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Les clubs et le swing de Bryson Dechambeau: Exceptions ou innovations?

Le phénomène prend de l’ampleur, et dépasse les frontières américaines. Le jeune golfeur amateur Bryson Dechambeau, 22 ans, annoncé comme l’un des prochains bons joueurs sur le PGA Tour a déjà réussi à faire parler de lui, pour ses résultats, son look qui rappelle Ben Hogan, son swing atypique et surtout ses clubs qui, des fers les plus longs aux wedges, ont la particularité d’être d’une longueur équivalente. Pourquoi le matériel et le swing de Dechambeau créent le buzz, et surtout est-ce que c’est vraiment une nouvelle façon plausible de jouer au golf pour tous les amateurs ?

Sommaire de ce dossier consacré à Bryson Dechambeau, son swing, et ses clubs de golf

  1. Bryson Dechambeau, le prochain prodige du golf ?
  2. A l’origine d’un choix matériel à contre-courant et assumé !
  3. Ce choix technique est-il transposable à d’autres amateurs ? Quels avantages ?
  4. Une exception ou une révolution ?
  5. Pourquoi ne pas couper ses clubs comme Dechambeau ?
  6. Le secret du fitting d’Edel Golf
  7. Finalement, cette méthode peut-elle se généraliser ?

Bryson Dechambeau, le prochain prodige du golf ?

Avant de créer le buzz autour de ses clubs, et de son swing, Bryson Dechambeau s’est d’abord illustré par ses résultats, en remportant la même année l’US Amateur et le NCAA Championship (National Collegiate Athletic Association).

Il s’agit des deux plus prestigieuses compétitions de golf aux Etats-Unis pour un universitaire.

Il est seulement le cinquième golfeur de l’histoire à être parvenu à remporter ces deux événements la même année, et ce après Jack Nicklaus, Phil Mickelson, Tiger Woods, et Ryan Moore.

Attendez-vous à le retrouver très vite au plus haut niveau…

En 2015, il a participé à ses premiers tournois sur le PGA Tour avec un cut passé sur le premier tournoi, le Fedex St-Jude Classic finalement terminé à la 45ème place.

Il a ensuite participé à son premier US Open sans toutefois parvenir à faire le cut, mais en réussissant au passage le plus bas score d’un amateur sur ce majeur.

Toujours avec le statut amateur, il a réussi la prouesse de terminer quelques semaines plus tard, deuxième de l’Australian Masters, et à seulement deux coups du vainqueur.

Déjà qualifié pour disputer les trois premiers majeurs de 2016, il prévoit de passer professionnel juste après le Masters d’Augusta.

Son ascension a jusqu’à présent été très rapide, et très remarquée.

A l’origine d’un choix matériel à contre-courant et assumé !

Bryson Dechambeau assume clairement sa fascination pour le livre « The Golfing Machine » écrit par Homer Kelley.

Un auteur qui suggère que les golfeurs pourraient gagner à gripper leurs clubs plus bas, afin d’obtenir la même longueur de club, la même position de balle dans le stance, et le même rayon d’action, résumant la difficulté du swing de golf à une question de gestion des changements de distances entre chaque club.

Après avoir passé du temps à intégrer ce concept, Dechambeau a fini par trouver sa solution, et c’est ce qui frappe le plus les esprits aujourd’hui : ses clubs !

Ci-dessous, le détail exact de son sac qui contient un driver raccourci à seulement 43 inches alors que ce golfeur mesure 1m85 !

Dechambeau a sur ce point accepté de perdre en distance, et en particulier en vitesse de swing pour gagner en contrôle, et réduire la dispersion.

Nous vous proposerons très prochainement un test d’un driver monté sur un shaft 43 inches, ainsi qu’un test d’un fer 3 modifié façon Dechambeau avec le concours de notre consultant matériel, Clément Morelle.

Selon sa propre analyse d’un swing de golf pour atteindre son objectif d’un mouvement extrêmement répétitif avec un chemin de club à un plan, et avec la contribution de la célèbre entreprise de clubfitting, Edel Golf (voir le sujet sur David Edel), Dechambeau a mis au point sa série.

Des fers et des wedges d’une longueur unique de 37.5 inches, ce qui représente approximativement la longueur d’un fer 7.

D’ailleurs, la longueur des shafts n’est pas la seule chose à être strictement identique du fer 3 au sandwedge, puisque le lie et le rebond (bounce) sont aussi exactement identiques sur tous les clubs.

Dechambeau assume que la seule chose sur lequel il veut se focaliser au moment de changer de club est en fait le loft.

Pour 4° de loft, il estime qu’il obtient un écart de 10.9 mètres entre chaque club.

Il a opéré ce choix en 2011 avec son coach Mike Schy pour justement ne plus gérer une posture différente à l’adresse de chaque club. Il a passé beaucoup de temps à définir la longueur idéale, et le poids idéal.

Concernant ce dernier point, le poids des têtes seraient identiques sur tous les fers, et de 268 grammes, sachant qu’il utilise aussi des grips JumboMax XL de 120 grammes, plutôt proéminent dans les mains.

Ce choix des grips est directement en rapport avec le type de swing qu’il veut mettre en place, et le fait de limiter l’action des poignets.

Ce choix technique est-il transposable à d’autres amateurs ? Quels avantages ?

De l’avis des meilleurs clubfitters, ce n’est pas encore pour tout de suite, bien que cela intrigue.

Le grand enthousiasme pour des shafts d’une longueur identique provient du fait que cela créé les conditions d’un swing unique, et donc plus simple à répéter régulièrement, et comme le dit Dechambeau, surtout sous pression !

Ce dernier recherchant clairement à maximiser la consistance de tous ses coups ! La consistance étant elle-même obtenue par plus de coups tapés parfaitement au centre de la face.

Pour un amateur classique, c’est aussi le principal enjeu.

Il est avéré que plus un club est long, et plus nous avons des difficultés à ramener la face parfaitement square à l’impact, et donc prendre la balle dans le centre de la face.

La méthode Dechambeau peut de ce point de vue être considérée comme une solution.

Certains clubfitters allant jusqu’à imaginer que plus un golfeur est en difficulté, et plus il bénéficiera d’une aide quelconque du club pour toucher le sweet spot plus souvent.

Ce qui veut dire à l’inverse, qu’un très bon golfeur n’aura pas nécessairement ce problème, et donc besoin d’une telle solution.

C’est pourquoi, il y a peu de chances que d’autres pros sur le tour adoptent subitement cette solution.

En réalité, la méthode Dechambeau n’a rien de nouveau !

Une exception mais pas une révolution ni même une innovation

L’idée a déjà été testée à la fin des années 80 par la société Tommy Armour avec une série E.Q.L., et déjà basée sur l’idée d’un seul swing pour tous les clubs.

Il convient de préciser que pour chaque club, nous ne réalisons jamais exactement le même swing.

Prenons deux extrêmes ! Le driver et le putter ! C’est assez facile d’imaginer deux coups totalement différents.

Entre les deux, et pour chaque fer, le plan de swing se modifie avec la longueur du shaft qui est progressive, des fers les plus courts aux fers les plus longs.

La dernière tendance d’un point de vue équipement, avec par exemple Titleist ou Srixon, est aussi à faire varier le poids des shafts en fonction des lofts.

On comprend bien qu’il y a deux logiques qui s’opposent : d’un côté, toujours le même club pour favoriser un seul swing, et de l’autre, des clubs qui varient pour s’adapter à chaque swing.

Et pour l’instant, sauf à être contredit par l’histoire, c’est plutôt la deuxième tendance qui devrait se développer pour les amateurs.

Pour en revenir à Tommy Armour, la série E.Q.L. a été montée sur la base de la longueur d’un fer 6. A l’époque, ce produit n’a jamais réellement trouvé son public.

Ce qui peut nous laisser penser que la méthode Dechambeau est sans doute un buzz extraordinaire, mais pas encore réellement une révolution transposable à tous.

En revanche, il serait intéressant de voir dans les prochaines années, de jeunes golfeurs se former au jeu selon ce principe, et de constater si ce phénomène peut s’imposer à l’avenir.

Pourquoi ne pas couper ses clubs comme Dechambeau ?

Avant d’aller couper tous vos clubs à la même longueur, vous devez savoir que pour jouer de tels clubs, il faut procéder à quelques petits ajustements, et notamment au niveau de l’équilibrage.

De l’avis des spécialistes, et en particulier les clubfitters, nous swinguons tous des clubs équilibrés entre D0 et D4 (swingweight).

Si nous coupons nos clubs de manière arbitraire sans ajuster le poids exprimé sur toute la longueur du club, vous pouvez créer les conditions inverses de ce qui est recherché, et notamment obtenir un fer 3 super stiff avec un swingweight en C3 !

C’est pourquoi Dechambeau n’a pas fait n’importe quoi ! L’équilibrage de chaque club est en fait la clé de ce travail de fitting.

Le secret du fitting d’Edel Golf sur les clubs de Dechambeau

Le jeune joueur a confié la réalisation de ses clubs à de véritables spécialistes : Edel Golf.

Les têtes de ses clubs ne sont pas conventionnelles ! Les poids des têtes ont été modifiés sur toute la série pour pouvoir coller avec des shafts de longueurs uniques.

Sans oublier que chaque shaft a été travaillé minutieusement. Nous sommes au-delà du fitting habituellement réalisé sur un club de golf !

Dechambeau défend aussi l’idée de ne changer que le loft de ses clubs. Ce n’est pas aussi simple !

Sur les longs fers, l’écartement des lofts est de 5 degrés entre 20 et 30 degrés de lofts, tandis que pour la partie intermédiaire de la série, l’écartement n’est plus que de 4 degrés (entre 30 et 50 degrés de lofts), et enfin pour les wedges, l’écart est à nouveau de 5 degrés (entre 50 et 60 degrés de lofts).

En somme, pour beaucoup de clubfitters, cela fait beaucoup de manipulations, et ce n’est pas du tout acquis qu’un simple amateur puisse sentir et apprécier ces modifications.

D’autant qu’il faut lier les clubs de Dechambeau a un paramètre crucial, et qu’il ne faut surtout pas oublier : l’adaptation à son propre swing.

Avant de crier à la révolution technologique, il faut prendre le soin de se rappeler que le swing de ce golfeur n’est pas facilement reproductible pour beaucoup d’amateurs.

Cela suppose des capacités d’athlètes, car son swing est surtout très physique du fait qu’il utilise très peu l’articulation de ses poignets tout au long du swing.

Dechambeau est vraiment l’exemple d’un swing joué avec la puissance du corps.

Pour beaucoup d’amateurs qui ont peu d’élasticité ou de souplesse, justement les poignets permettent de compenser, et de créer de la vitesse et de la puissance.

Si les amateurs se mettent à utiliser des clubs type Dechambeau, et qu’ils adoptent son swing, cela va avoir des conséquences immédiates sur la distance…et à la baisse, sauf à travailler physiquement, et à changer profondément de swing.

A l’inverse, Dechambeau soutient une autre théorie, qui lui est complètement adaptée.

Avec ce type de clubs, lui peut visiblement centrer plus souvent la balle à l’impact, ce qui lui permet de générer une plus grande vitesse de balle à l’impact, et sans doute plus qu’un coup décentré mais avec une vitesse de club supérieure.

La bonne question n’est peut-être pas de raccourcir tous les shafts mais peut-être seulement les longs fers où l’enjeu du décentrage est encore plus important ?

Le bénéfice de mettre tous les clubs à la même longueur, c’est évidemment d’adresser toujours les clubs de la même façon.

Plus besoin de gérer différentes positions de la balle dans le stance, et le risque de se tromper de quelques centimètres.

C’est là où l’idée est séduisante, car effectivement cela va dans le sens de la simplification du swing.

Rappelons qu’entre chaque fer, l’écart est généralement de seulement un demi-inch.

Toutefois, la difficulté à résoudre dans le fait de n’utiliser qu’une seule longueur de shaft, c’est de risquer des écartements de distances plus difficiles à gérer ou qui se recoupent.

C’est d’ailleurs pourquoi Dechambeau et Edel Golf jouent sur le poids des têtes, avec notamment des têtes plus lourdes sur les longs fers, car ainsi, il pourra créer une force de frappe similaire à l’impact par rapport à des clubs de longueurs variables.

Pour bien comprendre, il faut faire un peu de mathématique.

Une balle de golf produit de la distance sous l’effet de la force à l’impact.

Or, la formule de la force est dépendante de la masse multipliée par la vitesse au carré.

Si un joueur puissant (c’est le cas de Dechambeau qui mesure 1m85) peut swinguer une tête plus lourde sur un shaft plus court aussi vite qu’une tête plus légère sur un shaft plus long, dans ce cas, il pourra maintenir les écarts de distances entre chaque clubs.

En définitive, toute est une question de qui vous êtes, et de comment vous jouez ?

Pourquoi cette méthode a peu de chances de se généraliser ?

Pour certains chercheurs américains, effectivement, on peut contredire la tradition actuelle qui veut que l’on ait des clubs de longueurs différentes dans son sac.

Partant du postulat mathématique suivant : On peut obtenir un écartement de distance entre les clubs par le fait de modifier le loft de la tête de club, et les propriétés d’inerties.

Oui, mais c’est justement ce que permet le fait de changer la longueur des shafts sur des têtes qui ont le même poids.

Dechambeau et Edel ont simplement renversé l’équation.

Sauf que cette équation renversée implique une vitesse de tête de club naturelle qui n’est pas accessible à tous les amateurs, surtout ceux qui ne passent pas huit heures par jour à répéter des swings, et à faire du fitness.

De la même façon, on dit souvent que les seniors peuvent augmenter leurs vitesses avec des shafts plus longs, et plus légers, et ce n’est pas forcément toujours vrai. Nous le vérifions régulièrement au cours de nos tests !

Aujourd’hui avec les outils d’analyses dont nous disposons, et en particulier, les radars, il devient de plus en plus possible de tout analyser au micro-détail près. Et c’est ça la révolution…

Le débat posé par le matériel de Dechambeau n’est pas de savoir s’il faut faire comme lui, mais c’est un exemple de ce qui peut être fait en termes de fitting, tant que l’on respecte des propriétés évidentes de forces et d’inerties.

Swinguer et utiliser des clubs comme Dechambeau n’est pas un nouvel eldorado. Ce n’est jamais aussi simple.

La leçon de cette histoire tient plus dans le fait d’un joueur qui a cherché ce qui lui était le plus adapté, et en particulier dans un objectif de répétitivité.

Couper ses clubs était une des réponses possibles, mais d’autres sont possibles. C’est la magie du golf.

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