Le swing puissant de Mike Austin: Exemple méconnu à tort ou à raison ?

A la suite de la publication d’une série d’articles sur la méthode Wright Balance, j’ai poursuivi mes recherches sur la pédagogie du swing de golf, et suis arrivé jusqu’à Mike Austin, un enseignant anglo-américain de golf décédé en 2005. Ce personnage a laissé un legs à la communauté des golfeurs et des golfeuses du monde entier : Le record du drive le plus long dans un tournoi de golf (US National Senior) avec une distance mesurée de 471 mètres ! Cet événement survenu en 1974 a contribué à forger sa légende. Que peut-on réellement retenir de son expérience, et notamment pour comprendre les fondements d’un bon swing de golf ?

Découvrez nos formules d'abonnements

Préambule sur le swing de Mike Austin

Dans le jargon journalistique, c’est un sujet « casse-gueule » ! Mike Austin a toujours aujourd’hui des adeptes, et certainement des contradicteurs.

Pour certains, je ne vais sans doute pas assez magnifier le travail de ce coach, et pour d’autres, je vais « excaver » la philosophie d’un golfeur qui n’est peut-être plus au goût du jour ou qui ne l’a peut-être jamais vraiment été.

Je cherche sincèrement à découvrir un sujet que je ne connaissais pas initialement, pour essayer d’y trouver un enseignement utile à la réflexion d’une communauté de golfeurs, et de golfeuses qui est large, diverse, et avec des attentes différentes, quant au perfectionnement ou la maîtrise de ce jeu.

Pour être franc, au moment où je commence cet article, je me demande si ce n’est pas finalement l’histoire d’un golfeur qui a essayé d’enseigner à d’autres, ce qui a très bien fonctionné pour lui, et sans savoir si le swing de golf était d’abord une question d’individu, avant une question de geste ?

Après tout, dans les années 70, les années 80, on était encore loin de pouvoir comprendre la biomécanique, de la théoriser, et de la partager au plus grand nombre, avec des outils d’analyses aussi pointus que ceux dont nous disposons aujourd’hui.

Avant d’aller plus en profondeur dans les préceptes du swing de golf qu’il a essayé de laisser derrière lui, il me semble important de s’intéresser à son parcours personnel, et jusqu’à ce qu’il batte ce fameux record de distance, qui, quoi on en dise est un marqueur de son histoire avec le golf.

Qui était Mike Austin, un Golfing bandit ou un précurseur ?

Né en 1910, Mike Austin s’est distingué comme enseignant de golf, mais aussi comme un expert en étude de la mécanique corporelle.

Il est entré au Guinness des records en 1974, avec le plus long drive tapé en tournoi (471 mètres) sur un par-4 de 416 mètres qu’il a donc « overdrivé ».

Et dire que les instances régaliennes du golf s’inquiètent de la trop grande distance au drive des golfeurs amateurs en 2020 !

Pour information, en 2020, cette moyenne de distance au drive pour tous les amateurs masculins cumulés est établie en-dessous de 220 mètres.

En tapant deux fois plus loin que la moyenne des golfeurs, Mike Austin a clairement attiré l’attention sur lui, sachant qu’il n’a jamais été l’égal d’un Jack Nicklaus ou d’un Arnold Palmer, et encore moins un golfeur ayant évolué sur le PGA Tour.

Cependant, son histoire lui a valu d’être le héros d’un livre paru en 2004 « A la recherche du plus grand swing de golf » écrit par Philip Reed.

Incontestablement, Mike Austin était doué pour le golf !

Très jeune, dans la région d’Atlanta (En Géorgie), il s’était distingué en « plumant » des golfeurs dont certains étaient des gangsters en provenance de Chicago, ce qui lui a valu le surnom de « Golfing Bandit ».

Il pouvait jouer au golf à une main, ou avec des clubs complètement inadaptés pour lui, et néanmoins jouer des parties pour de l’argent, et finalement gagner.

Contemporain de Sam Snead, quand ce dernier a reçu une première série de clubs avec des manches en acier, la star du golf les donna immédiatement à Austin, en lui affirmant qu’il était le seul golfeur qu’il connaisse, et avec suffisamment de vitesse de swing, pour les jouer.

Mike Austin était déjà réputé pour être un long-frappeur, ce qui allait lui coller à la peau tout le reste de sa vie.

Dans les années 30, à 25 ans, il est parti pour Los Angeles et dans le but de prendre un poste d’enseignant de golf.  Il s’est finalement autoproclamé enseignant de golf indépendant, et délivré en même temps de cours de boxe, de tennis, de base-ball et de golf.

Dans sa salle de gym, il avait déployé des miroirs sur tous les murs, ce qui l’aidait à accélérer le processus d’apprentissage du swing.

Plus intriguant encore, quand il donnait des leçons sur le swing de golf, il portait un costume de squelette, une tenue noire où était dessiné les os du corps humain en blanc. Il voulait que ses élèves voient les mouvements de ses os pendant le swing !

En 1974, quand il a battu le record du drive le plus long, dans une compétition qui n’était pas un concours de long-drive, il avait déjà 64 ans !

Il avait 40 km/h de vent avec, sur un sol plat et un driver Persimmon de loft 10 degrés avec un manche extra-stiff long de 43.5 inches.

Cette performance lui a valu d’être pris en exemple par de nombreux enseignants de golf. Son swing a été enseigné, et sur la base d’au moins deux principes clés.

Les principes clés du swing de Mike Austin

Construire une position à l’adresse qui permettrait au golfeur d’utiliser la vertèbre C7 comme point de pivot, et ce, afin de déplacer latéralement la partie basse de la colonne vertébrale vers la cible, et par conséquence, appliquer un effet de levier à partir de la puissance des jambes !

Déjà, pour moi, baser un enseignement sur le pivot de la vertèbre C7, ce n’est quand même pas pour le premier venu, et pas des plus simples à expliquer, ou à adapter à tous les individus.

L’intention de vouloir déplacer la partie basse de la colonne vers la cible pourrait rappeler le profil du golfeur « lower core », illustré par la méthode Wright Balance.

Deuxième grand point clé du swing de Mike Austin, il faut plutôt chercher à lancer le club le plus vite possible depuis le sommet du backswing, plutôt que de chercher à retarder le release.

Si on se réfère à la méthode Wright Balance, le release n’est pas une affaire de volonté, mais bien de profil.

Dans ce cas, je me risque à déduire qu’il ne cherchait pas nécessairement le release tardif, à nouveau illustré par un golfeur lower core, et acceptait peut-être très bien un release précoce d’un golfeur upper core.

Dans ce cas, les deux principes du swing de Mike Austin entrent en contradiction l’un avec l’autre, ou plutôt tentent de conjuguer les caractéristiques de deux profils différents.

Peut-être une interprétation de ce qui marche pour lui, et qu’il aurait essayé de transformer en dogme pour tous les autres…

Un autre élément a fait débat dans l’enseignement de Mike Austin : L’action des poignets.

Il y a ceux qui auraient compris qu’il laissait les mains se recouvrir dans la zone d’impact, et ceux qui auraient compris qu’il s’efforçait de tenir la lame de son club plus square pendant tout le chemin du club, et jusqu’à l’impact…

Parmi les enseignants qui se sont intéressés à Mike Austin, vous retrouverez Jaacob Bowden, un pro PGA qui intervient sur le site GolfWrx, et qui présente un parcours assez singulier, spécialisé sur le gain de vitesse de swing.

Bowden a justement constaté qu’Austin avait bien parlé des deux approches concernant l’action des poignets.

Encore un argument qui pourrait laisser penser que l’approche d’Austin était peut-être un peu expérimentale ou au moins évolutive.

On peut lui reconnaître en revanche un autre argument plein de bon sens « La distance n’est pas affaire de taille ou de force, mais plus de souplesse et de rapidité. »

Avant de disparaître en 2005, à l’âge de 95 ans, il a continué à démontrer son swing comme une référence pour taper très loin, et a donc fait des émules, et notamment Jaacob Bowden.

Il a produit des DVD, comme par exemple le modeste « Golf is mental imagery and Austinology » ou encore en dernier « Mike Austin : Secrets of the Game’s Longest hitter ».

Il a aussi contribué à la conception d’outils d’aides à l’entrainement dont le plus célèbre a été illustré dans le film Tin Cup (Flammer Training aid), et plus récemment le Pause and Throw.

Des accessoires qu'il faut peut-être prendre avec des pincettes...

Une page Facebook a été créé en son nom, et est toujours active aujourd’hui. Elle compte 701 membres.

Son influence s’est fait ressentir sur le web jusqu’au début des années 2010 pour s’éteindre lentement.

Jaacob Bowden continue néanmoins de s’y référer, et de vendre les préceptes du « maître » sur le site swingmangolf.com

Un exemple ou un cas d'espèce ?

A ce stade, je me demande encore si ce n’est pas tout simplement l’histoire d’un golfeur qui a frappé très fort dans la balle, parce qu’il était naturellement doué, et y a consacré une grande partie de sa vie, et si on peut en déduire une méthode et un enseignement pour les golfeurs, et les golfeuses ?

En posant la question, c’est que je ne suis pas vraiment convaincu, à l’inverse de Jaacob Bowden.

Ce dernier considère d’ailleurs que l’index d’un golfeur est à corréler avec la vitesse de swing, et que par conséquent, pour bien jouer au golf, il faut gagner de la vitesse !

En résumé, plus vous swinguerez vite, et plus vous serez un meilleur joueur. Tant mieux, Mike Austin est une référence de distance, et donc de vitesse de swing.

Toutefois, je ne dois pas être un bon exemple.

En 5 ans, j’ai considérablement augmenté ma vitesse de swing, notamment au driver, passant de 92 à 105 mp/h avec des pointes à 108, et pourtant, mon niveau de jeu sur le parcours n’a pas autant progressé…

Le golf ne se résume peut-être pas à taper fort au drive.

Comme Mike Austin, Jaacob Bowden est peut-être encore un cas particulier.

Ingénieur en informatique, golfeur index 14 à 27 ans, il plaque tout pour sa passion, le golf.

Il déménage du Kansas pour la Californie, rencontre un disciple d’Austin, et passe toutes ses journées à améliorer son swing.

Il progresse notablement en vitesse de swing, et va jusqu’à gagner le Pinnacle Distance Challenge, un concours de long-drive, avec une distance de 348 mètres.

Il affirme y être parvenu en adoptant les préceptes de Mike Austin, ayant été lui-même formé par Dan Shauger, un des proches de Mike Austin.

Sur son site swingmangolf, qui revendique 8000 membres, il affirme pouvoir vous faire gagner entre 12 et 16 mph de vitesse de swing, et après un entraînement de seulement 30 jours !

Toujours joueur, au milieu des années 2000, il participe à un premier tournoi professionnel, notamment en jouant des clubs de longueur unique (Sterling), dont il partage la paternité avec Tom Wishon.

Aujourd’hui, pro PGA certifié classe A, il continue à enseigner, et surtout à travers son site web, et quelques vidéos.

Je l’avais préalablement découvert dans certains de ses articles sur GolfWrx, qui me paraissaient d’ailleurs plutôt intéressants, mais sans pour autant, avoir creusé la question de son parcours, et son lien avec Mike Austin.

Quand je regarde la vidéo de son propre swing, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il présente quelques caractéristiques d’un swing de golf lower core.

Au démarrage, il y a clairement une restriction de la rotation des hanches au backswing, et inversement, une rotation du bas du corps très prononcée au moment du downswing…

Le swing de Mike Austin vu par Mike Austin...

Pour en revenir à Mike Austin lui-même, et par exemple, dans la vidéo ci-dessous, les explications de son swing ne se résume pas seulement à deux concepts clés.

Quand on l’écoute détailler son swing, il met en avant beaucoup de paramètres qui sont finalement des choses que l’on a déjà entendu ou vu dans les propos de nombreux enseignants.

Il explique le bon placement des bras au backswing… il rappelle que la puissance provient d’une bonne rotation des épaules, d’un bon transfert de poids, de bien armer les poignets, et une bonne extension des bras au sommet du swing.

Ensuite, pour relancer le downswing, il faut un transfert d’appui rapide vers l’avant, une action forte des mains pour descendre le club le plus rapidement possible vers la balle, et en fin de compte, une bonne rotation des hanches.

Tout le swing doit être réalisé dans un bon équilibre !

Pour un droitier, il précise que le poids doit être principalement équilibré sur la jambe gauche.

Où est le secret ?

En réalité, Mike Austin décrit surtout son swing, et pas nécessairement une méthode applicable par tous, et pour tous.

Toujours en faisant des recherches, je suis tombé sur un post d’un forum français, datant de 2011 et encore consacré au swing de Mike Austin.

Le post est très détaillé.

Je dirai même presque trop, car on ne comprend pas facilement la mécanique du swing qui y est décrit, si ce n’est, et je cite « Le moteur du swing, c'est le bas du corps : chevilles, genoux et surtout les hanches »

La démonstration d'un swing... pas d'une solution

Vous vous ferez votre opinion, mais dans tout cela, je ne vois rien qui démontre une approche scientifique ou surtout le début d’une méthode ou d’une preuve d’efficience.

J’ai peur que sur ces sujets de théorie sur le meilleur swing possible, il y ait malheureusement une grande part d’amateurisme, dans un environnement où moi le premier, on a tous envie de croire, d’être crédule, et alors que la vérité, c’est que produire un bon swing de golf n’est pas quelque chose d’aisé ou qui se trouve dans une sorte de pochette surprise.

Plus loin, quand on tombe sur la vidéo de Dan Shauger, un disciple de Mike Austin, on l’y voit nous expliquer en réalité, non pas une méthode révolutionnaire ou extraordinaire, mais tout simplement décrire le principe de création du facteur X, par une restriction de la rotation des hanches au backswing, en parallèle d’une grande rotation des épaules.

On y voit aussi la description d’une séquence de swing adaptée à un profil lower core.

Tous ces intervenants qui décrivent la méthode de Mike Austin oublient pourtant de parler du nombre de golfeurs amateurs qui se sont peut-être blessés à essayer de reproduire des principes qui paraissent un peu pris à droite, et à gauche, pour essayer de faire croire à une méthode.

Au début de cet article, je ne savais pas à quoi m’attendre, et objectivement, je n’avais pas d’idée préconçue.

A la fin, je trouve que c’est le reflet d’une mauvaise tentation de l’enseignement golfique que de prendre des bribes de quelque chose qui fonctionne pour un individu, et de faire croire, que c’est la méthode Eurêka pour gagner de la distance.

Quand je regarde des vidéos de Mike Austin en train de swinguer, c’est certes rapide, mais je ne vois rien qui me permette de penser qu’il a créé un avantage concurrentiel notable, et unique en son genre.

Comme dans « Tin Cup », quand il a battu son record de distance, en plus des 40 km/h de vent dans le dos, il a peut-être tapé en direction d’une « route en bitume » pour que la balle galope, galope et galope….

Prendre un fait de cette nature, une balle tapée à plus de 400 mètres pour essayer d’en déduire un swing extraordinaire me paraît un exercice bien périlleux, et surtout pas assez étayé.

En revanche, il est vrai et important de dire que c’est grâce à ce type d’expérience, et de personnages, qu’aujourd’hui, nous sommes amenés à autant travailler, chercher avec plus de minutie, des solutions plus vérifiées pour perfectionner l’apprentissage du swing de golf.

Plus que son swing, Mike Austin a contribué à sa façon à alimenter la réflexion, et proposer une piste.

A la fin, pas sûr que ce soit la bonne, mais il aura contribué à mettre sur la place public une hypothèse qui méritait d’être vérifiée.

Pour conclure, je citerai Michael Hebron, qui peut-être nous apporte le seul éclairage qui vaille « Après des années de recherche, le professeur Gibson F. Dardon de l'Université de Radford (USA) et bien d'autres dans le domaine de l'apprentissage moteur indiquent désormais que l'utilisation de modèles experts encourage uniquement l'imitation, et non l'apprentissage à long terme. »

Répéter le swing de Mike Austin, c’est imiter un swing sans être certain qu’il convienne pour soi.

Crédit photo : Will Powers/Icon Sportswire

Restez informé

Recevez notre newsletter
(Note moyenne de 3 sur 2 votes)

Vous ne pouvez pas poster de commentaires si vous n'êtes pas membre du site.