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US Open 2018 : L’inattendu Monsieur Matthieu Pavon

US Open 2018 : L’inattendu Monsieur Matthieu Pavon - Crédit photo : USGA

Qui aurait prédit que le jeune français, Matthieu Pavon, 25 ans, originaire de Toulouse passerait le cut de l’US Open à Shinnecock Hills, l’un des tournois de golf le plus difficile au monde, et en sortant des qualifications ? Un test de golf au sens propre pour un golfeur qui découvre ce majeur américain, ses stars, et ses difficultés. Pour une première, Pavon réalise une performance très solide !

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Comment prédire la performance de Matthieu Pavon à l’US Open ?

Encore néo-pro sur l’European Tour, Matthieu Pavon est en phase d’apprentissage de l’élite golfique. Il y a encore seulement trois ans, il bataillait sur l’Alps Tour, troisième division du golf européen.

Depuis son ascension a été régulière, pour tout d’abord rejoindre l’élite en 2017, après une saison très complète sur le Challenge Tour, et enfin sécuriser sa carte pour disputer sa deuxième saison consécutive en première division européenne.

Pour sa seule saison sur le Challenge Tour, le bordelais avait réalisé des prestations très solides à l’image de ce qu’il réalise actuellement sur l’US Open.

Finalement, premier français au classement général (sixième) devant Romain Langasque, Damien Perrier ou Joel Stalter, il n’avait pourtant pas connu la joie d’une victoire. Il avait simplement été le plus régulier avec 16 cuts passés pour 30 départs.

Cette année-là, ses copains avaient d’ailleurs gagnés des victoires les mettant bien plus dans la lumière, de sorte que Matthieu Pavon est peut-être aujourd’hui le moins connu de la génération Langasque, Sordet, Stalter, Saddier et Perrier !

Deux ans plus tard, il est pourtant le seul à jouer au plus haut niveau. A l’image de son papa, ancien footballeur professionnel à Toulouse et Bordeaux, un âpre milieu récupérateur, sa principale qualité est d’être accrocheur.

Croisé en 2016 sur le practice de l’Open de France, il était encore émerveillé par Rory McIlroy, présent pour l’occasion. Assis juste devant les barrières, sans mot dire, il regardait le swing de l’un des meilleurs golfeurs de la planète, en rêvant sans doute de lui aussi, un jour, incarner ce type de sportif de haut niveau.

A la différence de beaucoup de joueurs, Matthieu Pavon est très facilement souriant, peut-être tout simplement heureux d’être là.

Il est aussi un des français qui se fait le plus facilement chambrer par ses pairs, signe qu’il est bien accepté et intégré dans la communauté des pros français.

C’est finalement l’histoire d’un garçon simple, loin d’être extravagant sur et en-dehors du parcours.

Fan de Tiger Woods, il a eu justement l’occasion de l’approcher, et de jouer le même tournoi, un US Open !

Comment s'est-il propulsé jusqu'à disputer un US Open 

Pour arriver jusque-là, Matthieu Pavon a fait un peu comme à son habitude. Sans faire trop de bruit, il a saisi sa chance au bon moment.

Sa saison 2018 ne laissait pas penser qu’il pourrait faire partie des 150 meilleurs golfeurs du monde.

Mis à part une solide cinquième place dès le premier tournoi en Afrique du Sud, c’était déjà en décembre dernier, Pavon a passé 6 cuts sur 13 tournois disputés, et même 7 sur 14, si on ajoute le tournoi majeur.

Il a connu l’infortune d’être disqualifié au Dubai Desert Classic pour avoir dénoncé de son propre chef, une erreur sur sa carte de score. C’était le soir du dernier tour. Sa faute avouée n’a pas été pardonnée. Ce n’est d’ailleurs pas une très bonne image pour notre sport, et cela ne va sans doute pas incité les pros à être plus honnête quand il arrive qu’ils commettent une erreur de scoring.

Pavon avait en fait inscrit un 4 au lieu d’un 5 sur le trou 10.

L’an passé, sa première saison dans l’élite avait été plutôt intéressante avec trois top-10 dont deux podiums au Portugal et en Ecosse.

Finalement 49eme de la Race après 30 tournois joués, il a accumulé les kilomètres pour capter un maximum d’expérience, le plus rapidement possible.

En réalité, son classement n’était pas encore suffisant pour lui garantir une place à Shinnecock Hills. Comme Adam Scott, il a du passer par la terrible épreuve des qualifications, lui qui jusqu’à présent n’avait disputé qu’un majeur, The Open en 2017.

Comme déjà écrit plus haut, c’est au mental et aux côtés de son cadet, Arnaud Garrigues, anciennement sur le sac de Sébastien Gros, qu’il a accroché une place parmi les 14 potentiels qualifiés de l’étape de Walton Heath.

Le tandem qu’il forme avec Arnaud Garrigues n’est peut-être pas étranger aux bons résultats de Pavon, et son apprentissage accéléré.

Comme l’explique Thomas Levet, un bon caddie peut vous faire gagner du temps !

Seul français à sortir des qualifications, il a donc rejoint Alexander Levy, le numéro un tricolore, qualifié par son statut de membre du top-50 mondial.

Sur son pédigré, personne n’aurait pu imaginer qu’il passerait le cut pour sa première à Shinnecock Hills, et ferait même mieux que Levy, malade, et très rapidement hors course.

Au matin du dernier tour, il se retrouve même à une très honnête 43eme place au milieu de stars confirmées comme Alex Noren, Marc Leishman, Jason Dufner ou Jimmy Walker.

Pour Pavon, c’est encore une excellente expérience de gagnée. Parmi les français talentueux, il n’est pas nécessairement celui que l’on attend en premier, pourtant, c’est son nom qui sort du chapeau.

Sur l’aspect mental, il y a certainement quelque chose à regarder du côté de la transmission de savoir-faire par son père.

C’est peut-être d’ailleurs sa spécificité, sa force, et son petit plus. Avoir un père sportif de haut niveau peut lui avoir permis d’apprendre la combativité, et l’ambition.

Les premiers pas de Tintin en Amérique

Bluffé par l’ambiance et l’enthousiasme du public américain, Matthieu Pavon découvre ce qu’est le sommet de la pyramide. Il déclare d’ailleurs que l’US Open comme le British Open, sont des superbes occasions d’apprendre.

Son attitude pendant les trois premiers jours a certainement contribué à sa bonne performance. Sans pression, il a réalisé des journées assez solides. De son point de vue, son score ne reflète pas nécessairement son niveau de jeu. C’est surtout le putting qui l’a mis en difficulté avec de nombreux trous placés dans des cassures.

Son troisième tour en +4 est d’ailleurs à relativiser. Selon les officiels de l’USGA, ce troisième tour a vu les scores les plus élevés depuis Merion en 2013 avec 62 joueurs au-dessus du PAR.

Effectivement avec 93% de fairways pris en régulation, et 61% de greens en régulation, le jeu du tee au green du golfeur du Médoc a été plutôt excellent. Il a même mieux joué que le reste du champ des joueurs, respectivement en 73% pour les fairways, et 52% pour les greens en régulations.

La différence par rapport aux leaders du tournoi ne se fait donc pas du tee au green, mais bien au putting ou autour des greens.

Finau ou Koepka, leaders au soir du troisième tour n’affichent pas de meilleures statistiques dans ce domaine.

En réalité, sur le putting, Pavon n’est pas nécessairement hors course. Il a rentré 88 putts en 3 jours quand le leader, Daniel Berger en a rentré 87, et le meilleur, Alex Noren, 82.

Son classement s’explique surtout par le fait qu’il ne s’est pas encore créé assez d’occasions de birdies. Sur trois tours, il en a rentré 5 alors que les leaders naviguent entre 9 et 12.

C’est extrêmement encourageant, car pour un premier US Open, un tournoi réputé difficile, le français a mis son jeu au niveau des meilleurs mondiaux.

Quand vous êtes capable de faire ça, c’est qu’il y a du potentiel, et cela ne peut pas être le fruit du hasard ou d’une bonne semaine. Pavon démontre à cette occasion qu’il est un joueur à surveiller pour l’avenir.

Trop souvent, les golfeurs français réussissent un exploit puis disparaissent. Depuis Thomas Levet et dans une moindre mesure, Victor Dubuisson, plus aucun joueur tricolore n’a été capable d’être régulièrement au top niveau. Pavon peut-il être ce joueur ?

Il lui reste encore à apprendre à gagner. Ce qu’il n’a jusqu’à présent fait qu’à une reprise sur l’Alps Tour en 2015.

Dans ses interviews, on sent qu’il est content d’être là, à ce niveau, avec les meilleurs joueurs du monde. Posé, patient, la prochaine étape consistera sans doute à vouloir être devant eux.

Crédit photo : USGA

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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