Labo golf : Baisser son index ? Du mode entraînement mitraillette au mode aléatoire ?

Dans la série d’articles Labo Golf, je pars du cas concret d’un golfeur amateur, et notamment d’une problématique qu’il rencontre, pour aller chercher des préceptes, des enseignements de moniteurs de golf reconnus, à appliquer pour dépasser un palier et progresser. En fin de compte, je les teste pour établir la probabilité d’un lien de cause à effet utile pour le plus grand nombre d'amateurs. Dans ce sujet, j’ai voulu m’intéresser à un serpent de mer de l’enseignement golfique : L’entraînement ou apprentissage en mode variabilité ou aléatoire, par rapport au mode répétition.

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Préambule : Le débat sur le meilleur entraînement pour progresser au golf

Sans faire trop de suspense, bien entendu que l’entraînement en introduction de facteurs variables présente un plus grand intérêt que l’entraînement en répétition, deux des grandes familles d’apprentissages au golf.

Pourtant, beaucoup de golfeurs et golfeuses au niveau amateur, pour ne pas dire l’immense majorité, nous continuons à largement plébisciter l’entraînement en… répétition.

Ce n’est pas là que je vais vous apporter une révélation.

Avant de développer ce sujet qui me touche personnellement, et dont je me sens de plus en plus familier, j’ai voulu d’abord m’interroger sur le pourquoi d’une telle résistance au changement.

Pourquoi moi-même, golfeur depuis l’adolescence, je n’arrive toujours pas à changer de camp, et à basculer définitivement dans l’entraînement à facteurs variables ?

Pour ce faire, je vais devoir rapidement définir et opposer les deux concepts.

Quelques définitions

L’entraînement en répétition consiste à, par exemple, se rendre sur un tapis de practice, vider un saut de balles, prendre un club, rater une balle, recommencer, et recommencer jusqu’à être pleinement satisfait du résultat… et puis, en bon stakhanoviste, se dire « Ok, cette fois j’ai réussi, mais est-ce que je suis capable de la refaire ? »

C’est la question qui est terrible au golf, et qui nous taraude tous. Ne l’avouez-vous pas ?

Et donc, on recommence pour être certain que cette belle balle n’était pas tout à fait le fruit du hasard…

Sur 35 à 45 balles dans le saut, sur 25 à 45 minutes pour les taper, au mieux, nous, j’ai changé de clubs trois fois, et tenté de taper la plupart du temps, les mêmes coups.

Au bout d’années, et même de dizaines d’années à fonctionner comme cela, j’ai fini, sans aucun talent ou don à l’origine, à plus ou moins bien taper dans la balle, et au practice.

Par force de répétition, dans un environnement figé, j’ai appris à… je sais… reproduire des frappes de balles.

Avec l’aide du Trackman, j’ai même été plus loin, et développé une capacité à produire des trajectoires très en ligne avec le centre du fairway virtuel devant moi.

En gros, à un concours de ball-trap, j’aurai de grandes chances de gagner, à la question près de l’entraînement sous pression, qui est encore une autre famille « pédagogique », pas vraiment couverte par l’entraînement simple en répétition.

Et après, toutes ces années à reproduire ce mode de fonctionnement, et alors que je ne suis plus un débutant depuis longtemps, je m’étonne de ne pas suffisamment progresser, et notamment transformer mes savoirs et compétences, en performance sur le parcours…

A l’inverse, l’entraînement en variabilité introduit justement des facteurs variables, et en permanence pour éviter de devoir analyser, et produire deux fois le même coup.

On peut changer de clubs, changer de cibles, changer de lies, bref toujours changer dans le but de reproduire la vraie vie sur le parcours.

Bon sang, mais c’est bien sûr… Eh oui, effectivement, sur le parcours, nous n’avons jamais à produire deux fois le même coup !

C’est logique puisque notre adversaire est en fait le parcours, et que ce dernier, est par essence, en contant ou perpétuel changement par la météo, la saisonnalité, le travail des greenkeepers, les emplacements des tees de départs ou des drapeaux sur les greens, les tontes du gazon, le sable, etc.

Nous savons tout cela…

Pourquoi ne pas adapter l’entraînement, basculer de la répétition à la variabilité ?

Avant d’aller chercher des réponses alambiquées, je me suis posé la question à moi-même.

Je devrais pourtant être sensible à ce sujet.

Par exemple, j’ai été exposé à ce sujet lorsque nous avons tourné l’émission 1 jour pour gagner 4 coups avec Rémy Bedu, qui avait justement exposé ce principe d’entraînement, dans le champ des possibles.

En qualité de rédacteur, mon travail consiste à poser des questions, et je n’ai pas toujours près de moi, le bon interlocuteur, et disponible pour m’apporter la réponse.

J’ai néanmoins une intuition de la réponse.

J’ai appris le golf au milieu des années 80, et à cette époque, nous n’avions pas toutes ces connaissances sur le golf, mais aussi sur les méthodes d’apprentissages.

Le terme de myélinisation n’était pas répandu dans la société.

J’ai suivi un enseignement par répétition, et ce, jusqu’au moins dans les années 2000.

A l’occasion d’un stage de golf au Maroc, toujours dans les années 2000, je me souviens que mon instructeur avait parlé de « golf pourcentage ». Sur une cible, sur 10 balles, si 6 sont sur zone au lieu de 5, c’est 60% de chances de performer contre 50%... Progresser au golf, c’est améliorer ses chances de réussites. »

Par détournement, j’imagine que j’ai fini par me dire « tapes 10 balles ou plus, et raisonne en pourcentage de balles réussies », ce qui conforte la logique de répétition.

Je peux me tromper, mais il me semble que cette question de la variabilité est en fait assez récente, ou alors n’était l’apanage que de quelques golfeurs destinés à faire partie de l’élite.

Je constate que Victor Dubuisson est un excellent exemple d’apprentissage en variabilité.

Ennuyé à l’idée de faire du practice, il a développé son talent, et il est indéniable, en allant jusqu’à jouer 36 trous par jour…

J’ai donc ancré en moi durablement, et inconsciemment, une méthode d’entraînement plutôt qu’une autre.

C’est un véritable effort « psychologique » que d’essayer de sortir de sa zone de confort, et de son mode d’apprentissage originel, pour durablement s’inscrire dans un nouveau processus.

En réalité, inconsciemment, je résiste, car je ne suis pas, nous ne sommes pas là à toujours intellectualiser notre séance de practice.

Le plus souvent, machinalement, nous allons au practice pour en partie s’entraîner, mais aussi se détendre, respirer du golf, taper des coups, et puis tout simplement…jouer comme on le conçoit.

Il n’y a pas toujours une petite voix pour nous dire « ah, au fait, penses à changer ton mécanisme, et faire de la variabilité ton mode de fonctionnement »

On retombe très vite dans ses habitudes. Notre culture golfique reprend très vite le dessus.

Ce n’est pas inné ou confortable d’aller au practice pour la même durée de temps totale, et au lieu de taper des balles façon mitraillette, prendre le temps de changer de coup à exécuter, à chaque fois, et même si le résultats des balles tapées ne nous convient pas.

Il faut immédiatement passer à autre chose, et accepter que le coup qui a été tapé, est fini… il est parti. Il faut en jouer un autre.

Mon intuition m’amène à imaginer que tout se joue peut-être au début !

Quand vous débutez le golf, si votre instructeur vous place en mode « variabilité » au lieu du mode « répétition », comme vous n’avez pas d’autres points de repères, cela va devenir votre zone de confort.

Ce sera votre entraînement naturel, celui que vous utiliserez la plupart du temps en mode « pilote automatique ».

Toutefois, cela pose un gros problème.

Nous savons tous que le golf est un sport difficile. On dit le contraire à nos amis pour les inciter à jouer.

Le problème, ce n’est pas que c’est cher… c’est difficile. On peut se le dire dans cet article, entre golfeurs et golfeuses.

Si demain, vous placez un débutant complet en mode variabilité, au lieu du mode répétition, et qu’il fait voler une balle correcte toutes les 100 balles, déjà que 50% des débutants au moins abandonnent au bout de la première année, en mode variabilité, ce ne sera plus 50% mais 75%.

C’est l’idée géniale pour faire baisser le nombre de licenciés...

Pourtant, si on généralisait ce mode d’enseignement, au démarrage, ce serait plus difficile, et avec un véritable risque de perdre des golfeurs en cours de route, mais à long terme, le débutant plus rapidement confronté à un entraînement plus en adéquation avec la réalité du parcours demain, ne réaliserait-il pas in fine plus de progrès, et avec moins de plateaux de stagnation technique prolongés ?

Le court terme est trop souvent ce qui dirige nos vies, et nos choix, ou même nos entreprises.

Dans le domaine de l’enseignement, si vous dites aux chaînes de mettre en place cette logique, et qu’elles perdent 25% de clients, elles ne seront peut-être plus là l’année suivante, confinement ou pas.

Pourtant, à moyen et long-terme, ce serait peut-être la bonne solution, et plus durable pour le joueur, mais aussi pour l’écosystème ?

Il reste une troisième voie à explorer : Celle de la déprogrammation !

Désapprendre ce que l’on a appris, casser les zones de conforts et les reconstruire à l’initiative du joueur lui-même.

Je m’adresse à moi-même et en même temps à tous ceux qui comme moi bloquent dans des plateaux d’apprentissages.

Apprendre à identifier le moment où il faut abandonner la méthode de la répétition pour ne plus être que sur de l’entraînement en variabilité, comme une mue, une transformation du golfeur, qui accepte dans un premier temps d’avoir l’impression de régresser, de sortir d’une séance, en ayant le sentiment d’avoir raté plus de coups, mais qui au final, répète mieux la difficulté du parcours, et au contraire, se prépare à performer.

Ne plus s’entraîner sur tapis, mais systématiquement sur herbe… Bannir le tapis ! Plus facile à dire qu’à faire !

Sur herbe, varier les lies, varier la position des pieds (en pente, balle au-dessus, balle en-dessous), ne jamais taper deux fois le même coup, toujours tout recommencer depuis le début, en prenant en compte la concentration ou plutôt la re-concentration nécessaire à chaque coup, plutôt que le mode mitraillette.

Changer de clubs et de cibles à chaque coup. Ajouter des enjeux, et notamment des coups sous pressions, avec des points à marquer, et des points à perdre. Être en compétition avec soi-même.

C’est peut-être cela le graal de la progression au golf.

Le modèle Adam Young

Il me semble qu’un enseignant s’est justement taillé une jolie réputation ces dernières années, sur ce sujet. Il est lui-même l’instigateur ou l’inspiration de beaucoup d’enseignants en France… il s’agit d’Adam Young.

C’est un enseignant que nous comptons pousser de plus en plus en avant sur JeudeGolf, car il est assez en avance sur son temps. C’est plus un leader qu’un suiveur.

Il cumule la passion de l’enseignement et de l’apprentissage. Il a beaucoup étudié sur les moteurs de l’apprentissage en relation avec le fonctionnement du cerveau. Il a élargi son spectre de connaissance au-delà du golf, pour avoir justement une vision plus globale du golfeur.

Par exemple, il défend l’idée que le golfeur ne doit pas seulement apprendre une technique, mais aussi développer des aptitudes ou talents, ce qui inclus la stratégie, et la force mentale.

Actuellement basé à Santa Barbara, en Californie, il a travaillé dans une académie Leadbetter dans son cursus, et aussi à Turnberry.

A noter encore, il est l’auteur du livre The Practice Manual – The Ultimate Guide for Golfers”

Adam Young est donc un apôtre de l’entrainement en variabilité. « Je le dit et l’écrit des millions de fois, je préfère l’entraînement aléatoire au fait de taper des balles à la chaîne sur une seule cible encore et encore… »

Pour lui, le « Random practice » consiste à faire varier les cibles, les clubs, et les types de coups.

Il explique « Cela nous force à essayer et accéder aux types de mouvements que nous avons déjà appris (motor access) tout en, dans le même temps, à améliorer notre « brain-target » relationship.

Adam Young défend très souvent le concept de relation cerveau-cible.

« Si nous sommes capables de déplacer notre routine complète du practice au parcours, nous sommes plus à même de transférer notre entraînement sur le parcours. »

Pour Adam Young, la problématique des golfeurs amateurs lui paraît évidente : « Il faut ajouter la routine à l’entraînement. Vous observez souvent les bons joueurs répéter leur routine, y compris au practice, et pratiquement jamais les golfeurs amateurs avec des index élevés. »

Il finit de m’achever par une sentence qui sonne comme terrible pour mon mode de fonctionnement, partagé avec des milliers d’amateurs en France « La science le prouve. Une récente étude a démontré que l’entraînement en aléatoire ou en variabilité accélère les apprentissages par rapport aux golfeurs en répétitions, et même au plus haut niveau. »

A la suite de cet article, je vous proposerai pour mon prochain sujet, toujours sur ce thème, « Révolutionner votre entraînement ! La variabilité comme facteur de performance » et cette fois sur la base des préceptes de Will Shaw, un enseignant, lui-aussi très diplômé, et qui, de mon point de vue, a très bien conceptualisé les questions d’entraînements en variabilité.

Crédit photo : Brian Spurlock/Jason Heidrich/Icon Sportswire

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