Faut-il changer ou faire évoluer son swing à tout prix pour progresser ?

Nous sommes beaucoup de golfeurs ou de golfeuses à nous motiver pour essayer de mieux jouer, de progresser, et pour cela, nous sommes prêts à travailler sur notre swing. Nous allons au practice pour essayer d’améliorer le contact, la trajectoire des balles, ou la distance. Certains prennent des cours de golf avec un professionnel, et d’autres encore accèdent à des solutions technologiques comme les radars de mesures pour disséquer le moindre paramètre. Il est vrai que le principal frein à la progression est en fait la méconnaissance d’un principe de cause à effet. Mais dans d’autres cas, plus rares, la quête de la perfection peut être dévastatrice, et c’est justement l’histoire d’une brillante golfeuse professionnelle, anciennement numéro 1 mondiale entre 2010 et 2011, descendue aujourd’hui au-delà de la 900ème place mondiale. Jusqu'où peut-on aller dans la recherche de l'excellence au golf ? Comment ne pas se perdre en chemin ?

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L’exemple à méditer d’une ancienne numéro 1 mondiale

La semaine passée, se tenait en Californie sur le parcours d’Aviara, près de Carlsbad, une épreuve du LPGA Tour, le KIA Classic, et sur quatre tours.

La victoire est finalement revenue à l’incroyable Inbee Park, peut-être la meilleure golfeuse de la dernière décennie, qui s’est imposée en -14, tuant toute forme de suspense lors du dernier tour avec pas moins de 5 coups d’avances sur ses deux dauphines au leaderboard, les Américaines Amy Olson et Lexi Thompson.

Malheureusement, trop souvent, la réalisation TV et nous les médias, nous focalisons bien trop souvent sur les golfeurs ou les golfeuses qui ont de la réussite, ceux ou celles qui gagnent, oubliant au passage que le golf est un sport au moins parfois difficile, et où il n’y a pas toujours que des bons coups. C’est même plutôt l’exception que la règle.

A la toute fin du classement de cette compétition de début de saison, on pouvait trouver au moins deux noms étonnants pour les plus fins connaisseurs : Michelle Wie West (de retour à la compétition après son congé maternité) et Yani Tseng, ancienne leader du classement mondial de golf entre 2010 et 2011.

Fait étonnant, car les deux jeunes femmes, Tseng n’a aujourd’hui que 32 ans, ont remporté des Majeurs de golf, et donc touché le graal du golf professionnel.

Si pour Michelle Wie West, tous les observateurs s’accordent sur le fait que jouer 81 sur un premier tour est tout à fait compréhensible pour une reprise après avoir été maman, et d’ailleurs suivi par un très convenable 74 sur le second tour, dans le cas de Yani Tseng, 82 puis 84, cela laisse beaucoup plus circonspect, d’autant que les circonstances ne sont pas les mêmes.

Tseng a terminé à la dernière place sur plus de 140 joueuses engagées. Cela aurait pu être inconcevable dix ans plus tôt.

L’avis d’un expert

Pour le célèbre coach Bill Harmon justement (frère de Butch), dont les propos ont été rapportés sur un réseau social par un autre célèbre coach Michael Hebron « A l’évidence, Wie a de bonnes raisons d’être un peu rouillée pour la pratique du golf, en revanche, Yani devrait être en pleine possession de ses moyens, et pas loin d’être la meilleure golfeuse du monde. »

Bill Harmon aurait alors cité le célèbre Lee Trevino pour fonder l’essentiel de son propos « La poursuite de la perfection peut parfois conduire à des désastres ».

Harmon explique qu’aujourd’hui « Il y a tant d’informations, des professeurs du jour, de la science, des mesures, etc. qu’il devient difficile de bien vivre loin de tout cela, et un peu tout seul. »

Soit l’expression d’une forme de nostalgie du golfeur seul avec lui-même, et qui met en place ses seules croyances, expériences ou se fie à son seul instinct.

Bill Harmon nous partage le souvenir d’avoir regardé Yani Tseng taper des balles au Kraft Nabisco (anciennement le nom du ANA Inspiration, et premier tournoi majeur féminin de l’année) à Rancho Mirage, en Californie, au début des années 2010.

A l’époque, son swing était fondamentalement différent, et elle gagnait tout sur son passage.

En effet, son palmarès fait état de 15 victoires dont 5 majeurs en l’espace de seulement 5 ans entre 2008 et… 2012, ce qui signifie que depuis bientôt 10 ans, elle n’a plus jamais connu une période si faste.

Que s’est-il passé ?

Yani a commencé le golf à l’âge de 6 ans, et a été très fortement influencée par son premier coach Tony Kao à Taiwan, puis sous la houlette d’Ernie Huang, son hôte aux Etats-Unis, et surtout mentor depuis 2011.

On leur attribuerait le fait d’avoir eu la plus grande influence sur le swing de la joueuse.

Bill Harmon a suffisamment été impressionné par ce swing pour s’être dit à lui-même « Pourvu que personne ne cherche à lui faire changer son swing »

Selon lui « elle tapait sans peur et sans pensée de swing. Elle paraissait clairement supérieure à toutes les joueuses sur le practice. »

Et pourtant, le golf est un des rares sports où on peut passer du top niveau à un niveau très quelconque.

Ce qui est intéressant, c’est le pourquoi Yani Tseng en est arrivée là.

« C’est humain de vouloir progresser, mais je pense que les meilleurs joueurs devraient bien plus protéger leur swing. »

Il ajoute qu’ils « devraient savoir ce qu’ils peuvent faire, et ce qu’ils ne devraient pas essayer de faire ».

Cela fait penser à l’expérience récente menée par Rory McIlroy pour poursuivre DeChambeau…et jusqu’à considérer que c’était finalement une erreur.

 « Ne travaille pas sur ce qui ne te servira pas sur les 9 derniers trous d’une partie un dimanche de tournoi » dixit Jay Haas, vétéran du PGA Tour.

Pour Bill Harmon, une des pistes d’explications des difficultés de la joueuse viendrait du fait que les jeunes joueurs ne sauraient plus jouer sans avoir leur coach en permanence à leurs côtés.

Il rappelle qu’au début des années 80, très peu de golfeurs ou golfeuses à haut niveau avaient un coach. Il s’agissait d’ailleurs plus d’une paire d’yeux que d’un véritable coach au sens actuel du terme.

Finalement, pour Harmon, la joueuse ne s’écoute peut-être pas assez, et aurait trop besoin de s’appuyer sur l’avis de ses mentors, ce qui lui aurait fait changer de swing pour aller chercher encore plus de perfection.

Or, depuis 2012, la joueuse n’a en réalité cessé de décliner.

De nombreux autres pros ont réagi aux propos de Bill Harmon, et tous ont voulu abonder dans son sens, ajoutant encore une référence à un livre de Bobby Clampett, consultant de golf pour la télé américaine, et ancien joueur pro « J’étais plutôt un bon joueur de golf avant que je n’écoute les gourous du swing ».

On retiendra à ce stade : Pourquoi changer quelque chose qui fonctionne pour quelque chose qui pourrait hypothétiquement fonctionner mieux ?

Qu’en dit la joueuse ?

La journaliste de golf américain Beth-Ann Nichols s’était elle-aussi intéressée au phénomène de descente aux enfers golfique de la joueuse Taiwanaise. Plus tôt cette année, elle l’avait interviewé.

« Pendant les parties d’entraînements, je jouais plutôt très bien, mais dès que le tournoi démarrait, j’avais l’impression de perdre le contrôle de mon esprit, mon corps, mon swing. Je perdais mes moyens. »

Pour l’heure, la golfeuse semble justement toujours vouloir évoluer au plus haut niveau, et s’en donner les moyens.

Très sollicité, et notamment dans son pays, par ceux qui veulent savoir pourquoi elle en est là, elle-même concède qu’elle aimerait bien pouvoir donner une réponse.

Au golf, les hauts et les bas sont monnaie-courante.

Qui n’a jamais joué une bonne puis une mauvaise partie ?

Ce n’est pas un sujet nouveau.

En revanche, dans le cas de cette joueuse, le bas est si durable et si prononcé, qu’il interroge sur les causes.

« Je ne sais pas combien de fois j’ai pleuré et notamment sur le parcours »

Quand Tseng est devenue numéro un, elle s’est mise à taper des balles pendant des heures au practice (la moitié d’une journée !). Ce n’était pourtant pas ce qu’elle avait fait pour en arriver-là.

C’est ce qu’elle croyait devoir faire en qualité de numéro un.

« Je cherchais à être ce que j’imaginais d’un numéro un mondial. Quelqu’un de bien meilleur que moi »

Même les adversaires de Tseng lui reconnaissaient un talent « saisissant » tout en admettant que la place de numéro un peut être un terrible fardeau à porter, surtout dans un pays qui vous érige très/trop rapidement au statut de star.

Pour mémoire, la jeune Taiwanaise a été nommée parmi les 100 personnalités les plus influentes dans le monde en 2012 par le magazine Times.

Du meilleur au moins bon

A ses débuts, à l’âge de 10 ans, son premier enseignant, Tony Kao lui aurait dit de se concentrer sur une seule chose : Taper le plus loin possible !

A 12 ans, elle était déjà capable de donner des effets à la balle dans les deux sens, et « carryait » la balle à 220 mètres au drive.

A son arrivée sur le LPGA Tour, elle se concentra bien plus sur la régularité que la puissance.

Son premier coach aux USA, Glen Daugherty déclara que personne n’avait autant de puissance que sa joueuse sur le circuit, et que par conséquent, elle n’avait pas besoin d’utiliser son plein potentiel pour gagner.

Cette stratégie a fonctionné jusqu’au jour où…ses performances ont décliné.

La joueuse a ensuite enchaîné les coachs à la recherche de la solution dont Gary Gilchrist, Dave Stockton ou encore Claude Harmon III.

En 2018, elle a commencé à travailler avec un nouveau coach, Chris Mayson. Lors de leur première séance en commun, elle swinguait le drive à une vitesse de 109 mph.

Ce dernier interrogé par la journaliste américaine déclara « Elle tapait vraiment très vite du fait de son backswing très long. » avant d’ajouter « Pour taper un fade, elle venait beaucoup par le haut du corps (over the top), et même si je n’aime pas dire cela, son mouvement s’apparentait plus à celui d’une joueuse 20 d’index plutôt qu’une golfeuse professionnelle. »

Par conséquent, la joueuse le concédait elle-même, « la balle pouvait partir n’importe où ».

De là, elle a commencé à taper des balles les plus basses possibles pour espérer rester en jeu sur le parcours.

« J’ai commencé à taper des balles basses par peur de taper la balle. J’étais effrayé de lancer la balle trop loin »

De l’une des meilleures « ball-striker » du monde, pour une raison non-identifiée, Tseng est devenue une joueuse qui avait peur.

Après avoir résolu le problème du drive, c’est le putting de la joueuse qui l’a lâché.

La pression a changé de secteur de jeu au point qu’elle avait l’impression qu’elle devait rentrer directement son coup d’approche pour espérer faire un par ou un birdie !

Là-encore, elle est allée voir un autre enseignant, Derek Uyeda, un coach qui aurait aidé Phil Mickelson et Xander Schauffele.

Elle a commencé à mettre une ligne sur sa balle dans le but de putter, et a placé sa confiance dans cette ligne.

Était-ce vraiment la bonne solution ?

Elle a concédé que sa frappe de balle était sans doute meilleure, mais aussi admis que son mental n’était toujours pas revenu à son top.

En 2019, elle a pris une exemption médicale pour rentrer à Taiwan et faire une retraite de 10 jours pour méditer. Elle a admis avoir pleuré pendant les 5 premiers jours.

Finalement, elle a laissé partir le poids du monde qu’elle portait sur ses épaules, et ses démons intérieurs.

Au fil des années, à chaque difficulté, elle avait demandé l’avis à tant d’experts, à la recherche de la réponse, de la perfection… et finalement, dans une pièce vide, sans contact extérieur, sans smartphone, elle avait été obligée de se recentrer sur elle-seule.

En conclusion

Finalement, cela n’a pas changé son swing, mais la golfeuse avoue en avoir été transformée, et avoir amélioré ses relations avec les autres, ses proches. Elle a même assisté à un tournoi de golf en tant que spectatrice, et conclu qu’elle aimait toujours autant le jeu.

Elle a compris et admis qu’avant cela, elle jouait au golf pour quelqu’un d’autre qu’elle-même. « J’ai essayé d’être la personne que les autres voulaient que je devienne, au lieu d’être juste moi ».

Aujourd’hui, Tseng n’entend plus nécessairement être numéro 1, en revanche, elle veut juste être « bien » sur le parcours.

Baisser son niveau d’exigence est sans doute une bonne manière de se recentrer sur le simple plaisir de jouer, un besoin qui semble préalable à toute performance.

Cependant, pour l’instant, cela ne lui permet pas de retrouver son meilleur niveau de jeu, et un swing qui lui permet d’être au moins compétitive, référence au KIA Classic terminé à la dernière place.

Cela rappelle une citation du sud-Africain Gary Player après une situation où il a manqué de peu de sauver un par depuis un obstacle d’eau « Je pense que pour avoir du succès au golf, comme dans la vie, il faut être capable d’apprécier l’adversité. Vous ne pouvez pas éviter l’adversité, alors vous devriez vous en amuser. »

Tseng ne semble pas avoir suivi ce conseil et avoir perdu l’âme enfantine de la golfeuse qui était en elle.

Pour nous tous, golfeurs ou golfeuses, quel que soit le niveau, la patience envers les résultats, en même temps que savoir embrasser l’adversité sont les deux seules armes dont nous pouvons réellement disposer pour faire tomber notre balle du bon côté.

Crédit photo : Ryan A. Miller/Icon Sportswire

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Commentaires   

mhezkia@gmail.com
0 #1 Dommage...mhezkia@gmail.com 02-04-2021 11:28
On dit souvent que le golf est le parfait reflet de la vraie vie... Dans le golf, comme dans les affaires, et dans le reste, c'est immanquablement le "toujours plus". Toujours plus de chiffre d'affaire, gagner toujours plus d'argent, aller toujours plus vite... Au golf, comme dans la vie, ne faut-il pas, parfois, faire une pause, se satisfaire de ce que l'on fait ou que l'on a, et tout simplement apprécier l'instant présent. Dans le golf comme dans la vie, reconnaissons-que ce n'est pas facile. Je connais des joueurs qui pactiseraient avec le diable pour descendre leur index. de quelques points. La fameuse quête du geste parfait leur prend la tête. Résultat ? Ils passent des heures à TRAVAILLER leur swing au practice, ne profitent pas de leur partie avec leurs amis, ne sourient guère au long du parcours... C'est leur droit, mais pour eux, je ne pense pas que le golf soit une fête. Dommage...

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