Comment s'entrainer efficacement l'hiver au practice?

A l’heure où les parcours deviennent gras, et que dans le même temps, les températures se rapprochent du zéro, la tentation de rester au practice pour s'entraîner est vive. Plusieurs avantages semblent s'ouvrir si vous choisissez cette option, avoir les pieds au sec, sur un tapis, et à la surface homogène, éventuellement couvert en cas de pluie ou de vent, et pour les plus luxueux chauffés. Pour ceux qui ne le sont pas, le fait de pouvoir enchaîner les balles permet de rapidement se réchauffer. Les practices sont pour certains, de mieux en mieux équipés, multiplications des cibles, poteaux, ou paniers, tandis que de plus en plus de practices s'équipent de radars de mesures, permettant d’avoir accès à de nouvelles informations sur votre jeu : Distances, vitesse du club, effets donnés… Cependant, un des problèmes principaux de la performance et du progrès que le golfeur amateur peut avoir est là, une difficulté souvent entendue: je joue très bien au practice, mais je n’arrive pas à reproduire la qualité de cette performance sur le parcours. Que faire? Si s'entraîner c’est bien, réussir à bien s'entraîner c’est mieux. Comment faire surtout en hiver ?

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La réponse réside essentiellement dans la manière dont le joueur s'entraîne.

Pour la plupart d’entre nous, une séance de practice consiste dans le fait de taper des balles de manière répétitive, dans une même situation, sur un même tapis, et jusqu’à réussir à obtenir un swing efficace, pour un résultat en ligne avec l’objectif.

Ainsi, après quelques mouvements d’échauffements pour les plus consciencieux, on sort un fer 7, on définit une cible et on tape des balles à la chaine, en nous focalisant sur la qualité de notre geste et à son amélioration.

Une fois le résultat obtenu, on change de club, et ainsi de suite jusqu’à épuisement des balles. 

Ce faisant nous réalisons une seule et même tâche, dit autrement: nous développons une seule compétence.

Le gros avantage est que la répétition vous amènera systématiquement à un niveau de performance réjouissant, la qualité de la séance dépendant simplement de la rapidité que l’on va avoir à obtenir un bon résultat, en faisant toujours le même geste. 

Problème : Cette approche décrite comme du “block practice” n’induit aucune variation dans le travail réalisé.

Le geste est répétitif.

Votre capacité à retenir la qualité du geste travaillé, et à pouvoir l’amener sur le parcours sera très faible.

Tout au mieux, vous aurez le geste pour une distance avec un club, et dans une situation idéale telle que donnée par votre tapis. 

En effet, cette approche qui est le lot de la grande majorité des pratiquants est simplement tellement différente d’un parcours qu'elle ne peut être efficace.

Sur un parcours, vous n’avez jamais le même lie, jamais la même distance, jamais la même cible, rarement deux fois le même club à jouer.

Il n’y a aucune répétitivité sur un parcours. 

L’écart entre un séance de “block practice” et un parcours 18 trous est sans doute du même ordre, que celui rencontré par un joueur abonné dans son club, qui joue toute l’année sur le même parcours.

Le joueur y joue quasiment toujours les mêmes clubs, fini par y performer à force de le pratiquer, ayant grâce au temps, compris comment le jouer, pour se retrouver totalement perdu le jour où il part en vacances, et joue le parcours de son lieu de villégiature.

Nul secret à cela… en faisant tout le temps la même chose, vous n’apprenez que peu, et vous ne progressez pas. C'est le constat établi par Adam Young.

 

Si l’on veut trouver une vertu au “block practice”, on peut considérer que c’est une bonne méthode pour travailler un point technique spécifique.

La répétition du club et de la cible permettant alors par contraste du résultat de valider le changement technique opéré. 

Un autre exemple de la limite de cette approche nous est encore donné par Adam Young, dans une longue vidéo de près de 1h, l’enseignant américain partage un séance de block practice qu'il réalise lui même.

Il choisit un club ouvert, tape dix balles, puis change de club, montant progressivement dans sa série de fer, vers les clubs plus fermés.

En agissant ainsi, il veut nous montrer que cela lui permet d’obtenir des statistiques de proximité au trou tout à fait remarquables, et significativement supérieures aux meilleurs joueurs du tour.

En effet, d’un coup à l’autre, il peut corriger sa tendance du jour, pour rapidement obtenir un meilleur coup.

Problème: Le golf n’est pas du tennis...Il n’y a pas de seconde balle, en cas de drive raté.

Nous avons tous vécu cette expérience, en se disant que le jeu serait bien plus facile, si on pouvait jouer deux balles… le corps sait s’adapter, face à une difficulté rencontrée.

C’est ce que l’on fait en faisant du “block practice”...On corrige, on corrige, jusqu’à obtenir le résultat attendu.

Mais alors que faire…???  

Plusieurs alternatives s’offrent à nous.

Je vous les présente ci-après sur la base d’un partage avec l’enseignant Assaad Zmerly, qui avait déjà eu l’occasion d’échanger avec nous, sur son concept de QI Golf.

Le travail de synthèse qu’il a réalisé, et sur lequel, la suite de cet article est basé est justement sur le croisement des travaux d'Adam Youg, de Game Like Training, et de Farid Guedra. 

Le “broken practice”

Il s’agit ici d’une première évolution du “block pratice”.

Vous allez choisir une même cible et un même club.

Cependant entre chaque balle, l’objectif sera de répéter (ou de construire) votre routine.

Sur chaque balle, il s’agira de s’aligner en prenant un repère, de visualiser la trajectoire, de faire un coup d’essai avant de s’engager dans le coup.

Ainsi, vous allez développer votre capacité à vous engager sur chaque coup. Vous allez mémoriser votre routine, l'affinant jusqu’à en trouver une qui soit performante, répétable et efficace.

Ci-après, vous pourrez lire la recherche faite sur ce sujet par Matthew W. Bridge à l'Université de Birmingham, sur l'importance de la routine. 

Vous n’allez pas mieux progresser techniquement, mais vous aurez travaillé un aspect essentiel dans votre capacité à bien jouer dans la durée, et sur un 18 trous.

Un tips bien utile pour vous aider à cette contrainte : Ne videz pas votre seau de balle devant votre tapis, mais mettez le deux mètres derrière votre tapis, ainsi vous serez contraints d’aller chercher une balle, comme si vous l’aviez relevé pour la nettoyer.

Cela va casser le risque d'enchaîner les balles plus vite que Lucky Luck, et vous rapprocher du rythme d’une vrai partie.

De cette manière, on passe d’un rythme 1.1.1.1.1 à 1.routine.1.routine.1.routine.1. etc… 

Le “serial practice”

C'est le niveau suivant pour améliorer le transfert de la performance sur le parcours.

Le club est le même, le lieu de frappe reste le même (votre tapis) mais l’objectif sera de prendre deux cibles différentes avec l’idée de faire deux coups différents.

Par exemple, une cible à droite pour un plein coup, puis une cible à gauche pour un demi-coup.

Et toujours en intégrant une routine entre chaque coup, ce qui sera autrement plus facile que l'objectif du coup change.

Pour le golfeur amateur, ce niveau me semble devoir être atteint rapidement.

L’effort pour y arriver n’est pas très important, et le gain est substantiel.

Ainsi on aura 1.routine.2.routine.1.routine.2.routine.1 routine.2.routine etc… 

Le “random practice”

L’objectif est de changer systématiquement de club, et de cible entre chaque coup, tout en gardant le travail de la routine.

Pour faciliter l’exécution de cette approche, le conseil serait d’imaginer que vous jouez un 18 trous, que vous aimez bien jouer. 

Ainsi, vous allez jouer un tee shot, suivi d’une attaque de green, puis une approche…

La performance de chaque balle sera évidemment moins élevée, cependant la qualité de chaque coup vous permettra d’imaginer des situations différentes.

Exemple, j’ai fait un slice sur ma mise en jeu. J’imagine un deuxième coup de replacement…

Le niveau de transfert de la compétence développé sera très élevé.

Si vous arrivez à progresser sur ce type d’approche, la probabilité de pouvoir répéter cette progression sur un parcours est très élevée.

Dans ce cadre, le joueur se rapproche très fortement de la réalité d’une partie, avec le gros avantage de ne pas avoir à marcher entre les balles, ainsi un parcours “virtuel” de 18 trous sera fait beaucoup plus rapidement.

L'apport des practices connectés sera un vrai plus, si vous avez la chance de pouvoir y accéder.

Ces nouveaux practices ont généralement une option de simulation d’un parcours.

Vous tapez des balles en fonction de votre avancée sur le parcours.

Ainsi, vous pouvez jouer Pepple Beach en plein hiver et depuis la France… votre objectif reste de faire un “score” tout en travaillant votre swing.

Ludique et efficace, sans perdre la moindre balle dans les obstacles... et devoir la chercher longuement.

 

 

Le "variability practice"

Retour à une même cible, ici le but ne sera pas d’optimiser un même coup, mais de varier les manières d’obtenir un même résultat.

Comment puis je obtenir 150 mètres?

En fade, en draw, en balle haute, en balle basse, avec un plein coup de fer 7 ou avec un ¾ de coup de fer 5, avec un petit coup de drive.

De cette manière, vous élargissez votre répertoire de compétences.

La niveau de transfert de compétences sur le parcours sera très bon, car vous allez “oser” faire des coups que vous ne maîtrisez pas, ou n’avez pas l’habitude de jouer.

Vous allez découvrir que faire différemment, c’est parfois mieux réussir, faire plus simple ou avoir plus de régularité. 

Le "differential practice"

Deux versions possibles : Démultiplier les situations de frappes, dans le rough, dans un pente avec la balle sous les pieds ou au-dessus des pieds.

Une approche généralement plus adaptée aux zones de petits jeu, les practices n’étant généralement pas pensés pour ce type d'entraînement… pourtant s’entrainer à frapper un fer 5 depuis un tapis est très différent de la même chose sur une herbe tondue, dans un bunker de fairway ou dans un rough… autant de compétences pourtant nécessaires, quand on veut se préparer à performer sur 18 trous. 

Autre approche pour une même idée: varier les manières de taper la balle, taper volontairement en pointe, puis en talon, cela va vous aider à mieux taper au centre.

En élargissant la base de donnée de votre cerveau, vous améliorez sa capacité de calcul.

Essayez de faire cinq balles, en tapant volontairement en talon, puis cinq balles en pointe, vous serez surpris du résultat quand vous voudrez alors la centrer naturellement. 

Dans la même idée, taper en fermant les yeux, en regardant devant soit, en ayant un grip inversé, en jouant en gaucher, en tapant sur une jambe, avec un seul bras…

Le nombre d’expérimentation est ici sans fin…

La grande idée reste la même, en apprenant à réaliser des gestes non conventionnels vous permettez à votre corps, et votre cerveau de mieux comprendre ce que vous lui demandez de faire la plupart du temps. 

Le résultat de ce type de séance peut évidemment être frustrant si on se focalise sur le résultat immédiat, cependant si vous l'abordez de manière positive, et sous la forme de jeu, vous pouvez obtenir des déclics souvent importants. 

En synthèse un tableau peut résumer ces différentes approches: 

En conclusion, ma propre expérience de ces différents entraînements... 

Essayez autant que possible de varier les types d'entraînements, chacun des types d'entraînements que je vous ai décrit à sa part d’opportunité.

L’essentiel est d’avoir conscience de ce que l’on travaille, et comment on le travaille.

Il faut juste éviter d’aligner les séances de “block practice”, très satisfaisantes, mais dont l’effet gueule de bois sur les heures passées à s'entraîner peut vite s'avérer frustrant.

 

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