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Ryder Cup 2022 en Italie : Déjà un gouffre financier?

Ryder Cup 2022 en Italie : Un gouffre financier ?

L’attribution de la Ryder Cup 2022 faite à l’Italie aurait dû relancer le golf italien. Mais pour l’instant, ce grand rendez-vous semble être surtout un fardeau pour la Fédération, ainsi que pour les golfeurs italiens. Ces derniers semblent être voués à payer davantage pour assumer les pertes actuelles et futures. Les coûts ont déjà explosé et les comptes sont dans le rouge. Le comité Ryder Cup européen rêve pourtant d’une inauguration au Colysée de Rome, mais prépare secrètement son plan B. L’Italie a-t-elle vu trop grand ? La Ryder Cup est-elle vraiment bankable ? 

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La Ryder Cup ne fait décidément plus recette pour les fédérations… 

Le golf italien est déjà dans le rouge, à peine la perspective d’accueillir la Ryder Cup 2022 pointe à l’horizon, avec notamment des pertes conséquentes pour les deux derniers exercices comptables de la Fédération Italienne de Golf, 2016, et 2017. 

La crise politique italienne n’arrange rien, et crée également des remous et dissensions de l’autre côté des Alpes, autour du sujet de la Ryder Cup 2022. 

Le projet italien est miné par la situation économique difficile qui agite le pays, mis récemment en exergue par une intense passe d’armes autour de la validation de son budget 2019, entre le nouveau gouvernement de coalition populiste, et la commission européenne. 

Entre octobre et décembre, le ton est monté jusqu’à ce que le nouveau premier ministre, Guiseppe Conte, finisse par admettre la réalité économique de son pays. 

Sur Challenges.fr, on pouvait lire début décembre son changement de discours « Mon objectif est d’éviter à l’Italie une procédure d’infraction faisant mal à notre pays et qui risque également de faire mal à l’Europe. Je suis en train de mettre au point une proposition que l’Union européenne ne pourra pas ne pas prendre en considération. » 

De son côté, la communauté européenne menaçait sérieusement avec l’ouverture d’une procédure pour déficit excessif, à partir d’une dette trop importante, soit 131% de son PIB. 

Autre point d’inquiétude, l'absence de progrès concernant les travaux de rénovations sur le parcours Marco Simone au nord de Rome, théâtre de la future Ryder Cup, toutefois, par rapport à l’économie, nous verrons que ce sujet passe au second plan des préoccupations. 

Les concessions pour obtenir la Ryder Cup sont-elles raisonnables ? 

L’engagement financier de l’Italie envers son Open national, doté d’un fonds de 7 millions de dollars garantissant son inclusion dans les Rolex Series, était crucial pour l’attribution de la Ryder Cup 2022, il y a trois ans. 

Comme l’exemple français, on imagine mal dans ce contexte comment l’Italie pourra pérenniser ce tournoi, surtout que l’on manque de recul sur les réelles retombées d’une Ryder Cup sur le vieux-continent. 

Les offres de l'Allemagne et de l'Espagne ont pourtant été rejetées, suite à cet engagement dont on ne peut s’empêcher de considérer qu’il est principalement au bénéfice de l’European Tour. 

L’exemple français devrait pourtant inquiéter les Italiens. 

La facture de la Ryder Cup semble très élevée, sans réelles contreparties sur l’augmentation du nombre de licenciés dans la foulée ou en tout cas pas encore démontrés, ni par l’exemple Gallois, ni par l’exemple français pour l’instant… 

Keith Pelley, directeur général du Tour Européen, reste optimiste, mais d’autres, et notamment en Italie, adoptent une vision beaucoup plus pessimiste. 

Certains ministres du gouvernement s'étaient opposés avec véhémence à la proposition d’une enveloppe de financement d'un montant de 97 millions d'euros. 

Les avantages économiques de l’organisation de la Ryder Cup, à savoir l’impact sur le tourisme, et la promesse d’un plus grand nombre de licenciés restent des paris sur l’avenir, alors que les dépenses engagées par l’Italie pour l’événement et pour l’aménagement d’un parcours de golf présentent des défis financiers immédiats, avant même que des questions politiques distinctes ne soient envisagées. 

A cette heure, il faut noter que l'Italie a effectué ses premiers versements en faveur du Tour Européen, ce qui écarte pour l’instant l’hypothèse d’un plan B. 

Le board a refusé de confirmer la provenance exacte de ces fonds, que ce soit directement par le gouvernement italien, la Fédération italienne de golf ou une autre partie. 

« Nous ne discutons pas d'arrangements financiers internes dans aucun de nos tournois de golf, mais toutes les sommes liées à l'Italian Open et à la Ryder Cup 2022 ont été reçues et sont en place », a déclaré un porte-parole de Ryder Cup Europe. 

Pour Gian Paolo Montali, directeur du projet italien, équivalent de Pascal Grizot pour la France, et qui vient récemment de donner un interview intitulé « Je me suis fait avoir » « la Ryder Cup à Rome sera inoubliable ». Il ajoute « Paris appelle, Rome répond.  La Ryder Cup 2018 anticipe celle de demain.  Le domaine, la logistique, les touristes. Nous avons étudié la Ryder Cup en France pour améliorer la Ryder Cup de Rome, prévu sur le Marco Simone en 2022. » 

Il poursuit « Ils nous demandent de le faire encore mieux que Le Golf National. Ici, il est difficile d'attirer plus de cinquante mille personnes par jour, mais nous allons essayer. Notre domaine deviendra une icône. Aujourd’hui, je serais heureux d’atteindre 270 000 spectateurs ». 

Le parcours de Marco Simone devrait être prêt d’ici 2020, selon lui. Ce n’est donc pas encore le principal sujet d’inquiétude. 

Comme stipulé dans le contrat avec la Ryder Cup Europe, l'Italian Open 2021 sera joué sur le parcours qui accueillera la compétition. 

« En 2022, c’est plus incertain » poursuit Gian Paolo Montali « car nous devons préserver les fairways et les greens à la vue de Ryder Cup ». 

S’agissant des actions de développements à mener, il détaille un programme finalement assez similaire à celui mené en France, et pour l’instant, pas réellement un succès avéré bien qu’il soit trop tôt pour juger  « Nous devons élargir la base, nous devons aller dans les écoles, dans les clubs, pour faire venir les femmes. Nous devons atteindre 118 000 membres en 2027, lorsque le projet de la Ryder Cup en Italie sera terminé. Aujourd'hui, nous sommes environ 90 000.  Nous croyons que nous garderons ces détenteurs de licence pour l'année 2018 » explique M. Montali « même si nous leur avons demandé un effort économique, en augmentant le coût de la licence, en échange, nous leur avons donné un Open italien d’une autre envergure, avec entrée gratuite et deux green-fees gratuits ». 

L’objectifs du nombre de licenciés est en revanche beaucoup plus modeste que l’exemple français, qui, initialement tablait sur 700 000 licenciés à horizon 2022. 

Le directeur de Ryder Cup Italia ne cache pas qu’il a vu « les lumières et les ombres » dans l'édition parisienne de la compétition. 

« Le parcours est très beau mais on peut faire mieux. De plus, le public n’arrivera qu’à bord de navettes, avec des points de tri plus proches de ceux d’aujourd’hui. C'est une autre raison pour laquelle nous demandons la coopération des institutions. 

Nous le demandons à la municipalité de Guidonia, à celle de Rome, à la province et à la région. 

« Par exemple, il faudra planifier le réseau routier en fonction des routes qui seront construites, et ainsi, nous établirons l’accès définitif. » 

Avant d’ajouter « Un grand travail a été fait au cours de ces années, même si nous n’avons la maîtrise du Marco Simone que depuis peu. Et nous nous souvenons que notre principal actionnaire est le gouvernement. Nous en sommes conscients, et pour cette raison, nous avons mis en place un examen strict des dépenses ». 

« Pour la Ryder Cup en France nous étions à la campagne, pas à Paris. Nous serons au cœur de Rome, à 20 minutes du centre. Avec un champ spectaculaire surplombant le dôme de Saint-Pierre. »

Pour la communication, Gian Paolo Montali souhaite se concentrer sur la marque « Eternal City », un nom qui pourra être apprécié sur tous les continents. 

« Pour la Ryder Cup en France nous étions à la campagne, pas à Paris. Nous serons au cœur de Rome, à 20 minutes du centre. Avec un champ spectaculaire surplombant le dôme de Saint-Pierre. » 

Il ajoute « Selon certaines données, seuls 15% des touristes présents à Paris venaient des États-Unis. Je suis sûr qu'avec leur amour pour Rome et l'histoire, nous devrons nous assurer d'attirer un plus grand nombre. Comment ? En travaillant sur la communication ». 

Gian Paolo Montali a quelques endroits à l’esprit pour la cérémonie d’ouverture : « Ce sera certainement à Rome. Je pense au Colisée, au Circus Maximus, aux Thermes de Caracalla. Je voudrais amener les deux capitaines rendre visite au pape, peut-être un an avant la Ryder Cup ». 

Le programme de la Ryder Cup 2022 comprend 129 événements sur onze ans, dont 11 éditions de l’Italian Open, 88 épreuves de l’Italien Pro Tour et 30 événements de l’itinéraire Route vers Rome 2022. 

« Avec cet accord, a expliqué le président de la Fédération Italienne de Golf, Franco Chimenti, nous construisons un pont pour le futur du golf qui n'aura pas de précédent en Italie ». 

En attendant, le gouvernement italien a commencé à ouvrir les robinets des contributions publiques, mais il ne semble pas en mesure de pouvoir combler le déficit entre les revenus supposés et les dépenses déjà engagées.

Une augmentation des revenus, mais des coûts explosés 

Il y a exactement deux ans, le gouvernement italien, alors présidé par Matteo Renzi avait mobilisé un maxi-financement de 60 millions d'euros, répartis sur 10 ans, pour s’adjuger la Ryder Cup. 

L’opération, opaque et désordonnée à l’époque, a suscité de nombreuses controverses, non seulement parce qu’absolument disproportionnée pour une seule discipline sportive, mais également pour le modus operandi du ministre Luca Lotti, destiné à masquer les fonds dans un tableau de la loi de finances, et ensuite approuver une nouvelle garantie de 97 millions d'euros, après modifications du même tableau. 

Pour avoir la Ryder Cup, l'Italie a promis monts et merveilles à l'entreprise qui détient les droits du tournoi, à savoir l’European Tour. 

La première décision contestable a été de porter la dotation jackpot de l’Italian Open de 1,5 à 7 millions de dollars (1,32 à 6,14 millions d’euros) pour figurer dans la liste des Rolex Series. 

C’est un effort tout simplement insoutenable pour une petite fédération qui ne facturait jusqu’à alors que 10 millions d’euros (dont 40% étaient déjà des contributions d’État ou du Comité Olympique Italien). 

Dans la foulée, en 2016, la Fédération Italienne de Golf a clôturé son bilan avec un déficit record de près de 4 millions et demi d'euros. Un trou sensationnel, mais tout à fait prévisible en raison des sommes avancées. 

2017 a été un exercice comptable tout aussi difficile, car il s'est heurté aux premiers coûts réels de la Ryder Cup. 

Le budget 2017, approuvé avant l'été et récemment publié, a été clôturé avec une perte supplémentaire de 1,4 million d'euros, alors que les recettes ont justement commencé à augmenter. 

La Fédération Italienne de Golf a notamment déjà reçu la première tranche de 60 millions de subventions de l’Etat, soit 5,4 millions par an jusqu’à 2028, alors que le chiffre d’affaire de la fédération italienne a augmenté autour de 20 millions d’euros, le double de l’ère Pré Ryder Cup. 

La moitié de ces fonds sont des deniers publics, y compris des contributions par des fonds d’État et même régionaux, comme par exemple un don de 500 000 euros offert par la région de Lombardie. 

Les revenus des sponsors ont également augmenté, grâce à l’arrivée providentielle d’Infront, un « supporter » qui n’a jamais reculé pour aider les grands événements sportifs en Italie. 

La Fédération Italienne de Golf, qui avait un statut pratiquement non commercial avant la Ryder Cup a augmenté ses revenus annexes de 2 millions d’euros en 2017. 

Comme en France, la Fédération a augmenté le prix de la licence annuelle pour les golfeurs. 

L'effet Ryder Cup est là, mais le problème est que si les revenus ont augmenté, les coûts ont littéralement explosé, atteignant un total proche de 22 millions d’euros par an.

Aujourd'hui, le résultat est préoccupant. La FederGolf est pratiquement en train de s'effondrer. Celle qui était une petite mais riche fédération a brûlé toutes ses réserves. 

À ce jour, le capital net est négatif de 438,627 euros, en deçà du seuil minimal imposé par la législation. 

S'il s'agissait d'une entreprise classique, la Fédération Italienne de Golf serait techniquement en faillite. 

Cependant, pour les fédérations sportives, il y a toujours le gilet de sauvetage du Comité olympique, prêt à fermer les yeux, et encore plus pour une discipline « amie », comme celle du président Franco Chimenti (FederGolf), grand électeur et vice-président de Giovanni Malagò, actuel président du CONI (Comité Olympique Italien). 

Le présent est plutôt sombre, et le futur n’est pas plus serein

A l’origine, le plan d’action préparé par Gian Paolo Montali, directeur général de la Ryder Cup en Italie, prévoyait un passif au cours des deux premières années, mai cependant pas aussi lourd, et surtout, il prévoyait un rebond au bout de la troisième année. 

En 2018 et au moment de la Ryder Cup en France, le budget italien envisageait déjà un premier bénéfice de 240 000 euros, indispensable pour inverser la tendance négative. 

De ce côté, rien n’est moins sûr, surtout qu’il reste de nombreuses inconnues sur le projet, et par exemple l’augmentation du nombre de licenciés, censée permettre une croissance des revenus de 7% par an, et un gain total de 30 millions d’euros pour la Fédération. 

En réalité, au cours des trois dernières années, la Fédération Italienne de Golf a enregistré 146 membres supplémentaires sur l'ensemble du territoire italien, pour un total d'environ 90 000 membres, soit une augmentation de 0,2%... On retrouve une certaine concordance avec la stabilité vue en France avant la Ryder Cup 2018, ce qui confirme qu’il n’y a pas d’effets bénéfiques réels en amont. 

En bref, les données restent absolument immobiles. Tant et si bien que la Fédération a passé pour 2018 une augmentation du coût de la licence de 33%, passant de 75 à 100 euros par an. 

Si le nouveau gouvernement Italien n’a pas remis en cause l’investissement de 97 millions d’euros initialement imaginé par le précédent gouvernement, il a néanmoins déjà précisé qu’il n’ira pas au-delà quoi qu’il arrive. 

A cette heure, l’Italie ne peut pas se rassurer sur la base des résultats de la Ryder Cup en France, car il est tout bonnement trop tôt pour distinguer un effet bénéfique post-Ryder Cup dans l’hexagone, et notamment sur le nombre de pratiquants. 

Comme pour l’épreuve en France, les italiens ne constatent pas une augmentation du nombre de licenciés en amont, et résultat, les amateurs supportent très fortement le coût d’une opération qui ne semble bénéficier pour l’instant qu’au comité Ryder Cup Européen, et sans que finalement, cela ne choque personne, à commencer par les contribuables qu’ils vivent d’un côté ou de l’autre des Alpes.

Crédit photo : JB Autissier/Panoramic/Icon Sportswire

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Auteur

Golfeur depuis les années 90, j'ai eu la chance de faire un grand nombre de voyages golfiques en France, en Europe, ainsi qu'aux Caraïbes, pour jouer sur plus d'une centaine de parcours. J'ai partagé les parties de très bons golfeurs amateurs, et de pros. Au cours de mon expérience, j'ai été proche des professionnels du secteur, enseignants, dirigeants de golf, organisateurs de Pro-Am, architectes de golf, et sponsors.


Professionnel du monde de la communication, j'ai obtenu un premier prix pour la réalisation de sites internet de parcours de golf.
Aujourd'hui, je mets à profit mon expérience golfique sur le site jeudegolf.org en apportant ma vision sur l'évolution du golf sur près de trois décennies.

Commentaires   

Avec
 
jean-paul.reich@orange.fr
+1 #1 Etonné par les étonnementsjean-paul.reich@orange.fr 30-12-2018 18:01
Les organisateurs italiens et français semblent s'étonner que la Ryder Club ne fasse pas flamber le nombre d'adhérents. La croissance du nombre d'adhérent ne peut être que le résultat d'actions qui doivent s'inscrire dans la durée. Une Ryder Cup doit s'inscrire dans un plan d'actions qui a un "avant" et un "après" Ryder Cup. En France, il y a surtout eu un "avant". C'est à se demander si l'objectif n'était pas plus le nombre de spectateurs que le nombre d'adhérents. Maintenant que la Ryder Cup est finie, qui va réellement financer l'après Ryder Cup pour faire croitre le nombre d'adhérents ? Qui a trompé qui ? Je crains que le golf souffre du même syndrome que le ski. Ce n'est pas les compétitions de haut niveau qui remplissent les stations. Elle ne font même plus venir les spectateurs (payants) sauf en Autriche. Le ski ne passe même plus sur les chaines de TV de grande écoute sauf lors des JO. La compétition de haut niveau n'est pas un remède. Ce n'est qu'une vitrine et quelques fois un accélérateur pour une discipline qui se porte déjà bien. Ce n'est probablement pas par hasard que l'on trouve le nombre le plus élevé de golfeurs de très haut niveau dans les pays très golfiques. La Ryder Cup est une épreuve très élitiste qui cible un public averti qui s'intéresse déjà au golf. Ce dont nous avons besoins, c'est un plan qui cible des personnes qui ne s'intéressent pas au golf mais qui seraient susceptibles de s'y intéresser. Ce n'est pas le même business. C'est un travail de fonds, dans l'ombre, et souvent peu glorifiant pour les sponsors en quête d'image instantanée.
 

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