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Sergio Garcia : Une saison 2018 émaillée de frustrations mais aussi d'émotions intenses

Sergio Garcia : Une saison 2018 émaillée de frustrations mais aussi d'émotions intenses

Tenant du titre à Augusta en avril dernier, l’espagnol Sergio Garcia, 38 ans, a connu l’une des plus grosses désillusions d’un défenseur de la Veste Verte au Masters. Une grande partie de la saison 2018, il a semblé à la peine dans son jeu pour finalement se réanimer un peu avant la Ryder Cup, et terminer 2018 sur une excellente note, avec la victoire sur le Andalucia Valderrama Masters.

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Sur le chemin pour entrer sur le court central de Wimbledon, les joueurs de tennis peuvent lire un célèbre vers de Rudyard Kipling « Si tu peux rencontrer triomphe après défaite et recevoir ces deux menteurs d’un même front, Si tu peux conserver ton courage et ta tête quand tous les autres les perdront, Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire seront à tout jamais tes esclaves soumis, Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la gloire. Tu seras un homme, mon fils. »

Sergio Garcia pourrait s’approprier cette grande leçon et la faire inscrire sur le Sarazen Bridge du Augusta National, un pont situé devant le 15eme green, où il a malencontreusement envoyé plusieurs balles consécutivement dans l’eau, à l’occasion du premier tour du Masters 2018, ruinant au passage toutes ses chances de défendre correctement son titre acquis l’an passé de haute lutte contre Justin Rose.

Sur ce par-5, il a signé un score de 13 coups qui a donc gravement entaché sa carte de 81, et la suite de son tournoi.

Jusqu’à ce trou, son parcours était plus que convenable.

Après, son second tour en 78 a consacré son élimination dès le vendredi soir avec le plus mauvais score d’un champion sortant au Masters d’Augusta, un fait qui restera dans le pédigré du champion.

Un an auparavant, il avait signé un eagle épique sur ce même trou qui l’avait propulsé vers sa première victoire en majeur.

Aucun autre parcours de golf n’a autant ce talent de transformer les rêves en cauchemars.

Aucun autre parcours de golf n’a autant ce talent de transformer les rêves en cauchemars.

C’est la loi implacable du golf, ce que reconnaissent tous les anciens champions de golf, comme par exemple Ben Crenshaw « C’est inexplicable. Comment peut-on expliquer un tel scénario ? »

Crenshaw a justement disputé 43 Masters, et connu de nombreux hauts et bas sur ce parcours.

En sortant du dernier trou, Garcia était tout sauf jovial. Il était le tenant du titre, et un des favoris. Il a vécu cet épisode comme une petite humiliation.

La réussite l’avait déserté, mais professionnel et digne, il a tenu son rang.

Les gens se souviennent mais les champions oublient.

Parmi les 10 meilleurs joueurs du monde au moment de démarrer la saison 2018, auréolé de plusieurs victoires, Garcia a changé de club, passant de TaylorMade à Callaway, un choix qui pourrait surprendre alors que l’espagnol a longtemps été l’un des leaders de la première marque nommée.

A bientôt 38 ans, TaylorMade a sans doute considéré que l’espagnol n’était plus tout à fait le meilleur ambassadeur de sa stratégie consacrée à la puissance au drive, et inversement, Callaway y voyait l’opportunité de préparer la succession de Phil Mickelson dans le rôle du champion mature.

On peut aussi penser que Garcia a tenté sans succès d’obtenir une belle augmentation de la part de TaylorMade, surtout après avoir enfin gagné son premier majeur.

A contrario, les ingénieurs Callaway ont été agréablement surpris de constater qu’à son arrivée, Garcia avait eu très peu de demandes particulières au sujet de ses nouveaux clubs, loin d’être une star excentrique.

Faut-il imaginer une période d’adaptation à ses nouveaux clubs pour expliquer une phase de transition ?

Faut-il imaginer une période d’adaptation à ses nouveaux clubs pour expliquer une phase de transition ?

Début 2018, Garcia s’impose pourtant à Singapour, et signe encore deux top-10 au Championnat du monde de golf de Mexico, et sur le Valspar Championship.

Quelques jours avant le Masters, il prend encore la neuvième place aux championnats du monde de Match-Play. Rien ne laissait penser à une énorme contre-performance à Augusta.

Bien qu’il n’ait pas voulu montrer avoir été touché par ce cuisant échec, dans la suite du premier majeur de l’année, Garcia a commencé à largement dévisser. Il a manqué plusieurs cuts d’affilés, et ce, à partir du Valero Texas Open jusqu’à l’US Open.

Sur deux mois et demi, au plein cœur de la saison de golf, Garcia est passé du dixième au vingtième rang mondial.

C’est en pleine perte de confiance que l’espagnol est arrivé sur l’Open de France au Golf National. Après avoir manqué son principal objectif de la saison, il avait en tête la Ryder Cup.

En conférence de presse, devant la presse française, il n’imaginait pas vraiment ne pas être dans l’équipe européenne de Thomas Bjorn.

Considéré comme un leader naturel, un pilier, et même l’âme de l’équipe, personne n’avait vraiment envie d’imaginer l’équipe sans lui, surtout devant l’armada américaine, plus impressionnante que jamais.

D’autant qu’il a retrouvé à Paris un semblant de confiance. Pour l’avoir suivi de près pendant quatre jours sur le parcours, Garcia avait le jeu pour gagner le tournoi.

Le dimanche, dans l’une des dernières parties, associé à son compatriote Jon Rahm, Garcia a eu de multiples occasions de l’emporter, mais finalement, un peu comme à Augusta, il a laissé passer sa chance ou plutôt subi les caprices du difficile golf national.

Le dimanche, dans l’une des dernières parties, associé à son compatriote Jon Rahm, Garcia a eu de multiples occasions de l’emporter, mais finalement, un peu comme à Augusta, il a laissé passer sa chance ou plutôt subi les caprices du difficile golf national.

Finalement huitième, on pouvait penser que ce bon résultat allait tout de même suffire à le relancer.

Dans la foulée, il va manquer son troisième cut consécutif en majeur à l’occasion du British Open à Carnoustie.

Pour de nombreux observateurs, Garcia a pourtant changé positivement d’attitude sur et en-dehors du parcours. Est-ce la victoire en majeur de l’an passé ? Est-ce la paternité ?

En 1999, quand il avait manqué le cut sur le British Open, il avait terminé en larmes dans les bras de sa mère. En 2007, après avoir perdu en play-off contre Padraig Harrington, il jurait que les dieux du golf étaient contre lui.

« Là-bas, je joue au golf contre beaucoup de gars. Plus qu’un simple champ de joueurs… » laissait-t-il entendre.

Désormais, il n’avoue plus que de l’amour pour les terribles links britanniques, « Carnastie » en premier lieu, pour suggérer que le parcours situé sur la côte est de l’Ecosse pouvait être particulièrement sélectif.

 « J’ai toujours eu le sentiment que ce parcours était difficile mais juste. »

Garcia se voulait alors positif et rêvait toujours d’être sacré « Joueur de l’année ». Bien qu’il possédait déjà une veste verte, il rêvait toujours d’accrocher une Claret Jug à son palmarès.

Il devra patienter une année de plus.

Dans la foulée, il va manquer son troisième cut consécutif en majeur à l’occasion du British Open à Carnoustie.

L’année 2018 continue de lui réserver son lot de frustrations, et finalement, il laisse exploser sa frustration à l’occasion du Canadian Open quelques jours plus tard. Après avoir manqué un chip, il s’en prend à son sac avec son club. Ce sera pourtant un des rares moments où il laissera ses émotions le surpasser.

Deux tournois, deux cuts manqués, Garcia n’arrive toujours pas à se remettre dans le bon sens de la marche.

Sa saison 2018 va se transformer en long chemin de croix, émaillé de trop rares sursauts. Il manque encore le cut pour le dernier majeur de la saison, le PGA Championship, alors que son plus grand rival, Tiger Woods brille sur le Bellerive Country Club.

Choisir Garcia pour l’équipe européenne de Ryder Cup paraît alors un choix injustifié au regard de la forme. Son compatriote Rafa Cabrera-Bello semble alors un option plus certaine.

Il n’en sera rien. Garcia réalise un dernier sursaut à l’occasion du Portugal Masters (7eme). Il est de toute façon sélectionné par le Capitaine Danois, Thomas Bjorn.

Sur onze tournois disputés, il aura manqué sept cuts, et manqué de se qualifier pour les play-offs de la Fedex Cup.

Sur onze tournois disputés, il aura manqué sept cuts, et manqué de se qualifier pour les play-offs de la Fedex Cup.

Classé en 20eme position dans la course pour une des douze places, Bjorn a beaucoup de bons choix possibles avec Poulter, Knox, Pepperell ou encore Olesen. Tous jouent alors mieux que Garcia.

Cependant, l’espagnol présente de sérieuses garanties dans ce match avec déjà huit participations depuis 1999. L’expérience peut peut-être compter.

Deux ans plus tôt, il avait obtenu une victoire en four-ball avec son compatriote Cabrera-Bello. En carrière, il compte 19 victoires, 11 nuls, et 7 défaites.

Bjorn sait en réalité qu’il ne peut pas se passer d’un tel joueur.

« Nous savons que Sergio est ce type de joueur qui peut avoir une ou deux mauvaises semaines, et puis subitement, retrouver une grande forme. Tous les grands joueurs ont des hauts et des bas. Il ne joue pas très bien en ce moment, mais il y a ici et là, quelques bons signes qui laissent penser qu’il peut revenir très vite. »

Finalement, l’espagnol fera bien partie de l’équipe. Il sera même en quelque sorte au centre du projet du capitaine danois considérant qu’il suffit à rendre l’équipe meilleure.

Le choix est alors controversé. Bjorn a de toute façon misé sur l’expérience avec Casey, Poulter et Stenson.

« Garcia est le type de joueur qui le jeudi soir rallie les troupes. Il est aussi ce joueur le samedi soir quand il vous manque quatre points. Bien sûr, ce n’est pas une assurance de gagner. Il a été au centre de l’équipe à Brookline. Il l’a été à Medinah. Il l’a encore été à Hazeltine. Il connait les hauts et les bas d’une Ryder Cup. Personne ne le sait mieux que lui. »

Bjorn n’imaginait tout simplement pas l’équipe sans lui, préférant se passer de Cabrera-Bello, Wallace ou Pieters, sur l’argument de la forme du moment.

Pour se justifier, le capitaine déclara « Les gens ont tendance à penser qu’il s’agit juste de performance, et c’est quelque chose de facile à mesurer. Il ne s’agit pas de prendre les meilleurs joueurs. Il s’agit de prendre la meilleure équipe. C’est pour cela que les choix du capitaine ont été imaginés. »

Garcia donnera finalement raison à son capitaine contre l’avis de nombreux journalistes. Ils n’avaient pas vu l’importance du cœur et de l’âme de l’espagnol dans ce type de match.

Garcia donnera finalement raison à son capitaine contre l’avis de nombreux observateurs. Ils n’avaient pas vu l’importance du cœur et de l’âme de l’espagnol dans ce type de match.

Il a chaperonné à la perfection Alex Noren pour une victoire précieuse le vendredi après-midi en foursome, et su tirer le meilleur de McIlroy dans une partie de four-ball du samedi matin.

Du duo, il a certainement été le plus solide, même son partenaire l’a admis en soulignant à quel point à chaque moment où il était en difficulté, Garcia avait su le porter.

« Sa passion et son feu sacré pour la Ryder Cup sont contagieux. »

Sergio est finalement sorti de cette Ryder Cup avec trois nouveaux points dont une victoire en simple contre Rickie Fowler. Ce dernier succès a fait de lui le nouveau détenteur du record de points marqués en Ryder Cup devant Nick Faldo à 25,5. Ce fut un des moments les plus mémorables de la Ryder Cup à Paris.

Après quelques jours de repos, l’espagnol a repris le chemin des parcours à l’occasion de son tournoi fétiche, l’Andalucia Valderrama Masters dont il était tenant du titre.

A la différence du Masters en Avril, cette fois, les choses se sont passées à peu près comme prévues pour lui.

Il signe un triplé et sa quinzième victoire sur le circuit européen, sa 29eme victoire en carrière, malgré une météo peu clémente qui a contraint les organisateurs à réduire le tournoi à seulement 54 trous, et finir un lundi.

Tout au long du week-end, Garcia a toujours paru en contrôle. Il a démarré le dernier tour avec quatre coups d’avances. Il avait en fait réalisé une grande partie du travail au cours des deux premières journées avec des scores de 68 et 64.

Son dernier tour en 69 lui a simplement assuré la victoire sur Shane Lowry.

Enfin, après une saison émaillée de beaucoup de bas, et un haut à la Ryder Cup, Garcia pouvait retrouver le sourire et apprécier cette deuxième victoire de l’année. « C’est un rêve qui devient réalité. »

Il ajoute « Ce parcours est un tel challenge. Pour moi, être capable de jouer ici, et dans de telles conditions signifie beaucoup, surtout après avoir rendu trois cartes sous le PAR. »

La saison 2018 arrive bientôt à son terme. Habitué au top-10 mondial depuis 1999, Garcia est actuellement classé en 27eme position, il a perdu 17 places depuis sa précédente victoire à Valderrama. Il n’avait pas manqué autant de cuts (7) depuis la saison 2003.

Il aurait sans doute rêvé mieux pour une année post victoire en Masters. Valderrama va peut-être le relancer vers les sommets alors que ce tournoi lui sert souvent de cure de jouvence.

La Ryder Cup à Paris restera indiscutablement le moment fort de son année.

Crédit photo : Jeudegolf et Icon Sportswire

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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