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Douleurs au dos et golf: Une fatalité pour 35% des golfeurs?

De nombreuses études scientifiques montrent que la pratique régulière du golf peut être bénéfique pour notre santé. Une étude suédoise de l'université Karolinska Institutet annonce notamment un gain de cinq années d’espérance de vie pour le golfeur régulier. La marche rapide nécessaire à un parcours de golf, associée à la mobilisation de plus 17 muscles dans le swing semblent en être les points clés. Une publication du British Journal of Sports Medicine présente même des bénéfices pour la santé mentale : Les golfeurs seraient moins touchés par la dépression, l’anxiété et la démence. Derrière cette réalité encourageante, le tableau est-il pour autant si positif, et notamment s'agissant des douleurs lombaires ? Pour préparer ce sujet en deux parties, nous avons rencontré deux experts, le premier Philippe Vignon, kiné de l'équipe de France Girls de Golf, qui explique les difficultés que peuvent rencontrer les amateurs, notamment quand ils ne s'échauffent pas, et le second, le coach Allemand Franck Drollinger, qui propose une méthode d'enseignement sans douleur, et va dans certains cas, à contre-courant de la pensée pédagogique actuelle. Il prétend qu'avec lui, et sa méthode, Tiger Woods n'aurait jamais eu mal au dos !

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Douleurs au dos : Une fatalité pour les golfeurs ?

Dans un article publié en 2019 dans le magazine américain en ligne, les préparateurs physique Nick Randall et Marnus Marais nous expliquent que 35% des golfeurs souffriraient de problèmes au dos.

La proportion sur le tour serait encore plus grande, preuve que “mal” swinguer ne serait pas nécessairement la raison principale à ces blessures.

L’exemple le plus médiatique étant Tiger Woods qui a multiplié les opérations du dos au cours de ces dernières années.

Ce chiffre de 35% semble incroyable… mais le plus incroyable semble le peu de cas que le monde du golf fait de cette situation.

Vous pouvez trouver des centaines de vidéos sur comment éviter le slice, le sujet du mal de dos est quant à lui beaucoup moins traité...

D’où vient le problème ?

Un sport inadapté?

Un enseignement moderne aux modèles périmés ?

Des pratiquants mal préparés physiquement?  

Philippe Vignon est kiné, spécialisé dans le golf (Président de l’AFKGolf). Il s’occupe tout au long de l’année de l’Equipe de France Girls. Nous sommes allés le rencontrer pour creuser ce sujet. 

Dans son cabinet, les blessures les plus récurrentes sont les traumatismes lombaires.

Chez l’homme, il trouve également beaucoup de blessures du genou gauche, alors que chez la femme, ce sont plus des problèmes de poignets. 

Selon l'expert, la lombalgie est principalement liée à un manque de mobilité des hanches, et lors des rotations.

Le manque de rotation interne chez le droitier va entraîner une bascule du bassin, et du coup des compensations.

La fin de swing, qui ne peut pas se faire par une rotation, va se faire par une inclinaison, entraînant une risque fort de lombalgie. 

Les trois facteurs clés qui doivent donner l’alerte sont : Une trop grande rigidité postérieure, un manque de rotation des hanches, un déficit musculaire des fessiers et des abdominaux. 

Une personne n’ayant pas de muscles fessiers suffisamment forts ne pourra engendrer un swing en restant dans une position correcte, en respectant les angles, et donc peut se faire mal.

C’est un des muscles les plus important chez le golfeur. 

Des douleurs similaires chez le pro, et l'amateur

Chez l’amateur, un facteur aggravant sera le déficit technique ou la réalisation d’un swing non adapté à ses limitations physiques.

Chez le professionnel, ce sera plus la surcharge d'entraînement. 

Dans les deux cas, le sujet initial est le niveau de préparation du corps à l’effort.

Afin de repérer les fragilités, tous les sportif de haut niveau font un bilan en début de saison, et ce, afin de mener un travail de préparation physique adapté.

Il s’agit de repérer les axes de faiblesses, et de se coordonner avec le préparateur physique en même temps que le coach pour permettre une préparation adaptée, travailler pour redonner de la mobilité, et ainsi se donner la possibilité d’une saison sans blessure. 

Idéalement, il faudrait systématiser ce bilan chez l’amateur préalablement à toute pratique.

Trop de golfeurs viennent chercher leur certificat médical pour leur compétition du dimanche, et sans se préoccuper vraiment de leur niveau de préparation physique.  

Néanmoins les usages évoluent positivement.

Le golfeur amateur de “bon niveau” faisant des Grand Prix est généralement intéressé par ce sujet du bilan, quand il a pu y être sensibilisé.

Il veut pouvoir s'entraîner plus, sans avoir mal, sans se faire mal, aussi il va être demandeur.

Il y a de plus en plus de demandes de bilans, mais si la personne ne fait rien, une fois sortie du cabinet, cela ne sert à rien.

Décrire un problème ne suffit pas à le résoudre d’où la nécessité de collaboration entre le préparateur physique et le coach pour adapter le travail. 

Philippe Vignon souligne également le désastre qu’occasionne une pratique sans échauffement.

Il insiste sur le fait que le golfeur confond trop souvent le travail d’ajustement technique au practice, et l’échauffement. 

Il n’y a aucun sport où le sportif commence sans échauffement

Au sein de la filière fédérale, Philippe Vignon travaille avec ses collègues pour accompagner au mieux les jeunes lors de la Coupe France Jeune, ou lors des Championnat d’Europe, et sur ce sujet ainsi que sur l’importance de la récupération, un autre facteur très important de prévention des blessures. 

Ci-après deux reportages à retrouver sur le site de la Fédération (les Girls et l'espace physio perf).

Avec le déconfinement, beaucoup se sont plaints des trente minutes d’échauffements comme étant trop courtes...

Cela l’a fait réagir, car un échauffement n’a pas nécessité à se réaliser au practice, encore une fois, il suggère que l'on confonde technique et physique. 

L’échauffement physique peut avoir lieu avant, et sur le parking par exemple.

Nul besoin d’un club de golf pour s’échauffer.

Il faut prendre le temps de bouger, de mobiliser son bassin, ses cervicales, ses poignets, ses épaules... 

Il n’est pas rare de voir des pros ne taper que 5-6 balles avant leur partie, car ils se sont échauffés préalablement, et sont déjà prêts à taper un drive puissant.

A comparer avec  la personne qui ne s’est pas échauffée, et qui se sera déjà fait au mal au dos en attrapant son sac dans sa voiture.

La personne sort directement son drive au trou numéro un, et sans échauffement.

Dans ce cas, il n'est pas inimaginable qu'elle va se plaindre au trou numéro trois, et arguer qu’elle ne peut plus continuer.

A la décharge du golfeur, ce manque de culture du physique dans le golf vient aussi de l’enseignement qu’il a reçu.

Les choses évoluent favorablement, mais selon le préparateur, il encore trop courant de voir des enseignants dispenser des cours, sans imposer un échauffement préalable. 

Philippe Vignon souligne que dans les équipes où il a pu passer, il a souvent été surpris par l’attitude de rejet rencontré quand il proposait aux joueurs de s’échauffer, tant cela peut sortir de l’ordinaire de ce que certains connaissent depuis plus de 15 ans. 

A l’issu de cet échange, on pourrait raisonnablement penser que des tests physiques devraient être imposés à tout pratiquant, avec l’obligation d’une réathlétisation adaptée avant de permettre la pratique.

Ou tout du moins, nous pouvons nous interroger sur le certificat donné par nombre de médecins, à des golfeurs non préparés à la réalité de ce sport, justement pas assez considéré comme un sport.

Oui, le golf est un sport qui nécessite d'être considéré comme tel

En effet, le sujet évalué par un médecin généraliste délivrant un certificat médical est généralement le risque cardiaque, mais le risque de lombalgie semble bien peu pris en considération, et pourtant, il touche rappelons le… 35% des golfeurs. 

C'est certainement le résultat d'une méconnaissance des exigences du jeu de golf.

Pouvons-nous prendre le problème dans l’autre sens ?

Est-ce que c’est le golfeur qui est mal préparé ou l’enseignement du golf qui propose une voie non adaptée pour nombre de golfeurs ?

Comment avoir un swing adapté pour une pratique non traumatisante mais performante ? 

Des enseignants développent encore de nos jours la pédagogie d’un swing pour tous, alors qu’aujourd’hui, il est indispensable d’adapter le swing à chaque élève, utiliser les swings des pros comme un modèle à enseigner aux élèves est une hérésie, tant les niveaux de préparation physique sont différents. 

Pour autant, il faut admettre une grosse évolution : La biomécanique est de plus en plus prise en compte dans l'apprentissage.

Au dire de Philippe Vignon, cela a été difficile à développer, mais de plus en plus d’enseignants sont aujourd’hui sensibilisés au fait de développer le swing de l’élève, et non de faire évoluer l’élève vers un swing référent. 

Fin de la première partie du dossier, cliquez sur le lien suivant pour accéder à la deuxième partie, et l'expérience de Franck Drollinger...

Crédit photo : Philippe Vignon et Orlando Ramirez/ Icon Sportswire

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