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Jusqu’où faut-il aller pour démocratiser le golf?

Jusqu’où faut-il aller pour démocratiser le golf ?

A l’occasion du Honda Classic 2018, l’américain Justin Thomas a été chahuté verbalement par un spectateur indélicat. Cet incident rappelle l’attitude plus que limite d’une partie du public américain vis-à-vis de l’équipe européenne de Ryder Cup en septembre 2016. Le golf est un sport actuellement sous tension, avec une certaine stagnation du nombre de pratiquants. Partout, on essaie de parler de démocratisation, et de développement sans réellement y parvenir dans les chiffres. Jusqu’où faut-il aller pour faire du golf un sport populaire, mais qui conserve ses valeurs, et notamment le respect d’autrui et de l’environnement ?

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Se trouver sur un parcours de golf n’est pas quelque chose d’anodin. Pour nous qui avons la chance de pratiquer ce merveilleux sport, pas forcément parce que nous sommes riches, mais souvent par chance, opportunité ou hasard, nous savons à quel point c’est un privilège de marcher paisiblement sur un parcours de golf, un des derniers havres de paix de notre société moderne et ultra-connectée.

Jouer une partie sur 18 trous, c’est un peu prendre des « vacances » de son quotidien. Etre seul ou avec des amis dans un endroit finalement loin de tout, et surtout des tracas.

Comme nous aimons le golf, notre sport, notre jeu, nous aurions légitimement envie de le défendre, et de dire au reste du monde, à quel point, c’est génial de jouer au golf, de taper une petite balle blanche, d’essayer de la diriger vers une cible précise, tout en évitant quantités d’obstacles, et d’arriver à le faire en un nombre de coups limités.

Et surtout, de pouvoir faire cela sur plus de 30 000 terrains différents dans le monde, et de faire de chaque parcours de golf, une expérience unique.

Sur bientôt 67 millions de français, nous ne sommes que 400 à 410 000 pratiquants licenciés en France.

De 2000 à 2010, la France a gagné 5 millions d’habitants.

De 2000 à 2010, le nombre de licenciés est passé de 291 000 à 407 000.

En part relative, cela représente une part de la population golfique qui est passée de 0,49% à 0,63%.

Cela va plutôt dans le bon sens, même si ce chiffre paraît encore très faible en comparaison des 10% d’américains ou 12% de japonais qui jouent au golf.

Au risque de choquer, on pourrait légitimement considérer la pratique du golf comme un indicateur de bonne santé, et richesse économique d’un pays.

Alors que le PIB par habitant est 25% supérieur aux USA par rapport à la France (en moyenne), un américain sur dix qui joue au golf contre moins d’un français sur cent, illustre à quel point la France n’est pas un pays pleinement développé au niveau économique.

Le golf en France pâtit surtout d’une économie qui pendant des années n’a pas été suffisamment dynamique.

Les 35 heures auraient pu apporter un début de solution en libérant du temps pour la pratique de loisirs. Elles ont grevé le pouvoir d’achat en gelant les salaires.

Aujourd’hui, on se réjouit quand l’économie française repasse au-dessus de la barre des 1% de croissance annuelle, alors qu’il en faudrait 3% pour créer notablement plus d’emplois que l’on en détruit.

Le fait que moins d’un pour cent de la population française joue au golf en dit long sur la santé économique de notre pays dit développé. Pour prendre le langage de ceux qui dénigrent le golf, nous manquons de « riches ».

Nous manquons surtout de cette forme de « décontraction » que l’on peut voir chez les amateurs de golfs aux Etats-Unis. L’économie étant plus florissante, on sent que la pression est moins forte, et qu’il y a moins de culpabilité à prendre du temps pour jouer au golf.

Car, la véritable richesse du golfeur, c’est le temps.

En France, on constate un vieillissement de la population golfique. Phénomène qui pourrait être précurseur d’un mouvement de baisse plus violent à horizon dix ans.

Si on peut se réjouir d’une relative stabilité des licences, il faut déplorer qu’elle ne se fasse qu’au travers de la hausse des plus de 60 et 70 ans dans la pyramide des âges.

Alors, oui, la question de la démocratisation est toujours sur la table !

Quand vous vous rendez dans une structure type Top Golf à Orlando, vous pouvez constater quel type de virage pourrait prendre la filière golf.

La structure est pleine notamment pendant les créneaux du soir.

Vous seriez surpris de voir des familles, des bandes de copains, des enfants, des mères de familles, des groupes composés de collaborateurs d’entreprises… qui s’amusent, et se divertissent comme on pourrait le faire dans une soirée bowling.

L’ambiance est franchement très comparable. C’est du golf sans en être complètement.

C’est autre chose. Sans vouloir jouer au rabat-joie, ce n’est pas là que l’on fait de l’éducation.

Le golf est un sport qui demande un rite initiatique, un moment de transmission de valeurs.

Le Pro est souvent celui qui véhicule ces valeurs, mais pas seulement.

D’autres golfeurs amateurs jouent ce rôle pour maintenir un équilibre entre le parcours (la nature), les anciens et les nouveaux joueurs.

Je m’engage en affirmant que l’on ne joue pas au golf comme on joue au football ou au tennis, et j’ai longtemps pratiqué ces autres sports.

Le football, même si c’est moins d’actualité a vu le fan se transformer en hooligan.

Le phénomène est moins visible aujourd’hui, car le « voyou des stades » a été repoussé à l’extérieur par l’augmentation du prix du billet.

L’accès à un tournoi de golf est loin de coûter ce que coûte aujourd’hui un match de foot au Parc-des-Princes pour voir des milliardaires se rouler par terre, insulter l’arbitre quand ce n’est pas pour sauter au cou des supporters.

Comme le disait un célèbre sociologue, dans un stade de football, l’idée la plus facilement compréhensible, et partageable par la plus large foule, est automatiquement l’idée la plus simple pour ne pas dire la plus bête.

Il y a plus de 20 ans, dans les travées du Parc-des-Princes, on pouvait entamer la célèbre chanson « Mais il est où Basile ? Il va au Brésil de villes en villes, refiler le…(une maladie sexuellement transmissible). »

C’est vrai que c’est d’une intelligence de premier ordre, et que nos chers mélomanes n’ont pas vraiment fait Saint-Cyr.

Ce week-end à Palm Beach en Floride, l’américain Justin Thomas en a justement fait les frais.

Après avoir subit des commentaires particulièrement désagréables lors du tournoi précédent disputé à Pacific Palissades, un lieu que j’ai découvert l’an passé, et où résidait d’ailleurs Johnny Halliday, chaque maison ne doit pas coûter moins d’un ou deux millions de dollars, Justin Thomas a de nouveau fait les frais de spectateurs, fans, ou hooligans indélicats.

On parle de Palm Beach ! Pas de Détroit !

Dimanche, il a pris le taureau par les cornes ou plutôt le bouffon par les oreilles.

Pendant qu’il marchait sur le trou numéro 16, en tête du tournoi mais à égalité, dans un moment crucial pour la victoire, il a entendu un spectateur crier « J’espère que tu vas la mettre dans l’eau. »

Thomas a regardé ce spectateur, et n’a rien dit.

Se reconcentrant sur son coup, il tapa son fer sur le fairway. Le même fan a alors crié en direction de Justin Thomas « J’espère que tu vas la mettre dans le bunker. »

De là, l’américain décida qu’il en avait assez entendu. Il se dirigea vers l’individu et le somma de s’expliquer. Sans réponse de sa part, le pro mit en ordre « le service d’ordre » pour qu’il se fasse expulser du golf.

C’est assez rare qu’un joueur soit obligé de faire sa propre police.

« Je ne voulais pas mettre quelqu’un dehors. C’est juste que c’était complètement inapproprié. J’essaie de gagner un tournoi. Le fait que vous puissiez être derrière les cordes ne signifie pas que vous avez le droit de nous invectiver. Je me moque de savoir à quel point cette personne me déteste. Je ne souhaiterai jamais ce genre de choses à qui que ce soit. »

Cet incident n’est pas si peu fréquent sur un tournoi de golf.

Je n’ai pas souvenir d’avoir assisté à ce type de scènes à l’occasion de l’Open de France ou en Suisse à l’Omega. Je ne crois pas que nous en sommes là.

Cependant, la question de la démocratisation du golf et la rémanence de ses valeurs peut commencer à se poser.

Je pense en particulier aux Réseaux sociaux où on peut voir fleurir des comportements similaires, et des commentaires que l’on ne verrait jamais sur un terrain de golf.

Sur une partie de 18 trous, depuis plus de 20 ans, je ne me suis jamais fait traité d’ enc…alors que sur Facebook, en moins de deux ans, c’est déjà arrivé plusieurs fois.

La question est de savoir qui est golfeur, et qui est en affinité avec le golf.

Qui a déjà mis les pieds sur un parcours en tenant un club, et qui reste derrière son clavier d’ordinateur pour faire des commentaires plus ou moins pertinents.

Je vois se développer des pages autour du golf sur les réseaux sociaux, et des comportements que j’ai du mal à mettre en rapport avec l’étiquette, le respect, et ce qui fait de nous des golfeurs, et pas seulement des aboyeurs de quartiers qui se crachent dessus et s’insultent.

Je réprouve les pratiques de certains grands médias golfiques français avec une longue histoire, qui recrutent des fans sur les réseaux sociaux à coups de vidéos débiles du chien qui joue avec une balle de golf, ou d’un golfeur qui tombe dans l’eau en essayant de jouer sur un lac gelé.

Est-ce que c’est cela faire grandir la communauté golfique ? Le golf, ce n’est pas qu’un sport, c’est une idée de qui on est, et comment on se comporte.

Le problème du jeu lent n’est pas qu’un problème de compétence technique. C’est aussi un problème de comportement.

Oui, il faut démocratiser le golf, mais oui, il faut continuer à partager et protéger des valeurs qui nous distinguent. Pas pour être une élite de quoi que ce soit, mais pour être un exemple d’un mode de vie sain.

Le tournoi de Phoenix a battu début février dernier le record d’affluence pour un tournoi de golf, égalant des scores dignes d’événements comme les 500 miles d’Indianapolis.

On parle de 719 000 spectateurs sur une semaine, dont 216 000 pour la seule journée de Samedi.

Les organisateurs y sont parvenus en créant les conditions d’une fête, et d’un moment à part dans la saison du PGA Tour.

Joueurs comme spectateurs sont conscients de ce qui s’y passe. Les supporteurs du tournoi ressemblent plus à des supporters de foot. « Ressemblent », c’est le mot.

Le golf est alors une fête, et c’est la clé pour le développer. Le Waste Management Open est un exemple de ce qu’il faudrait généraliser pour créer plus d’audience autour du golf.

Oui, mais comment préserver l’harmonie ? Comment démocratiser tout en éduquant ? Comment faire le nécessaire développement du golf sans perdre son âme ? Comment apprendre le bon sens ?

A l’inverse, on peut aussi considérer que Justin Thomas a surréagit, qu’il n’avait pas à faire la police, que cet incident était finalement sans importance.

C’est simplement tellement plus facile d’être négatif à propos d’autrui, que positif à propos de soi.

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Commentaires   

Avec
 
sgmioche@orange.fr
0 #1 Démocratisation peut être, chienlit nonsgmioche@orange.fr 03-03-2018 14:07
Tout à fait d'accord avec votre articlé. Quel plaisir de côtoyer au plus près nos champions lors des compétitions et de pouvoir les suivre. Si les incivilités augmentent, nous nous retrouverons dans des tribunes comme pour les sports de balles.
 

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