Posté par le dans Qu'est-ce que le golf ?

Jeu lent au golf: Plus une question de comportement que de routine

L’américain Brooks Koepka n’a pas complété sa collection de majeurs à l’occasion de la 148eme édition du British Open, disputé en Irlande du Nord, sur le parcours du Royal Portrush Country Club. Lors de son dernier tour, associé à son compatriote JB Holmes, Koepka a expérimenté de très près le désormais célèbre jeu lent de son partenaire.  A plusieurs reprises, il a eu du mal à dissimuler son exaspération. Le numéro un mondial en a profité pour surtout pointer du doigt un problème de comportement.

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Que le vouliez ou non, quand vous jouez au golf avec un ou plusieurs partenaires, ces derniers affectent forcément votre partie, et votre propre jeu.

Vous avez beau vous appeler Brooks Koepka, être numéro un mondial de golf, et surtout démontrer tournoi après tournoi, une incroyable capacité de concentration, vous ne pouvez pas ignorer le rythme imprimé à votre partie par vos partenaires.

Pour beaucoup de golfeurs amateurs, jouer avec un nouveau partenaire est une réalité très fréquente.

Jouer avec un nouveau partenaire implique de découvrir un autre golf, une autre façon de concevoir le jeu, et rarement une personnalité semblable à la sienne.

C’est donc un parfait exercice de tolérance et d’humilité.

Les meilleures parties de golf avec un nouveau partenaire sont souvent celles où les combinaisons formées se rapprochent le plus possible d’une philosophie intermédiaire ou à mi-chemin de ce que chacun conçoit. L’idéal serait de jouer avec son parfait binôme.

Plus important que l’index ou le niveau de jeu, car au golf, on peut vraiment jouer avec tout le monde, ce qui est la force de ce jeu, il faut jouer dans le même rythme.

Par exemple, c’est très difficile (mais pas impossible) de faire une bonne partie de golf avec un partenaire qui joue en voiturette, quand vous jouez à pied en portant votre sac.

Dans un sport aussi mental que le golf, la partie idéale est fluide du premier au dernier trou. Fluide, cela signifie une forme de coopération par rapport au temps.

Les nouvelles règles permettent plusieurs choses qui vont dans le bon sens, comme le fait de ne plus jouer systématiquement quand c’est son tour, et donc de laisser passer un joueur prêt avant soi, ou de ne pas relever le drapeau sur le green.

Depuis l’application de cette dernière règle, il est très plaisant de constater qu’une majorité de golfeurs amateurs, en partie amicale, laissent d’ailleurs le drapeau dans le trou, justement pour gagner du temps.

Si au tennis, les joueurs jouent dans un rythme où chacun essaie de se renvoyer la balle, au golf, dans une partie de deux, le mieux, c’est quand les protagonistes avancent dans un même rythme.

Or, dimanche, dans l’une des dernières parties en course pour remporter The Open, et alors que Shane Lowry, le futur vainqueur, avait tout de même une certaine avance, Brooks Koepka, associé à JB Holmes a fait l’amer expérience de ne pas du tout être dans le tempo, dans son tempo, dans un tempo plutôt normal.

A la fin de sa partie, Koepka a mis en cause les autorités du golf pour leur manque d’action concernant les questions autour du jeu lent. C’est d’ailleurs assez étonnant que le joueur soit obligé de faire sa propre police.

La question du jeu lent est pourtant au centre du développement, et de l’image du golf.

La mesure du temps, de son temps, est une des questions les plus épineuses dans le domaine du golf, professionnel ou amateur.

Qu’est-ce que le jeu lent ? Qu’est-ce que le jeu rapide ? Finalement, dans les deux cas, la définition est souvent très personnelle.

Bien entendu, le juge de paix, c’est le temps utilisé pour parcourir 18 trous, et souvent autour de 4 heures.

Un golfeur qui joue dans un tempo trop rapide n’est pas plus un idéal que le golfeur qui joue trop lentement.

Trouver le bon équilibre, c’est l’enjeu.

Dans beaucoup de cas, l’éducation et la collaboration naturelle des joueurs, amateurs ou professionnels fait que cela passe bien.

Dans le cas de Koepka et Holmes, plus que le jeu lent, le premier nommé pointe du doigt des réalités et des comportements, qui ont pour conséquence le jeu lent.

Après s’être élancé à 1h37 de l’après-midi, Koepka et Holmes ont en réalité passé une très mauvaise journée ensemble.

Pour bien quantifier les choses, entre le moment où le nom de Holmes a été cité par le starter, et le moment où son club a frappé la balle sur le premier tee de départ, il s’est écoulé 62 secondes.

A noter, son premier coup est sorti hors limite.

De son côté, dans la même situation, Koepka a pris 27 secondes pour taper.

Vous avez donc un écart de temps du simple au double entre les deux protagonistes.

Cette différence de temps s’est répétée tout au long de la journée, au point de passablement irriter Koepka.

Bilan de la journée, Koepka a terminé à +3 en 74, très loin de Lowry et incapable de peser sur le déroulement final du tournoi.

Et pire, Holmes a littéralement explosé avec un score de +16, pour perdre 64 places au classement final avec un score de 87. De la gagne, Holmes a joué la fin du classement.

Au cours des trois premiers tours, dans d’autres parties, les deux américains n’avaient pas aussi mal joué, bien au contraire.

On peut légitimement penser qu’ils se sont autodétruits.

En sortant du 12eme green, Koepka s’était même déjà dirigé vers un arbitre, en mimant le fait de regarder une montre imaginaire à son poignet, afin de suggérer une intervention ou un contrôle du temps de jeu de la partie.

« Il y a beaucoup de joueurs trop lents sur le circuit. Ce n’est pas la première fois que je vais voir un officiel, surtout quand il marche dans ma partie. Je suis prêt à le faire autant de fois qu’il est nécessaire. »

Koepka assume donc parfaitement de ne pas être charitable sur cette question, considérant que cela peut en fait nuire à son propre rythme de jeu.

Toujours interrogé à ce sujet, Koepka a expliqué que son partenaire était loin d’être le seul joueur trop lent sur le tour, en revanche, il a exprimé tout son mécontentement et son étonnement quant au fait que Holmes soit incapable de se préparer rapidement quand c’est son tour de jouer !

« Ce que je ne comprends pas, c’est que quand c’est votre tour de jouer, votre gant ne soit pas mis, et que vous commenciez seulement à penser au coup que vous allez jouer. Pour moi, c’est cela le problème ! »

Koepka s’insurge du fait qu’il ne fait rien, tant que ce n’est pas son tour de jouer.

A ce comportement, il faut ajouter que JB Holmes a réalisé une prestation catastrophique au cours de cette journée, ce qui a aggravé encore le temps de jeu de la partie.

Koepka a eu de l’empathie pour Holmes en difficulté, mais cela n’a changé en rien son jugement.

« Oui, il a eu une journée difficile, mais JB est un joueur lent. Nous avons été dans le rythme pendant seulement 13 trous. Si je suis concerné par une mauvaise partie, quoi qu’il arrive, je vais rester dans le rythme. »

L’américain distingue le score du temps de jeu.

Le fait de faire double bogey au lieu du par ne doit pas, selon lui expliquer un jeu lent, car en réalité, il y a des solutions simples pour qu’un groupe de joueurs puisse rester dans un bon rythme.

Le fait qu’Holmes n’enfile pas son gant, ne prenne pas un club ou ne décide pas de sa stratégie quand ce n’est pas son tour de jouer est à la fois un problème pour le rythme de la partie, un problème d’éducation, et de respect de ses partenaires.

Holmes, dans sa routine de jeu lent, ne tient nullement compte des autres joueurs présents avec lui, et c’est sans doute cela le plus gros problème le concernant.

Les autres joueurs ne sont pas là que pour l’accompagner !

Quelque part, il n’a pas le droit moral de se servir du temps des autres pour assurer la qualité de sa partie.

Ce qui d’ailleurs ne fonctionne pas toujours au vue de son score final.

En matière de jeu lent, JB Holmes est malheureusement très souvent cité en exemple.

Nous avions déjà consacré un article à ce sujet à l’occasion du Genesis Open 2019, qu’il avait cette fois remporté, non sans énerver les commentateurs américains du tournoi, dont Peter Kostis.

Un an plus tôt, il s’était déjà illustré en prenant 4 minutes avant de taper un coup à l’occasion du Farmers Insurance Open. Son partenaire du jour, Alex Noren en était complètement dingue.

Le pire, c’est que le joueur répondait déjà à cette problématique avec une doctrine tout à fait assumée en 2008 : « Il y a beaucoup de vieilles habitudes qui reviennent quand vous jouez sous pression. Vous jouez pour un million de dollars. Si quelqu’un pense que je suis lent ou que je prends du temps. Je m’en fiche. Personnellement, je ne veux pas prendre trop de temps. Je travaille là-dessus. Mais je préfère largement être lent et gagner que de me dépêcher, taper un mauvais coup, et ne pas gagner. »

L’attitude « limite » du numéro un mondial a certainement joué négativement sur le joueur lent, peut-être pas préparé à trouver à côté de lui, un joueur bien déterminé à ne pas le laisser faire.

Imaginez un instant si cela vous arrive, le caractère « amical et jovial » de la partie, et la tension que cela peut mettre sur vous, et votre jeu.

Le pire, c’est que Koepka a raison.

Holmes pourrait tout à fait mettre son gant, se tenir prêt à jouer quand c’est son tour, et utiliser le temps à sa disposition, notamment celui de son partenaire quand il joue, et ainsi réduire son temps de jeu de moitié, et sans violer sa préparation.

Cette dernière est d’ailleurs sans doute très importante.

A l’inverse, ne rien faire tant que ce n’est pas « officiellement » son tour paraît une réelle perte de temps utile.

En adoptant une attitude plus en relation avec le fait d’optimiser le temps de tout le monde, ce serait profitable à tous les joueurs de la partie.

Ce dimanche, Holmes a peut être payé au prix fort son attitude nonchalante.

Avec Koepka, il a trouvé un « client » bien déterminé à ne pas se laisser faire, et pas gêné de faire savoir tout le mal qu’il pense de lui.

Nous verrons si Holmes tient compte de cette mauvaise expérience pour redresser son attitude.

Chez les amateurs, une telle attitude est heureusement plus rare. Peut-être avez-vous déjà expérimenté un partenaire mal organisé ou au pire indélicat ?

C’est dommage de passer une mauvaise journée au golf pour une question de lecture de ce qu’est une partie de golf, et le temps réellement nécessaire pour jouer.

Crédit photo : David Blunsden/Actionplus/Icon Sportswire

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