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Ben Crenshaw : Histoire d'un double vainqueur du Masters d'Augusta

Crédit photo : Mark Newcombe - Visionsingolf

La première participation de Ben Crenshaw au Masters, c’était en 1972. Il était alors une superstar montante du golf, avec deux titres individuels de la NCAA dans sa poche, son charisme, son charme, son sourire, et comme nous étions dans les années 70, de longs cheveux blonds qui débordaient sur son col de chemisette.

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Quand il est arrivé à Augusta National, Ben Crenshaw connaissait déjà tout sur le parcours. Il pouvait aussi parler avec passion de Bobby Jones, le cœur et l'âme d'Augusta National, de sa carrière, sa vie, ses passions.

Ben tenait compte de tout, et ce fut ainsi quand le président et cofondateur d'Augusta National, Clifford Roberts, l'accueillit. Après quelques plaisanteries, Roberts lui demanda s'il savait qu'il y avait un salon de coiffure dans le clubhouse, juste à côté de l’entrée. Et Ben a alors eu une nouvelle coupe de cheveux.

Bobby Jones a eu une importance considérable sur la vie de Ben. Malheureusement, ils ne se sont jamais rencontrés. Jones est mort en décembre 1971, quatre mois avant le premier Masters de Ben.

Bobby Jones aurait sûrement aimé voir Ben Crenshaw se glisser par deux fois dans la veste verte. Il se serait déjà intéressé avant, à la jeune superstar qui avait terminé en 19 ème et 24 ème place en tant qu’amateur, lors de ses deux premiers Masters.

Même après de nombreuses années, Ben Crenshaw était toujours excité quand son invitation au Masters lui arrivait par courrier. Il vous dira que l'invitation reflète le tournoi, simple et élégante, tout comme le Club.

Ben Crenshaw a encore été le centre d'attention pendant le mois entier du Masters 2015. Tout le monde voulait discuter avec lui. Famille, amis, journalistes, et le sujet était toujours le même.

Le Masters, un tournoi que Ben adore et qui est son sujet de prédilection à tout moment, surtout au début du printemps, quand les azalées commencent à s'épanouir sur le parcours, et que le monde du golf regarde vers le premier grand tournoi de l'année.

Crédit photo : Mark Newcombe - Visionsingolf

Mais cette fois, en 2015, les questions ne portaient pas sur les putts les plus diaboliques, ou sur les vents déconcertants qui dansent à travers les arbres du Augusta National.

Les questions portaient sur la fin d’un chapitre de sa vie.

C’était la dernière fois qu'il participait à la compétition, la dernière fois qu'il remonta le long du fairway du 18 ème, jusqu'à l'un des décors les plus emblématiques du golf.

La dernière fois que le public l'aidera à célébrer ses deux incroyables victoires de 1984 et 1995.

Oh, il sera toujours à Augusta National chaque année pour présider le dîner des champions.

Il sera toujours l’interlocuteur privilégié par tout écrivain de golf pour n'importe quel sujet concernant Augusta National, Bobby Jones, l'histoire du golf , et encore bien d’autres sujets.

Les deux victoires de Ben Crenshaw au Masters, en 1984 et 1995

Dire que l'une des victoires de Ben était plus belle que l'autre, c'est tenter de comparer les azalées et les magnolias.

La première l'établit comme futur membre du temple de la renommée mondiale du golf, la seconde était hypnotisante, surprenante, et elle s'est avérée comme un point d’exclamation à sa carrière de golfeur.

Les deux ont coïncidé avec un grand bouleversement émotionnel.

Masters 1984

En 1984, quelques semaines avant le début du Masters, Ben avait pris la décision de divorcer d’avec sa femme, Polly. Cela avait été une année difficile pour Ben Crenshaw.

Carl Jackson, son Caddie, était le complément parfait du jeu incroyable de Ben Crenshaw. Il avait grandi dans The Sand Hill, à quelques pâtés de maisons d'Augusta National.

Il avait commencé à caddeyer à 11 ans pour aider sa famille. Il avait caddeyé pour ses premiers Masters à 14 ans en 1976. Il n'y avait pas beaucoup de caddies qui connaissaient le parcours aussi bien que lui.

Le dimanche à Augusta, il s'est passé tellement de choses, d’abord, ce putt de 18 mètres au trou numéro 10 qui lui a donné une avance de deux coups, ce n'était qu'un début.

Ben a regardé comment il allait chercher le drapeau sur le difficile 12ème trou, aucun joueur ne le tentait, finalement lui non plus ne l'a pas fait. Il a maîtrisé son coup de départ et s'est retrouvé à 3,60 mètres du trou, rentré le putt, et s'est retrouvé avec 3 coups d’avance.

Il voulait aller chercher le green avec son deuxième coup au 13, mais il a jeté un coup d'œil derrière lui pour voir Tom Kite et Mark Lye mettre leurs coups de départ dans l'eau sur le célèbre par 3.

Ben se souvenait aussi, qu'en 1954, Patton, un amateur, était allé chercher les greens sur les 13 et 15, et avait perdu là toute chance de gagner le Masters.

La clé pour gagner en 1984 était peut-être de faire simplement un par sur le 14. Il avait un putt délicat de 4,60 mètres, mais son caddie, Carl, l'a lu, Ben l'a joué, et la balle est rentrée.

Il est difficile d'oublier l’étreinte entre « Big Charlie » son père, et Ben cet après-midi là.

« C'était un tel soulagement et une telle joie », a déclaré Ben. « C'était quelque chose que mon père et moi pouvions partager ensemble. Son petit garçon venait de remporter le Masters, le plus grand tournoi que nous connaissions ».

Masters 1995

Ben ne jouait pas bien au début de 1995. Il était passé voir son entraîneur de longue date, Harvey Penick, qui était souffrant et au lit, lui avait demandé de prendre un putter, et de le laisser regarder.

La première fois que Harvey avait demandé au jeune Ben de mettre la main sur le club, il avait vu la magie. La prise était parfaite, et il avait dit au jeune homme de ne jamais la changer.

Maintenant, il essayait de donner quelque chose de plus à Ben, un détail, pour le remettre sur les rails.

Le dimanche avant le début des Masters, Harvey est décédé après avoir regardé Davis Love III gagner à Hilton Head, et obtenir ainsi une invitation à Augusta.

Ben était déjà à Augusta quand il a reçu l'appel de Tom Kite qui lui a annoncé que Harvey était mort. Ils ont pleuré ensemble.

La question que tout le monde se posait alors : Comment Ben allait-il réagir ?

La clé c’était Carl. « Carl » a dit de Ben, « Il a commencé la semaine en se mettant dans le corps de Harvey ».

Le jour suivant, Ben est retourné à Austin pour les funérailles de Harvey, et a dit à son père et à son frère, qu'il avait trouvé quelque chose au practice, avec Carl.

Ils l'ont vu dans ses yeux et, comme son frère Charlie l'a dit, il n'avait jamais vu une telle conviction chez son frère.

Quand Ben est retourné à Augusta, il a retrouvé Carl, et ils ont travaillé un peu sur le putting. Le champion amateur américain Tiger Woods et Trip Kuehne se sont arrêtés pour le voir et lui poser des questions sur le putting. Ben était totalement détendu.

Le jour suivant, Ben a mis son putter « Little Ben » au banc, en faveur d'un putter similaire qu'il avait ramassé dans le bureau de Scotty Sayers, son ami et agent de longue date. Il l'a surnommé « Little Scotty ».

Chaque jour, Ben devenait un peu plus fort, un peu plus déterminé. Après chaque tour, il a continué à dire que de bonnes sensations se développaient.

Le tournant de la semaine c’est produit au 14ème trou, le vendredi. Sur leurs notes de reconnaissance, c'était un deux-putt pour le par. En réalité, c'était le putt le plus terrible que Carl et lui n’avaient jamais vu à Augusta.

C'était un putt de 14 mètres diabolique, qui pouvait facilement être un trois-putt.

Ben a déclaré que ce serait trop long de le décrire tant ce putt était compliqué, mais, fondamentalement, il devait contourner une crête pour approcher le trou. Il l’a fait, envoyant sa balle à 45 centimètres du trou.

Toute la semaine, les gens demandaient à Ben ce que cela signifierait pour lui de gagner ici pour Harvey, et il n'arrêtait pas de dire qu'il essayait de ne pas y penser. Il se concentrait sur ses coups.

Après le tour du samedi, la deuxième épouse de Ben, Julie, a appelé Charlie, le frère de Ben, et lui a dit de prendre l'avion. Elle était certaine que son frère allait gagner ce tournoi. Charlie n'avait pas été là en 1984 et Julie ne voulait pas qu'il rate ça.

La chose la plus difficile pour Ben, était d'être dans le dernier groupe du dimanche au Masters est par conséquent, l'attente.

Le dimanche, Julie était un peu nerveuse, tout comme le reste de l'équipe de Ben Crenshaw.

Ben n'a pas regardé le classement ce jour-là, jusqu'à ce qu'il fasse le par au 15. Il a alors entendu le rugissement du public, et c'était Davis Love III, son ami proche, terminant le 18. Ils étaient à égalité pour la tête, et la victoire.

Au 16, Ben a parfaitement réussit son départ et a rentré le putt. Il était en tête d’un coup.

Puis il a frappé un fer 9 à 4 mètres sur le 17, et a rentré un putt improbable de gauche à droite. Il était en tête de deux coups.


La tâche la plus difficile à ce moment était pour Carl, qui après avoir quitté le départ du 18, devait s'assurer que Ben ne se déconcentre pas.

Le public applaudissait et Ben commençait à pleurer. Soudain, il sentit la main d'Harvey sur son épaule et entendit la voix de Carl.

Il se ressaisit, mais son approche était trop courte. Finalement Ben Crenshaw fit un bogey sur le 18, pour un dernier tour en 68 et une victoire en 14 sous le par, il se courba, prit son visage dans ses mains, et pleura.

Après une semaine incroyable, on se souviendra toujours de l'image de Ben sanglotant sur le green du 18, et Carl tout autant ému, les mains sur les épaules de son vieil ami.

Puis, après les formalités, il sortit de la tente des officiels et prit le visage de Julie dans ses mains, ils pleurèrent tous les deux. Il a ensuite étreint son frère Charlie qui sanglotait, tout le monde pleurait.

« Je crois au destin » dit Ben Crenshaw quand tout a été terminé. « Je ne sais pas comment c'est arrivé, je ne sais pas ».

C’était la fin de la semaine la plus inoubliable de la vie de Ben Crenshaw : Une leçon de putting, un décès, un Majeur de golf.

C'est étonnant comment les choses se passent. Un petit homme passe sa vie entière à essayer de vous transmettre son savoir, et ensuite vous découvrez que vous avez été imprégné de tout cela pendant tout ce temps.

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