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Emmener deux drivers sur le parcours? Bonne ou mauvaise idée?

Cette semaine à l’occasion du Memorial, tournoi du PGA Tour disputé sur le parcours de Muirfield Village, l’américain Phil Mickelson a expérimenté le fait d’emmener deux drivers dans son sac. Sur les réseaux sociaux, il a justifié ce choix, en prévision du prochain US Open qu’il ambitionne toujours de remporter. Taper des « bombes » n’est pas toujours possible, ni le bon choix sur des parcours qui demandent le plus souvent une très grande précision. Ce choix implique forcément de retirer un club du sac, et dans son cas, ce sera un bois de parcours. Pour un amateur de golf, cette alternative a-t-elle un intérêt ?

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A bientôt 49 ans, le vétéran du circuit PGA Tour est toujours à la recherche d’une victoire sur le seul majeur qui lui manque : l’US Open.

Avec déjà plus de 40 victoires sur le circuit professionnel, dont trois Masters, un US PGA et un British, sur son Open national, il cumule « seulement » les places de seconds dont la dernière en 2013.

Gagner l’US Open est certainement son dernier grand objectif.

Malgré l’arrivée de plus jeunes bombardiers, Mickelson arrive encore allègrement à se maintenir dans les 25 plus longs frappeurs du circuit nord-américain, avec une moyenne qui dépasse les 305 yards en 2019 (278 mètres).

En revanche, et cela a toujours été son gros problème, Mickelson est loin d’être précis avec le driver.

Seulement 207eme en 2019 pour la précision au drive avec une moyenne de fairways en régulation sous la barre des 50%, il suffit que les roughs soient terribles pour qu’il disparaisse du haut du tableau.

A l’occasion de la dernière Ryder Cup disputé au Golf National, il avait déclaré ne plus vouloir jouer des parcours avec des roughs aussi terribles, considérant que c’était une « complète perte de son temps ».

Le talent de Mickelson, c’est pourtant bien de remonter un lourd déficit de fairways en régulation par son jeu de fers.

Moins de 50% de fairways en régulations qui sont contrebalancés par plus de 65% de greens en régulation, mais effectivement, la configuration du parcours peut tout changer…

Pour le gaucher, le principal problème vient des drives lâchés à gauche du fairway, soit des pushs ou des slices.

Avec 22% des drives à gauche du fairway, Mickelson est parmi ceux qui dispersent le plus de ce côté sur le PGA Tour.

A l’inverse, il perd aussi 16% de ses drives côté droit.

Avec une plus grande précision au drive, Mickelson aurait sans doute été plus souvent numéro un mondial de golf.

Malgré le fait d’être aujourd’hui le golfeur le plus âgé encore en compétition (mis à part le senior tour), il arrive encore à produire la 15eme plus grande vitesse de swing moyenne au drive !

Dix ans plus tôt, en 2009, ses statistiques n’étaient déjà pas si différentes de celles d’aujourd’hui.

Le driver a donc toujours été la grosse question pour un Mickelson, as du petit-jeu et du putting.

Cette semaine, dans l’Ohio, sur le terrain de Jack Nicklaus, Mickelson nous refait le coup des deux drivers, une « technique » qu’il avait déjà expérimenté par le passé.

Cette fois, en marge du Memorial Tournament, Mickelson n’a pas hésité à jouer de son image, et poster une vidéo où il essaie de ne pas se prendre au sérieux, évoquant le fait de renforcer son estime de lui-même quand il tape des bombes, et à contrario, perdre de la confiance quand il les égare.

Il a donc utilisé deux drivers Callaway Epic Flash, un Sub Zero avec une tête en 9 degrés, et l’autre, standard, en 10,5 degrés mais avec un manche raccourci.

Son objectif était d’alterner entre des drives joués en cut (avec le plus lofté et le plus court) pour assurer le fairway en régulation, et le second, pour taper des « bombes » selon sa propre terminologie.

En réalité, après le premier tour du Memorial joué en 70, « Lefty » a reconnu qu’il avait réglé les deux drivers en 8,5 degrés, alors que le modèle de driver le plus long était en fait allongé d’1,25 inches par rapport au premier.

Pour justifier ce choix, il a expliqué « Mon angle d’attaque est ainsi plus élevé, et ma vitesse de swing est supérieure de 4 mp/h. La vitesse de balle est plus rapide, et donc je tape bien plus loin. »

Il poursuit « Mon swing est à l’évidence bien différent de celui des jeunes loups actuellement sur le circuit. Ils ont un swing très connectés, et disposent de muscles rapides qui explosent la balle. A l’inverse, mon mouvement corporel est moins fluide. Pour pouvoir créer autant de vitesse, j’ai besoin de créer un arc de swing plus important. J’ai besoin d’un manche plus long, et d’un meilleur timing pour être capable de générer des vitesses comparables. »

En conséquence, il admet « Je lance le driver à 16 ou 17 degrés de loft dynamique, mais ce n’est pas quelque chose que vous pouvez réellement contrôler. Sur un parcours, quand vous devez driver à 14 reprises, vous ne pouvez pas toujours tout contrôler. C’est pourquoi j’utilise un driver plus court. Ainsi, mon angle d’attaque est plus bas, et plus près de 11 ou 12 degrés, ce qui est plus simple à contrôler. »

Par le passé, Mickelson, bien connu pour être un « intellectuel » du matériel de golf, comme un pilote de formule 1 pourrait être un bon metteur au point, avait déjà fait des expérimentations à deux drivers.

Notamment en 2006, à l’occasion du BellSouth Classic, il avait expliqué avoir pris un driver pour faire du draw, et un driver pour faire du fade, pour ne pas avoir à changer son swing.

Mickelson est plutôt un joueur naturel de cut, alors que pour faire du draw, il doit procéder à des ajustements sur sa technique.

Déjà à l’époque, son driver était un inch plus long (46 inches) versus son driver de jeu usuel (45 inches).

A cela, il utilisait aussi la possibilité de déplacer le centre de gravité du driver, dans le but de favoriser du draw.

Vainqueur à Pebble Beach en début de saison, sa 45eme victoire sur le PGA Tour, Mickelson avait reconnu que le driver plus court devrait être celui qui allait lui permettre de prendre plus de fairways en régulation cette année.

Pour l’instant, force est de constater que ce n’est pas si évident puisqu’il reste sous la barre des 50% de fairways en régulation, et pire, sa stratégie des deux drivers ne lui a pas permis de passer le cut au Memorial avec un deuxième tour en 79.

Entre le premier et le second tour, Mickelson a pris 9 coups supplémentaires.

Sa stratégie au drive ne lui a offert que 50% de fairways en régulation sur le premier tour, alors qu’il est monté à 57% sur le second, tout en augmentant sa moyenne de distance au drive de 6 yards (316 contre 310 yards).

En réalité, c’est son jeu de fers qui a été défaillant sur le second tour avec seulement 50% de greens en régulation contre 72% lors du premier tour joué 2 coups sous le par.

Cette stratégie des deux drivers n’a donc globalement pas aidé Mickelson, ni à prendre plus de fairways en régulation, ni à remonter son niveau de testostérone.

En réalité, le leader du tournoi après deux tours, Troy Merritt affichait des statistiques moindres en distances par rapport à Mickelson (seulement 280 yards de moyenne), mais des pourcentages de précisions proches de 80%, aussi bien pour les fairways que pour les greens.

Muirfield Village récompense donc bien la précision du tee au green.

Cela dit, Mickelson peut tout de même avoir de l’espoir pour le prochain US Open, son véritable objectif puisqu’il se disputera sur son parcours fétiche, Pebble Beach, où il s’est imposé à de nombreuses reprises.

Des fairways plus larges, moins de roughs, Mickelson pourrait être tenté de taper des bombes, alors que c’était plutôt sa stratégie des « Baby cuts » qui lui avait permis de jouer 19 coups sous le par en février dernier.

Jusqu’à présent, le choix de deux drivers n’a pas souvent souri à Mickelson.

Même son choix de ne pas prendre de driver pendant le British Open 2017 n’avait pas été couronné de succès.

Pour un amateur, concernant l’hypothèse d’emmener deux drivers sur le parcours, j’y vois en réalité deux contre-indications :

La première raison majeure pour laquelle cela ne paraît pas être une bonne idée, c’est que cela implique de facto que vous avez en réalité moins confiance ou pas assez confiance dans votre driver préférentiel ou habituel.

Sur le tee de départ, la confiance dans son driver est primordiale.

Le fait d’emmener une alternative laisse planer un doute. Le problème, ce n’est pas d’emmener deux drivers… c’est de ne pas être sûr à 100% de son driver !

La deuxième raison est plus technique, surtout quand il s’agit d’opter pour des drivers avec des manches différents, notamment pour la longueur.

Si pendant la partie, vous swinguez avec le driver plus court, et qu’à un moment, vous changez pour le driver plus long, le résultat peut rapidement être catastrophique.

Comme l’explique Mickelson, cela a une influence sur l’angle d’attaque, le loft dynamique, et la vitesse de swing.

Pour un amateur qui arriverait « plus ou moins » à se régler sur le parcours avec un driver, changer autant de paramètres alors qu’il n’a pas de Mulligan à chaque drive, pourrait engendrer un coup complètement manqué.

Je parle d’expérience pour avoir souvent été tenté d’emmener deux drivers sur le parcours, et exactement pour les mêmes raisons que Mickelson.

Personnellement, cela ne m’a jamais rien apporté de bénéfique. Au contraire, avec le driver pour « bomber », je perds encore plus facilement le contrôle.

Mickelson l’explique très bien. Plus le loft dynamique est élevé, et plus la balle est difficile à contrôler.

De manière générale, nous les amateurs, jouons des drivers avec des manches trop longs, ce qui est en fait préjudiciable au contrôle.

Pour l’hypothétique bénéfice de la vitesse de swing, ce qui ne veut d’ailleurs pas dire plus de vitesse de balle, le choix d’un driver plus long est rarement le meilleur choix, sauf à jouer sur des parcours sans arbres, sans roughs, et sans obstacles… 

Crédit photo : Rich Graessle/Icon Sportswire

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