Le moment capital du contact de balle entre plaisir et précision

Pour beaucoup de golfeurs, il y a d’abord le swing… Comment déplacer le club dans l’espace, d’arrière en avant…Il y a bien entendu le moment du contact avec la balle, ce fameux impact. On l’espère tous le meilleur possible, le plus jouissif possible. Et puis, le mouvement continue, car justement il ne s’arrête pas au contact. La balle est finalement seulement sur le chemin. C’est vrai pour un drive, un coup de fer, de wedge et même pour un putt… Un joueur ou une joueuse de golf peut avoir beaucoup de chose en tête au moment de swinguer, mais est-on justement parfaitement sur la balle au moment de la taper ?

Découvrez nos formules d'abonnements

Je me suis justement récemment posé cette question en voyant l’état de mes divots après un petit entraînement.

Je visais une cible à 45 mètres devant moi, et je jouais un wedge 58 degrés, sans chercher à taper fort, juste en rythme, en pensant à engager les hanches au moment du downswing.

Un saut de balles seulement consacré à cette situation de jeu pour me jauger à cette distance, et notamment dans ma capacité à poser la balle à moins de 10 mètres du trou…

La séance se passait bien, cependant, pour chipoter, je constatais que quelques balles partaient légèrement à droite du drapeau, un peu comme si je commettais un petit push fade.

J’ai fini par réaliser en regardant la forme de mes divots cumulés (les uns à côté des autres pour créer une surface plus facile à réparer pour le greenkeeper) qu’il y avait une légère tendance à aller vers la droite (je suis droitier), et un peu comme si mon club se déplaçait de l’intérieur vers l’extérieur (à droite de la cible).

Après avoir pris cette information, je me suis concentré à taper mes balles plus en ligne droite vers la cible, ce qui a fonctionné. Qu’est-ce que j’ai notablement changé ?

Je me suis beaucoup plus focalisé sur le contact de balle, et notamment à l’esprit, la volonté plus affirmer de faire partir la balle droite devant la cible, et moins chercher à me relever trop rapidement pour la suivre du regard.

Les sliceurs se reconnaîtront plus facilement… Parfois, cette tendance à vouloir se relever plus vite, pour attraper du regard la trajectoire de la balle… engendre cette moindre qualité de contact.

De cette expérience, j’ai retenu une leçon. On peut se concentrer sur le contact de balle. Il suffit d’en faire une priorité, et de lâcher les autres pensées techniques, comme la montée, le déclenchement des hanches, le grip…Il faut penser à faire partir cette balle dans sa ligne.

Cette réflexion n’est pas si nouvelle pour moi. Depuis déjà quelques semaines, j’ai l’impression d’avoir passé un palier ou de vouloir le passer en me focalisant bien plus sur la ligne de départ de ma balle, en particulier sur les grands coups.

Raisonnablement, au golf, peut-on contrôler réellement la trajectoire de sa balle ? Je me dis de plus en plus souvent, que nous sommes bien ambitieux de vouloir prédire les réactions d’une si petite balle sur un si grand terrain.

Cela me paraît plus réaliste de vouloir focaliser son attention sur le fait de contrôler le démarrage de la trajectoire que toute la trajectoire, y compris les effets…

Et finalement, il y a un compartiment du jeu qui nous formate à cela en permanence, le putting. Sur les greens, un des fondamentaux à respecter est de faire partir la balle le plus en ligne possible avec le point de visée. Pourquoi en serait-il différent sur le grand jeu ?

Faire partir la balle en ligne… cela pourrait être ma seule pensée technique pour chaque coup, du tee au green.

Toujours au sujet du contact de balle, le même jour, toujours à l’entraînement, mais cette fois sur le green, à viser des trous à environ une dizaine de mètres, j’ai encore fait le même constat.

La qualité de mes putts n’est pas comparable quand je me focalise plus expressément sur le contact de balle, bien centrée dans la face.

J’ai effectivement constaté quelques putts qui sortaient de ma ligne, tapés légèrement en pointe du putter, ou en tout cas, au feeling, pas pleinement centrés dans la face.

Centrer une balle dans la face, que ce soit au putter, au drive ou avec un fer, la plupart des golfeurs et golfeuses, de tous niveaux, perçoivent bien la différence, et même sans avoir de radar pour donner le smash factor.

A nouveau, simplement en cherchant en moi, simplement en me focalisant sur le contact, j’ai eu le sentiment de taper de meilleurs putts.

Est-ce à dire que sur les autres coups, je n’étais tout simplement pas assez concentré sur le contact ? Avec trop d’autres pensées techniques ou sur la cible ?

Je peux témoigner qu’en cherchant spécifiquement le contact, il était meilleur, et souvent le coup joué aussi.

Coups de fers, putts, et si la qualité du contact n’était pas en fait notre seule priorité au moment de taper une balle ?

Pour Jon Sherman, joueur de golf, et auteur du site practical-golf.com, c’est certain, « le contact est l’un des fondamentaux les plus sous-estimés dans le domaine du golf »

Pour lui, le grip, la posture, l’alignement reçoivent bien plus d’attention que la qualité du contact.

Il insiste « La vérité, c’est qu’il s’agit dans tous les cas de variables », et au contraire, il y a un fondamental qui n’est pas variable, c’est la qualité de l’impact, et notamment la position de la balle dans la face.

« Là où vous frappez la balle est peut-être l’élément le plus important à corriger dans votre swing »

Le golf est un jeu de proximité à une cible. Nous choisissons une cible. Nous produisons un swing, et espérons poser la balle le plus près de là où nous visions.

Dans mon exemple, je ne vous retranscris par un exercice ou un drill pour mieux centrer la balle dans la face. J’ai simplement accentué ma concentration sur ce seul objectif. Je n’ai rien changé à mon swing, que ce soit pour un wedge ou pour le putter. J’ai juste mieux visualisé la balle, et rien d’autre.

De son côté, Jon Sherman nous invite à commencer par comprendre nos tendances. Il se sert de la bonne vieille formule de l’étiquette ou de la bombe de couleur pour visualiser à quel endroit la balle est tapée sur la face.

Dans mon cas, c’est la forme de mes divots qui m’a alerté…

Quoi qu’il en soit, il formule une assertion intéressante, et qui fait écho à ma propre expérience « Quand vous vous concentrez sur l’impact, votre swing s’organise de lui-même sans que vous cherchiez d’autres pensées techniques »

C’est très intéressant car cela présenterait l’avantage de simplifier la pensée avant un coup de golf. Ne pensez qu’au contact, et sans se perdre à penser à tout le reste. Se focaliser sur le combien plutôt que sur le comment…ou en tout cas, moins penser au comment.

Toujours sur ce registre, mes recherches m’ont amené à un autre auteur, et cette fois, un coach mental, David Mackenzie, fondateur de « Golf a State of Mind » traduit le golf, un état d’esprit.

Il nous parle du secret des pros pour une meilleur frappe de balle.

Au cours d’une partie de golf, il part du principe qu’un amateur va taper un mélange de coups topés, grattés et en fait décentrés dans la face, ce qui conduit en fait à de la frustration.

Il rappelle que si nous ne tapons pas au centre de la face, cela nous conduit à des coups moins bien contrôlés en distance et en précision.

Il fait alors référence à une vieille idée souvent exprimée au golf « Garder la tête sur la balle » pour améliorer la qualité de la frappe. En conséquence, il interroge « Quel est le rôle des yeux dans cette histoire ? » Il pose la question pour désamorcer cette hypothèse, et en introduire une autre « Les yeux calmes sont le véritable secret pour une meilleure qualité de frappe ».

Comme nous l’avons dans mon précédent sujet consacré à la concentration, le terme « quiet eyes » a été popularisé par le professeur Joan Vickers, un spécialiste en Kinésiologie, soit la science du mouvement.

Au cours de son étude, elle a voulu explorer comment les meilleurs golfeurs utilisaient leurs yeux.

Concrètement, elle s’est intéressée à l’attention du regard avant, pendant et après un coup de golf. Elle a découvert que tous les bons golfeurs ont en commun la même visualisation, la même façon de fixer leurs yeux pendant un coup, et de manière notablement différente par rapport à un amateur.

Et pour elle, le résultat se trouverait directement dans la qualité de la frappe.

L’amateur aurait trop tendance à être erratique dans sa manière de visualiser, et ne garderait pas assez longtemps le regard sur le balle pendant le mouvement, et au contraire, chercherait trop vite à regarder la balle dans les airs. Les deux situations amèneraient à des coups inconsistants, et donc des coups perdus sur le parcours.

Son étude a révélé qu’un golfeur professionnel porte l’attention sur sa balle en moyenne deux secondes, quand un golfeur amateur ne reste qu’1,5 secondes… or cette demi-seconde d’écart ferait une très grosse différence.

Je n’ai absolument pas prémédité cette tournure de mon article, notamment quand j’étais seul au practice, et qu’en réponse à mes trajectoires de balles, j’ai essayé de plus me focaliser sur la balle pour chercher un meilleur contact. En revanche, l’étude de Joan Vickers me conforte dans la corrélation entre mes sensations, mon instinct, et le résultat, pour vous inviter à faire vous-même l’expérience.

Mackenzie rappelle à juste titre, « le golf est un sport de coordination œil-main ». Les yeux disent au corps ce qu’il doit faire.

La balle est une « cible intermédiaire » dans le processus de taper un bon coup de golf… vers une cible finale.

Une autre étude menée par un autre chercheur, le docteur Mark Wilson, un spécialiste du mouvement humain s’est intéressé à comparer les résultats de deux groupes de golfeurs, un groupe concentré sur l’amélioration du putting à travers la technique, et un autre à travers la visualisation.

Ce deuxième groupe devait simplement se forcer à visualiser la balle, et la cible, et garder le regard sur un point en particulier pendant deux à trois secondes, puis porter les yeux sur la balle sans en dévier.

Les résultats ont été sans équivoques. Les golfeurs qui ont travaillé sur la technique des yeux calmes « quiet eye » ont eu de biens meilleurs résultats.

En parallèle, le chercheur a constaté que ce groupe présentait aussi en moyenne un rythme cardiaque inférieur, et moins de tensions musculaires.

Mackenzie explique « Une concentration plus intense bloque les interférences négatives et permet au cerveau de traiter l’information de ciblage, pour diriger le corps dans les bons mouvements, et diriger réellement la balle où on veut l’envoyer. »

Morale de cette histoire, tout n’est pas une question de technique au sens comment déplacer le club, faire ceci ou cela, la visualisation, notamment du contact de balle est bien un moment capital que parfois, nous les amateurs, sous-estimons.

Pour ma part, j'ai terminé mon entraînement par quelques chips en bord de green, et à nouveau, j'ai remarqué que les coups les plus éloignés finalement du drapeau, étaient ceux où je m'étais trop concentré sur la technique, le geste, le comment, et pas assez sur la visualisation du coup à jouer, de la cible, de l'endroit où poser la balle. Les coups où je n'avais pas pris assez de recul sur mon environnement... définitivement ce qu'il fallait pour me convaincre de basculer d'une obsession technique à une concentration plus environnementale.

Crédit photo : Andrew Dieb et Ken Murray/Icon Sportswire

Restez informé

Recevez notre newsletter

(Note moyenne de 0 sur votes)

Vous ne pouvez pas poster de commentaires si vous n'êtes pas membre du site.