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US Open 2017 : Justin Thomas, l’homme qui fait tomber les records

US Open 2017 : Justin Thomas, l’homme qui fait tomber les records - Crédit photo : Mark Newcombe

En février dernier, quand j’ai eu l’occasion de suivre le Genesis Open, Justin Thomas faisait partie de « mes cibles ». Auteur d’un début de saison exceptionnel, l'américain manquait encore à ma photothèque. Son succès a été aussi soudain que spectaculaire. Annoncé pour être un très grand, notamment en majeur, il a passé quelques mois dans l’ombre de l’ogre Dustin Johnson, et n’a pas crevé l’écran au Masters. L’US Open disputé Erin Hills pourrait bien être son grand rendez-vous avec l’histoire…Découvrez les ressorts de son nouveau record, qui n’avait en fait rien d’imprévisible. 63 en majeur, il efface des tablettes Johnny Miller !

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L'US Open à Erin Hills marqué par les chiffres et un record

Le 65 de Rickie Fowler sur le premier tour a été le premier coup de tonnerre de la semaine.

Le 63 de Justin Thomas va rester dans les mémoires pour longtemps, car au-delà du tournoi, Thomas vient d’effacer le record de Johnny Miller vieux de 44 ans. Un score de -8 sous le par réalisé à Oakmont au cours du dernier tour de l’US Open 1973.

Le genre de score qui fait de vous une légende.

Alors que le golf regrette le phénomène Tiger Woods, apprécie la force de Dustin Johnson, compare Spieth à Palmer, sans s’en rendre vraiment compte, le prochain prodige est déjà sous nos yeux. Il ne s’appelle pas Dustin mais bien Justin.

Quand je l’ai suivi sur plusieurs trous au Genesis.

Sur le green du 1 à Pacific Palissades, attendant de putter, il s’est retourné dans la direction de mon appareil photo.

Pendant plusieurs secondes, il m’a regardé. Impossible que l’appareil monté sur un pied puisse le gêner du fait de la distance à laquelle je me trouvais avec le téléobjectif.

Justin attendait tout simplement que ses partenaires terminent de putter.

J’ai multiplié les clichés d’un golfeur un peu dandy, qui malgré ses deux victoires consécutives en début de saison n’était pas encore poursuivi par des centaines de fans ou par des groupies comme ce pouvait être le cas avec son ami, Jordan Spieth.

Il faut dire que sur la plupart des gros tournois, il y a des stars dans toutes les parties. Sur le PGA Tour, il faut être dans le top-5 pour susciter une attention encore plus particulière.

Numéro 13 mondial en l’espace de seulement quelques mois, Thomas a encore besoin d’exploits pour que le public comprenne la nature du phénomène. Cet US Open pourrait être un tournant…

Le top 5 en termes de popularité sur le tour américain est pour l’instant : Dustin Johnson, Rory McIlroy, Jason Day, Jordan Spieth et Phil Mickelson ex-aequo avec Rickie Fowler.

Mis à part la brillance de son jeu, Justin Thomas n’est pas encore une forte personnalité ou un type qui sort franchement de l’ordinaire. C’est presque l’anti Rickie Fowler !

Quand le golfeur Puma a percé, Il avait sa tenue orange flashy, et puis une personnalité qui très tôt promettait d’en faire un golfeur spectaculaire sur et en-dehors des fairways.

Pour se hisser du rang d’espoir à superstar, il a d’ailleurs dû se défaire un peu de cette image de rock star.

Il y a plus de Jordan Spieth que de Rickie Fowler chez Justin Thomas !

Le golfeur Titleist est bien propre sur lui, et présente plus le profil du gendre idéal que le côté baba cool d’un Dustin Johnson à ses débuts.

Pour attirer le crépitement des appareils photos, Justin Thomas mise pour l’instant plus sur son jeu exceptionnel que sur son look ou sa personnalité.

63 un jour de Moving Day : Justin Thomas rentre dans l'histoire

Samedi, lors du Moving Day, Justin Thomas a signé le 31eme 63 de l’histoire de l’US Open, sauf que celui-ci présente la particularité d’être le score le plus bas jamais rendu en relation avec le PAR.

Il n’a pas encore gagné l’US Open. Il reste 18 trous pour décider de l’issue du tournoi.

Même amputé des meilleurs golfeurs du monde, Dustin Johnson, Rory McIlroy et Jason Day, cet US Open spectaculaire promet un très beau scénario et un beau vainqueur.

Le parcours d’Erin Hills a beau être impressionnant avec son trou 18 impossible à toucher en deux, et ses fescues en bords de fairways, ce terrain est en fait l’anti-parcours pour bombardiers purs. Il ouvre le jeu à d’autres talents dont celui de Justin Thomas, pourtant un très long-frappeur mais pas seulement…

Dans l’histoire de l’Open, la liste des joueurs à avoir joué 63 est assez longue. Elle comporte des légendes comme Jack Nicklaus, mais aussi des noms tombés dans l’oubli comme Mark Hayes.

Le plus célèbre reste Johnny Miller, un membre du Hall Of Fame qui a remporté l’US Open 1973 avec 8 coups sous le par pour remonter un retard de 6 coups.

Beaucoup d’entre vous ont encore en mémoire le 63 rentré par Henrik Stenson au cours du dernier tour du British Open à Troon l’an passé.

La question qui se pose sur cet US Open sera de savoir si la performance du jeune homme de 24 ans, pro depuis relativement peu de temps (2013) sera finalement déterminante pour la victoire ou si cela restera un épisode du tournoi.

Son tour en 63 a pris une dimension historique, quand sur le 18, Thomas a envoyé son bois 3 à quelques centimètres du trou pour eagle alors que le trou est pourtant long de 609 mètres !

Pour signer un tel exploit, il faut clairement jouer sur une autre planète !

Johnny Miller explique que lors de sa partie record, il n’avait tout simplement raté aucun coup.

La moyenne d’écartement au trou de ses approches ne dépassait pas les 4 mètres. « J’ai mis tous les coups au drapeau ».

Dans son cas, Justin Thomas a concédé deux bogeys au dix, et au quatre avec notamment un 3 putts.

Jouer bas commence à être une marque de fabrique du golfeur du Kentucky !

Cinq mois plus tôt, il avait déjà égalé le record du score le plus bas en tournoi avec un 59 au Waiale Country Club sur le chemin de sa deuxième victoire de l’année au Sony Open à Hawaii.

Un score qui l’avait déjà mis sous les feux de la rampe.

Talent et travail : la genèse d'un succès

Pour David Leadbetter, interrogé sur le driving du jeune homme « C’est un superbe athlète ! »

Selon le coach, il adopte un stance vraiment très large, et résiste très bien sur ses jambes au moment de déclencher le backswing.

La particularité de son geste tient dans le moment où il relance le club vers le sol.

La partie inférieure de son corps est très dynamique, et il donne l’impression visuelle de se grandir avant l’impact avec son talon droit très nettement décollé du sol, même avant que le club n’arrive sur la balle.

« Il va vers le sol puis remonte très brutalement à l’impact. C’est la source de sa puissance exceptionnelle, sans oublier l’énorme pression qu’il arrive à mettre sur le pied gauche au moment de déclencher le downswing. »

Justin Thomas est capable de soulever sa hanche gauche de près de 7 centimètres à l'impact quand les plus longs frappeurs dans les concours de drives arrivent à monter jusqu'à 12 centimètres.

En juillet 2015, le Titleist Performance Institute avait publié un article éloquent à son sujet.

Le jeune homme n’avait pas encore le succès qu’on lui connait aujourd’hui. Cet article était assez prédictif et faisait référence à la qualité du travail effectué par le jeune golfeur.

Déjà parmi les 20 meilleurs golfeurs pour la distance au drive sur le PGA Tour, Justin n’avait pourtant pas le physique de l’emploi.

A la différence de Dustin Johnson, Bubba Watson ou même Jon Rahm, Justin Thomas est un petit gabarit.

Il mesure seulement 1m78 ou 66 kilos.

Cela ne l’a pas empêché de travailler de manière conséquente sur son physique. C’est pourquoi David Leadbetter parle d’athlète à son sujet !

Pour créer de la distance malgré une taille raisonnable, Justin Thomas a besoin de créer de la vitesse avec une rotation des hanches explosive, et un contact au centre de la face particulièrement précis.

Pour Rob Neal, fondateur de Golf Biodynamics, si Justin est né avec un niveau incroyable de vitesse au niveau des hanches, sa puissance est surtout le résultat d’un très gros travail sur son corps, et ce, pour construire et supporter sa mécanique.

Les trois points clés de sa distance au drive sont un smash factor moyen qui ne varie pas de 1.52 (il prend toujours la balle au centre de la face, et quasiment sur le même point), un angle de lancement moyen supérieur à 14 degrés contre 10,9 degrés pour la moyenne des autres joueurs sur le tour, et enfin couplé à un niveau minimum de spin, un angle d'attaque de 4,8 degrés contre une moyenne toujours sur le tour de -1,3 degrés !

Bien entendu, le talent naturel et des dispositions génétiques contribuent fortement, mais Justin Thomas ne se lève pas le matin pour taper tout naturellement des drives à 270 mètres comme si de rien n’était.

Il a en fait énormément travaillé avec un entraîneur TPI, Tyler Parsons.

Au départ, ce travail a été dicté par une blessure, mais il a continué pour améliorer la vitesse de son mouvement, et sa mobilité.

« Je me suis blessé au dos pendant mes années de collèges. J’ai cru que cela venait de mon dos, mais en fait, le problème se situait au niveau des hanches. »

Pour Mike Boyle, un autre spécialiste TPI « Le bas du dos est souvent la victime d’une faible mobilité dans d’autres zones, et notamment les hanches. »

Pour le champion « Quand j’ai commencé à m’entraîner pour améliorer la mobilité de mes hanches, j’ai noté que cela m’avait aidé à réduire les douleurs, mais parallèlement, je suis devenu plus souple, et je me suis mis à tapé plus loin.

Ainsi, le fitness a pris une grande part dans l’entraînement de Justin Thomas.

Pourtant, cela n’était pas sa tasse de thé.

Jeune, il ne faisait absolument pas de préparation physique spécifique.

Il le dit lui-même « Je n’avais aucun muscle et aucune souplesse. Quand j’ai intégré l’université d’Alabama, j’ai travaillé le physique autant que les autres mais pas plus. Je n’ai jamais aimé cela. J’étais content avec ce que mon corps produisait sur le parcours. Après, c’est devenu essentiel. »

Poursuivant « Avant ma rencontre avec Tyler, je faisais le minimum. Il m’a donné d’excellents conseils. Je n’ai jamais été fort pour soulever des charges, en revanche, tout mon entraînement a été basé sur la souplesse, et le renforcement de mon noyau interne ou de mon endurance. »

Il admet qu’à l’origine, il n’aurait jamais cru que cela puisse faire une telle différence.

En l’espace de quelques mois, sa vitesse de swing a progressé de 6 à 10 mph ! Idem pour sa vitesse de balle qui a gagné 5 à 12 mph dans les meilleurs jours.

Concrètement, la vitesse de rotation des hanches enregistrée chez Justin Thomas est 25% plus rapide que celle de la moyenne des autres joueurs sur le tour !

Pour Tyler Parsons, l’idée est autant de maintenir une bonne mécanique corporelle que de prévenir différentes blessures.

« Certaines zones dans la chaîne postérieure peuvent être des problèmes pour un golfeur, surtout que le mouvement est toujours dans une seule direction. Cela peut être difficile à entretenir si ce n’est pas pris en compte tôt et de manière préventive. Il est important que Justin puisse rentrer dans un tournoi avec le feeling qu’il sera prêt à 100%, et que son corps va répondre parfaitement pendant toute la semaine. »

L’histoire de Justin Thomas révèle deux choses : Le talent naturel est important mais il n’y a pas de golfeurs sur le PGA Tour qui se contentent seulement du talent. Améliorer son physique n’est pas seulement donné à quelques-uns. Tout le monde peut progresser, grand ou petit, etc.

En 2015, chez TPI, ils imaginaient que Justin Thomas allait rapidement devenir un très grand joueur du PGA tour. Ils s’amusaient même à prophétiser le fait qu’un jour, on ne dirait plus que Justin Thomas était l’ami de Jordan Spieth, mais l’inverse ! Ce jour est peut-être arrivé !

Pour revoir le 63 de Justin Thomas en 3 minutes, lien vers la vidéo de l'US Open

Autre source : l'article du TPI consacré à l'entraînement de Justin Thomas

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