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Et si Victor Dubuisson avait été un golfeur des années 70 ?

Et si Victor Dubuisson avait été un golfeur des années 70 ?

L’ex-meilleur golfeur français vit une période sportive pour le moins compliqué. Sa saison 2016 ressemble à un ballet incessant d’aller-retour avec le haut niveau, et pour le dernier épisode, le français qui avait eu le mérite de passer le cut au British Masters, a néanmoins décidé d’abandonner après seulement trois tours. Dans ce sujet, nous n’avons pas souhaité énumérer les raisons de cette méforme ou d’essayer de la juger, mais pris un tout autre angle rédactionnel pour s’interroger sur les motivations ou failles d’un joueur talentueux, mais peut-être en décalage avec son époque.

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Si Dubuisson était un golfeur des années 70, il pourrait porter des pantalons à pattes d’éléphants, écouter du rock progressif à la sauce Pink Floyd, Genesis ou David Bowie, casser quelques clubs sans risquer que son équipementier lui en fasse le reproche, jouer quand bon lui semble, se moquer de savoir s’il drive à 264 ou 271 mètres, gagnerait moins d’argent, sortirait en boite la veille d’un tournoi majeur sans risquer de trouver une photo volée sur un réseau social, et se sentirait tout simplement plus dans son élément au milieu de ses confrères…

Dans les années 70, les stars du golf n’en étaient d’ailleurs pas.

Tom Watson, Jack Nicklaus, Johnny Miller, Gary Player, Lee Trevino, Tony Jacklin, et Severiano Ballesteros, tous vainqueurs du British Open entre 1970 et 1980 sont certes des noms rentrés dans la légende du golf, et aujourd’hui, de la manière dont nous considérons les sportifs, ils seraient des demi-dieux, roulant en Porsche, se rendant à Wimbledon tels des rocks stars, signant des autographes dans la rue par wagons, et leurs vies seraient scrutées en permanence par la presse, toujours à l’affût d’un bon sujet à publier, sur ou en dehors du green.

Dans les années 70, les meilleurs golfeurs de la planète n’étaient pas aussi médiatisés et suivis qu’aujourd’hui.

Le circuit professionnel n’était justement pas aussi codifié et inaccessible.

Les stars d’hier ne trouveraient pas chaque semaine des centaines d’autres joueurs aussi affûtés les uns que les autres pour tenter de les battre un peu partout dans le monde, des greens de Muirfield jusqu’au fin fond du Kazakhstan.

Surtout, ils prendraient la chose avec plus de philosophie et moins de gravité que ce que nous connaissons aujourd’hui.

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Entre 1970 et 2016, il s’est passé beaucoup de chose, et surtout des événements qui ont rendu notre société parfois plus austère, plus rigide, et globalement plus sérieuse. D’aucun ne dirait, qu’au niveau du sport, le professionnalisme s’est imposé !

Chocs pétroliers, apparition du chômage de masse, le sida, surdéveloppement de la télévision par rapport à tous les autres médias, les chaînes d’informations, des premiers ordinateurs aux smartphones, tout a été dans un sens de plus de technologie, de plus d’informations anxiogènes, et parallèlement d’une société plus sérieuse par rapport à tous les événements de la vie, y compris le golf joué en tournoi.

Très tôt, les observateurs du golf de haut niveau en France ont compris que Victor Dubuisson serait un joueur hors norme.

Hors norme pour sa capacité à inventer sur un parcours de golf, et hors norme pour son caractère pour le moins en-dehors des conventions hors les greens.

Il y a du Jim Morrison en Victor Dubuisson !

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D’abord, son look a été faussement comparé à celui d’un mousquetaire, et pourquoi pas d’Artagnan !

Erreur d’analyse ! En France, on a trop souvent tendance à comparer des sportifs à des mousquetaires en raison d’un glorieux passé tennistique…

Il y a plus de Jim Morrison en Dubuisson que de D’Artagnan !

Dubuisson est un créatif plus qu’un meneur de meute, et surtout un guerrier.

Chez Victor Dubuisson, il y a un caractère esthétique très important par rapport à l’aspect seulement sportif. Le golf ne doit pas être seulement bon, il doit être beau.

Ultra-exigeant envers lui-même sur le parcours, il ne l’a pas toujours été dans son approche du professionnalisme, et notamment de l’entraînement.

Victor n’a jamais été, et ne sera jamais un fan de practice ! Il a construit sa réussite à travers le jeu. Il n’a jamais cherché à être un technicien, mais au contraire, un joueur d’instinct qui fait plus confiance à l’inspiration du moment.

Il incarne beaucoup plus une notion plus proche du rugby que du tennis : le french flair.

Bien que cette notion souvent attaché aux équipes de France de rugby soit finalement assez difficile à définir, ou plutôt résume sans que cela soit scientifiquement établi, une façon de pratiquer et surtout de gagner qui sorte des sentiers battus ou d’un cadre très défini : le contre-pied !

Victor Dubuisson est un golfeur professionnel de 2010-20 ? qui ne colle pas avec son époque de golfeurs ultra-préparés à tout point de vue.

Le contre-exemple parfait du kid de Dove Mountain est très certainement symbolisé actuellement par Rory McIlroy.

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Ce dernier pousse tellement loin la préparation du haut niveau qu’il est allé jusqu’à se faire opérer des yeux en janvier dernier, dans le but de mieux lire les pentes sur les greens. En tout cas, c’est une partie de l’explication qu’il a bien voulu formuler.

Jamais Dubuisson n’imaginerait un seul instant passer sur le billard pour aller chercher 0,20 putts par partie en moins.

A peine a-t-il concédé prendre un préparateur physique pour tenter d’améliorer sa ligne…pour l’instant en vain. Mais est-ce si important ?

McIlroy pousse à fond la notion du golfeur athlète qui soulève de la fonte en vue d’être plus puissant du tee au green, reprenant à son compte le modèle de Tiger Woods.

20 ou 30 ans plus tôt, le français aurait plutôt fait partie des golfeurs « cools », qui ne mettaient jamais les pieds dans le « physio unit », et qui après une partie, bien ou mal jouée, en auraient profité pour fumer un bon cigare au club-house, entouré de proches pour refaire le monde, ou même si possible, se seraient adonnés à une partie de pêche tranquille.

Attention, il ne s’agit pas d’écrire ici que Victor Dubuisson n’est pas professionnel, au seul motif que parfois, il délaisse l’entraînement pour une partie de pêche au large de Mandelieu-La Napoule.

Non, Victor Dubuisson, c’est plutôt un bon vivant qui a juste envie de jouer au golf pour la beauté du jeu, et la beauté du geste.

Si tout le reste ne l’ennuie pas, au mieux, cela l’amuse. Sa relation avec la presse en est un exemple, et illustre en quoi, c’est plus un joueur rock’n’roll qu’un mauvais bougre !

A nous médias d’être cohérents face à ce type de profil !

La presse passe son temps à regretter d’avoir à faire des robots programmés pour répondre à des questions avec des éléments de langages stéréotypés, et quand, se présente un « martien », elle, nous passons notre temps à le dézinguer, justement à cause de sa différence.

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En réalité, le seul motif qui devrait valoir un rappel à l’ordre au cannois, devrait être le résultat !

Hors du top-100 mondial, et surtout très loin du classement qui a fait de lui le messie du golf français, Victor Dubuisson peut être ce qu’il veut, rockstar, grunge, punk, il se doit non pas d’être bon, mais de se battre !

Pas pour nous, pas pour la presse, pas pour les fans, mais déjà pour lui, car quel que soit le rôle qu’il joue, il ne sera jamais pleinement heureux en abandonnant un tournoi après trois tours, en jouant un tournoi tous les trois mois, et en ne rendant pas grâce à ses immenses capacités.

Pourtant un golfeur des années 70 prendrait justement les choses avec philosophie !

Arnold Palmer, récemment décédé ne doit pas être mémorisé seulement comme un champion parfait ! A son époque, quand il sortait en boîte entre deux tours, l’immense différence avec aujourd’hui tenait dans le fait que la presse le protégeait !

Elle voudrait bien encore le faire…mais avec les réseaux sociaux et tous les petits malins qui rêvent du scoop sur facebook avec leur iphone, la presse fait du sensationnel de peur d’être dépassée plus que pour réellement vouloir atteindre les champions.

La France rêvait de sa star de golf. Jamais, elle n’aurait imaginé que sa star serait autant décalée avec le monde d’aujourd’hui, d’où l’incompréhension…

L’idée de ce sujet, c’est de valoriser le caractère positif de la chose, pour transformer l’expérience négative traversée actuellement par le jeune homme en autant de raisons de se surpasser.

Depuis 18 mois, et bien qu’il s’en défendra, Dubuisson est bien plus marqué par ce qui a été écrit sur lui qu’il ne l’admettra jamais.

Il aura beau s’en défendre, il lit tout ce qui le concerne. Et à force de lire, y compris ce qui se trouve sur les réseaux sociaux (un outil formidable qui donne la parole à n’importe qui pour dire n’importe quoi…), Victor a sans doute perdu une partie de son plaisir à jouer au golf, à faire de son sport son métier, et même le fait d’être français.

Sur ce point, le fait de demander la nationalité andorrane lui a traversé l’esprit, et de faire ainsi un gentil bras d’honneur « coluchien » aussi bien à ceux qui l’emmerdent, mais malheureusement aussi à ceux qui l’aiment.

Victor est un golfeur des années 70 dans ce sens où il n’éprouve pas le besoin de se créer une carrière linéaire et seulement ascensionnelle.

Lui préfère les coups d’éclats, et ses moments choisis !

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C’est plus un joueur de coupe que de championnats. Il a tout de même grandi dans le pays qui a voué un véritable culte à une bande de copains en vert, qui ont perdu une coupe de foot la faute à des poteaux carrés…

Victor n’est plus dans le top-100 laissant à Alexander Levy le poids du rang de numéro 1 français, jusqu’à son prochain exploit qui le propulsera à nouveau au plus haut niveau…à condition qu’il retrouve le goût de l’entraînement.

Il aurait été facile d’énumérer tout ce qui ne va pas pour Victor aujourd’hui, ce qui n’est que le résultat de plusieurs mois sans jouer, sans motivation, sans envie.

Au contraire, espérons que non seulement, Victor reste français, au moins pour le french flair, et continue à nous prendre à contre-pied, imite Miguel Angel Jimenez fumant le cigare, à pêcher au large de Cannes, et aille jusqu’au bout de sa logique de golfeur inclassable, capable du meilleur comme le pire…en acceptant qu’au golf, le pire est plus fréquent que le meilleur.

Lui seul est capable d’écrire la suite de son histoire avec le golf…et nous ne pouvons que l’encourager.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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