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Légendes de Ryder Cup: Thomas Levet – C’est dans l’adversité que l’on se réunit (2ème partie)

Légendes de Ryder Cup: Thomas Levet – C’est dans l’adversité que l’on se réunit (2ème partie)

Deuxième partie de notre long entretien en compagnie de Thomas Levet, au sujet de sa victoire en Ryder Cup à Oakland Hills dans le nord des Etats-Unis en septembre 2004. De l’ambiance dans son match en simple contre Fred Funk, au coaching de son capitaine Bernhard Langer, sans oublier la gestion fine du public, Thomas vous fait revivre à travers ses mots, une des plus belles pages de l’histoire européenne en Ryder Cup. Une édition remportée sur le score sans appel de 18,5 à 9,5 contre les USA de Woods, Mickelson et Furyk !

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Comment s’est déroulée la fin de votre match contre Fred Funk alors que votre équipe était sur le point de gagner le match ?

Au départ du 14, j’étais 3 up contre Fred Funk. Je savais que la victoire était toute proche. J’ai levé la tête vers les panneaux pour suivre l’évolution des scores sur les autres trous.

J’ai vu que Ian Poulter qui était derrière moi dans le match contre Chris Riley ne pouvait plus perdre.

Il venait de rentrer les deux putts qui assuraient au moins le demi-point pour qu’on ne soit plus rattrapé. (Poulter finira par remporter son match 3&2).

Tout d’un coup, j’ai su qu’on allait gagner ! Et là, ce fut pour moi la déconcentration totale !

Avec Fred Funk, on ne savait plus jouer ! On ne jouait plus ! J’étais complètement électrisé. On tapait dans les mains des spectateurs…

Le spectacle de notre match sur nos quatre derniers trous a été une catastrophe d’un point de vue golfique. On ne savait plus jouer. Fred Funk était déçu. Il baissait la tête, moi, à l’inverse, j’étais complètement ébahi. On ne jouait plus au golf !

On finit. Je gagne one up au 18, mais ce n’était pas très drôle… enfin, si, l’équipe avait gagné ! Mais cette fin de match, ce n’était plus du golf.

Il s’agissait juste de finir pour les spectateurs.

Que retenez-vous de cette Ryder Cup 2004 ?

On les a « explosé » ! (L’Europe a finalement gagné 18,5 à 9,5) C’est ça que je retiens !

Et puis cela a été un souvenir incroyable. L’ambiance était démentielle. C’est un stade de foot pendant cinq jours ! Un stade de foot où il y a des buts tout le temps !

Les spectateurs prennent parti pour leur équipe. Dès le premier jour, cela chambre dans tous les sens. C’est vraiment un match de foot. C’est impressionnant.

Justement comment a été le public américain vis-à-vis de vous ? Notamment après les événements de Brookline en 1999 ?

C’était chaud ! Sauf que l’équipe américaine avait décidé de s’isoler totalement, et donc ne répondait pas beaucoup au public, et ne signait pas beaucoup d’autographes.

Quand Langer a vu ça, dès le premier jour, au cours d’une partie d’entraînement, il nous a dit « Vous jouez vite ! Vous jouez une seule balle ! Par contre, vous me signez tous les autographes » Il nous a poussé à le faire pour contre-attaquer les américains qui ne signaient pas du tout.

Les américains ne se sont pas rendus compte que le parcours étant situé à Denver, tout près du Canada, on a eu plein de canadiens qui étaient un peu entre deux eaux. Tout d’un coup, tous les canadiens sont venus de notre côté du fait de notre attitude.

On a eu un contingent de supporters important.

Je faisais deux caisses d’autographes par jour !

Je pouvais marcher tout le fairway, et signer des autographes tout du long. Les spectateurs marchaient à côté de moi, et je signais autographe après autographe.

A la fin des greens, on faisait toute la rangée de spectateurs. Soit environ 300 ou 400 personnes !

Sur 10 minutes de trou à jouer, c’était 20 minutes d’autographes et 6 heures à faire le parcours.

C’était dément, dément, dément…

Vous avez assisté aux débuts de Ian Poulter en Ryder Cup, un garçon qui est devenu un « personnage » dans ce format. Etait-il déjà un showman ?

Oui, il avait déjà cette attitude qu’on lui connaît.

Je venais aussi d’un sport collectif, le hockey sur gazon, et à un bon niveau (capitaine de son équipe), et donc, dans ce cas, on sait comment se comporter dans une équipe.

Tu sais très bien quand tu arrives dans une équipe, qu’en tant que "petit jeune", tu n’es pas là pour imposer tes idées du genre « Ouais, on devrait faire ça ou ça… » en sautant dans tous les sens. Celui qui se comporte comme ça, on lui montre le banc au fond du vestiaire.

On lui dit que quand il aura ravalé sa salive, peut-être qu’il rentrera en jeu.

Pour l’instant, les anciens jouent. Tu regardes. Tu apprends…. C’est comme ça que ça se passe.

Pour ma part, j’avais déjà 36 ans. Mais en tant que « jeune » dans l’équipe, je regardais, j’écoutais, et j’essayais d’être efficace dans ce que l’on me demandait de faire, et puis, c’était tout.

Ce n’était pas notre rôle de donner notre avis sur la tactique à produire ou des trucs comme ça.

Il n’y a guère que dans la salle de réunion des joueurs où il n’y avait que les joueurs, où Bernhard nous avait dit « Voilà, si vous avez quelque chose à dire, il faut le dire maintenant. On en discute. Quel est votre problème ? Quelle est votre vision ? Et puis on va trouver des solutions. »

L’objectif, c’était que tout le monde sorte de la réunion en allant dans le même sens.

Il y a un problème ? On trouve la solution, et on y va.

Justement, Langer nous avait demandé si on avait quelque chose à suggérer.

Pour ma part, j’avais vu que pendant les 4-balles, certains joueurs se débarrassaient de la balle ! Je leur ai dit « Les gars ! Prenez votre temps au départ du trou. On est tous stressé. Sous stress, on va plus vite. Faites gaffe au départ du 1. Prenez votre temps. Respirez !»

Par exemple, j’ai dit à Montgomerie qui au départ d’une Ryder Cup est toujours très stressé « Hey Colin, tu es le meilleur en Europe. Le meilleur joueur qu’on n’ait jamais eu. Tu crois que je m’attends à un mauvais coup de la part de Colin Montgomerie ? Non ! Tu vas faire un très bon coup ! Ne t’inquiète pas. »

C’est le genre de choses que l’on pouvait se dire dans la salle, pour se réassurer. C’est ce qui donne confiance à toute une équipe.

Par exemple, Westwood m’avait dit « Si tu joues comme ça pendant toute la Ryder Cup, tu vas être dur à battre. »

Un autre m’avait dit « Un rookie qui va marquer 5 points aux américains, cela va leur faire mal ! » Il m’avait vu jouer à l’entraînement, et personne ne m’avait vu jouer comme ça !

« Un rookie qui va marquer 5 points aux américains, cela va leur faire mal ! » Il m’avait vu jouer à l’entraînement, et personne ne m’avait vu jouer comme ça !

Venant d’un sport collectif, est-ce que gagner une Ryder Cup était plus important que gagner un grand tournoi individuel ?

Non, pas jusque-là ! C’est très différent. Equipe ou individuel, c’est vraiment très différent. En revanche, ce qui est marrant, c’est que les effets de la Ryder Cup sont sur un beaucoup plus long terme. Je pense que c’est parce qu’on la partage avec ses copains.

Je partage quand je recroise Garcia ou McGinley… De temps en temps, on a des discussions du type « Tu te rappelles du trou que t’as fait au 12 à machin… »

En fait, le feeling de la Ryder continue dans le temps.

Quand on recroise un joueur, automatiquement, on repense aux moments passés ensembles, aux bons moments passés dans cette équipe.

C’est ce qui permet de garder le contact avec ce golf de très haut niveau. Cela donne de la confiance, et ainsi de suite…

A l’inverse, pour une victoire en individuel, il n’y a que toi qui sait ce qui s’est passé à l’intérieur, qui a fait le plan…

T’y penses de temps en temps quand tu revois des images, mais ça ne te saute pas à la tête comme une Ryder Cup.

Alors que quand je croise Paul McGinley, David Howell, Darren Clarke, Lee Westwood ou Sergio Garcia, je pense quasiment immédiatement et automatiquement à la Ryder Cup.

A propos de cette notion d’équipe, les USA jouent pour un seul pays alors que vous vous jouez pour un continent synthèse de plusieurs pays différents, comment avez-vous créé ce lien si fort, ce fighting spirit européen ?

Justement, c’est dans l’adversité que l’on se réunit ! Quand il y a une catastrophe, tous les gens qui ne se connaissent pas viennent à s’entraider ! Vous êtes où ? Nous on est là. Vous avez quoi ? Nous on a ça… Venez chez nous avec vos affaires. Nous, ça nous aidera, et vous aussi !

La Ryder Cup, c’est un peu ça.

On est dans l’adversité, et on se retrouve à mettre toutes les ressources en commun pour essayer de créer quelque chose de beaucoup plus gros.

Je pense que c’est ce qui arrive par rapport à un seul pays où on se connait tous. A la fin, le fighting spirit sera un peu moins grand, justement parce qu’on se connaît déjà.

Dans notre cas, on est obligé de resserrer les rangs. On est obligé de tout mettre en commun avec des langages différents, des façons de faire très différentes…

Il faut regrouper les forces ! Je crois que c’est ça qui fait l’équipe européenne. On n’est un peu plus dos au mur par rapport aux américains. C’est normal !

Ils sont en réputation… plus forts que nous, même si au niveau du jeu, ce n’est pas flagrant. Au niveau réputation, on n’est pas favori. Ce qui fait qu’on aime bien leur rentrer dedans.

Alors justement, quelle est votre analyse sur la dernière édition où l’Europe a été largement battue ? Y avait-il trop de joueurs finalement trop jeunes ou sans grande expérience à Hazeltine ?

Il y a surtout le fait que les joueurs s’étaient un peu brûlés avant. Beaucoup n’étaient pas très en forme.

Le problème, c’est aussi les wild-cards, des joueurs choisis qui ne font rien !

C’est aussi les leaders comme par exemple, Danny Willett, vainqueur du Masters qui met zéro point… c’est un problème pour une équipe quand devant et derrière, cela ne suit pas.

La Ryder Cup 2016 s’est jouée là-dessus !

C’est aussi les leaders comme par exemple, Danny Willett, vainqueur du Masters qui met zéro point… c’est un problème pour une équipe quand devant et derrière, cela ne suit pas.

Un vainqueur de Masters doit mettre, en rigolant, au moins 3,5 points ! En jouant vraiment très mal, disons seulement 2, mais pas 0 !

Si on intervertit ce score de 0 avec 3, on n’est pas très loin de la vérité à la fin.

Un vainqueur du Masters qui met zéro point, c’est comme si tous les attaquants du Paris-Saint-Germain ne mettent pas un but !

A la fin du match, ils ont perdu à la place de gagner. C’est ça la vérité d’une Ryder Cup !

Quand les leaders ne marquent pas un point… quand les wild-cards comme Westwood marquent zéro, vous pouvez prendre un boulet et puis deux, et puis là vous coulez.

Ce n’est pas possible de gagner une Ryder Cup dans de telles conditions.

Le reste de l’équipe, son ossature a très bien joué. Pieters ou Cabrera-Bello ont très bien joué, mais ils ne pouvaient pas contrer tout seul des leaders d’équipes qui ne sont pas présents.

Un leader d’équipe, même en jouant très mal, doit marquer au moins deux points sur cinq.

Danny Willett a-t-il été perturbé par la polémique déclenchée par son frère la semaine précédant la Ryder Cup ?

Ah oui ! Pile le moment où il ne fallait pas le faire. Il n’y avait pas pire timing. Oui, bien entendu, la Ryder Cup a été plombée par cet événement.

Il a passé la semaine à s’excuser à la place de jouer au golf. Les américains en ont profité ! Ils lui ont sauté dessus. Il était devenu le vilain petit canard.

Et si ce n’était pas les joueurs, c’était la presse qui allait en rajouter.

Oui, c’était une grosse erreur, et peut-être le déclencheur d’une contre-performance d’autres joueurs qui avaient plus à s’excuser qu’à jouer au golf.

A l’avenir, souhaiteriez-vous être un jour appelé comme assistant du capitaine ou peut-être même capitaine ?

Oui, bien sûr !

Capitaine, je ne pense pas l’être. Il y a d’autres joueurs qui vont passer avant moi.

Co-capitaine, j’espère bien l’être en France.

J’espère que Thomas Bjorn m’appellera ou me demandera au moins mon avis sur certains trucs, surtout pour aider par rapport à la France, et notre façon de faire.

Après, ce sont des choix ! Cela va dépendre de son équipe, de ce qu’il voit, de ce qu’il a à disposition… ce qu’il ne sait d'ailleurs pas lui-même à l’heure actuelle.

Il aura peut-être des co-capitaines comme Westwood, parce qu’ils ont une grosse expérience, qu’ils comprennent le jeu de l’équipe ou même un Poulter…

Pour l’instant, il en a nommé un (Robert Karlsson). Il va encore en nommer 3 de plus, on verra bien.

Crédit photo : Mark Newcombe

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