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Rory McIlroy remporte la Race To Dubai 2015: Un titre qui fait débat

Rory McIlroy remporte la Race To Dubai 2015: Un titre qui fait débat

Ce dimanche, le nord-irlandais, Rory McIlroy a remporté la dernière épreuve du circuit européen professionnel de golf, et scellé définitivement son statut de leader au classement de l’ordre du mérite, une position qu’il a pratiquement occupé toute l’année. Pourtant, cette victoire n’aurait pas pu être possible sans une exemption exceptionnelle qui a fait grincer quelques dents, à commencer par celles du deuxième, l’anglais Danny Willett.

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Une exemption qui créé la polémique

Dans les faits, Rory McIlroy est le vainqueur logique de la Race 2015.

Dans l’esprit, il n’a pas disputé le nombre d’épreuves minimums requis, et à ce titre, a bénéficié d’une faveur des organisateurs, en mal de têtes d’affiches pour la crédibilité du tour européen.

Dans les faits, il n’a pas disputé le minimum de 13 épreuves demandées, mais a marqué plus de points, et gagné plus d’argent que n’importe quel autre compétiteur, et par exemple, le second du classement, Danny Willett qui lui a disputé 23 tournois pour faire…moins bien.

C’est d’ailleurs l’argument mis en avant par le nord-irlandais pour justifier sa situation de « favorisé ».

Oui, McIlroy est le meilleur golfeur européen du moment. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard s’il se trouve numéro 3 au classement mondial.

En début de saison, et avant la saison exceptionnelle de l’américain Jordan Spieth, notamment en majeurs, il était LE numéro un mondial de notre sport.

En quatre ans, il a remporté la Race To Dubai à trois reprises. Et cette année, étant donné le mode de fonctionnement du tour, il était pratiquement acquis qu’il serait à nouveau vainqueur.

Sur les 12 tournois qu’il aura finalement disputé pour le compte du tour européen, la moitié ont été joué en dehors d’Europe, et sont en fait des championnats du monde et des majeurs, dont cinq aux Etats-Unis, et un en Asie, co-sanctionné par le PGA Tour.

En vérité, cette année, McIlroy n’a disputé que six tournois réellement accrédités pour le tour européen, et en dehors des majeurs. Et sur ces six tournois, quatre ont eu lieu au proche et Moyen-Orient !

McIlroy n’a en réalité posé les pieds en Europe qu’à deux reprises : Open d’Irlande, et BMW PGA Championship à Wentworth.

Aujourd’hui, il est consacré meilleur joueur à avoir évolué en Europe ! De qui se moque-t-on ?

Rory McIlroy : un champion incontestable ?

A titre de comparaison, l’anglais Danny Willett a disputé 23 tournois dont 16 en Europe (exceptions des majeurs et des championnats du monde).

Willett a donc foulé les parcours d’Angleterre, d’Italie, de France, d’Ecosse, de Turquie, de Suisse, et des pays exotiques qui accueillent des épreuves du tour…européen.

Pour remporter la Race, Willett aurait dû impérativement battre McIlroy sur le dernier tournoi, car ses deux victoires en tournoi cette année, ont ramené à peine autant de points que la victoire de McIlroy en championnat du monde.

Finalement, il terminera quatrième du DP World Tour en -13 à 275 coups. Insuffisant pour passer devant McIlroy au classement de la Race.

Quel est le vrai problème ?

Le nœud du problème vient du fait que McIlroy a marqué ses plus gros points sur le championnat du monde de match-play disputé aux Etats-Unis, soit ¼ de ses gains, et même la moitié avant le dernier tournoi du DP World Tour, qui lui a apporté 1,2 millions d’euros de gains, son deuxième plus gros gain de l’année.

Deuxième problématique, McIlroy n’a pas disputé le minimum de tournois requis, essentiellement à cause d’une blessure contractée avant le British Open, tournoi qu’il aurait logiquement disputé, et aurait suffi à lui assurer son éligibilité aux séries finales du circuit européen.

Bien que cette blessure ait été indépendante de sa volonté, quelle valeur pour le tour européen quand ce dernier change les règles en fonction des circonstances ?

Keith  Pelley, nouveau directeur du circuit a pris sa toute première décision en accordant un passe-droit au leader, pensant que l’absence de McIlroy pour le bouquet final aurait été plus préjudiciable qu’une petite entorse au règlement.

Au moment des faits, McIlroy dominait déjà le classement, et était encore cette année certainement le meilleur golfeur en Europe, à défaut d’être toujours numéro un mondial.

Cependant, ce qui n’a vraiment pas plus aux autres compétiteurs, en-dehors du passe-droit qui a permis à McIlroy de participer aux séries finales, normalement réservées aux golfeurs ayant disputés le nombre de tournois nécessaires, à savoir 13, c’est que non-seulement, il n’a pas joué 13 tournois, mais en plus, il s’est octroyé le luxe de manquer une des quatre épreuves des séries finales, le BMW Masters disputé à Shanghai.

Pour Willett, c’est un peu la goutte d’eau qui a fait déborder le vase !

« Je suis capable de comprendre que le fait qu’il joue soit déterminant pour les organisateurs du tour. Mais il faut aussi admettre qu’on lui octroie un avantage non-négligeable quand on lui permet de ne jouer que trois des quatre derniers tournois, économisant la fatigue des voyages, et des parties jouées. »

En manquant le BMW Masters, McIlroy qui n’a déjà pas joué le nombre de tournois minimum, s’est en plus donné un avantage en récupération, et en problématique de décalages horaires entre l’Asie et le Moyen-Orient en moins, ce qui peut avoir une incidence sur la forme surtout en fin de saison, et par rapport à d’autres joueurs qui ont voyagé en Turquie, en Chine, et aux Emirats Arabes Unis en l’espace de quatre semaines !

De son côté, McIlroy rétorque « Si je peux gagner plus d’argent en 12 tournois que quelqu’un d’autre en 23. Je ne vois pas quel intérêt j’aurai à jouer plus de tournois ! Finalement, c’est la décision du tour, et je suis évidemment content d’avoir pu jouer le DP World Tour. »

McIlroy botte en touche, et renvoie la responsabilité de cette situation sur les organisateurs.

Agacé, Willett n’a pas contesté cet argument « Si Rory peut gagner plus d’argent en jouant moins, tant mieux pour le circuit ! »

Fin de saison pour le tour européen...

Et après ?

La polémique va s’éteindre avec la fin de la saison. Cependant, il ne serait pas étonnant que Sergio Garcia ait boycotté le DP World Tour en signe de protestation avec un circuit qui n’arrive plus à être cohérent, et crédible sportivement.

Sur ce point, McIlroy précise que ce qui lui importait, c’était de gagner la Race plus que le chèque qui va avec !

A son niveau,  McIlroy perçoit 32 millions de dollars par saison pour le sponsoring, et près de 16 millions pour les gains en tournois.

Pour sa victoire finale sur la Race, le joueur va toucher un bonus de 1,25 millions de dollars.

A titre de comparaison, le vainqueur de la Fedex Cup touche un chèque de plus de 10 millions de dollars.

« Je suis content de remporter le trophée. S’ils veulent, ils peuvent garder l’argent, et en faire ce qu’ils veulent. Pour moi, l’idée, c’était plutôt de me prouver que je pouvais encore gagner la Race. C’était un objectif en début de saison, à mi-saison, et encore plus en fin de saison. »

Pour le coup, je le pense sincère concernant l’argent.  McIlroy n’a sans doute pas fait le forcing pour disputer les séries finales dans un objectif financier.

Il est plus probable que la décision de l’incorporer dans le champ de joueurs de fin de saison, soit plus le fait des organisateurs, en mal d’un grand champion à consacrer pour exister au niveau international.

A l’heure actuelle, un Danny Willett vainqueur n’aurait pas eu le même écho médiatique pour un circuit qui vit clairement dans l’ombre du PGA Tour, et qui n’arrive plus à limiter la fuite des talents (cf Paul Casey ou Brooks Kopkea qui ont renoncé à jouer en Europe).

Pour McIlroy, le fait de remporter la Race, et l’ordre du mérite européen, lui permet de sauver sa saison sportivement.

N’oublions pas qu’en 2015, il n’a pas remporté le moindre majeur, et a perdu son statut de numéro un mondial.

En remportant, le DP World Tour Championship, McIlroy ressert l’écart au classement mondial avec Jordan Spieth et Jason Day. Les trois hommes se tiennent dans un mouchoir de poche. La place de numéro 1 ne tient pour l’instant qu’à un fil.

Dans les premières semaines de la saison 2016, il ne serait pas étonnant que le nord-irlandais reprenne sa place de numéro un à la faveur des tournois disputés au Moyen-Orient, et ce succès au DP World Tour ne sera pas de trop dans cette perspective.

« Je suis vraiment heureux d’avoir joué mon dernier tournoi de l’année de cette façon, et de terminer sur un pic de forme avec notamment 13 coups sous le par sur un week-end. Je n’aurai pas pu rêver un meilleur scénario final. Maintenant, je suis aussi content de ranger les clubs pour un petit moment. »

Poursuivant « J’ai vraiment eu l’impression que mon jeu, et en particulier mon putting, n’a eu de cesse de s’améliorer tout au long de ces dernières semaines. »

Effectivement, McIlroy a eu bien besoin d’un bon putting pour ne pas laisser échapper la victoire sur les derniers trous.

Son score final de 66 sur le dernier tour marqué par huit birdies aurait pu ne pas suffire pour battre l’homme du tournoi, Andy Sullivan, qui a notamment mené le troisième tour, et qui restera la révélation de la saison 2015.

Tout s’est joué sur le trou 17, un par 3, quand McIlroy a tapé son coup de départ dans l’eau, ce qui annula son court avantage sur ses principaux poursuivants.

C’est justement à ce moment que McIlroy allait réagir comme un champion.

En rentrant un putt de plus de 12 mètres, il limita les dégâts à un simple bogey, suffisant pour conserver un coup d’avance sur Sullivan.

« Avec le recul, j’aurai sans doute dû prendre un autre club, et jouer un autre coup. Ce putt est certainement le plus long que j’ai eu à rentrer pour sauver un bogey, et il n’aurait pas pu arriver à un meilleur moment. Je dirai même que c’est le meilleur bogey de toute ma carrière. »

Si McIlroy est le champion européen en 2015, le tour y a laissé beaucoup de crédibilité.

Les mois à venir ne devraient pas démentir l’affaiblissement du circuit par rapport à la puissance financière du PGA Tour.

A quand un seul grand tour mondial, et les mêmes règles pour tous ?

Quelque part, la réaction de certains joueurs majeurs du circuit européen va peut-être permettre de faire évoluer les rapports de forces…entre Etats-Unis, Europe et Asie.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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