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Masters 2017: Docteur Sergio et Mister Garcia

Masters 2017: Docteur Sergio et Mister Garcia - Crédit photo : Mark Newcombe

A-t-il vraiment changé ? Lui dont on disait qu’il ne travaillait pas assez ! Lui qui affirmait cinq ans plus tôt, qu’il n’était peut-être tout simplement pas assez fort pour gagner un majeur. L’espagnol qui a tout juste 19 ans s’était payé le luxe de rivaliser avec Tiger Woods au plus fort de sa domination.18 ans après sa première apparition au Masters où il avait d’ailleurs réalisé le score le plus bas pour un amateur dans l’histoire du tournoi. A cette époque, tout le monde voyait en lui un futur très grand, peut-être même l’héritier de Severiano Ballesteros. Il en avait le talent, mais voilà, alors qu’il attaque le troisième tour du Masters d’Augusta en position de leader, il n’a jamais remporté de titre majeur. Retour sur le phénomène El Nino, et l’histoire la plus improbable de ces 20 dernières années. Sergio Garcia, 37 ans, peut-il encore changer son destin ?

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Beaucoup de choses ont été déjà dites et écrites sur Sergio Garcia. Cela fait bientôt 20 ans qu’il occupe le devant de la scène.

Pourtant, il fait toujours un peu figure de jeune premier. Le temps ne semble pas avoir de prise sur lui, et son palmarès en majeur est toujours incroyablement vierge.

Le temps passe… il n’a toujours pas remporté de majeur. En revanche, il a passé plus de 250 semaines dans le top-10 mondial, ce qui est en soi une énorme performance. Garcia est capable de durer.

A 37 ans, sa carrière est loin d’être terminée.

Si d’autres grands golfeurs, dont on pensait qu’il pourrait gagner un majeur, ont probablement laissé passer leur chance, comme par exemple, Lee Westwood (43 ans), ou d’autres l’ont saisi in extremis comme Stenson, qui a gagné le British Open à 40 ans passés, Garcia a peut-être encore une chance de laisser une toute autre trace dans la mémoire collective.

Au moment de préparer ce nouveau sujet, je me suis replongé dans le passé, et ce que pensaient des illustres observateurs et coachs au sujet du jeune Garcia.

En 2002, Jim McLean écrivait dans Golf Digest qu’il avait le swing le plus proche de Ben Hogan. Un swing qui avait fait ses preuves puisque Ben Hogan avait tout simplement remporté quatre US Open !

C’est l’histoire de sa vie : Le potentiel mais pas la réalisation ! Un nouvel exemple qui tend à prouver que le talent ne suffit toujours pas.

Garcia est aujourd’hui le meilleur golfeur à ne jamais avoir remporté le moindre titre majeur, alors qu’il avait tout pour.

Même celui qui en a trusté le plus, et aurait pu servir d’explication à ce palmarès indigent, le tigre a baissé pavillon depuis 2008.

Cela va bientôt faire dix ans que le natif de Castellon de la Plana ne peut plus se réfugier derrière une telle explication, soit pratiquement la moitié de sa carrière passée chez les professionnels.

En 2002, Garcia dominait le classement au drive aussi bien en distance qu’en précision. En 2017, il a été largement rattrapé et dépassé par d’autres, dont notamment l’actuel numéro un mondial, Dustin Johnson.

Pour enfin gagner, son jeu ne pourra plus être sa seule et meilleure arme. La différence pourra et devra se faire avec la tête. « Ah si on pouvait savoir à 19 ans, ce que l’on sait à 37 ans… »

En 2006, toujours au sujet de son swing, Rob Akins écrivait que Garcia cumulait puissance et précision, tout en ne se retenant pas à l’attaque des drapeaux.

Premier pour le nombre de greens en régulation sur le PGA Tour en 2005, Garcia, qui a toujours eu un jeu de fers exceptionnel, admettait avoir beaucoup travaillé, mais plus important, il avait une confiance en lui inébranlable.

« J’essaie de me focaliser sur la cible, sur l’endroit exact où je veux envoyer ma balle. Si vous vous concentrez intensément, vous vous mettez en condition pour que votre corps réalise le swing dont vous avez besoin. »

Plus de dix ans plus tard, devant les journalistes, au Masters, après un nouvel échec, il avait tout bonnement concédé, sans doute autant dubitatif que déçu, qu’il n’était peut-être tout simplement pas assez fort.

C’est bien le même personnage qui plus jeune déclarait au sujet de la Ryder Cup « Si vous ne croyez pas au coup que vous allez essayer de produire, vous êtes mort. »

A-t-il vraiment cru qu’il ne pouvait pas être assez fort pour Augusta ? Ou n’est-ce pas plutôt une phrase qu’on lâche par dépit à un moment où déception et tristesse s’entremêlent pour vous laisser aller à des états d’âmes.

En -4 après deux tours, tout en haut du leaderboard, ex-aequo avec Rickie Fowler, un autre golfeur qui a une revanche à prendre avec les prédictions, Sergio sait qu’il n’a fait que la moitié du chemin.

Woods n’est pas là, Dustin Johnson le favori s’est blessé… cependant, il y a eu assez peu de casse après le cut.

Hormis Stenson et Willett, les principaux prétendants sont toujours là, et bien là. Je pense notamment à Spieth, McIlroy, Rose et Mickelson.

Pour gagner une veste verte, il faut non seulement dominer le parcours, et ne pas être dominé par un autre golfeur plus en réussite, à l’image de Charley Hoffman, auteur d’une carte de 65 stratosphérique sur le premier tour.

Dimanche, dans la situation actuelle du leaderboard, à savoir que personne n’a fait suffisamment la différence, la victoire pourrait être à la merci d’un golfeur capable de scorer 65, même en venant de derrière.

Ce samedi, El Nino n’a qu’une hantise… ne pas être frappée par sa malédiction ! Celle qui lui fait souvent rendre une carte catastrophique et éliminatoire pendant le Moving Day.

Ceci dit, pas sûr qu’il soit si angoissé, à la manière dont il aborde la chose, notamment en salle de presse devant les journalistes qui l’attendent au tournant.

Finalement, le spécialiste des rendez-vous manqués a peut-être trouvé la sérénité qui fait un champion à Augusta ?

Fini l’assertion défaitiste exprimée cinq ans plus tôt, Garcia a changé son comportement, et l’a démontré ce vendredi en rendant trois birdies consécutifs sur les trois premiers trous pour sortir avec une carte de 69.

Devant la presse, beaucoup plus détendu, il a tout simplement déclaré qu’il savait que les bogeys pouvaient arriver.

En dédramatisant, ce qu’il ne savait pas forcément faire dans ses jeunes années, Garcia a surtout réussi à passer sans encombre ces deux premiers tours disputés dans des conditions délicates, notamment à cause du vent.

« Je travaille sur le fait d’accepter les mauvaises choses, ce qui peut arriver, et arriver encore. Cela fait partie du golf. »

En 2002, alors qu’il était largement considéré comme le plus grand prodige du golf avec Woods, Garcia avait traversé une première crise dite de croissance.

Il ne gagnait plus ou en tout cas pas autant que certains le prédisaient. Les critiques fusaient sur son swing, son coach de père, ses choix de carrière (agent…) et Mister Garcia s’emportait !

Le prodige s’était énervé au point que les journalistes de l’époque dont Dai Davies du Guardian écrivait « Il s’est montré irascible sur le parcours, et il est passé aux yeux de certains, de l’état de superstar à celui de supernulard. »

C’est étonnant comment nous les rédacteurs, chroniqueurs, ou journalistes, nous cherchons toujours à voir le changement partout ! Quand un golfeur se remet à gagner ou à être en position de gagner : il a forcément changé !

Et non ! Et si c’était toujours Mister Sergio et Docteur Garcia, soit toujours ce joueur qu’on aime pour son jeu offensif, son caractère fantasque, ses coups de maîtres, et aussi ses gros ratés.

Le golf de haut niveau est peut-être un sport trop imprévisible pour imaginer qu’un simple changement d’attitude pourrait vous faire passer de prétendant à champion majeur.

Pour être honnête, sur les 90 prétendants à la veste verte, ils sont sans doute au moins une vingtaine à avoir le niveau pour la gagner.

Problème, la chance de gagner le Masters ne passe qu’une fois par an.

Certains en gagneront un comme Adam Scott en 2013, et d’autres n’auront jamais cette chance comme Lee Westwood encore deuxième en 2016.

Pour d’autres comme Danny Willett, toujours en 2016, cela leur tombera dessus presque par hasard, alors que pour Garcia, son tour n’est toujours pas venu.

Ceci étant comme on dit au football « L’important, c’est de se créer des occasions… cela va finir par rentrer ! »

A la différence de Woods qui n’apparaît pratiquement plus, Garcia est encore là prêt à se battre avec l’Augusta National.

En début de carrière, parce que son entourage ou les médias lui ont trop monté la tête, ce qui ne lui a pas rendu service, il s’énervait de ne pas gagner plus de tournois.

Près de 20 ans plus tard, son principal travail mental consiste à admettre l’échec, non pas comme une défaite, mais comme un moyen de ne pas bloquer.

Cette attitude se voit sur le parcours, et dans la manière avec laquelle il gère les événements contraires qui peuvent lui arriver.

C’est justement ce qui lui a permis de transformer des situations compliquées en beau sauvetage de PAR ou même de bogey acceptable.

Par exemple, son trou 15 où après avoir tapé un superbe coup de fer, ce qui concernant Sergio Garcia pourrait finir par être un pléonasme, sa balle a dépassé nettement le drapeau pour lui laisser un chip très délicat. Au lieu de jouer le birdie, il dut se contenter du bogey.

Au lieu de péter un plomb, le soi-disant nouveau « Garcia » a réalisé que de telles choses pouvaient arriver. « Si vous arrivez à dépasser cela, alors vous êtes prêt pour être compétitif ici. »

Pourquoi s’inquiéter d’un manque de chance ? Cela ne peut pas empêcher que la malchance arrive !

Difficile de réellement dire si Garcia n’est plus Sergio, mais assurément, il développe une bonne attitude qui mériterait d’être récompensée par une veste verte.

A-t-il vraiment changé ? Pourquoi le devrait-il ? Lui-même en plaisante en conférence de presse « Vous ne m’aimez pas à ce point pour souhaiter que je change ? »

Là-encore, c’est un peu l’histoire de sa vie ! En 2002, ces mêmes observateurs voulaient déjà qu’il change de coach, et vire son père pour aller voir Butch Harmon.

Pourquoi cette obsession de vouloir le changer ? Garcia va peut-être en gagner une de veste verte, simplement en étant plus cool avec lui-même, et moins pressé, alors qu’à 19 ans, il avait toute la vie devant lui, il s’énervait de la moindre opportunité perdue.

Mister Sergio et Docteur Garcia sont toujours les deux faces d’une même personne, et l’avenir est imprévisible.

Tant qu’il aura les qualités techniques et physiques qu’il développe depuis son arrivée chez les pros en 1999, l’espagnol aura une chance de gagner un majeur. Si en plus, il devient plus philosophe sur le plan mental, il acceptera ce qui lui arrivera, et pourra faire d’une faiblesse… une force.

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