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Wentworth : Rory peut-il redevenir McIlroy?

Wentworth : Rory peut-il redevenir McIlroy ? - Crédit photo : Getty Images

Oui, Rory McIlroy a remporté un beau tournoi déjà cette saison. C’était le tournoi du PGA Tour, Arnold Palmer Invitational sur le prestigieux parcours de Bay Hill. Oui, son début de saison est loin d’être catastrophique, y compris sur le circuit européen, avec une belle deuxième place à Dubaï en début d’année. Est-ce que pour autant ses résultats sont à la hauteur des attentes que nous pourrions placer en lui ? Son début de tournoi à Wentworth dans le cadre du BMW PGA Championship, l’une des plus belles épreuves de l’année en Europe, donne une première indication de son niveau de jeu. Le vaincu malheureux du dernier Masters à Augusta peut-il redevenir le numéro un incontesté à courte échéance ?

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Rory a encore manqué son objectif absolu : Remporter le Masters.

Il ne pense qu’à cela. Il ne rêve plus que de cela. Est-ce à dire que sa saison est déjà terminée ?

Bien entendu, non, McIlroy a de nombreuses échéances devant lui, dont beaucoup pourraient transformer son année 2018, en une pleine réussite.

Rory n’est pas dans la zone de danger. Il ne traverse pas actuellement une période de doutes ou de creux dans les résultats, avec des difficultés pour passer des cuts.

Actuellement huitième à l’ordre du mérite mondial, troisième meilleur européen derrière Jon Rahm et Justin Rose, il n’y a pas encore matière à s’inquiéter.

Oui, mais bon sang, nous parlons de RORY MCILROY !

Le garçon que l’on nous a présenté comme le nouveau prodige du golf, le successeur de Tiger Woods, un golfeur qui devait gagner encore plus de majeurs, selon Greg Norman.

Le leader du golf mondial devrait régulièrement gagner 3, 4, 5 et peut-être plus de tournois par saison, au moins un majeur par an, pour pouvoir atteindre ce fameux objectif.

Pour l’instant, Rory est loin du compte.

Loin de son compte pourtant très bien entamé aux débuts des années 2000. Avec son visage poupon, il promettait beaucoup.

La décennie va bientôt s’achever, et pourtant, on ne pourra pas dire qu’elle aura été celle de McIlroy.

Bien entendu, l’ombre de Woods a largement plané sur les dernières années. Il a même réussi à reprendre le titre de numéro un mondial en 2013. Il pourrait même le refaire avant 2020.

Victorieux de son premier grand tournoi en 2009, McIlroy a explosé aux yeux du monde au début de cette décennie, pour s’imposer comme le numéro un mondial en moins de cinq ans.

En 2012, il semblait parti pour occuper ce fauteuil pour longtemps, puis il a décidé de changer d’équipementier, passant de Titleist à Nike, non sans conséquences sur son jeu.

On peut admettre qu’il lui a fallu plusieurs mois pour digérer ce nouveau statut, et des nouveaux clubs.

En 2014, il a su démontrer que l’on ne s’était pas trompé à son sujet.

Tout semblait lui réussir, il était dans la pleine possession de ses moyens avec 4 victoires, et 5 secondes places, pour un seul cut manqué sur l’ensemble de la saison (24 tournois disputés).

En 2015, on peut admettre qu’il ait été « victime » du phénomène Jordan Spieth, puis ensuite de Jason Day.

Sur deux saisons, 2015 et 2016, détrôné, il a semblé tout de même encore très près de ses rivaux.

Sauf que depuis 2014, année exceptionnelle avec deux victoires en majeur (The Open, et l’US PGA), il n’en a plus remporté un seul !

Pire, 2017 aura été sa première saison sans victoire sur le tour depuis 2009.

De 2011 à 2016, il a toujours été classé dans les dix meilleurs joueurs du monde.

Justement, en 2017, après une année blanche, certes marquée par une blessure aux côtes, et un nouveau changement d’équipementier, McIlroy a glissé à la onzième place mondiale.

Sur 18 tournois disputés (son calendrier a été amputé de 4 à 5 tournois), il a raté 4 cuts, un total trop élevé pour un joueur de son rang.

Bref, sur les 10 dernières années, sans être mauvais, loin de là, le compte n’y est pas pour un joueur avec un tel potentiel. Et c’est étonnant !

C’est bien entendu le reflet d’une nouvelle ère dans le domaine du golf de haut niveau.

Nous avons changé de logiciel de lecture suites aux performances des pros sur le circuit.

Par rapport à la décennie précédente (les années 2000) marquées par une dizaine de golfeurs, et surtout Tiger Woods, la fin de la décennie actuelle illustre surtout le fait que nous devons changer de point de vue sur le sommet de la pyramide golfique.

En 2011, Greg Norman, Jack Nicklaus et d’autres pouvaient légitimement pronostiquer une large domination d’un golfeur aussi puissant que Rory.

En 2018, on peut tous constater qu’il y a des dizaines de Rory sur le tour aujourd’hui.

De Koepka à Dustin Johnson, sans oublier Jason Day ou Jon Rahm, les athlètes ne manquent pas. Et ils n’ont d’ailleurs pas écrasé les esthètes du petit-jeu, comme par exemple Jordan Spieth.

Le jeu est grand ouvert, et nombreux sont ceux qui peuvent prétendre à occuper le fauteuil de numéro un à la fin de l’année.

Il n’y a plus seulement deux, trois, quatre, ou cinq golfeurs qui peuvent composer un big-4 ou un big-5 comme dans les années 2000. Aujourd’hui, la concurrence de McIlroy se chiffre plutôt entre 10 et 15 !

McIlroy n’est donc pas à lui seul l’explication de son absence de victoire en majeur depuis 2014.

Face à lui, les éléments techniques, tactiques, mentaux ou physiques pour faire la différence se sont considérablement réduit.

Surtout, les petits points faibles dans son jeu, visible dès le début de sa carrière, sont devenus des handicaps pour occuper le premier rang mondial, sauf à enfin durablement les corriger ou les améliorer.

Cette saison, Rory a pris une leçon de putting salvatrice avant de disputer Bay Hill, et comme par hasard, derrière, il a magistralement remporté le tournoi, démontrant que Rory pouvait redevenir McIlroy.

Mais pour l’instant, c’est trop peu.

Avant le résultat de dimanche à Wentworth où il dispute actuellement le prestigieux BMW PGA Championhip, le plus beau tournoi de la saison en Europe, sur onze tournois déjà disputés (la moitié de sa saison), il comptabilise certes une victoire, une seconde place, et une troisième place. Mais en parallèle, il compte aussi déjà 3 cuts manqués.

Depuis 2009, sur une saison, son total n’excède normalement jamais plus de 5, et encore dans une mauvaise saison.

Autrement dit, il a déjà grillé beaucoup de jokers, en plus de franchement décevoir à Augusta.

Dans le cadre du Masters, il avait une occasion de mettre la pression sur le futur vainqueur, et il n’y est jamais parvenu.

Au contraire, il a semblé impuissant. C’est l’attitude sur le parcours, plus que le résultat qui a marqué : Sans solution.

Il vient de fêter ses 29 ans à l’occasion de ce mois de mai 2018.

Sa carrière est encore longue.

Dans la trentaine, il peut même connaître la période la plus prolifique, sauf si là-aussi, notre façon d’observer le golf et les golfeurs de haut niveau doit changer, sous l’impulsion de cette nouvelle génération, encore plus précoce, à l’image de Justin Thomas ou Jordan Spieth.

Pour redevenir McIlroy, Rory devra néanmoins mieux jouer, et améliorer certains compartiments de son golf, qui ne permettent plus d’être numéro un aujourd’hui.

Au début de la décennie, un driving surpuissant permettait de masquer certaines limites, notamment autour du green.

Dans une grande semaine au driving et au putting, McIlroy était tout simplement inarrêtable. Le hic, c’est qu’il ne putte pas toujours comme il le voudrait.

Avec un putting aussi performant que celui de Woods, alors là oui, McIlroy aurait déjà gagné le double de majeurs.

En 2018, ses résultats sur le PGA Tour, et cela va peut-être vous surprendre, sont tout juste moyens, et dans tous les domaines.

Quand on regarde sous le prisme du nombre de coups gagnés, ce qui ne ment jamais, McIlroy n’est pas dans le top-10 dans aucun domaine, y compris le driving.

Il est certes toujours quatrième pour la distance au drive (314 yards), mais seulement 174eme pour la précision au drive, ce qui le pénalise grandement !

Bonjour la publicité pour TaylorMade, qui en a fait des tonnes sur la tolérance des nouveaux M3 et M4 !

Avec seulement 55% de fairways touchés en régulation, de qui se moque-t-on ? Son driving n’a jamais été aussi peu précis que cette année. Sur 375 fairways joués aux USA, il n’en a touché que 209 !

Par rapport à 2017, il reste scotché à 55% de fairways pris en régulation, sauf qu’il était premier pour la distance au drive à 317 yards de moyenne l’an passé.

Sur le tee de départ, il était classé troisième sur la saison pour le nombre de coups gagnés. Cette année, il n’est plus que trentième !

La conséquence est immédiate sur sa capacité à faire des birdies. Il est passé du 24eme rang au 44eme.

On ne parle plus d’un joueur à la lutte pour les trois premières places du classement mondial, mais d’un joueur pour les dix ou quinze premières places.

Et le problème, c’est que le reste de son jeu ne s’est pas amélioré, notamment ses points faibles.

Autour du green, il est 92eme au lieu de 58eme pour les coups gagnés l’an passé, un compartiment qui pourtant semblait s’être amélioré pour lui dans une mauvaise saison.

Seul le putting semble remonter la pente, d’où la victoire à Bay Hill.

Perdu en 2017 sur ce sujet, il est remonté du 140eme rang au 39eme, toujours pour les coups gagnés. C’est la seule éclaircie dans son jeu pour l’instant.

Comparativement à l’actuel numéro un mondial, à date, Rory est en fait loin du compte.

C’est même inquiétant dans la perspective de la prochaine Ryder Cup à Paris, sachant qu’il est logiquement le leader de l’équipe, de par son charisme, son expérience, et tout simplement son leadership naturel.

Justin Thomas ne dégage aucun point faible !

Deuxième sur le tour pour le nombre total de coups gagnés, son plus mauvais résultat est au putting avec une position dans les 40 premiers !

En revanche, il est dominant dans les approches, et globalement dans le jeu du tee au green.

A l’inverse, McIlroy n’est dominateur sur aucun sujet (sauf la distance pure au drive), et reste trop moyen autour du green (92eme).

Ce jeudi à Wentworth, loin du PGA Tour, il a ouvert son compteur avec un 67 intéressant. Vainqueur de ce tournoi en 2014, il n’était plus revenu depuis 2015.

Depuis le parcours a subi de nombreux changements, et surtout, le tournoi est devenu un Rolex Series, de quoi le motiver à venir.

« J’ai bien joué. J’ai même beaucoup mieux joué aujourd’hui par rapport aux dernières semaines. C’est un bon pas dans la bonne direction. »

Poursuivant « Je pense que j’ai plutôt tout bien fait. J’ai bien mieux drivé la balle, et bien mieux mis la balle en jeu depuis le tee. En tout cas, bien mieux que lors des semaines passées, donc c’est vraiment un bon démarrage. »

« Je pense que je me donne de bonnes chances pour la suite. Je suis un peu frustré de ne pas avoir pu me donner quelques opportunités de birdies supplémentaires sur les derniers trous, mais c’est tout de même un bon départ. »

Devant plus de 20 000 spectateurs, McIlroy a donc peut-être fait un bon pas en avant. Peut-être… parce qu’un tour cela ne suffit pas pour faire de Rory, le McIlroy que l’on attend.

Rory peut-il redevenir McIlroy ? Ce devrait être possible s’agissant de son jeu. Le problème, c’est qu’en face, le niveau est encore monté.

Rory devra donc franchement faire mieux autour du green pour rattraper Justin Thomas ou même Dustin Johnson, l’autre gros frappeur du circuit.

Crédit photo : Getty Images

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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