de mettre des gars qui pourraient tenter de faire quelque chose.

Woods a battu Casey. Par contre, Mickelson a perdu contre Garcia.

Derrière, Langer avait mis des joueurs solides comme Harrington et McGinley. On a d’ailleurs gagné les quatre derniers matchs.

Dans le déroulement de la journée des simples, dès le début, les américains ont pris le dessus !

A tel point qu’au trois, pendant ma partie où j’étais one up, je regarde les grands panneaux. On était censé avoir six points d’avances. Sur huit parties en cours, il y en avait sept où on perdait. J’étais le seul en position de gagner !

Si on avait arrêté le match au trois, on était à égalité ! C’était « les boules »

Et la force d’un mec comme Langer, c’était justement de nous prévenir de tout ça. Il l’avait vécu. Il a bien ciblé les endroits où cela pouvait coincer dans la tête d’un joueur.

Il nous avait prévenu sur les pièges à éviter. De bien se reposer après l’entraînement. De ne pas trop répondre à la presse.

Entre le moment où tu finis ta partie, et une des réceptions, tu n’as pas beaucoup de temps. Il faut justement le prendre pour se reposer. Même s’il faut dormir sur la table de massage ! Surtout, ne pas faire de truc en plus…

Par exemple, après la cérémonie d’ouverture, le temps de rentrer à l’hôtel, il sera déjà largement onze heures du soir. Il n’y a donc déjà pas assez de temps pour bien récupérer.

Donc après l’entraînement, il fallait récupérer immédiatement. A la fin, c’est comme ça qu’on garde une équipe en forme, capable de renverser la situation. Compartimenter, cela a toujours été la force de Langer.

Sur les neuf derniers trous, les choses ont plutôt tourné positivement. Comment avez-vous vécu cette fin de Ryder Cup Victorieuse ?

La deuxième partie de cet article à venir la semaine prochaine…

Crédit photo : Mark Newcombe et JeudeGolf.org

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