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Fabrice Tarnaud: Nicklaus et Hogan des modèles à l'origine de générations de sliceurs

A l'occasion d'un séjour dans le Sud de la France, j'ai eu l'opportunité de rencontrer Fabrice Tarnaud, head pro au Golf de Barbaroux. L'occasion d'apprendre à mieux le connaître, de revenir sur son itinéraire dans le golf, mais surtout de découvrir sa vision du golf et de l'enseignement, un regard sans concessions mais toujours au service du golfeur. Un sujet proposé par Yannick Baduel

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A l'occasion de vacances en famille, et alors que toute la famille joue au tennis, son père découvre par hasard le golf.

Pris d'une passion dévorante pour ce sport, il entraîne toute la famille dans la découverte de ce jeu. A 9 ans et sans possibilité d'aller seul au tennis, Fabrice se retrouve alors un peu obligé de se mettre au golf. 

En 1979, l'enseignement du golf chez les jeunes est un peu austère. L'approche est très rigoureuse, interdiction de courir, pas le droit de parler... pas de quoi donner envie... Heureusement, le terrain de foot juste à côté permet de se défouler après le cours, l'occasion de former une bande de copains et de trouver l'envie de continuer à pratiquer le golf.

Doué, il gagne ses premières compétitions de club, puis rapidement se met en valeur lors de compétitions départementales et régionales, s'ouvrant les portes de l'équipe de France.

Très attaché aux études, son père lui impose de passer son bac, avant de pouvoir passer en sport étude et de quitter le foyer.

En 1988 il intègre le Creps de Toulouse.

Deux années à combiner le golf et des études de droit. Plus intéressé à s'entraîner qu'à bachoter, les résultats scolaires se dégradent provoquant un retour sur Aix-en-Provence, et dans le giron familial. 

Ayant gagné les Championnats de France Universitaire, l'occasion lui est donnée de participer aux Championnats du Monde Universitaire en 1990.

Heureux de l'honneur qui lui est donné de représenter la France, mais sans que ce rendez-vous ne soit un objectif, il part jouer sans pression pour finalement gagner le tournoi!

A l'époque et n'ayant pas encore eu l'occasion de percer au plus haut niveau, le golf ne représente pas un objectif de carrière, mais sa victoire va servir de déclic et lui donner envie de viser plus haut.

Il décide alors d'arrêter ses études pour passer pro en 1993.

Ses bons résultats lui donnent dès 1994 l'occasion de gagner sa place sur le Tour Européen,  qu'il joue de 1995 jusqu'à 2001. Son objectif devient alors de devenir n°1.

Sa première année est marquée par un souvenir inoubliable.

Pour le dernier tournoi de l'année au K Club en Irlande il est premier de réserve.

Sans possibilité de jouer ce tournoi, la possibilité de garder sa carte est compromise. La veille du tournoi José María Olazábal déclare forfait, lui permettant d'intégrer le champ, et aux côtés des plus grands joueurs de l'époque. Porté par un jeu excellent, il se retrouve leader du tournoi avant la dernière journée.

Conscient que faire un top-10 lui garantit sa carte pour l'année suivante, il s'attache à tenir son score plus qu'à gagner la partie. A un moment crucial de la partie, Il n'hésite pas à jouer en direction du public, et ce, afin d'être sur d'éviter un plan d'eau...

Sa balle touchera finalement le président de la fédération écossaise, ce qui lui vaudra des excuses écrites et la bienveillance de son interlocuteur lui répondant qu'il n'aurait pas hésité à faire la même chose à sa place.

Il finira à la cinquième place, mais sa carte en poche pour poursuivre sa carrière sur le tour.

Passant 21 cut sur 24, il devient "Monsieur 71". Une régularité à haut niveau mais insuffisante pour viser le très haut niveau.

Joueur de balles basses en fade, il décide de changer son swing pour faire du draw et gagner les quelques mètres nécessaires à des attaques de greens plus aisées.

Un changement difficile mais nécessaire, accepter de perdre un jeu millimétré et régulier pour viser de plus nombreux birdies.

Un choix néanmoins payant avec 8 top 10 en carrière, et le record du score français le plus bas à l'occasion du BMW en Allemagne en -22 en 1998, qui sera finalement battu par Victor Dubuisson quelques années plus tard.

Au bout de six ans de pratique au plus haut niveau, la vie sur le Tour Européen lui pèse.

Réaliste sur les résultats qu'il peut encore espérer, il décide de tourner la page. Si ses gains en tournoi lui ont permis ses premiers investissements, il doit néanmoins envisager une deuxième carrière.

Ayant tant donné au golf de haut niveau, il ne peut se résoudre à quitter ce milieu.

Il passe son brevet d'enseignant en 2002. Un formation réalisée sur deux ans en alternance avec la participation à ses derniers tournois, l'occasion au passage de gagner les Championnats de France Pros en 2001.

En parallèle, et alors que le football a lancé la mode du commentaire sportif par un duo journaliste-consultant, Pathé Sport lui propose d'intervenir à la télévision. Ses premières interventions plaisent, et les dirigeants décident de l'embaucher pour co-animer les sujets golf que la chaîne peut proposer dès qu'une fenêtre média leur est donnée.

L'aventure continue encore aujourd'hui, Golf plus ayant remplacé Pathé Sport...

Son premier poste d'enseignant lui est offert sur le Golf Club d'Aix-Marseille, où il a lui-même tapé ses premiers swing.

Entre sa carrière au plus haut niveau et son travail de consultant, il se fait rapidement un nom, lui permettant d'établir rapidement une clientèle de bons amateurs. Avoir beaucoup pratiqué à haut niveau, l'a aidé à développer son œil d'enseignant.

Au début, il s'attache à transmettre la recette de ses succès, mais assez vite, il apprend à observer, et à poser des questions pour mieux personnaliser son enseignement.

Les rencontres qu'il peut faire à l'occasion des tournois qu'il commente lui donnent l'occasion de progresser rapidement dans son enseignement.

François Berthet lui a énormément appris, mais également David Leadbetter qu'il va côtoyer longuement à l'occasion d'un projet vidéo où il joue le rôle de l'élève. Plus de 100h de partages qui l'aident à construire sa vision de la pédagogie et sa conception du golf.

Son statut de consultant lui donne l'occasion de côtoyer Butch Harmon et Hank Haney.

Un commentaire de ce dernier lors de la victoire de Tiger Woods à Torrey Pines en 2008 le marquera, alors que tout le monde s'émerveille du talent de Tiger, son coach précise que la qualité d'un golfeur débute par sa capacité à aligner ce qu'il ressent avec ce qu'il produit, faire le lien entre le "feel" et le "real". La majorité des golfeurs réalisent des mouvements bien loin de ce qu'ils produisent.

Cet échange fonde la pédagogie que Fabrice Tarnaud dispense encore aujourd'hui à ses élèves. 

Formuler une intention claire.

Établir des sensations basée sur la réalisation du bon mouvement.

Construire des images sur lesquelles s'appuyer dans la durée.

C'est la méthode "ISI": "Intention, Sensation, Image". ISI comme "Easy" : "Facile" en anglais. L'idée d'une approche que tout joueur puisse s'approprier sans difficultés.

Pour travailler à la réduction de cet écart entre "feel" et "real", il utilise systématiquement le support vidéo pour aider l'élève à comprendre ce qu'il produit ainsi qu'un miroir portatif qu'il va placer devant l'élève.

Partant de cette phase d'évaluation, entre description de l'intention par l'élève et prise de conscience de la réalité mise en place, il propose des contenus pédagogiques leur permettant d'établir une image du mouvement qui soit juste: "comprendre ce je dois faire", puis de travailler à la formulation de sensations autour de cette exécution.

Pour Fabrice Tarnaud, la construction de sensations justes est indispensable à l'évolution du mouvement.

C'est la conviction que les sensations et les images seront toujours plus efficaces et durables que les données.

Bien qu'il utilise un Trackman, il reste convaincu que cet outil est surtout efficace pour valider un changement de matériel ou démontrer la qualité d'un changement à l'élève, mais que ce n'est pas en soit un outil permettant de construire le progrès, mais simplement de valider un progrès.

Dans l'apprentissage, il pointe la difficulté de transposer un changement de la leçon vers le parcours.

Lorsqu'un élève doit intégrer une nouveauté en cours, il faut dans un premier temps qu'il intègre justement cette nouveauté, qu'il en accepte le concept et mémorise les sensations associées, c'est l'objectif principal de la leçon.

Mais sans validation seul au practice, l'efficience sur le parcours sera trop aléatoire.

Un changement se travaille. Il a pour habitude de dire que tant qu'un élève n'arrive pas à valider un changement sur au moins 7 balles sur 10 au practice, il serait hasardeux de le mettre en pratique lors d'une partie de golf. 

De la leçon vers la compétition, le practice, puis le parcours amical sont des étapes indispensables qu'il convient de ne pas négliger si l'on veut prétendre obtenir un résultat.

La difficulté du jeu de golf est que le joueur doit en permanence s'adapter, au parcours, à la météo mais aussi à ses propres vicissitudes.

Rien n'est jamais définitif, le golfeur doit en permanence équilibrer ses compétences, que le joueur soit un amateur ou un des meilleurs mondiaux dans un aller retour-régulier entre coaching et jeu.

Jordan Spieth nous l'a encore démontré récemment : Face à des résultats décevants, il n'osait pas demander conseil, convaincu que la qualité de son swing allait revenir...

Après avoir finalement décidé à demander quelques conseils pour travailler son jeu, le voilà revenu plus près du haut niveau.

Dans son enseignement, Fabrice Tarnaud est également très attaché à l'individualisation de son enseignement.

Dans l'observation qu'il peut faire depuis bientôt 40 ans, il se rend compte qe le golfeur amateur cherche trop à imiter le golfeur champion, comme si un skieur de vacances s'imaginait capable de descendre un piste à 140km/h ou un "tennisman du dimanche" de servir à une vitesse de 200km/h.

Il trouve qu'actuellement on donne trop d'importance à l'ouverture des hanches et au retard du club (c'est tellement compliqué à réaliser!) et pas assez au travail des mains et des épaules qui représentent pourtant un déclencheur important, pour comprendre la notion de lancer.

Le problème de l'ouverture des hanches est le fruit de l'histoire, comme dans beaucoup de sports, le modèle dominant tend à influencer l'enseignement de manière trop dogmatique.

Ben Hogan et Jack Nicklaus étaient naturellement des joueurs de Hook (une balle qui sort droite pour finir fortement à gauche), afin de construire leur jeu et performer, ils ont travaillé à ouvrir fortement leurs hanches à l'impact pour avoir une face de club moins fermée à leur chemin, naturellement très intérieur.

Pour autant, cette problématique est loin d'être le lot de la majorité des golfeurs.

Mais la qualité de ces golfeurs a établi ce mouvement comme un modèle de performance, provoquant des wagons de sliceurs, selon lui...

En effet, des hanches trop ouvertes à l'impact pour des joueurs n'ayant pas la dissociation nécessaire entre le haut du corps et le bas du corps va provoquer un mouvement par dessus (over the top), avec à la clé du push ou du slice.

La majorité des golfeurs devraient plutôt travailler à bien synchroniser les bras et leur corps, et à laisser passer les mains avant de tourner le corps.

La difficulté de l'enseignement moderne est justement d'être capable de donner des conseils adaptés à chacun.

Pour cela, il se dit proche de la vision de Mike Adams et de la typologie qu'il a établie.

Chaque golfeur à un type de mouvement dominant pour générer de la vitesse: il y a ceux qui ont besoin de "tourner", ceux qui vont plus "sauter", et ceux qui auront besoin de "glisser".

Des sujets qu'il va travailler lors des leçons individuelles qu'il peut donner à Aix-Marseille ou dans ses académies du golf de Barbaroux Resort et du Golf du Mont d'Arbois.

Si 90 € les 45 minutes peuvent parfois être perçue comme un tarif relativement élevé, il est convaincu que son approche "ISI", focalisée sur la recherche individualisée d'un geste efficace, facile à répéter, mais aussi performant, donnera des résultats concrets et durables pour la majorité de ses élèves.

Au-delà de son travail d'enseignant, Fabrice Tarnaud a établi une académie en ligne golfinfinity.net, pour ceux qui voudraient en apprendre davantage sur sa méthode.

Le principe serait celui d'un moteur de recherche permettant au golfeur d'établir un panier pédagogique des thématiques qu'il souhaite travailler.

 

Dans la suite de ce premier sujet, nous l'avons invité à partager ses conseils pédagogiques pour les abonnées de JeudeGolf. Dans mon prochain sujet, je vous proposerai son conseil anti-slice et son conseil pour simplifier la réalisation de vos approches autour des greens. 

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