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TPT Golf : Des débuts remarqués, une histoire encore à construire

TPT Golf : Des débuts remarqués, une histoire encore à construire

Il y a un peu plus d’un an, JeudeGolf.org vous faisait découvrir les manches TPT de fabrication Suisse. C’était surtout à la suite d’un article sur le nouveau driver de Justin Rose, alors en pleine phase ascensionnelle de sa carrière. Depuis, deux PGA Shows sont passés, et TPT a rencontré un réel succès d’estime. Son procédé de fabrication unique au monde a suscité un intérêt certain de la part de la communauté golfique, mais paradoxalement, pas encore réellement de réponse de la part des concurrents. Jusqu’à présent cantonnés au driver, les Suisses ont de nombreux projets de développements pour étendre leurs gammes. Ils ont aussi été confrontés à leurs premières difficultés dans un univers impitoyable…

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Depuis l’arrivée du manche TPT sur le driver TaylorMade de Justin Rose, bien des choses ont changé.

L’anglais est devenu numéro un mondial, mais il a changé de driver et de manche. Qu'à ne cela tienne !

Bryson DeChambeau, le scientifique fou, s’est emparé du sujet, et déjà remporté plusieurs victoires avec ce manche monté sur son driver Cobra KING F9.

Depuis quelques années, il y a des effets de modes qui traversent le monde du golf, du circuit professionnel jusqu’aux amateurs…

Superstrokes s’est imposée en un éclair comme le grip préféré des pros, pour très rapidement prendre beaucoup de parts de marché dans le monde amateur, notamment sur les putters.

La reine des tendances qui transpire du circuit pro chez les amateurs est peut-être toujours, et depuis 20 ans, l’histoire de la Titleist Pro V1.

Le marketing, les budgets publicitaires sont souvent à l’origine de ces mouvements de fonds qui traversent les continents.

Dans le cas de TPT, c’est peut-être plus la communication sur la technicité du produit que la performance pure sur le tour qui a servi d’étincelle, dans un environnement, où nous tous, médias, marques, golfeurs, cherchons l’élément qui pourrait tout changer, et notamment s’agissant de la performance.

Plus de distance ? Plus de régularité ? Plus de précision ?

Il suffit d’aller au PGA Show à Orlando pour voir que chaque marque, du fabricant de tête au fabricant de grip, affiche un credo, une promesse, un bénéfice utilisateur fort.

Pourtant, c’est peut-être la chose la plus difficile à évaluer concrètement pour Monsieur Tout le Monde, une fois sur son parcours de golf habituel.

En matière de shaft, déterminer la domination d’une nouvelle technologie ou d’une nouvelle marque n’est pas chose si aisée à établir.

Il y a aussi une grande part de psychologie, et de sensations.

Moi, le premier, si Justin Rose découvre un nouvel ensemble tête, manche qui lui permet de gagner en régularité et/ou en distance, je vais être curieux de tester ce bénéfice pour mon jeu.

Et dans beaucoup de cas, vous avez envie d’y croire.

Dans l’univers du matériel de golf où tout est codifié, et même réglementé, comment faire de vraies différences ?

Le fitting s’est imposé comme la meilleure manière de sécuriser son achat.

Cependant, il existe tellement de têtes, de manches, de grips, et d’ajustements possibles, qu’il n’est en réalité, jamais totalement possible de tout tester.

Il peut y avoir une part de doute ou alors une part d’acceptation du fait qu’après tout, c’est le golfeur qui tient le club. La performance du produit est peut-être marginale dans la performance globale.

Dans cet environnement, finalement si riche, et si complexe, il est facile pour certains de tromper le consommateur. Ce consommateur ayant envie de croire…

Dans le domaine des shafts graphites, il y a déjà un premier problème évident avec le fait que 99% des marques ne veulent pas afficher la rigidité réelle de leurs manches, et notamment en utilisant l’International Flex Code, qui définit la rigidité du manche sur quatre points du butt au tip, et sur une échelle allant de 1 à 9.

Qu’est-ce qu’un manche regular ? Qu’est-ce qu’un manche stiff ? Qu’est-ce qu’un manche stiff regular au-delà des mots ?

TPT qui n’est pas à l’origine une marque historique du golf, est arrivée dans cet environnement avec la fraîcheur et presque la naïveté du jeune premier.

Portée par les victoires des joueurs sur le tour, et les premiers excellents retours des clubfitters, la marque a connu une période d’euphorie.

Pourtant les fabricants de têtes comme TaylorMade, Callaway, Titleist, et l’immense majorité du marché ne s’est pas précipité pour adopter ce produit annoncé si performant.

Il y avait un gros hic.

Quand elles consacrent en moyenne 15 à 30 dollars pour le manche, et pour leurs sous-traitants, multiplier ce prix par 30 n’était tout bonnement pas envisageable sans trop bouleverser l’équilibre économique.

Faut-il en déduire que les marques se contentent de proposer de fortes promesses de performances dans un prix contenu ?  Dans cette question, il y a quelque part une incohérence.

Comment être plus performant d’une année sur l’autre si vous n’utilisez pas les meilleurs matériaux ou les meilleures technologies ?

En réalité, cela veut bien dire qu’il y a une contrainte de coût qui bride la performance promise.

Le prix d’un driver vraiment super performant ne serait donc pas en théorie compris entre 500 et 600 euros, mais en réalité, comme le coût probable d’un driver d’un joueur du tour, plutôt en réalité au-dessus de 1200 euros.

Que nous reste-t-il à part le marketing ?

En matière d’équipement pour le golf, tout est toujours une question de compromis. La production de masse de clubs standards n’échappe donc pas à cette réalité.

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L’arrivée de TPT n’a pas donc suscité un tel enthousiasme de ceux qui pourtant devraient crier au miracle, les OEM ou grands assembleurs de clubs de golf.

TPT pour « Thin Ply Technology » et son manche à 700 dollars, puis 500 dollars après un premier ajustement tarifaire demandé majoritairement par les clubfitters américains, reste justement un produit proposé par des spécialistes, et non pas d’emblée par les marques.

Comme tout nouveau produit, certains ont salué la nouvelle technologie, et d’autres ont commencé à attaquer la durabilité, peut-être le seul argument attaquable sur un manche.

Sur les sites américains, on rapporte un certain nombre de shafts cassés par des testeurs.

Sur ce point, je voudrais préciser mon témoignage à ce sujet.

Pour aller au PGA Show, et côtoyer nos amis américains quand ils testent des produits, vous n’avez pas toujours à faire à des gens délicats.

J’ai effectivement vu de mes yeux, un golfeur normalement professionnel puisque le PGA Show leur est dédié, cassé un shaft TPT.

Sauf qu’il faut préciser que ce Golgoth, taillé comme un joueur de football américain avait violemment envoyé la tête dans le sol plus que sur la balle au moment du contact !

Ce genre d’histoires a fait le tour du net.

Personnellement, en 30 ans de golf, je n’ai jamais cassé de shaft de ma vie autrement que volontairement.

Laisser penser que les manches TPT seraient fragiles sur la base de testeurs, y compris de sites spécialisés qui casseraient ces manches plus fréquemment que d’autres me laisse songeur.

J’utilise un manche TPT depuis plus d’un an, et je n’ai jamais relevé le moindre signe de faiblesse, mis à part peut-être la couleur bleu qui s’efface sous l’effet du temps ou du frottement dans le sac.

Je ne suis pas intéressé financièrement aux résultats de TPT. Ce n’est pas mon problème.  Je suis plus préoccupé par la recherche de la vérité, et de la réelle performance de ces manches contre la concurrence.

Toutefois, des rumeurs de sabotages ont bien existé à l’encontre des manches TPT pour faire croire à une plus grande fragilité.

Pas seulement des rumeurs, notamment quand un pro du PGA Tour a cassé son manche sur un drive en pleine compétition !

Référence au cas de John Senden qui a cassé son manche TPT à l’occasion de l’Australian PGA Championship. Le manche a cassé au niveau du butt, ce qui semblerait être le cas le plus relevé pour le manche en version LKP de chez TPT.

Qu’un shaft casse au niveau du tip et près du hosel est en soi bien plus compréhensible, mais comment peut-il casser au niveau du butt ? C’est mystérieux.

Que des testeurs cassent un manche au cours d’un essai a une importance relative, que le shaft casse quand le joueur dispute un tournoi pour de l’argent, et c’est un sujet plus important.

Oui, mais à nouveau, dans le monde de fake news dans lequel nous vivons, où, il est de plus en plus commun de manipuler l’information sur des marchés où les enjeux se comptent en milliards de dollars, qui peut affirmer qu’il n’y a pas eu une forme de sabotage ?

Qui va mener une enquête sur un sujet aussi relatif que la casse d’un manche quand malheureusement des centaines d’enquêteurs n’arrivent pas à trouver un avion abimé en mer ?

J’en reviens à ce que j’ai vu au PGA Show. Oui, j’ai vu un crétin taper de toute ses forces dans la terre, sans doute à plus de 110 mph, pour casser le shaft ! Si lui est professeur de golf, moi je suis l’Abbé Pierre !

Le paradoxe, c’est que TPT accumule les victoires sur les différents circuits en même temps que ces polémiques sur la durabilité des manches.

Personne ne parle du processus technologique, et aucune marque, y compris et surtout les japonais n’ont encore tenté de les imiter, et à ma connaissance.

Dans un univers où coexiste peut-être des milliers de shafts différents, comment arriver à prouver que les manches TPT sont assurément les meilleurs ?

Pour ma part, je reconnais un aspect psychologique. Au moment de les tester pour la première fois, et conscient du prix de vente très supérieur à la moyenne, j’ai sans doute été influencé, mais j’ai senti quelque chose.

C’est très difficile d’argumenter sur une sensation.

C’est finalement Juan Gomez, un clubfitter basé à Miami et interviewé sur Twitter à ce sujet qui donne le meilleure description de ce feeling : « Est-ce qu’un shaft peut-être doux ? » Il parle de douceur pendant le downswing, et c’est ce qui offrirait de meilleures performances.

Pour ma part, je pense comprendre ce terme de douceur pour l’avoir ressenti. Est-ce que je drive mieux pour autant ? Quelle est la part du joueur par rapport au matériel ?

Ce n’est pas si évident d’apporter la bonne réponse.

Quoi qu’il en soit, il y a bien eu un phénomène de fond, avec de nombreux pros qui ont commencé à changer pour des manches TPT, et à gagner des tournois, comme DeChambeau, Rose ou Vijay Singh sur le circuit vétéran.

Dans le même temps, le nombre de clubfitters a bondi aux Etats-Unis de 24 à 75, sans doute sous l’impulsion de Sebastian Sebayang, qui ne ménage pas sa peine, et coure le monde pour faire la promotion du savoir-faire Suisse.

A l’international, TPT compte déjà plus de 130 clubfitters qui défendent la marque.

La marque Suisse n’a vraisemblablement pas les moyens de payer des joueurs comme Jason Day, Bryson DeChambeau ou Patrick Reed pour les encourager à jouer ses shafts.

A la rigueur, elle pourrait peut-être en payer un… mais pas autant de joueurs pros.

Pourtant, le sujet de la casse des manches est venu sur le tapis sur la fin d’année 2018, et alors que le fabricant affirme ne pas relever de pourcentages de casses qui sortent de la normale…

TPT encaisse le coup sans mot dire, découvrant au passage l’univers impitoyable de matériel de golf.

L’argument mis en avant étant que la performance du manche TPT est poussée à un tel paroxysme, que forcément, le revers de la médaille devrait être la fragilité.

Obligée de répondre à cette problématique posée malgré elle, la société suisse, par l’intermédiaire de Sebastian Sebayang, son directeur commercial, a fini par argumenter « Nous avons amélioré notre processus de contrôle qualité. Nous travaillons avec une école d’ingénieurs pour développer une nouvelle machine toujours dans le but d’améliorer le contrôle qualité. »

Passé la période d’euphorie, TPT fait donc face à un sujet qu’elle n’avait pas prévu.

Être attaqué sur la durabilité du produit, alors qu’elle propose une technologie qui pourrait bien permettre demain, de fitter un manche, en se basant complètement sur les caractéristiques uniques d’un joueur de golf !

Justin Rose a laissé son shaft TPT pour reprendre un Mitsubishi Tensei Orange. Il a continué à gagner. Dans quelle mesure, le manche rentre en compte dans sa performance ?

 « Il n’y que quatre propriétés de shafts qui comptent : Le poids, le profil, le torque, et la consistance. »

Tom Wishon affirme astucieusement qu’il n’y a que deux types de shafts dans le monde « Ceux qui s’ajustent à votre swing et les autres. »

Dans ce cas, le prix du manche ne rentre jamais en ligne de compte.

Sauf que le golfeur amateur en loisir n’a pas d’intérêt suffisamment motivé pour dépenser 500 dollars dans un seul shaft…Ce produit s’adresse clairement à des passionnés.

TPT est impliquée dans la formule 1 et la voile.

Dans les deux domaines, la marque a connu du succès et démontrée des progrès notables en recherche et développement. C’est à porter à son crédit. Peut-elle transformer le monde du golf ? Il y a clairement des résistances.

Pas forcément suffisantes pour les empêcher de développer des manches graphites pour fers alors qu’on aurait plutôt attendu des manches pour bois et hybrides. Sans doute, une pression des clubfitters pour partir dans cette direction.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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