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The Open 2014 - McIlroy : Docteur Jekyll ou Mister Hyde?

The Open 2014 - McIlroy : Docteur Jekyll ou Mister Hyde?

Le golfeur nord-irlandais Rory McIlroy, un temps numéro un mondial, annoncé comme le nouveau Tiger Woods, déjà vainqueur de deux majeurs de golf, laisse dubitatif depuis plusieurs mois. Capable de jouer à un niveau presque extra-terrestre un jour, et aussi de complètement passer au travers le lendemain, le leader du premier tour de The Open 2014, après une carte de 66, peut-il gagner ou dégoupiller à Hoylake ? 

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Pour beaucoup d’autres golfeurs, la question ne se poserait pas forcément en ses termes. 

Cependant, quand on s’appelle Rory McIlroy, que l’on est doué, et qu’on a déjà marqué les esprits avec des victoires sans appels à l’US Open 2011, ou au PGA Championship 2012, mais aussi explosé au moment de conclure le Masters 2011, la problématique est que l’on ne sait pas quel joueur on va retrouver sur le fairway d’un jour à l’autre. 

Bien sûr, pour tous les amateurs qui jouent au golf régulièrement, le fait d’alterner des parties totalement différentes est plutôt quelque chose d’habituelle. 

D’ailleurs, il est plus rare de jouer son index ou en-dessous que de jouer des parties plus difficiles. 

Au plus haut niveau, c’est aussi le cas. 

Mis à part Tiger Woods au meilleur de sa forme, les golfeurs professionnels qui réussissent à jouer à la perfection pendant quatre tours d’affilés ou même pendant plusieurs semaines, raflant au passage plusieurs victoires sont en fait très rares. 

En 2013, Woods a réalisé une très belle saison en remportant…seulement cinq victoires sur la totalité des tournois qu’il a joué. 

Dans d’autres sports, et par exemple le tennis, il n’est pas rare que le numéro un mondial remporte entre 10 et 15 victoires par saison. 

Ce n’est pas le cas au golf pour plusieurs raisons :

  • Vous ne jouez pas contre les autres, mais contre le parcours, et c’est souvent ce dernier qui gagne
  • Le golf demande technique, physique et tactique (comme tous les sports de haut niveau), et en plus une résistance mentale très forte sur une durée très longue (un tournoi de golf dure quatre jours à raisons de près de cinq heures par jour).
  • Le niveau des compétiteurs est très homogène en même temps que très élevé.
  • Le facteur « chance » que d’autres appelleront réussite joue beaucoup. Un exemple récent avec la victoire de l’américaine Mo Martin pendant le British Open la semaine passée. Elle tape un coup de bois 3 au 18 à près de 200 mètres qui finit sa course sur le green, en tapant le drapeau ce qui immobilise la balle à côté du trou. Résultat, elle rentre le putt pour eagle, et gagne le tournoi pour un coup ! Sur un terrain de golf, vous n’êtes jamais à l’abri d’un très bon coup !

A l’inverse, un amateur dirait qu’il n’est jamais à l’abri d’un mauvais coup….mais passons ! 

Dans le cas de McIlroy, le côté positif est qu’il se créé des occasions. Le côté moins positif est qu’il ne les transforme pas toutes!

Dans un autre domaine, le football, un entraîneur vous dirait à propos d’un attaquant que le plus important, c’est déjà qu’il se crée des occasions, car c’est le signe qu’à un moment, cela va finir par rentrer, par opposition à l’attaquant qui n’est jamais inspiré, et jamais dans les bons coups, et donc très loin de pouvoir marquer le but. 

McIlroy se créé les occasions !

Tombé du rang de numéro un mondial après une saison 2013 cauchemardesque, McIlroy a mis du temps à revenir à un niveau de jeu de golf digne de son talent. 

Digestion de son nouveau statut ? Changement de clubs ? Situation familiale instable ? Peu de gens peuvent s’avoir à sa place et réellement ce qui s’est passé. 

Pour autant, fin 2013, des premiers signes de redressement sont apparus, et une victoire anecdotique en Australie a lancé le signal du retour. 

Depuis le début 2014, les signes se sont intensifiés et rapprochés, jusqu’à lui permettre de remporter avec brio le BMW à Wentworth. 

Leader du premier tour de the Open, McIlroy pourrait bien être considéré comme un favori. 

Mais voilà, il lui arrive aussi de « dégoupiller » sans que l’on en comprenne les raisons. 

Car il y a un écart entre bien joué un jour, et un peu moins le lendemain, et explosé le parcours la veille, et "se faire exploser" par le parcours le jour suivant. 

A tel point que les médias parlent de « Black Friday » le concernant ! 

Sans être dans les commentaires de bistrots, les chiffres parlent d’eux-mêmes ! 

Si vous enlevez les deuxièmes tours du nord-irlandais depuis le début de la saison, vous découvrez qu’il aurait gagné plus qu’un seul tournoi sur le PGA Tour ou l’European Tour en 2014 ! 

Pendant l’Open d’Ecosse qui devance d’une semaine, The Open, McIlroy a commencé par battre le record du parcours en 64 avant de jouer à l’inverse 78 le lendemain. 

Soit passer de moins sept à plus sept pour seulement le par en deux jours.

Le premier jour, il rentre huit birdies pour un bogey…excusez du peu, et le lendemain, il rentre un birdie pour sept scores supérieurs ou égaux à bogey. 

Une inconsistance qui commence à le préoccuper car ce n’est pas un fait isolé. 

Depuis le début 2014, sur treize départs pris en strokeplay, il a moins bien joué le deuxième tour que le premier à dix reprises.

Et sur ces dix parties, l’écart de coups a été supérieur de trois coups à neuf reprises.

Son 14 coups d’écarts de l’Open d’Ecosse n’est pas sa plus mauvaise contreperformance puisqu’au Memorial, il est passé de 63 à 78 ! 

Quel McIlroy ce vendredi à Hoylake ?

Comptablement, sur un premier tour, il a joué 886 coups, alors que sur un second tour, il est monté à 939 coups, soit 51 sous le par sur le premier (moyenne de coups de 68,1), et plus 9 sur le second (moyenne de coups de 72,2). 

Bien entendu, c’est une chose de noter un problème, c’en est une autre d’en trouver la raison, et la solution.

On pourrait évoquer l’annulation de son mariage, les poursuites judiciaires engagées avec son ancien agent sportif, mais cela n’explique pas réellement pourquoi il joue moins bien le vendredi que le jeudi. 

Même McIlroy ne semble pas savoir ce qui provoque cette inconstance. 

Un indice pourrait nous perdre sur la bonne piste !

En sortant d’un 74 au Players Championship, plus tôt cette année, McIlroy a déclaré qu’il avait eu du mal à « serrer le jeu ». Comprenez quand les choses ne tournent pas en votre faveur, à savoir laisser passer l’orage et se contenter de pars. 

Cela peut paraître simpliste comme explication, mais c’est très révélateur du fait que quand McIlroy drive long et droit, quand les putts rentrent, il a cette habileté propre à mettre le pied sur la pédale d’accélérateur pour enquiller les birdies. 

A l’inverse, quand les choses ne vont pas comme il veut, qu’il manque des fairways, des greens, des putts, il n’est pas capable de s’ajuster, et de jouer pour sauver les meubles. 

Ce vendredi, après avoir réussi à prendre la tête du tournoi, il y a donc un risque de le voir dans un nouveau « Black Friday », sauf si dès le départ du parcours, il réussit un par ou un birdie qui le met en confiance. 

A l’inverse, le moindre bogey ou mauvais enchaînement, et ce sera un véritable test pour savoir s’il est capable de limiter la casse, en attendant un meilleur moment pour attaquer. 

Morale de l’histoire qu’il faut retenir quand on est golfeur amateur. Parfois, on peut avoir des bonnes journées, ou même des bonnes séquences au sein d’une partie, et parfois, les choses peuvent s’inverser. 

C’est dans ces moments qu’il faut savoir se poser, ralentir, réfléchir, revoir son plan de jeu à la baisse, se contenter d’un bon bogey plutôt que d’une croix à vouloir insister dans la mauvaise direction, celle de tenter des coups de plus en plus difficiles dans l’espoir de se remettre en selle. 

Par expérience, quand on rate un coup qui nous met en difficulté, la mauvaise réaction consiste à tenter un coup encore plus difficile pour rester dans un plan de jeu offensif, alors que justement on vient de rater un coup supposé plus facile. 

Tous les golfeurs, même McIlroy connaissent des moments plus délicats sur une partie de quatre heures, ce qui fait justement la différence entre une bonne et une mauvaise carte à la fin, c’est cette capacité à gérer les moments plus délicats, et en fait, les coups les plus difficiles.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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