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Précision ou puissance au drive: Vers la fin d’une idée reçue

Précision ou puissance au drive: Vers la fin d’une idée reçue ?

Les articles sur plus de précision au drive, ou taper long et droit, ou encore comment prendre plus de fairways en régulations sont à la mode. Mais est-ce vraiment un argument pertinent au regard du score ? A priori, penser le contraire pourrait-être à contre-courant de la logique golfique…Entre distance et précision, la plupart du temps, on vous a incité à privilégier le fait d’être sur la piste. Sauf qu’une étude menée sur 30 ans concernant les joueurs du PGA Tour pourrait bien remettre en question ce principe… notamment quand il s’agit de scorer bas. Quel enseignement pour un amateur ?

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Puissance ou précision....si seulement on pouvait toujours avoir les deux !

Le débat entre précision et distance maximum est un très vieux débat dans le golf.

Il oppose la plupart du temps deux écoles : celle des joueurs précis aux bombardiers.

Les premiers défient les seconds à travers leurs dextérités et une forme de finesse tactique. Vous retrouvez dans ce camp des golfeurs comme Luke Donald, ou Graeme McDowell.

Les seconds répondent à la finesse par la force brute.

Dustin Johnson, Bubba Watson ou Nicolas Colsaerts font partie de cette école.

Pendant des années, de nombreux observateurs, enseignants et joueurs ont pensé que c’était surtout les premiers nommés qui avaient l’avantage au moment de scorer sur les parcours des tournois professionnels.

Pourtant dans les faits, Bubba Watson vient tout juste de remporter son 9ème tournoi chez les pros à l’occasion de Hero World Challenge 2015, et depuis 10 ans, il truste la première place du plus long frappeur de drive sur le PGA Tour avec une moyenne qui dépasse allègrement les 270 mètres.

Il est très loin d’être le golfeur qui prend le plus grand nombre de fairways en régulation !

En 2015, le golfeur qui a été le plus précis tout du long de la saison a été l’italien, Francesco Molinari avec près de 77% de fairways touchés, soit 572 sur 744 possibles.

La distance prendrait-elle le pas sur la précision ? Et pourquoi ?

Concernant la première question, une très sérieuse étude menée sur 30 ans a permis de constater une véritable tendance de fond sur le PGA tour, et même un renversement en faveur de la puissance, ce qui tendrait à expliquer pourquoi des garçons comme Rory McIlroy ou Jason Day se battent pour la place de numéro un mondial en 2015, étant tous deux de très longs frappeurs.

Le pourquoi n’est pas révélé dans cette étude, mais pour cela, il suffit de discuter avec des golfeurs professionnels pour avoir une petite idée.

Avant de vous révéler le contenu de cette étude et de la commenter, traitons le pourquoi.

Sur le PGA Tour, les parcours sont vraiment manucurés. Il suffit d’écouter Benoit Ducouloumier, entraîneur de Victor Dubuisson pour s’en convaincre.

Alors que dans les années 2000, les organisateurs de tournoi ne savaient plus quoi inventer pour freiner l’avantage de puissance de Tiger Woods par rapport au reste du champ de joueurs (augmentation de la distance des trous, ajout d’obstacles…), de nos jours, cette bataille est perdue.

Woods a été largement dépassé par les nouveaux bombardiers qui ont embrassé son modèle de préparation physique pour même aller encore plus loin que lui.

Watson, McIlroy, Colsaerts ont fait du travail en salle un passage obligé de leur cursus de pro sur le tour.

Les parcours ne peuvent pas être allongés à l’infini, pour des raisons de places, mais aussi et surtout des raisons de coûts.

Dans une logique de proposer le spectacle le plus impeccable, vous ne trouvez pas un terrain boueux avec des roughs mal coupés sur aucun tournoi de golf américain, sauf conditions climatiques extraordinaires.

Les parcours sont tellement aseptisés, que d’une certaine manière, les difficultés autres que la distance ont été nivelées.

Ce qui n’est pas encore le cas en Europe, et encore !

Pour Jean-Nicolas Billot, pro de golf expérimenté qui a joué sur l’Alps Tour et le Challenge tour, les parcours des circuits élites sont tellement bien préparés qu’ils ressemblent de plus en plus à des autoroutes, et les roughs de moins en moins terrorisants. Un parcours de l’Alps tour moins long mais moins « coupé » est en fait parfois plus piégeur qu’un parcours du Challenge tour où même en dehors du fairway, vous n’êtes pas pénalisés.

C’est d’ailleurs de son point de vue, une vision assez stéréotypée du golf qui ne donne plus vraiment la part belle à la créativité autour des greens.

Comprenez que chez les professionnels, la difficulté proposée est la distance, et surtout la distance.

Effectivement un PAR 4 de 410 mètres vous impose à minima de driver à 270 mètres pour avoir un semblant d’approche à 140 mètres !

Dis comme ça, cela n’a rien de facile pour le commun des golfeurs, et pas forcément accessible pour tous les pros ! Ils n’envoient pas tous à 270 mètres !

Pourquoi croyez-vous que les pros redoutent l’Alstom Open de France ? (pour ne pas dire en off qu’il n’aime pas le parcours !)

Long et en plus étroit avec des roughs horribles, le parcours du Golf National est un des tests de la saison de l’European Tour.

Et comme par hasard, un golfeur précis plus que long comme Graeme McDowell a remporté deux des trois dernières éditions…

En résumé, si la tendance entre distance et précision s’est inversée…cela tient en partie à l’allongement des parcours mais surtout au fait que taper loin mais à 10 mètres du fairway est devenu non seulement une nécessité mais conjointement beaucoup moins une sanction, en tout cas pour une majorité de parcours américains. ce qui exclut les Majeurs américains, le British Open et quelques gros tournois comme le Players ou les championnats du monde, des tournois où les organisateurs veillent à durcir les difficultés pour éviter un vainqueur à -20 sous le par !

Quoi que…peut-être vous souvenez vous de l’US Open 2014 remporté par Martin Kaymer qui avait dominé en distance le parcours de Pinehurst.

Sur la question de la difficulté des roughs, les avis pourront diverger.

Avantage aux bombardiers !

Venons-en à des chiffres incontestables et la tendance observée de retournement de situation en faveur des bombardiers au détriment des golfeurs précis.

Ces dernières saisons, le message qui prévalait sur le PGA Tour était d’affirmer que les bombardiers n’avaient pas réellement changé le jeu de golf, en particulier les longs-frappeurs qui touchent relativement peu de fairways en moyenne.

Le cas de Nicolas Colsaerts étant symptomatique du fait que la puissance n’était pas l’assurance de se maintenir sur le circuit.

En effet, le golfeur belge, bien que dans les premiers pour la distance au drive, a rapidement déchanté de son expérience américaine, et très vite reparti en Europe.

Pourtant, au regard des chiffres, le fait de trouver régulièrement le fairway sur un tournoi du PGA Tour ne semble plus non plus un avantage certain.

Ceci dit dans l’histoire moderne du golf, les grands champions ont souvent été de longs frappeurs.

Dans les années 80 quand Nicklaus a remporté son 16 et 17ème majeur, il était encore 10ème du classement des golfeurs pour la distance moyenne au drive, et ce passé 40 ans.

Dans les années qui ont précédé l’arrivée de Woods sur le tour, les stars étaient Greg Norman, Nick Price, Tom Watson, Payne Stewart et Fred Couples, et parmi eux, seulement Norman et Couples étaient vraiment de très longs frappeurs alors que les autres étaient justes au-dessus de la moyenne.

Quand Woods est arrivé, il a d’abord dominé le jeu par rapport à son énorme puissance depuis le tee. Mickelson, Singh et Els lui ont emboîté le pas dans ce registre.

Et aujourd’hui, McIlroy et Jason Day vont encore plus loin.

Si on revient aux années 80, Nicklaus était aussi 13ème meilleur golfeur du PGA Tour pour la précision au drive !

A cette époque, des meilleurs golfeurs, seul Fred Couples avait des difficultés à combiner distance et précision. Les Norman, Price, Tom Watson étaient plutôt très précis. Certes, pas autant que des Loren Roberts ou des Tom Kite…

A cette époque, pour gagner, il fallait impérativement trouver le fairway !

L’étude menée par Jake Nichols démontre que sur 4 périodes (de 88 à 94, de 95 à 2001, de 2002 à 2013, et de 2014 à 2015), les choses se sont inversées progressivement.

Le graphique ci-dessous illustre la part de victoires remportées par des longs frappeurs par rapport à des joueurs précis.

Les groupes teintés de bleus sont les groupes dominants sur la période, tandis que les groupes en orange ont moins remporté de victoires en proportion du nombre de joueurs.

Exemple : La case en bas à gauche de la période 88-94 démontre que les golfeurs les moins précis ont remporté moins de succès dans 49% des cas par rapport à l’ensemble de la période 88-2015 et sur la seule période 88-94.

La tendance la plus flagrante est le fait du changement entre le groupe des golfeurs les plus précis qui en 88-94 dominaient, alors qu’en 2014-2015, ils sont dominés par les longs-frappeurs.

Sur la période la plus récente, les victoires sur le tour reviennent plus souvent aux longs frappeurs très imprécis (59% des cas).

Logiquement, les golfeurs qui ne sont pas long, et ni précis restent bien entendu en fond de classement, sauf qu’en 2014/2015, c’est encore plus vrai qu’en 88/94 !

Si on raccroche ses statistiques à notre connaissance du jeu. Prenez l’exemple d’un garçon comme Luke Donald, numéro un mondial en 2011, et actuellement totalement décroché à la 74ème place !

Pour la distance au drive en 2015, l’anglais ne s’est classé que 172ème avec une moyenne de seulement 253 mètres sur le PGA Tour.

A l’inverse, un Dustin Johnson est numéro 8 mondial en 2015 avec la première place pour la distance au drive à 289 mètres de moyenne pour seulement la 165ème place pour la précision au drive !

Avantage net pour les bombardiers !

La précision n'est plus ce qu'elle était...

Les golfeurs précis ont remporté 46% des victoires sur le PGA Tour entre 88 et 94, puis seulement 22% entre 2002 et 2013, et ce chiffre tombe à 20% entre 2014 et 2015. Soit une chute de près de 50% en 25 ans !

A l’inverse, les très longs frappeurs ont vu leurs chances de s’imposer, passer de 31 à 37% sur la même période, comme illustré par ce deuxième graphique qui montre que le renversement de tendance a eu lieu entre 95 et 2001 (époque Tiger Woods), et depuis l’écart n’a cessé de se creuser.

L’importance moindre de la précision est encore illustrée par le graphique suivant.

Ce dernier illustre les joueurs répartis entre précision (ordonnées) et distance (abscisses) par rapport à la moyenne.

Le nombre de victoires est représenté par la taille d’un cercle, et la moyenne de score par l’intensité de la coloration.

Quand la précision était l’élément clé d’une victoire entre les années 80 et 90, la majorité des victoires étaient trouvées près de l’axe des abscisses, ce qui tendait à prouver que les vainqueurs étaient bel et bien ceux qui trouvaient plus souvent les fairways que la moyenne.

A partir des années 2000, cette tendance s’est renversée avec la majorité des scores les plus bas passant sous l’axe des abscisses, ce qui confirme que la majorité des vainqueurs étaient longs bien que moins précis.

Conclusion

Quand on vous parle de l’importance de prendre les fairways pour gagner sur le tour, relativisez cette donnée, car le jeu de golf a clairement changé !

Prendre des fairways est toujours un gros plus, demandez à Jordan Spieth ou Henrik Stenson, mais quand il s’agit de scorer très bas, ce n’est plus aussi important que cela pouvait l’être pour la génération précédente.

Maintenant appliqué à un amateur, tout est question du parcours sur lequel vous jouez !

Si les tournois du PGA Tour se ressemblent de plus en plus, ce n’est pas le cas des parcours en France.

Entre un golf en forêt ou un golf au panorama dégagé avec peu de rough, la stratégie ne sera pas la même.

Ensuite, entre les boules noires, blanches ou jaunes, les contraintes de distances ne sont pas du tout les mêmes que vous soyez 5, 15 ou 25 d'index.

Quoi qu'il en soit la pénalisation d'un drive long qui ne toucherait pas le fairway dépend grandement des roughs ou des obstacles.

Pour un parcours de golf classique, et c'est un vaste débat, le maintien de rough dépend de beaucoup de paramètres, y compris, saisonniers, tant et si bien que ce n'est pas forcément une volonté stratégique du golf.

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