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TaylorMade mise sur la Speed Injection en 2019

Deux ans après être parti visiter le siège social des plus grandes marques de matériel de golf en Californie, et dans la région de San Diego, j’ai fait un petit retour chez TaylorMade, et plus précisément Carlsbad où se trouve la recherche et le développement, ainsi que son centre d’essai privé, le Kingdom. Le thème du voyage cette fois proposé par TaylorMade était la présentation de ses nouvelles technologies à venir en 2019, et notamment le nouveau principe de Speed Injection. Après la Twisted Face en 2018, TaylorMade a repris la question des drivers de golf, sous l’aspect production, pour rassurer sur le niveau de performance, en même temps que de flirter avec la limite autorisée du coefficient de restitution.

Parti de Lyon en direction de Los Angeles via Londres, j’étais très curieux de repartir à plus de 9900 kilomètres de la France, pour aller à la rencontre des ingénieurs de la marque, et découvrir leurs nouveaux arguments pour la saison à venir.

L’an passé, la Twisted face avait eu le mérite de capter l’attention. La presse européenne avait été réunie à Londres, et à la sortie du show réalisé par Brian Bazzel et son équipe, tout le monde paraissait vraiment bluffer.

Quelques mois plus tard, l’euphorie était retombée, et avait laisser place à des interrogations, en tout cas pour ma part.

A Orlando, dans le cadre du PGA Show, en janvier, j’avais réinterrogé Tomo Bystedt, un autre célèbre ingénieur de la marque, notamment parce que je ne constatais pas franchement une réduction de ma dispersion.

Est-ce que j’avais le bon processus de test ?

Sa réponse était moins spectaculaire que celle de ses collègues un mois plus tôt. Il parlait tout de même d’une réduction d’environ 8 yards.

Malgré ces incertitudes, TaylorMade a gagné selon moi le match des drivers en 2018. Callaway ne proposait qu’une version très marketing de son Epic rebaptisé Rogue avec un changement de peinture.

Bien que certains d’entre vous ne partagent pas mon opinion, Ping n’a rien proposé de vraiment innovant depuis le G30, et les premières turbulettes.

TaylorMade avait le mérite de poser un nouveau débat sur l’augmentation de la distance par une tentative de réduction du gear effect et donc la dispersion. Taper plus loin car plus droit en moyenne.

La marque américaine a d’abord eu un véritable effet dans les ventes avant de connaître un tassement au printemps, rattrapé notamment par les ventes du G400.

L’effet de surprise n’a pas complètement convaincu.

L’année 2 après une grosse innovation est toujours fortement redoutée par une marque. Elle anticipe d’ailleurs un volume de vente moindre par rapport à l’année 1.

TaylorMade et Callaway ont beau proposer de nouveaux drivers tous les 12 mois, le saut de technologie n’est en réalité que de 24 mois. Prises aux pièges de leurs guerres commerciales, quand Callaway sort un Epic, TaylorMade se sent obligé de remettre à jour son M1 et M2.

L’année suivante, c’est autour de Callaway d’essayer de limiter les dégâts avec un Rogue versus les nouveaux drivers M3 et M4 avec la Twisted Face.

Logiquement, cette année, c’est autour de TaylorMade de jouer la contre-attaque alors que Callaway revient avec un Epic Flash, et une nouvelle innovation.

En 2019, TaylorMade me paraît franchement dans ses petits souliers par rapport à d’autres années. C’est un ressenti que j’aurai du mal à étayer, mais ils m’ont paru plus sur la défensive que deux ans auparavant.

Plus sur la défensive mais aussi dans un discours beaucoup moins marketing mais bien plus industriel, et c’est là où la Speed Injection rentre en scène.

Pour les fabricants, le véritable enjeu, c’est la vitesse de balle après l’impact avec la face du club.

Pendant des années, ils ont tourné autour du problème, avec de petits ajustements marginaux, tout en sachant que les plus avertis savent qu’en réalité, le coefficient de restitution est de toute façon limité par le législateur.

Comment produire plus de vitesse de balle quand de toute façon c’est en fait plus ou moins interdit ?

Les marques, et pas seulement TaylorMade ont joué sur le spin, et les conditions de lancements.

Tous les ans, on entendait parler de déplacement du centre de gravité. C’était ennuyeux au point de se demander mais bon sang, placez-le au bon endroit une fois pour toute, et arrêtez de le changer d’un micron tous les ans !

Bien qu’il y ait beaucoup de marketing dans la vente de drivers et plus généralement d’équipements de golf, TaylorMade a souvent mieux tiré son épingle du jeu pour la réduction du spin versus ses concurrents.

Déjà l’an passé, avec la Twisted face et après un tassement des ventes lié d’une part à la surmédiatisation de l’EPIC aux USA, (les écrans de GolfChannel étaient littéralement envahis de spots de pubs Callaway) et quelque part un discours qui par le passé avait promis trop, et démontré pas assez, TaylorMade devait changer de fusil d’épaule, et parler un peu moins de spin pour aller à l’essentiel : la vitesse.

Cette année, ils ont le mérite de ne pas repartir dans une nouvelle direction, ce qui aurait été déroutant. Ils continuent à enfoncer le clou sur la Twisted face, et s’attaquent à une vérité qui est souvent passée sous silence par les marques : Les irrégularités de productions.

En off, j’ai appris qu’il travaillait sur une solution depuis au moins une petite dizaine d’années, mais vue les quantités en jeu (plusieurs millions de drivers par an), jusqu’à présent, ils n’avaient pas trouvé une solution à la fois viable techniquement, et réaliste par rapport à la chaîne de production.

En 2019, TaylorMade est devenue bonne en maths ! Toute la question de la Speed Injection tourne autour d’un algorithme.

J’ai trouvé ce discours à la fois plus modeste, plus réaliste, et en fait intéressant. Beaucoup d’entre vous, vont peut-être se dire que c’est encore du « bullshit » marketing, mais en l’espèce, et il faudra vérifier par des tests, ce discours présente du bon sens.

Sachant que le COR est limité à 0.83 pour toutes les marques, comment s’en rapprocher le plus possible, et pas seulement sur quelques drivers, qui coup de bol, sont plus performants que d’autres, simplement parce que la production d’un driver qui part de la planche à dessin vers son usine en Chine, ne pouvait pas jusqu’à présent, être d’une perfection absolue.

Cette année, la technologie mise en avant par TaylorMade se joue en fait directement sur la chaîne d’assemblage.

Garantir une production plus régulière ne serait pas suffisante pour convaincre des golfeurs et des golfeuses de remettre 600 euros sur la table. En fait, ils pourraient même considérés que c’est un prérequis.

L’idée derrière cette amélioration de la régularité de production obéit au principe de la courbe de Gauss.

La loi normale de moyenne nulle et d'écart type unitaire est appelée loi normale centrée réduite ou loi normale standard.

En gros, vous devez considérer que la majeure partie de votre échantillon de drivers est située au centre de la courbe, en son point le plus élevé. On parle de quantité de drivers.

Avant, il y a un nombre plus limité de drivers qui n’arrivent pas au maximum de performance, et après, il y a là-aussi un nombre rapidement déclinant de drivers légèrement plus performants que la moyenne.

Les matheux de TaylorMade ont simplement voulu remonter cette courbe de Gauss et réduire sa base, à savoir resserrer le niveau de performance des drivers les uns par rapport aux autres.

Le sommet de la courbe de Gauss est en fait le point qui se rapproche le plus de la limite de COR sans jamais la dépasser.

Le principe est donc double : Plus de drivers près de la limite, et moins de drivers qui s’éloignent du point le plus haut.

D’un point de vue purement mathématique, c’est génial. Reste à le faire, et à prouver l’efficacité !

Pour y parvenir, TaylorMade a décidé de prendre le problème à l’envers.

Ne plus chercher à flirter avec la limite, mais carrément la dépasser avec une face encore plus fine, et selon eux, une augmentation schématique du sweet spot. Je n’aime pas cette image car le sweet spot est par définition un point, et pas une région sur la face.

En réalité, la marque joue sur l’épaisseur de la face en différentes zones périphériques au sweet spot pour rendre ces zones moins contre-performantes par rapport au point central de la face, assumé comme étant celui qui est limité à 0.83.

Donc, TaylorMade a mis au point une face de driver largement au-dessus de la limite, pour chercher ensuite à revenir dans les clous, mais en réduisant la marge de sécurité avec la limite.

Compte tenu de la courbe de Gauss, si vous mettez le sommet de la courbe à 0.83, la partie en avant va forcément dépasser le cadre législatif, et votre driver sera déclaré non conforme par l’USGA.

En réalité, jusqu’à présent, si vous aviez un driver médian, il était finalement assez loin du potentiel maximum autorisé.

Au moment des contrôles qualités, environ 0,1% des drivers sont contrôlés en bout de chaîne, ce qui peut représenter environ 150 000 unités tout de même.

Si TaylorMade trie les meilleurs pour les envoyer aux joueurs du PGA Tour, ils renvoient les modèles les moins bons… vers la distribution. TaylorMade et les autres ont donc assumé que vous pouviez acheter des drivers plus ou moins loin du niveau de performance vanté.

Avec ce nouveau procédé, ils espèrent vraiment vous proposer plus de vitesse de balle, et plus de constance entre le produit que vous pourriez tester en magasin, et celui que vous pourriez finalement recevoir chez vous.

A ce jour, aucune autre marque ne m’a parlé de ce processus de contrôle qualité ! TaylorMade pourrait donc reprendre de l’avance sur la concurrence, et pourtant M5 et M6 sont censés être des versions des M3 et M4 en attendant…

Le processus passe par l’injection d’une résine sur la chaîne, alors que chaque driver est contrôlé par un ordinateur, qui calcule précisément le besoin de résine à injecter derrière la face, et en deux points, la pointe et le talon.

Plus précisément, les données de chaque driver sont envoyées dans un nuage de données (cloud) qui répercutent ensuite le besoin de résine à la fois en pointe ou en talon, sachant que cela peut être différencié.

Chaque driver ne reçoit pas le même montant de résine, en fonction de son placement par rapport au COR.

Pour une fois la résine injectée n’a pas pour but d’améliorer la performance du driver, mais au contraire, la réduire pour passer le contrôle de l’USGA.

Cette dernière n’a d’ailleurs pas tout de suite validé les drivers M5 et M6, un peu désarçonnés et pris de courts par le fabricant.

C’est toujours un jeu du chat et de la souris.

En conclusion, TaylorMade avance cette année quelque chose de beaucoup moins marketing, mais de beaucoup plus arithmétique.

L’enjeu pour la marque est de ne pas perdre en crédibilité à trop annoncer des révolutions tous les six mois.

Nous sommes à une époque où il est plus facile de vérifier la performance des produits par les consommateurs, et notamment avec l’aide de radars.

L’an passé, la Twisted face promettait beaucoup mais en réalité ne jouait que sur 2% de l’amélioration de la performance au drive, et encore, pour les professionnels.

Cette année, TaylorMade doit convaincre une plus grande majorité des amateurs que cela peut aussi marcher pour eux, et espérons, pas seulement pour 2% de performance en plus.

Des premières balles que j’ai tapées avec M5 et M6 au Kingdom, je ne suis pas encore en mesure de fournir un avis fiable et définitif.

Les chiffres que m’a fourni TaylorMade était en nette hausse, mais le hic, c’est que c’est TaylorMade qui m’a donné les chiffres.

La demande d’échantillons a été faite. A suivre…

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