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Cleveland Golf: Une entreprise à dimension humaine

Quel pourrait-être le bénéfice pour des golfeurs de savoir qu’un fabricant prend soin de ses collaborateurs tout au long du processus d’assemblage et de préparation des clubs de golf ? La qualité et la fiabilité ! Cinquième et dernière entreprise visitée au cours de mon séjour en Californie, cette fois, Cleveland Golf n’était pas basée à Carlsbad mais à Huntington Beach près de Los Angeles, et encore une fois, c’est un français qui nous a fait faire le tour du propriétaire.

Visite guidée de la ligne d’assemblage

Christophe Camier est le directeur de la supply chain chez Cleveland Golf. Il est arrivé dans la compagnie, il y a déjà un peu plus de 20 ans. Au départ, embauché à la comptabilité pour deux semaines, il n’est jamais reparti.

Comme l’explique l’autre français de ce business chez un autre concurrent, TaylorMade, Benoit Vincent, en réalité, il n’y a pas de raisons qu’il y ait autant de français dans ce secteur d’activité.

Pourtant, c’est incroyable, une poignée de francophones occupe des postes clés dans l’industrie du golf, et Christophe Camier en fait partie.

Petite difficulté pour moi, il n’a absolument pas tenu à ce que je le prenne en photo pour illustrer cette rencontre, arguant n’être qu’un rouage au bon endroit dans une bonne organisation.

Autrement dit, il l’a joué humble. Sans doute, un peu trop au regard de sa fonction d’organisateur d’une chaîne d’assemblage de près de 80 personnes sur site à Huntington Beach.

Sa grande fierté, ce sont ses collaborateurs. Une équipe très expérimentée qui affiche une ancienneté moyenne de près de 20 ans.

La raison étant selon lui le fait que Cleveland Golf se soucie vraiment des humains. « Sans eux, nous ne sommes rien ! »

Pour cultiver cet esprit d’entreprise, la société mise sur trois choses : la formation, la mobilité interne, et la sécurité.

Christophe Camier était satisfait de m’annoncer qu’il n’y avait pas eu d’accident du travail sérieux depuis plusieurs années, justifiant cela par le fait que Cleveland n’hésite pas à équiper ses collaborateurs en appareil de sécurité, lunettes, gants, etc…

Au-delà de la sécurité, il veut conserver une équipe motivée et intéressée à son travail en développant la formation, et la mobilité interne. Sur la ligne d’assemblage des clubs, les collaborateurs connaissent toutes les différentes fonctions, de l’alignement des shafts, la pose des grips, la préparation des colis, le stockage ou encore l’expédition.

Finalement, une entreprise de clubs de golf ne repose pas que sur la R&D mais aussi beaucoup sur la capacité à produire des clubs de manière qualitative, et contrôlée.

En l’espace de 10 ans, Cleveland, sans doute à l’image des autres entreprises du secteur, a cherché à variabiliser les coûts, prévoir les hausses comme les baisses d’activités, pour ne pas se faire prendre dans un processus de banqueroute comme certains distributeurs américains.

La prévision des commandes est la clé de la pérennité pour un fabricant, et Cleveland Golf excelle désormais dans ce domaine, surtout dans un contexte de hausse des coûts.

Même les tremblements de terres sont prévus ! Quelques mois plus tôt, la terre a tremblé à Huntington Beach.

A 4h du matin, les principaux dirigeants de la société sont venus pour constater les dégâts.

Or, les énormes palettiers qui permettent par exemple de stocker des centaines de milliers de balles ont swingué au gré des mouvements de la terre, mais aucune palette n’est tombée au sol.

Encore un enjeu de sécurité, si une palette de balles venait à tomber de plus de 4 mètres de haut, cela pourrait être extrêmement dangereux à l’éclatement du colis au sol, et sans doute mortel pour toute personne à proximité.

Assembler des clubs de golf, c’est aussi prévoir des tremblements de terre, au même titre que la hausse des coûts matières.

Christophe Camier me confirme que le prix de l’acier et des matériaux en provenance de Chine ont triplé en l’espace de dix ans.

Le gouvernement chinois allant jusqu’à payer une partie de sa population pour qu’elle reste dans les champs, et ne vienne pas affaiblir le coût de la main d’œuvre, pour au contraire, affirmer la hausse du niveau des revenus moyens des travailleurs.

Dans ce contexte, pour maintenir les prix des produits finis, les fabricants ont été amenés à industrialiser encore plus les processus, faire confiance à l’informatique pour faire en sorte qu’aujourd’hui, une personne fasse le travail de quatre hier.

Le fait que les collaborateurs connaissent tous les postes de la ligne d’assemblage facilite aussi la capacité de l’entreprise à s’adapter aux pics de commandes.

Tout est très bien processé ! On en attendrait pas moins d’un expert de la logistique, qui a d’ailleurs été dans la légion au début de sa vie professionnelle.

Autre élément notable de ma visite, le directeur de la supply chain m'explique comment la société lutte contre la contrefaçon, et surtout peut identifier chaque club sortant de sa ligne de montage.

Un barre code inviolable mis au point par une banque allemande est ajouté à chaque club.

Ce code a été assuré à plus d'un million de dollars de sorte que si quelqu'un parvenait à le casser, la banque devrait indemniser Cleveland.

A priori, cela ne paraît pas faisable.

Copier des clubs devient de plus en plus difficile, et surtout de plus en plus coûteux.

En dehors du fait que l'entreprise emploie une personne à temps plein pour faire la chasse aux produits contrefaits, ce code barre permet surtout de retrouver tout ce qui a été effectué sur ce club, notamment au cas où il y aurait un incident, et dans le but d'améliorer le processus.

La culture d’entreprise

Autre importante particularité propre à Cleveland, Srixon, XXIO, la société est au moins bi-culturelle. Japonais et américains doivent apprendre à travailler ensemble.

Jeff Brunski, directeur de la recherche et du développement pour les trois marques a une formule pour expliquer la dualité du mode de fonctionnement.

« Usuellement, quand des américains rentrent dans une salle de réunion, c’est pour réfléchir à la décision à prendre ensemble. Quand des japonais rentrent dans la même salle de réunion, c’est pour valider la décision déjà prise en amont ! »

En dehors de ces petites questions de cultures, les deux se complètent et partagent leurs connaissances pour améliorer plus vite les produits.

D’ailleurs, les américains se montrent ravis de leur nouvel actionnaire qui comprend le golf, à l’inverse du précédent, Quick Silver, qui n’a pas laissé que des bons souvenirs.

Pour Christophe Camier, cela a été un challenge de remonter la société à son niveau actuel après le passage du précédent propriétaire.

La marque de putter Never Compromise en a un peu fait les frais.

Si cette marque de putter bien connu des golfeurs est un peu en sommeil aujourd’hui, il ne serait pas surprenant que le groupe la réveille dans les années à venir.

Never Compromise pouvant apporter cette touche de liberté et ce grain de folie que Cleveland ne peut pas forcément se permettre du fait de son image de clubs sérieux pour « serious golfers ».

Cela me rappelle quelqu’un…

Si en France, Cleveland domine outrageusement le segment des wedges avec une régularité d’horloger (50% de part de marché), aux Etats-Unis, la compétition est plus rude avec Titleist qui est devant, mais contrairement à ce qu’annonce MyGolfSpy, Callaway n’a pas pris la deuxième place, et au contraire, Cleveland a recréé de l’écart avec le troisième.

Eli Miller, responsable marketing du groupe ne s’offusque pas de cette tendance de MyGolfSpy à faire de la désinformation.

Il est régulièrement en discussion avec les journalistes et bloggeurs de golf américains pour expliquer et défendre la marque.

Finalement, l’influence de ce type de site ne semble pas le préoccuper plus que cela, en tout cas, tant que cela n’influe pas négativement sur les ventes, qui sont dans un trend positif pour l’Amérique du Nord.

Le sérieux de la compagnie exprimé par Christophe Camier avec la ligne d’assemblage, capable de monter une série de clubs en moins de deux heures, mais plus souvent en capacité normale d’expédier les commandes US entre 24 et 48 heures suffit à assurer la bonne réputation de la marque.

Autre point fondamental dans le succès de la marque, elle est l’une des seules avec Ping, à maîtriser toute la question du club de golf, avec à la fois les têtes, mais aussi les shafts Miyazaki.

Etre capable de penser un club de golf en prenant en compte directement ces deux éléments clés confère un léger avantage.

La visite de l’immense building Cleveland/Srixon/XXIO s’achève par les balles.

Si les balles Srixon ne sont pas produites à Huntington Beach, les balles logotées sont traitées sur place. On parle de plus de 150 000 pièces par jour qui sortent des fours pour un traitement parfait du marquage.

L’étape du nettoyage est d’ailleurs très importante pour permettre à la peinture d’adhérer et de ne jamais s’effacer. Le logisticien est d’ailleurs très fier de me montrer le soin apporté à chaque étape, tout comme le poste de contrôle qualité.

En bout de chaine, le travail des équipes de Christophe est justement de pouvoir adapter la capacité de production très rapidement. Dans la région, Cleveland est considéré comme un bon employeur, il n’est pas très difficile de faire appel à des forces vives externes dans un temps très court.

Je retiens de cette visite, avant de pousser les discussions avec les ingénieurs, que la société dispose d’un outil de production maîtrisé, et dont la force principale est la capacité d’adaptation.

Christophe Camier la joue modeste pour ce qui le concerne, sans doute dans le but de valoriser à mes yeux le travail d’équipe, et la qualité des hommes.

Comme Benoit Vincent ou Rémy Arnaud déjà cités, il est un bel exemple du savoir-faire français exporté dans les plus grandes entreprises internationales du monde, même si je n’ai pas pu le prendre en photo…

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