Révolutionner son entraînement de golf: Choisir la bonne matrice?

Passer d’un entraînement ou séance de practice où on enchaîne le plus souvent les balles avec le même club, et vers la même cible, soit le mode répétition qui est clairement une forme d’assimilation du swing de golf, à un mode dit variable ou en adaptation, un autre mode d’assimilation qui a pour but d’amener plus facilement le parcours… au practice, est en théorie une bonne approche. Toutefois, cela peut générer des incompréhensions, et de mauvaises applications. La "greffe" peut-être difficile à prendre... Dans ce sujet, découvrez les clés pour progresser plus rapidement...

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Sur une décennie, on peut voir émerger des tendances dans l’apprentissage du golf, et notamment les façons d’enseigner.

Au cours des dernières années, on a vu de plus en plus d’enseignants se faire les avocats du mode d’apprentissage en aléatoire ou en adaptation.

Un mode qui présente l’avantage d’accélérer, de booster, le développement des aptitudes chez le golfeur.

Pour Will Shaw, enseignant au Royaume-Uni, diplômé en performance sportive, en biomécanique, et en psychologie, ce mode d’apprentissage peut néanmoins amener à des erreurs d’interprétations.

Il en a réalisé une définition très intéressante, sur comment cela fonctionne, quand l’utiliser, et quand ne pas l’utiliser, dans le but de progresser au niveau d’un amateur.

Cet article va donc être largement inspiré de son expérience, et de ses écrits, après avoir cité dans le précédent sujet, un autre théoricien et adepte de la méthode, Adam Young.

Qu’est-ce que l’entraînement aléatoire, variable ou en adaptation ?

Will Shaw nous fait un peu d’histoire, et remonte aux années 60 pour expliquer qu’un scientifique du nom de William Battig a trouvé quelque chose de contre-intuitif dans les techniques utilisées par les gens pour apprendre le langage, et notamment le vocabulaire.

Il a réalisé des expérimentations, et notamment réalisé des essais avec plusieurs groupes d’individus.

Un groupe a reçu une liste de mots à apprendre par blocs, et l’autre groupe des listes de mots dont l’ordre avait été mis au hasard ou mélangé.

Comme attendu, le groupe des individus qui avaient appris des mots par blocs ont obtenu de bien meilleurs résultats par rapport au groupe ayant reçu des listes de mots mélangés.

Cependant, en retestant les deux groupes bien plus tard, une chose non-prévue s’est manifestée. Les performances des deux groupes se sont inversées.

Le groupe qui avait appris par bloc était devenu moins performant que le second groupe sur une base d’apprentissage aléatoire.

Au cours des 50 dernières années, la même expérience a été renouvelée à de multiples reprises, et notamment dans le domaine du sport, et plus particulièrement le putting.

Les recherches ont abouti aux mêmes conclusions.

Le fait d’ajouter plus de variabilité pendant l’entraînement semble au démarrage causer plus d’erreurs, mais quand l’individu ou le golfeur est retesté plus tard dans le temps, la variabilité démontre plus de rétention de la qualité ou du talent travaillé.

Cela s’appelle l’effet d’interférence contextuel.

Will Shaw en établit alors un premier point clé à mémoriser : S’entraîner et apprendre sont deux constructions mentales très séparées.

Traduit en golf, cela veut dire que bien travailler au practice ne veut pas toujours dire que vous êtes en train d’optimiser votre apprentissage.

Parfois, les coachs veulent que leurs joueurs optimisent leur entraînement pour des performances immédiates, mais quelquefois, ils peuvent vouloir que les joueurs optimisent leur entraînement pour de l’apprentissage. Ces deux objectifs très différents demandent des structures différentes de l’entraînement.

Pour apporter un peu de complexité, le coach anglais explique que l’entraînement en adaptation peut opérer selon deux échelles déjà définies par des recherches scientifiques, mais avec le même effet sur l’apprentissage.

Il y a donc une première nuance à saisir s’agissant de l’entraînement en adaptation entre :

Echelle 1 : L’entraînement bloqué ou aléatoire

Echelle 2 : L’entraînement constant ou variable

Définition du premier cas de figure

Selon la première échelle ou premier degré d’entraînement, il s’agit de varier l’entraînement, par exemple taper un chip en bord de green, puis un putt, revenir à un chip, puis à nouveau faire un putt…

Dans cet exemple, le golfeur qui s’entraîne ainsi ajoute de l’interférence en combinant deux compétences (putting et chipping).

On est clairement dans le cas d’un entraînement aléatoire par rapport à un entraînement bloqué sur une seule et même situation répétée.

Définition du second cas de figure

Dans ce cas, il s’agit d’entraîner la même compétence, mais d’une manière variable ou aléatoire, et par exemple, une approche à 30, 50 ou 20 mètres.

Il faut entraîner la même qualité mais de manière différente.

Pour optimiser ses compétences en tant que golfeur, il faut en réalité créer une matrice avec un mix de plusieurs structures d’entraînements.

C’est en fait le mot clé de cet article, de cette pensée, et à retenir comme un livre de chevet, pour tous les golfeurs, que l’on soit convaincu ou pas, par une méthode d’enseignement plutôt qu’une autre.

Concevoir son entraînement selon une matrice qui mixe plusieurs structures d’entraînements

Will Shaw en réalise une matrice visuelle plus parlante, et extrêmement instructive.

Au sein de cette matrice, il définit 4 axes entre entraînement constant et variable, puis entre entraînement aléatoire et bloqué en répétition.

Si à ce stade, vous vous demandiez encore « mais c’est quoi la différence entre aléatoire et variable ? » ce schéma pourrait à lui seul vous apporter la réponse, et au passage, nous éclairer sur le pourquoi des risques de confusions.

Un entraînement variable, c’est un entraînement où vous changez les cibles.

Un entraînement aléatoire, c’est un entraînement où les cibles changent pour vous, votre entraînement.

L’entraînement le plus aléatoire, et le plus variable est alors indéniablement d’aller faire un 18 trous.

Cependant, tout avantage présente un inconvénient… L’entraînement le plus aléatoire et le plus variable implique une perte potentielle de spécificité, et une baisse de la répétition. C’est pourtant l’entraînement qui permet le meilleur transfert des compétences dans l’environnement du match ou de la compétition.

C’est là où il y a le plus d’interférences.

A l’inverse, taper pendant une heure le même coup vers la même cible, est un exemple d’entraînement bloqué en répétition, et constant.

Cet entraînement favorise la recherche de performance, mais induit une difficulté à être transposé dans l’environnement en match ou en compétition.

Ce schéma illustre donc des manières de s’entraîner. Il existe une infinité de possibilités.

Pourquoi l’entraînement en variabilité augmente les capacités d’apprentissages ?

Will Shaw nous invite à pratiquer un exercice simple. Combien font 2+2 ?

Puis il vous repose la question…combien font 2+2 ? et encore une troisième fois, combien font 2+2 ?

Il y a des chances que vous répondiez très rapidement à la première question, puis encore plus rapidement à la seconde, puis à la troisième.

Pourquoi ? Vous aurez plus besoin de vous souvenir de la réponse, que de résoudre le problème.

Deuxième test, Will Shaw vous demande combien font 3+4 ? puis 3 x 4 ? puis 3 – 4 ?

Bien que les questions paraissent très proches, chacune demande à votre esprit de développer une nouvelle solution, et pour chaque question.

Will Shaw veut nous démontrer que c’est exactement ce qu’il se passe quand on parle d’entraînement en variabilité au golf.

« Quand vous tapez votre premier fer 7 au practice, votre corps doit mettre en place et planifier des opérations vraiment complexes. Cependant, sur le second coup de fer 7, il y a nettement moins d’actions à planifier et à mettre en place, et ainsi de suite… »

A l’inverse, si vous vous forcez à mixer des coups différents, ou des séries de coups différents, vous forcez votre esprit, et votre corps à replanifier à chaque fois.

Ce niveau augmenté d’actions à planifier conduit à une moins bonne performance au practice, mais en contrepartie, apparaît plus tard, une augmentation du taux de rétention des qualités et apprentissages, et peut-être 2, 12 ou 48 heures plus tard.

Cet effet a même été mesuré jusqu’à 14 jours après que l’entraînement a eu été arrêté.

Du coup, la question qui se pose naturellement, c’est « Est-ce que l’entraînement en variabilité est toujours meilleur ou supérieur ? »

Pour Will Shaw, et cela peut vous paraître déconcertant, à ce stade de l’article, mais c’est pourtant fondamental, la réponse est non.

« Si, maintenant, vous ne vous entraînez qu’en mode variable, vous allez rencontrer un nouveau problème. Et c’est pourquoi beaucoup de coachs de golf se trompent à ce sujet. »

Il précise « Il y a deux étapes pour exécuter de superbes coups de golf »

Planifier le mouvement idéal (Que faut-il faire pour réaliser le swing ?)

Exécuter l’action requise (Produire le swing idéal)

Il arrive qu’au golf, nous ayons besoin de nous familiariser avec de nouveaux mouvements, et de nouveaux concepts, et le plus symptomatique, est un changement de swing.

Quand cela doit se produire, idéalement, il faut un environnement d’apprentissage stable.

Il faut pouvoir tester, re-tester, et affiner ce que nous sommes en train de faire.

Dans ce cas de figure, l’entraînement bloqué et constant, en répétition est idéal.

A d’autres moments, nous avons besoin de rendre notre apprentissage des mouvements plus flexible et plus adaptable, et notamment pour un environnement plus dynamique et compétitif tel que le parcours de golf.

Enfin, il y a des moments où nous devons améliorer notre capacité à planifier nos décisions.

Dans ces deux dernières situations, l’entraînement aléatoire ou variable peut être plus utile.

Pour Will Shaw, le plus important, c’est d’avoir un objectif clair avant d’aller s’entraîner.

A partir du moment où vous avez identifié vos objectifs, alors vous pourrez décider quel type d’entraînement est optimal.

Les questions qui restent encore sans réponses

Comme la plupart des études scientifiques qui ont été menées sur l’entraînement aléatoire ou variable se sont appuyées sur des sujets débutants, quand il s’agit de parler de golfeurs plus expérimentés, il y a beaucoup moins de preuve de l’efficacité.

Will Shaw le reconnait bien volontiers « Nous avons très peu de preuves que cela aide les golfeurs de tous niveaux. A minima, on peut dire que l’effet positif est relativement petit. »

Plus largement, la question la plus importante n’a pas encore réellement de réponse : Pourquoi et comment ce mode d’apprentissage opère bénéfiquement sur nous ?

Il est compliqué de répondre à cette question, dans la mesure où la recherche doit encore beaucoup démontrer ou prouver sur l’apprentissage des mouvements.

Will Shaw avance le point de vue de la neuroscience où la zone moteur du cortex pourrait apparaître plus active pendant l’entraînement en mode aléatoire, et variable.

Le coach ne va pas plus loin, et l’admet lui-même « Nous ne savons pas encore ce qu’est vraiment l’activation, et ce qu’elle veut vraiment dire. »

Il ajoute « Nous ne savons pas encore avec exactitude où se situe le fichier golf dans notre cerveau. Il semble que l’hippocampe apparaît comme important dans le phénomène de consolidation de la mémoire épisodique, mais ce n’est pas prouvé pour l’apprentissage et le contrôle des mouvements, et notamment le swing de golf. »

En somme, la recherche est encore loin de nous avoir livré tous les secrets de l’apprentissage, et en particulier, pour le golf.

Au demeurant, Will Shaw témoigne qu’il a quelques preuves que globalement l’entraînement en mode variable est utile.

Cela permet à minima d’améliorer la prise de décision, et le fait de planifier, ce qui sert à très bien jouer au golf.

Cela doit permettre de nous rendre plus adaptable à différentes situations pour résoudre la relation entre la balle, et la cible.

Il avance le chiffre d’une accélération potentielle de l’apprentissage de l’ordre de 3 à 8%. Avis à tous ceux qui se demandent comment accélérer leur entraînement pour descendre plus vite en-dessous de 10 d’index…

Will Shaw nous lance aussi un avertissement. « L’entraînement en mode variable est à la mode en ce moment, et c’est facile d’apparaître comme le coach du moment ou qui a raison, sans prendre en compte d’autres spécificités, comme le fait de s’entraîner directement sur le parcours, et ou, sous pression.

Pour lui, définir le bon volume, la bonne répartition entre entraînement en répétition ou en aléatoire, optimiser les feedbacks, sont des défis bien plus difficiles à résoudre, que seulement vous recommander de vous entraîner en mode variable.

Crédit photo : Brian Spurlock/Icon Sportswire

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