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The Open 2018: Jean Van de Velde de retour à Carnoustie

The Open 2018 : Jean Van de Velde de retour à Carnoustie

Depuis quelques jours, dans la perspective du British Open de nouveau disputé à Carnoustie en Ecosse, tout le monde se remet à penser à l’une des images qui aura marqué le siècle dernier : Jean Van de Velde, les pieds dans l’eau sur le trou numéro 18, sur le point de perdre un majeur qu’il avait pourtant dominé jusque-là. Au départ du 72eme trou du tournoi, il lui fallait seulement un 6 pour gagner. Seulement un 6…

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A 52 ans, Jean Van de Velde revient à Carnoustie dans un rôle différent, celui de commentateur pour la télévision. Son regard sur ce parcours sera forcément précieux.

Interviewé par les médias français ou britanniques, alors que la perte de The Open au profit de Paul Lawrie est toujours aujourd’hui considérée par beaucoup de golfeurs comme l’un des événements les plus incroyables de l’histoire du golf, Jean Van de Velde démontre une philosophie, et une attitude remarquable.

Alors que beaucoup a sa place ne voudrait pas participer à ce travail de mémoire, et être rappelé sans cesse à un moment tragique d’une carrière où manque une victoire en majeur, Van de Velde a conquis tout le monde une deuxième fois.

Une deuxième fois ?

Quand il a perdu The Open en Play-off contre Justin Leonard, et le futur vainqueur Paul Lawrie, à l’époque, le public amassé autour du 18eme green avait conscience de ce qui venait de se passer.

Lawrie pouvait soulever la Claret Jug. Il était le vainqueur dont on allait graver le nom sur le trophée, pourtant, et pour une fois, une rare fois, l’histoire n’allait pas se souvenir du vainqueur, mais du vaincu.

Jean Van de Velde n’a pas perdu The Open l’espace d’un instant. Le déroulement de l’acte a duré plusieurs longues minutes. A chaque scène, l’intensité du drame en train de se jouer ne faisait qu’augmenter.

Le français explique très bien les choix techniques qu’il a pu faire au départ du 18.

Pendant toute la durée de l’Open, le vent avait beaucoup soufflé sur le terrain, et cela n’avait pas été sans effet sur la difficulté des roughs laissés très hauts, trop hauts peut-être.

Sur ce dernier départ, Van de Velde a joué un bois, alors que souvent dans cette situation de leader avec une confortable avance, un coup de fer est le plus sage.

Lui, voulait simplement prendre un coin de terrain sec, et le plus près du trou, pour se rendre le second plus facile.

Il n’avait simplement pas prévu un push très à droite du fairway sur le trou d’à côté. Beaucoup ont considéré que cela avait été sa plus grosse erreur sur ce trou.

La première pièce d’un scénario défaillant.

Sur le coup suivant, Van de Velde était effectivement dans une situation très décalée par rapport à l’attaque usuelle du green.  Son champ de vision était beaucoup plus restreint.

A nouveau, il tapa un coup hors de contrôle en push à droite de la cible. Non seulement, la balle quitta la trajectoire idéale vers le green, mais en plus, trop longue, elle heurta un gradin pour rebondir loin dans le rough, ce qu’il voulait absolument éviter.

Son troisième coup, peut-être pas assez punché dans un rough incontrôlable lui coûta cette fameuse balle dans l’eau qui fit le tour du monde.

Son troisième coup, peut-être pas assez punché dans un rough incontrôlable lui coûta cette fameuse balle dans l’eau qui fit le tour du monde.

Pendant de longues minutes, il jaugea la situation. Otant ses chaussures, il se rendit au milieu de l’obstacle d’eau, hésitant à tenter le coup à la française (Rien n’est impossible pour un tricolore).

Finalement, il dropa dans une situation tout aussi difficile. C’est-à-dire, à nouveau dans le rough. Cette fois, sa balle trouva le bunker devant le green.

En l’espace de quelques minutes, de leader avec trois coups d’avances, Van de Velde devait réussir la sortie de bunker pour remporter The Open, ou réaliser sortie de bunker-putt pour partir en play-off.

Depuis cet épisode malheureux pour le français, rarement un autre golfeur n’a connu un scénario aussi cauchemardesque dans un final de tournoi majeur.

Il y a bien eu le cas de Dustin Johnson en 2015 à Chambers Bay  qui a fait dire à la presse américaine que l’américain avait fait pire que le français.

Cependant, dans la mémoire collective de toutes les golfeuses et tous les golfeurs, et de toutes les golfeuses, rien n’égale l’intensité dramatique de Carnoustie 1999.

Et si Van de Velde avait gagné ? Il aurait été le premier français depuis Arnaud Massy à gagner en majeur.  La fédération ne se chercherait toujours pas un grand champion reconnu internationalement.

Cependant, est-ce que cette défaite mémorable ne fit-elle pas bien plus ?

Si Van de Velde avait gagné, nous français nous en souviendrions comme les victoires de Remesy à Paris pour l’Open de France, mais est-ce que le monde s’en souviendrait ? Rien n’est moins sûr.

Van de Velde est indéniablement lié à jamais à Carnoustie. Il le sait, et se prête de bonne grâce aux nombreuses demandes d’interviews à ce sujet, que l’on pourrait pourtant considérer comme douloureux.

Il n’a plus jamais eu l’occasion d’être aussi près du Graal.

Aujourd’hui, pour la presse britannique, Van de Velde fait preuve d’une classe infinie. Non seulement, il ne se cache pas, ne s’offusque pas, mais finalement, admet que ce fut une semaine fantastique avec beaucoup de bons souvenirs.

Bien entendu, il souligne le fait que The Open est le plus grand tournoi de golf dans le monde, comme l’avait souligné avant lui, Jean Garaialde.

Peut-être moins sensible aux charmes des Etats-Unis, pour beaucoup de golfeurs français, The Open est en fait la référence absolue du golf, le majeur à gagner.

La façon dont il a géré sa défaite terrible à Carnoustie, à selon Van de Velde, révélé au monde qui il était, et comment il se comportait.

« Nous voulons tous prendre du plaisir à jouer au golf, et nous rêvons tous de réaliser de grandes choses, et pourtant très peu y parviennent. »

Il ajoute « Je me sens privilégié et peu importe ce qu’il s’est passé sur le 72eme trou. »

Van de Velde n’a pas son nom sur le trophée. Il a peut-être mieux. Il a gagné la sympathie de millions de golfeurs qui savent à quel point ce jeu peut être parfois dur et cruel à la fois.

Il a gagné la sympathie de ceux qui savent que le golf est un « Mind game », mais surtout un jeu d’humilité.

Tant que la dernière balle n’est pas rentrée dans le trou, tout est encore possible.

Van de Velde n’a pas gagné The Open. Il a gagné son nom gravé dans une pierre du pont qui sépare le fairway en deux sur le trou 18.

Aujourd’hui, à 52 ans, Jean Van de Velde est surtout un modèle pour le golf français, et même mondial. Sa terrible désillusion, et la façon avec laquelle il l’a digéré pour en faire une partie de son histoire peut servir de modèle à beaucoup de jeunes golfeurs et golfeuses aujourd’hui.

Les grandes victoires de demain se construisent souvent dans les grandes défaites d’hier. Jean Van de Velde a pris beaucoup de plaisir à voir l’équipe de France de Football gagner une deuxième Coupe du Monde en Russie.

Pour beaucoup d’entre nous, l’histoire de l’équipe de France de football a commencé à Séville en 1982 pour ce qui restera un match référence, et une profonde blessure.

Jamais l’Allemagne n’aurait dû battre la bande de Platini et Battiston…et pourtant…

Avant le sacre de 1998 et celui de 2018, il y a eu 1982, 1986, 1994 et 2010.

Le prochain français à gagner un majeur aura pour lui l’héritage de Van de Velde, Levet et Havret, tous les trois en deuxième position d’un majeur.

C’est l’héritage du golf français.

Crédit photo : Mark Newcombe à Carnoustie

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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