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Tiger Woods à Torrey Pines: Une reprise en forme de long chemin de croix

Tiger Woods à Torrey Pines: Une reprise en forme de long chemin de croix

Il y a une chose très importante qu’une carte de score au golf ne dit pas…c’est comment vous avez joué ! Si vous avez passé votre journée à sauver des situations compliquées. Si vous avez passé votre journée à jouer de malchance. Si vous avez passé votre journée à balancer entre un compartiment de jeu qui fonctionne, et un autre qui vous abandonne. Pour son retour très suivi en Californie, Tiger Woods a rendu une première carte de 76 (+4 au-dessus du par). Parcourons en détail cette première partie en compétition depuis 17 mois, muni de ses nouveaux clubs TaylorMade.

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Une partie de champions pour le premier tour du Farmers Insurance Open

Dans la partie de Jason Day (actuel numéro un mondial) et Dustin Johnson (joueur de l’année sur le PGA Tour en 2016), Tiger Woods revenait sur un parcours qu’il connait bien, et qu’il a toujours apprécié.

Semaine particulière pour la légende du golf, la veille, David Abeles, pd-g de TaylorMade confirmait la signature de Woods.

Pas pour tous les clubs, principalement, le driver, les bois de parcours, et plus surprenant, les wedges, alors qu’il conserve pour l’instant ses fers Nike, alors que pour la balle, il a déjà choisi la Bridgestone.

Un choix qui mélange conservatisme et pragmatisme puisque pour le putter, Woods est aussi revenu à son Scotty Cameron Newport 2GSS.

S’agissant du driver, et contrairement aux images disséminées par TaylorMade, Woods a bien mis en jeu un driver M2 de 2016 versus le nouveau modèle de 2017.

133eme sur 155 engagés et un abandon, le moins que l’on puisse dire, sans faire de faux suspense, c’est que Woods n’a pas démarré 2017 de la meilleure des façons sur un parcours qui n’est pas le plus monstrueux sur le PGA Tour.

Certes, DeChambeau a fait moins bien (+6) ! Ceci étant, le jeune prodige semble être plus une « success story » marketing qu’un nouveau phénomène sportif.

Dès le premier coup tapé, Tiger Woods a malheureusement donné le ton de ce qu’allait être toute sa journée.

Un Tiger Woods en petite forme et sans doute en phase d’appréhension

En grand fan du tigre depuis 20 ans, je dois concéder que Woods n’a été que l’ombre de lui-même.  Son score de 76 ne dit pas, si vous n’avez pas suivi tous ses coups, et toute sa partie, à quel point il a mal joué ce jeudi.

Son premier drive sur le tee shot du trou numéro un a illustré un énorme coup d’épaule pour tenter de récupérer une rotation du bas du corps en retard, et résultat spectaculaire, son premier drive est parti dans un arbre à droite du fairway.

Par miracle, peut-être le seul de la journée, Woods a vu sa balle revenir en direction du fairway, mais les roughs de Torrey Pines ne sont pas une plaisanterie.

La balle est restée à l’arrêt. Chanceux ? Pas chanceux ? Le coup suivant n’a guère été plus précis. Depuis le rough, il a manqué le green à droite, trop court, et toujours dans le rough !

L’occasion d’étrenner ses nouveaux wedges TaylorMade…

Pour le coup, ce fut son premier coup correct de la journée pour se poser à moins de 2 mètres du trou.

A ce stade, on aurait pu imaginer que ce premier drive dans l’arbre l’ai quelque peu déstabilisé, et que la machine à bien jouer allait se mettre en marche en mode diesel

Derrière son coup d’approche réussi, Woods a manqué un putt que le tigre n’aurait jamais laissé passer à gauche du trou. Premier bogey et premier point perdu, en se disant en plus que sur le coup, il est même verni.

Deuxième tee shot avec un bois 3 TaylorMade, et là, un coup en hook qui va trouver l’autre rough cette fois, celui de gauche !

A en juger par l’énergie que Tiger a dû mettre pour en sortir, si le parcours de Torrey Pines ne parait pas extérieurement infernal, les roughs sont LA difficulté.

Un joueur qui met ses mises en jeu sur le fairway peut passer une journée relativement tranquille.

D’ailleurs, ils sont 76 à avoir joué sous le par pour ce premier tour du Farmers Insurance Open 2017.

17 mois après avoir foulé un fairway du PGA Tour en compétition, sans compter le Hero World Challenge disputé aux Bahamas, non seulement, Woods est très loin de son niveau, mais il est très loin du niveau des meilleurs du moment. Justin Rose trône au sommet du leaderboard à -7 sous le par !

Son deuxième coup n’est guère plus réussi que sa précédente approche sur le trou numéro un, il est encore trop court, et cette fois dans le bunker.

Cette première sortie de bunker sera à nouveau l’occasion d’un bon coup avec de l’effet pour ramener la balle près du trou. En deux trous joués, le seul compartiment de jeu en place à ce stade est le petit jeu, domaine dans lequel il avait souffert de yips avant sa longue absence.

C’est un point positif. Il y en aura tellement peu d’autres tout au long de cette journée.

Un putt lui sera cette fois utile pour valider la qualité de son approche, et sortir avec un premier par.

Sur le trou suivant, le premier par-3 de la journée, joué face à l’océan, Woods a un coup de fer clair en direction du green.

Il va pourtant à nouveau balancer fort à gauche de la cible se laissant un trop long putt pour espérer quoi que ce soit de ce trou.

Son premier putt termine un mètre trop court ! Il sauve néanmoins le par en revenant de loin.

Tee shot du quatre, Woods réussit peut-être l’un de ses seuls engagements à peu près convenable de la journée. Il attrape un bout de fairway sur la droite, et peu attaquer le green depuis une position à peu près convenable.

A nouveau, son coup de fer va se révéler très imprécis, court et trop à droite du drapeau. Oubliez une première opportunité de birdie ! Malgré une double pente sévère, Woods s’en sort avec deux putts, et un par.

Sur le trou numéro cinq, premier signe de frustration mêlé à de la colère, Woods qui avait pour une fois plutôt réussi sa mise en jeu, frappe le sol avec son fer pour un deuxième coup lâché à droite du green, et encore trop court.

Encore une opportunité de perdue pour un birdie, et un par superbement sauvé avec un lobwedge planté au drapeau.

Par la suite, si le driving s’est à peu près réglé pendant un temps, ses coups de bois 3 ont systématiquement trouvé le côté droit du fairway, tant et si bien que Woods a passé sa vie à sortir du rough.

Impossible de scorer dans ces conditions !

Quand la mise en jeu a été convenable, le tigre a été trahit par son jeu de fers ! Sur le trou numéro 7, alors que son drive l’a mis au centre du fairway, dans des conditions idéales pour aller chercher le centre du green, Woods a encore manqué sa cible très largement sur la droite du green.

Rebelote au huit avec à nouveau une balle dans un arbre sur la droite du green.

Idem au départ du neuf mais cette fois avec son driver, et encore une balle dans un rough terrible à droite qui l’a forcé à taper un coup punché à mi-hauteur, mais sans la possibilité de contrôler pleinement la trajectoire.

Sur ce par-5, il arrivera néanmoins à la faveur d’un bon coup de wedge à s’offrir une opportunité de birdie, finalement non convertie pour quelques millimètres.

Passant l’aller en +1, finalement Tiger Woods a limité la casse, mais sans jamais donner l’impression de maîtriser son sujet.

Un aller moyen qui devance un retour à la peine

Pour des personnes de ma génération qui l’avons suivi, et vu tant dominer ce sport, oui, il y a quelque chose de surprenant dans le jeu de ce Woods. Certes, il revient à la compétition après de longs mois d’absences.

Dans ce cas, le problème n’est pas non plus mental.

Tiger n’est tout simplement plus Woods.

Peut-il le redevenir ?

Plus le temps passe, et moins cela paraît possible.

Cela va bientôt faire dix ans que l’on espère le revoir à son meilleur niveau. Certes, par intermittence, et notamment en 2013, ll a réussi à partiellement redevenir le meilleur (sans gagner en majeur).

C’est sans doute ce qui nous fait penser qu’il peut encore revenir, mais pas avec le jeu qu’il a démontré à Torrey Pines.

Sur le retour, les trous dix et onze vont donner une fausse impression de mieux.

Malgré un drive à gauche du fairway (pour une fois), son coup de fer a trouvé le green dans une position enfin approprié pour une vraie opportunité de birdie.

Et pour le coup, il ne l’a pas manqué, ce qui fut le marqueur de son premier birdie officiel sur le PGA Tour depuis 17 mois !

A croire que c’est ce qui lui a le plus manqué !

Dans la foulée, sur le trou suivant (onze), un coup de fer 4 posé à 200 mètres lui a permis de se procurer une deuxième réelle opportunité de birdie (par-3).

En l’espace de deux trous, on a cru retrouver Tiger. Cela n’aura été qu’une pause dans cette triste journée.

Au départ du douze, encore un drive très largement à droite du fairway, et dans le public pour de nouveau jouer dans un rough à couper au couteau.

Bien entendu, sur ce par-4, son deuxième coup injouable ne lui a permis que de se rapprocher du green, tout en restant encore dans le rough.

Dans cette situation, c’est encore ses nouveaux wedges TaylorMade qui lui ont permis de sauver les meubles (seulement un bogey).

Au treize, encore un drive sur la tête du public à droite du fairway, pour le coup, la publicité n’est pas flatteuse pour TaylorMade !

Woods s’est montré bien incapable de tenir la ligne de jeu tout au long de cette première journée avec ses nouveaux clubs.

Encore un rough, et malgré un coup de fer, il n’a pas réussi à en sortir pour se remettre sur la piste.

On assiste vraiment à un chemin de croix de celui qui a été le meilleur golfeur de la planète.

Et c’est aussi à ce moment que son putting sous pression toute la journée l’a lâché !

Sur le green du treize, à plus de quinze mètres du drapeau, son premier putt est resté court de deux mètres. Le putt suivant est passé à côté, résultat sans appel : 3 putts !

Sur le quatorze, un difficile par-4 en dog-leg gauche, si Woods n’a pas dominé son sujet, il a joué de malchance à la fin.

Son coup de bois 3 encore dans le rough (à gauche) lui a laissé un deuxième coup difficile mais malgré tout porté à l’entrée du green.

Un pitch assez moyen lui ouvre tout de même un putt pour sauver le par, et la balle part bien dans cette logique avant de tourner en-dehors du bord du trou.

Sur le visage de Woods, on sent une nouvelle fois le dépit du joueur qui joue très moyennement, et qui en plus n’est pas servi par les événements.

Et dans ce cas, l’inévitable se produit, au départ du quinze, Woods drive une nouvelle fois complètement en direction de la foule à gauche du fairway ! Ce n’est pas une balle qui prend trop d’effet et tourne à gauche. Woods a frappé directement à gauche !

Dans la foulée de son backswing, il lâche son club par terre de cette colère froide que nous tous connaissons quand la fin d’une partie approche, et que l’on a joué horrible toute la journée.

Le golf a beau être un sport génial. Quand vous avez accumulé deux, trois heures de frustrations…Que rien ne marche, oui, vous lâchez votre club comme si c’était de sa faute.

Woods-TaylorMade…la nouvelle union ne démarre pas de la meilleure des façons, sauf pour les wedges ! Sur ce trou, c’est encore une approche qui va le sauver d’un drive catastrophique, et d’une sortie de rough délicate.

Tiger manquait peut-être de compétition et de rythme. Jusqu’au trou onze, il a donné l’illusion de pouvoir corriger le tir d’un jeu très approximatif. En réalité, il a perdu pied.

Morale de l’histoire que tous les golfeurs connaissent…Quand vous luttez avec votre jeu, arrive toujours un moment où la carte finit par en prendre « plein la tête ».

Sur ce point, comme Woods n’est pas un golfeur comme les autres, il a néanmoins réussi à rester dans sa partie, et dès le trou seize enchaîné trois bons coups pour signer un PAR, sur un par-3 plus clément.

Cependant, dès qu’il a eu ses nouveaux bois en mains, direction à droite toute ! Sur le 17, un par 4 de 400 mètres, on le retrouve encore dans le rough à droite. Malgré une belle sortie de bunker, il manque encore un « makeable » putt.

Le meilleur pour la fin

Dernier départ de la journée, et encore au drive, une balle qui file à droite du fairway pour trouver un énième rough !

Sur ce par-5, Woods va néanmoins sortir deux bons coups de fers pour attraper le green en régulation.

En particulier, son approche qui va se poser très près du drapeau, et lui offrir un dernier birdie pour finir sa journée sur une belle note, et devant la tribune officielle.

Ce birdie lui a au moins donné le sourire, mais aussi le plus beau moment de la journée.

Le plus authentique et sincère intervint quand Jason Day s’approcha de Tiger, et que ce dernier ne lui sera pas seulement la main, mais l’enserra dans une étreinte amicale très forte, comme si le plus dur avait été fait.

Tiger est revenu ! Il a joué 18 trous en compétitions avec les meilleurs.

Cependant, il est encore très loin de son niveau, et du niveau des meilleurs actuels.

Si très rapidement, son jeu ne retrouve pas une plus grande cohérence, et en particulier son driving, je crains qu’il mette prématurément un terme à sa carrière.

Il a toujours prévenu que si arrivait un jour où il ne serait plus compétitif, il décrocherait. Sur ce qu’il a montré jeudi, Woods semble très loin de qu’il a été.

La carte de score ne dit pas comment vous avez joué !

La façon dont vous avez joué en dit plus sur vos capacités.

Toute la journée, Woods a poussé la balle à droite. Si par moment, les approches ont été bien meilleures, dans certains cas, il n’était pas dominateur.

Le chantier qui s’ouvre devant lui n’est pas insurmontable, mais il y a du boulot pour retrouver celui que l’on a admiré, et que l’on aimerait tant admirer encore.

A Augusta, dans trois mois, avec un tel jeu, Woods ne passera pas le cut...

Crédit photo : Courtoisie de TaylorMade

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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