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Payne Stewart, la légende tragique du golfeur dont le swing était une œuvre d’art

Au moment de son décès, il y a vingt ans dans un terrible accident d’avion, aucun golfeur américain né dans les années 50 ou 60 n’avait remporté autant de titres en majeurs (trois) que William Payne Stewart. Ce palmarès rarement cité en dit long sur l’homme et sur la période où il a excellé, une période de domination européenne au cours de laquelle Greg Norman (Australie) et Nick Price (Zimbabwe) ont également joué un rôle de premier plan sur la scène mondiale du golf. Ceci, bien avant que Tiger Woods ne renverse le jeu, et que le paysage concurrentiel du golf professionnel soit alors plus démocratique et plus diversifié sur le plan géographique.

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Payne Stewart commençait à peine à être considéré comme un des meilleurs joueurs de golf américain.

Fred Couples a passé trois mois au sommet du classement mondial en 1992 et a remporté deux trophées Vardon, en 1991 et en 1992. Payne Stewart a culminé au troisième rang mondial.

Davis Love III a remporté une douzaine de tournois dans les années 90, soit deux fois plus que Stewart.

« Il commençait enfin à être perçu comme le joueur qu'il était », explique son ami de longue date, Paul Azinger. « Je ne l'ai jamais considéré comme il se devrait avant sa mort. Et je ne savais pas à quel point il était célèbre jusqu’à son décès, non plus ».

Payne Stewart était célèbre parce qu'il a joué son meilleur golf dans les plus grands moments. La plupart des professionnels du Tour seraient ravis de remporter 11 victoires en carrière, mais est-ce que ce total était suffisant pour un triple champion en majeur qui aurait presque pu en ajouter deux autres ?

Si le swing de golf fluide de Payne Stewart était une œuvre d’art, son « câblage » interne était lui assez complexe.

Il était atteint du trouble d'hyperactivité avec déficit de l'attention (TDAH), une maladie qui a pourtant permis à Coop, son psychologue sportif, de récupérer les actifs, et de faire de Stewart, un meilleur joueur, en particulier dans les situations sous pressions.

De nos jours, les médecins prescrivent couramment des médicaments pour traiter le TDAH, transformant ainsi les personnes incapables de se concentrer, en des personnes ayant une mentalité déterminée et résilient mentalement. Mais il y a 30 ans, ces médicaments n'étaient pas aussi avancés et polyvalents.

Lors de l’U.S. Open de 1999, en particulier sur le dernier tour, Stewart, le « prince clown auto proclamé » lorsque la situation le justifiait, était hyper concentré, il mâchouillait un chewing-gum, ne regardait nulle part mais tout droit, s’appliquant à la tâche, ce qui allait devenir sa marque de fabrique.

C’était un dur à cuire imperturbable ! Cet après-midi pluvieux à Pinehurst, avec un état d’esprit très positif, Phil Mickelson, Vijay Singh et Tiger Woods tentait de perturber son scénario idéal.

« Il est très très rarement arrivé à ce stade », dit son cadet Hicks. Payne pourrait y arriver surtout à l'occasion des majeurs. Coop voulait que je lui répète la même chose à chaque fois : « Entre en toi, gentil et lent. Concentres toi sur la cible intermédiaire ».

Après avoir remporté son premier U.S. Open huit ans plus tôt, Payne Stewart se plaisait à donner de lui une image plus traditionnelle, alors que le golf professionnel se cherchait surtout une image de modernité...

Un bel Américain qui porte des knickers et des casquettes, qui aime son pays et se transforme en super-héros les dimanches après-midi. Qui ne pouvait pas aimer ?

Les sponsors en ont pris note.

À la fin de 1993, Stewart a quitté Wilson Staff, son fournisseur de longue date de clubs et de balles, pour signer un contrat de cinq ans avec Spalding, contrat d’une valeur de plus d’un million de dollars par an, lui permettant d’utiliser la gamme de produits Top-Flite. C'était bien avant les contrats faramineux de Woods avec Nike.

C'était l'équivalent d’un As de la voltige aérienne volant avec des hélices en ciment.

« C’était un geste malheureux d’un point de vue compétitif, mais très bon en termes de stabilité financière », déclara Lamar Haynes, qui a joué au golf au collège avec Payne Stewart, devenant au passage, l’un de ses meilleurs amis. « Il n'avait jamais joué de sa vie avec un "fer à repasser", et maintenant il ne savait pas où allait sa balle depuis la face de club ».

« Payne a laissé son ego se mettre en travers de son chemin », dit Hicks. « Il ne voulait pas jouer le deuxième violon avec John Daly, chez Wilson, alors il a pris l'argent et cela a été une mauvaise décision ». 

Sans doute qu’il vous dirait aujourd’hui que cela lui a coûté cinq ans au début de sa carrière.

À l’époque, il n’avait même pas envie de jouer. Ils lui ont donné une série de fers compensés forgés avec des rainures carrées, et une balle avec un taux de spin extrêmement élevé, ce qui était ridicule.

S'il n'avait pas bénéficié de l'exemption de 10 ans après avoir remporté le PGA Championship de 1989, il n'aurait peut-être pas conservé sa carte sur le Tour.

En 1994, Stewart est tombé de la 6ème à la 123ème place au classement mondial. Sa seule victoire lors des années Top-Flite a été remportée à l'occasion du Houston Open de 1995.

Après quatre participations consécutives à la Ryder Cup, il n'avait pas réussi à se qualifier pour les deux suivantes. Même Coop, son psychologue, ne pouvait pas résoudre ce problème.

« Payne avait une excellente paire de mains », a déclaré Mark O’Meara, ami de longue date de Stewart et un de ses concurrents. « Le meilleur joueur possible, un petit-jeu fantastique, mais il y a eu des moments où cela n’a pas été facile pour lui. Il a eu un parcours difficile, très difficile ».

C’est peut-être pour cette raison que l’homme pouvait être un peu « méchant », un peu rugueux aux abords des fairways.

Payne Stewart aimait les enfants et était connu pour ses actions en leur faveur.

Après avoir remporté la victoire à Bay Hill en 1987, il a fait don de son chèque de vainqueur à un hôpital de Floride, à la mémoire de son défunt père.

Mais il y avait aussi des cas où sa conduite était devenue puérile ou insensible. Le remords était alors une option chez lui, pas un instinct.

Moins d'une semaine avant sa mort, Stewart avait été publiquement critiqué pour s'être moqué d'un asiatique lors d'une interview sur ESPN.

C’était un trait de caractère auquel les proches de Stewart, en particulier son épouse, Tracey, s’étaient habitués.

Le gars avait un grand coeur et le courage d’un combattant, mais quand le bon sens frappait à sa porte, le fils de Bill et Bee Stewart n'ouvrait pas toujours la porte.

« Son point de maturation est arrivé à un moment différent », dit Haynes. « Il a trouvé un nouvel état d'esprit au début de la quarantaine. Il changeait. Il était devenu plus calme et il réfléchissait avant de parler. Cela lui a prit un moment, mais il comprit ce que la vie voulait dire ».

Et puis il est parti : « En 1999, ils n’y avait pas ces téléphones sur lesquels vous pouviez envoyer un SMS aussi facilement, mais j’avais tous les messages vocaux », explique Azinger. « J’ai conduit pendant un moment, puis j’ai garé mon véhicule sur une aire de repos et appelé mon père. Il m'a raconté ce qui s'est passé et je suis littéralement tombé au sol ».

La nouvelle a circulé rapidement sur les ondes ce lundi 25 octobre 1999.

CNN a été la première chaine d'info à signaler un Learjet avec quatre passagers à bord volant sans plan de vol précis vers les Grandes Plaines, et après son départ d'Orlando à 9h19 le matin même.

Les deux pilotes ne répondaient plus au contact radio depuis des heures, et lorsque des F-16 ont été envoyés à trois reprises pour évaluer la situation, ils ont détecté un pare-brise de cockpit recouvert de glace.

Le Learjet a été intercepté pour la première fois par un F-16 du 40e escadron de la base aérienne d'Eglin, puis par deux F-16 de la Garde nationale de l'Oklahoma Air, rejoints par deux F-16 de la Garde nationale aérienne du Dakota du Nord.

Tous ont signalé que les fenêtres étaient embuées ou gelées et qu’aucun signe de vie n’était détectable.

Cela a duré près de quatre heures, d'abord dans une grande confusion, puis une résignation déchirante, pendant que le Learjet traversait l'air.

Orienté en montée, il a atteint son altitude maximale de 48 900 pieds, est descendu à un niveau où ses moteurs fonctionnaient plus efficacement, puis est remonté à son sommet encore et encore, jusqu'à ce qu'il soit à court de carburant.

L’avion s’est ensuite écrasé dans un champ de maïs près d’Aberdeen, dans le Dakota du Sud.

L'identité des passagers du vol n'a toutefois pas été confirmée jusque tard dans l'après-midi. Les officiels ont seulement révélé qu'un golfeur professionnel était à bord.

Peut-être que l'information a été contenue jusqu'à ce que le plus proche parent puisse être averti.

À la suite de l'accident, il y avait des rumeurs selon lesquelles l'armée de l'air prévoyait d'abattre l'avion alors qu'il volait sans but dans le Mid West. Mais les responsables ont toujours nié ces informations.

C'était une façon tragique et étrange de mourir pour Payne Stewart.

Le 25 octobre 1999, l’un des joueurs les plus doués et les plus populaires de sa génération a péri en temps réel, sous les projecteurs du monde entier, avant même d’être vraiment officiellement reconnu.

Les agents de Payne Stewart, Van Arden et Robert Fraley, ainsi que Bruce Borland, architecte de parcours chez Nicklaus Design, se trouvaient également à bord.

A 1600 km au nord de Dallas, la destination de Stewart, sa vie s’achéva là de manière catastrophique.

Payne Stewart avait remporté son troisième championnat majeur quatre mois plus tôt à l’U.S. Open de Pinehurst, de façon mythique.

Il venait de jouer pour l’équipe américaine victorieuse de la Ryder Cup. Son jeu était meilleur que jamais. Sa carrière semblait déjà écrite, malheureusement pour être horriblement réduite au néant.

Payne Stewart a accompli beaucoup dans un laps de temps relativement court. Il a touché de nombreuses vies, gagné plus d’argent que ce qu’il aurait pu légitimement rêver, et laissé une empreinte impérissable sur le jeu de golf qu’il aimait tant.

Oui, il a peut-être marché sur quelques orteils, mais comme Payne Stewart l’a peut-être dit, c’est ainsi que les choses se passent…

Si Payne Stewart était encore là, il verrait quelque chose qui le rendrait certainement fier : le fait que son fils ait trouvé sa propre place dans le golf.

Le mois dernier, Aaron Stewart a été nommé directeur exécutif du Diamond Resort Tournament of Champions, l’événement d’ouverture de la saison du circuit de la LPGA, qui doit se dérouler pour la deuxième fois en janvier à Orlando.

En tant que nouveau dirigeant du tournoi, Aaron Stewart poursuivra l’héritage de la famille, et surtout la passion pour le golf.

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Commentaires   

golfnswing@gmail.com
0 #1 Et encore...golfnswing@gmail.com 27-11-2019 20:51
La dernière série jouée par Payne Stewart a été conçue, réglée, et assemblée, par Tom Wishon

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