Le véritable « cerveau » d’un coup de golf se situerait-il dans notre estomac ?

Pour réaliser un swing de golf, un coup de golf, nous devons mettre en action notre corps, et plus particulièrement créer une séquence avec plusieurs segments dont les hanches, le torse, les bras, et le club de golf. Bien entendu, nous pensons notre geste dans notre tête, pour ensuite, espérer créer le geste le plus synchronisé possible, et le plus cohérent par rapport à une cible. On dit souvent au golf, que beaucoup du résultat dépend de ce qui se passe entre nos deux oreilles. Et si justement, la qualité d’un coup de golf dépendait bien plus de ce que nous avons dans l’estomac ?

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A l’origine de cette question…

Récemment, à l’occasion d’un cours de golf avec le coach Thierry Merle, au Golf du Beaujolais, je lui ai exprimé une difficulté concernant mon jeu : Mes premiers putts sont en moyenne trop loin des drapeaux !

En moyenne à plus de 9 mètres du trou sur le premier putt lors d’une partie sur 18 trous, j’ai d’une part du mal à ne pas commettre quelques 3-putts indésirables, et d’autre part, le score final réalisé n’atteint pas mes attentes.

Informé de cet état de fait, Thierry m’a invité à travailler les coups d’approches à moins de 100 mètres, le wedging.

Pour une cible donnée, et une distance, je devais choisir un club, et me concentrer sur le fait de porter la balle jusqu’à cette cible. Nous avons commencé par utiliser un fer 9, y compris pour viser une cible à 90 ou 80 mètres.

Thierry cherchait à me faire sentir ou redécouvrir les bienfaits d’un coup… tenu !

Je devais chercher une amplitude de backswing adaptée à la distance à parcourir, et surtout développer la sensation de « tenir le coup » pendant toute la durée de son exécution, et donc jusqu’au finish.

Aux termes de la leçon d’une heure, j’ai vraiment eu la sensation de jouer avec mon ventre ou si vous préférez avec mon estomac. C’est de cette façon que pendant tout le swing, j’avais vraiment l’impression de tenir mon coup.

Dans ma voiture, sur le retour de cette séance, c’est là que je me suis demandé « et si le cerveau ou le cœur d’un coup de golf ne se trouvait finalement pas dans le ventre ou l’estomac ? »

Et si finalement, de tous nos organes, celui sur lequel nous devrions focaliser pendant un swing n’était tout bonnement pas au centre de notre corps ?

J’ai souvent entendu à propos de golfeurs amateurs la remarque suivante : « Ils jouent trop avec les bras » ! Ou à l’inverse, ils devraient jouer « plus avec les hanches ».

Je peux encore ajouter « Pensez à vos appuis »

Pour ma part, je dois admettre qu’une bonne part de mon swing se joue dans la tête. Je pense beaucoup à mon geste avant de le mettre en action.

Pourtant, est-ce que la qualité d’un bon coup de golf ne se jouerait pas tout bonnement dans notre estomac ?

Pendant cette séance, j’ai vraiment associé l’idée de coups tenus, sans chercher à forcer ou taper loin, avec la sensation que je contrôlais ma rotation avec mon ventre.

Finalement, j’associe deux mots : Contrôle et ventre.

Je crois savoir que tous les golfeurs aimeraient rendre leurs coups de golf plus prédictibles (au moins les trajectoires), mais bien souvent, il nous manque du savoir-faire ou peut-être même savoir où porter notre attention.

Dans ce sujet, au-delà de la technique, il s’agit clairement de sensations, et de concentration sur une zone précise de son corps.

A la question, le ventre est-il le cerveau d’un coup de golf ? Nous pouvons déjà poser quelques arguments scientifiques.

Notre système digestif est bien reconnu comme notre deuxième cerveau

Selon un récent article du Journal Le Monde « Entre 200 et 600 millions des neurones peuplent nos viscères et nous savons qu’une signalisation neuronale à double sens existe entre le cerveau et le système digestif, afin de contrôler l’équilibre interne de notre corps (homéostasie), réguler nos états émotionnels mais aussi certaines fonctions cognitives. »

Toujours selon ce même article « L’idée que le cerveau et le système entérique fonctionnent en tandem avait été déjà proposée en 1880 par le célèbre psychologue William James »

Enfin, « Antonio Damasio, de l’université de Los Angeles, pense qu’il existe des marqueurs somatiques (des sensations qui viennent « des tripes ») qui sont traités au sein du cortex orbitofrontal, une région impliquée dans l’évaluation des stimuli hédoniques et émotionnels et peuvent ainsi influencer de manière inconsciente nos choix et nos comportements. »

Certains parmi vous ne seront donc peut-être pas choqués d’imaginer que l’on puisse jouer au golf avec ses tripes !

Pourtant, on trouve assez peu de contenus sur le swing et l’estomac à propos de golf !

Il y a beaucoup de sujets pour parler des jambes, des épaules, des hanches ou des poignets, y compris sur JeudeGolf, mais assez peu pour parler du ventre.

Pourtant comme le baseball, le golf requiert une bonne qualité des muscles abdominaux et aussi des obliques (sur le côté des abdominaux).

Et d’ailleurs, si on trouve des sujets sur l’estomac, c’est bien plus pour parler de blessures ou de risques de blessures, or, ce n’est pas tout à fait le sujet qui m’intéresse.

Quel rôle joue notre estomac sur la qualité de notre coup de golf, et pouvons-nous y faire quelque chose ?

De là, j’ai interrogé plusieurs experts, à commencer par le préparateur mental, Stéphane Mourgue, coach au Domaine de Manville qui appuie « L’estomac est un de nos cerveaux. Effectivement, il aide à faire des choix. Au sujet du mental au golf, je décris des pensées et des émotions. »

Il ajoute « L’émotionnel vient de nos six sens. Les cinq que l’on connaît (la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher) et la somesthésie... l’ensemble des sensations du corps »

Le terme de « sensibilité somesthésique générale » désigne les sensations conscientes éveillées par la stimulation des tissus du corps, sensations qui ne sont ni visuelles, ni auditives, ni gustatives, ni olfactives. Elles sont provoquées par l'excitation de terminaisons nerveuses réceptrices de types variés, localisées dans le revêtement cutané et divers tissus plus profondément situés : conjonctif viscéral, capsules et ligaments articulaires.

Il poursuit « Nos pensées analysent de façon cartésienne. C’est le cerveau néo cortex qui s’exprime. Nos émotions se font de manière chimique. Ce sont nos sens qui parlent à notre cerveau limbique »

Stéphane poursuit « C’est le cerveau limbique qui gagne toujours sur le cerveau du néo cortex. Le limbique gère l’urgence, les zones de stress, et il coupe le cerveau des pensées »

Pour le préparateur mental, Il est donc évident que tous nos sens sont mis à l’épreuve.

« Pour moi, on est loin d’essayer de transporter un coup aseptisé du practice vers un parcours où tous nos sens sont en éveil. »

Il conclut « Sur le parcours, la prise d’information et le traitement de cette information : c’est la totalité du corps. En conséquence, le cerveau du ventre est aussi important que celui de la tête. »

Pour poursuivre mes recherches, j’ai sondé le coach Rémy Bedu, enseignant au golf de Mont-Griffon.

« Pour moi, il y a deux choses dans le débat. En premier, est-ce que le coup de golf se situe dans la tête, le cœur ou l’estomac ?

Sur ce point, Jean-Philippe Serres, enseignant à Longchamp, aussi sondé sur ce sujet, voulait lui aussi illustrer cet autre choix possible : Le cœur.

« C’est dans toutes les doctrines asiatiques, yoga, méditation.... Chakras, respiration, et on parle même d’un 3ème cerveau : le cœur. »

Rémy donne sa réponse pour ce premier sujet « Je pense que le coup de golf c’est dans la tête, le rythme cardiaque, la cohérence cardiaque et l’estomac qui sert pour la respiration, parce qu’il faut une respiration ventrale. »

Pour le second sujet « Physiquement, est-ce que je me sers du ventre comme repère ? »

A nouveau, Rémy ne se contente pas de soulever la question, et apporte sa réponse « il y a des gens qui vont plutôt être coordonnés, et d’autres dissociés. Donc il y a des gens, ça va être le bras gauche, il y en a d’autres qui vont penser en effet avec les hanches, donc la boucle de ceinture, et puis d’autres qui ont comme repère déclencheur la rotation du pied ou par l’épaule, donc ça c’est vraiment personnel »

Autre point de vue exprimé, celui de Jean-Philippe Serres s'interroge « Avoir la peur au ventre ou l’estomac noué » des expressions que nous utilisons au quotidien. Notre second cerveau, l’estomac ou l’intestin limite-t-il notre cerveau et nos perceptions, donc notre performance? »

Il tend à apporter sa réponse « Certaines maladie chroniques de l’intestin peuvent influencées encore plus le stress, l’anxiété ou des dépressions. Nous sommes influencés aussi par nos facteurs génétiques et aussi ce que nous mangeons. Beaucoup de maux sont liés à notre intestin.»

Ajoutant « Notre nutrition avant une compétition de golf va forcément augmenter ou abaisser nos performances, par exemple, je suis végétarien depuis de nombreuses années et j’évite de manger avant mes performances sportives. » 

Il développe « Le jeûne possède des bienfaits considérables, et peut tout à fait être combiné avec une activité physique. Il me permet de gérer des périodes chargées émotionnellement et présente beaucoup de bénéfices sur le mental, notamment le bénéfice d’une meilleure concentration. L’esprit est plus clair et vif. Cela me parait indispensable pour une meilleure performance. »

Pour Jean-Philippe Serres, il est donc très important de prendre soin de "notre" deuxième cerveau...pour de meilleurs résultats.

Il va jusqu'à conseiller des compléments alimentaires hyper protéinés.

« Les protéines animales à tous les repas, le lait son aussi à revoir. Cela passe bien sûr par une alimentation alcalinisante avec de nombreux fruits et légumes crus, mais aussi par l’apport de vitamines et micro-nutriments, et une prise en charge du stress, avec des techniques de respiration, méditation, visualisation et de soins apportés au corps.»

Un autre expert nous apporte alors un point de vue intéressant, et en écho aux propos de Rémy.

Loïc Gambardella, fondateur de Be Athletik, expert et consultant en préparation athlétique, explique « Le cerveau contrôle notre corps et il ne voit pas grand-chose de notre corps. Contrôler des parties telles que les hanches ou les bras semblent illusoire face à la place des mains (d'où les joueurs de mains) quand on regarde la place de l'information prise en compte au niveau du cortex moteur et sensoriel. »

Pour illustrer son propos, il nous a envoyé cette illustration ci-dessus qui met l’accent sur l’importance des mains par rapport à toute autre zone du corps…

Il ajoute « Pour obtenir un swing de corps, il faut faire un apprentissage sensoriel et moteur des différentes parties, de manière progressive et lente, puis on augmente la vitesse d'exécution, un peu comme quand on apprend l'anglais et que l'on devient bilingue. »

Il précise ensuite « Avec un club dans la main, la partie sensorielle et la partie motrice du cerveau sont activées et le saturent face à une information venant de la hanche par exemple. »

Loïc nous explique alors comment le cerveau s’organise pour apprendre un nouveau mouvement.

« L'apprentissage passe par une exploitations des différents segments, et des actions simples que l'on va associer pour réaliser un mouvement complexe, et dans le cas présent, le swing ! »

Il conclut « C'est ainsi que l'entrainement fonctionnel opère et permet de travailler, afin d'optimiser l'efficacité du mouvement, c'est ainsi que les joueurs passent plus de temps dans les salles de nos jours, et moins sur le terrain. »

Il précise qu’en salle, il s’agit surtout d’automatiser les mouvements, et utiliser moins de compensations, et donc de neurones possibles, pour avoir une vitesse d'action plus rapide, et plus sélective.

En résumé, nous avons donc bien un Stéphane Mourgue qui confirme que notre estomac peut être considéré comme un cerveau, et pendant une partie de golf, tous nos sens sont en éveil.

Ce qui se passe dans notre vente est de son point de vue, aussi important que ce qui se passe dans notre tête.

De son côté, Loïc Gambardella met en lumière l’importance dominante des mains pour notre cerveau. Si nous pouvons sentir l’action de notre vente pendant la rotation, ce ne serait rien en comparaison des sensations qui passent par les mains.

Apprendre à swinguer en sentant ou même en se servant du ventre lui paraît tout à fait possible, mais à condition de le faire dans un cadre déconnecté du practice, de la frappe de balle, et en fait, en salle, et par des mouvements simples et lents, avant d’être plus rapide, sélectif et complexe.

Enfin, représentant la partie enseignement du swing, Rémy Bedu nous explique finalement que le swing, c’est dans la tête, et fait référence à une respiration ventrale.

Surtout, le déclencheur du swing sera finalement très personnel et selon les individus. Il n’y aurait pas un swing par le ventre pour tous.

J’ai peut-être tort de penser que le véritable cerveau d’un coup de golf se situe dans le ventre. J’ai sans doute remis en perspective pour moi, un sens ou plutôt une sensation, et qui m’a donné l’impression de m’aider à réaliser un objectif précis : Contrôler avec le ventre un coup tenu.

En associant une sensation avec un coup réussi, j’ai sans doute voulu croire que c’était une bonne solution pour mieux contrôler la coordination d’un swing, tandis que Jean-Philippe Serres fait le lien entre jeûne et augmentation de la concentration.

Le témoignage du préparateur mental me rassure ou plutôt me pousse à continuer à explorer dans cette voie, tandis que le préparateur physique me rappelle que développer un swing en focalisant sur cette partie du corps, va demander un véritable travail, et notamment neuronal pour le rendre plus naturel, et plus efficace.

Cependant, au détour de la conversation, j’ai bien compris que cette approche était très pertinente, pour justement diminuer l’importance des mains, alors que tout dans notre quotidien nous pousse (travail sur ordinateur, le mobile…) à nous concentrer sur les mains, au détriment des autres segments du corps.

Pour conclure, comme l’explique le swing coach, associé, dissocié, nous n’avons pas tous les mêmes profils, et les mêmes préférences, si la sensation de swinguer avec le ventre m’a interpellé, pour vous, cela pourrait bien être une autre partie du corps.

Ce qu’il faut questionner, c’est quelle partie en dehors des mains ?

Crédit photo : William Howard/Icon Sportswire

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