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Romain Wattel : La délivrance d'une première victoire

Romain Wattel : La délivrance d'une première victoire

Première victoire sur l’European Tour pour le français Romain Wattel à l’occasion du KLM Open disputé au Pays-Bas. Programmé à ses débuts, au même titre que Victor Dubuisson, pour être la future grande star française du golf professionnel, Romain Wattel a mis plus de temps que prévu avant de remporter sa première grande victoire. A 26 ans, le compteur est débloqué, et pourrait lui permettre de rêver plus grand.

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De l'espoir au pro vainqueur sur le tour...

Dix ans plus tôt, les jeunes Dubuisson et Wattel faisaient rêver la fédération française de golf.

Les deux jeunes garçons étaient promis à un brillant avenir, et pourquoi pas concourir à une première victoire en majeur depuis Arnaud Massy, vainqueur du British Open en 1907.

Du temps des promesses à celui de la confirmation, le temps peut paraître long, et le chemin pour y parvenir, sinueux.

Si Victor Dubuisson a rapidement réalisé ses premiers exploits, à l’image du duo américain Spieth-Thomas, Wattel a longtemps évolué dans l’ombre de « Dubush ».

Aujourd’hui, les choses sembleraient s’inverser…

Se confiant au reporter de l’European Tour après sa victoire, Wattel a révélé deux choses intéressantes : La première, il admet avoir passé un cap mental, et la seconde, avoir moins focalisé sur la réalisation des coups, et plus sur les cibles.

Sans doute le fruit de sa collaboration avec Frank Schmid, qui l’a invité à moins focalisé sur le comment mais plus sur l’objectif.

moins focalisé sur la réalisation des coups, et plus sur les cibles.

Par rapport à un amateur, la pression sur un pro est sans commune mesure. Le pro doit bien jouer pour gagner sa vie, et cela fait toute la différence.

Ce n’est pas comme jouer avec un pistolet sur la tempe. Toutefois, la pression du résultat est importante, surtout pour les golfeurs qui sont au-delà de la centième place à la Race.

L’objectif est de sauver la carte pour l’année suivante. Et cet objectif qui se transforme le plus souvent en pression, ne doit pas être minoré dans la performance ou la capacité de bien jouer et de jouer relâché.

Sur le tour, il y a beaucoup de golfeurs dont on peut dire « Il a le potentiel ». Cependant, cette « pression » est ce qui fait toute la différence entre le potentiel, et le réalisé.

La première victoire est souvent un déclencheur.

Wattel a admis qu’il avait été nerveux pendant le dernier tour. Il avait l’expérience d’avoir déjà été en position de gagner, mais il n’avait pas encore été jusqu’au bout.

Cette première victoire aux Pays-Bas va donc alimenter son expérience pour la suite, mais pas seulement.

C’est une des réalités du golf de haut niveau. Plus vous êtes bien classés, et paradoxalement, plus le « système » vous protège. Vous êtes invités sur les plus gros tournois.

Comme le confiait François Illouz au sujet de Dubuisson, un an plus tôt, il est difficile de rentrer dans le top-50 mondial, mais il est aussi difficile d’en sortir.

C’est un peu vrai pour le circuit européen, dont on doit bien admettre qu’il est plus une seconde division du golf mondial en comparaison du PGA Tour. Pour Wattel, la route vers une grande carrière est encore longue…

Avec sa victoire, Wattel a franchi un cap mental, et surtout cap ranking

En moins d’une semaine, il est passé du 130eme rang au 55eme, et désormais, on parle de lui pour participer au dernier tournoi de la saison, le DP World Tour Championship qui aura lieu à Dubai, son lieu de résidence mi-novembre.

Le final de la saison n’est ouvert qu’aux 60 premiers classés à la Race. Une perspective inespérée, il y a encore quelques jours.

Comme quoi, avec une seule victoire, les choses peuvent aller très vites.

Wattel avec Charles Dubois

Première victoire en 186 départs sur le tour, Wattel n’a donc pas gagné de manière précoce.

Jusque-là, il avait complété 25 top-10, ce qui n’avait pas suffi à en faire une des stars du team France, au même titre que Dubuisson, Levy ou Lorenzo-Vera.

Pour franchir subitement beaucoup de paliers comme évoqués plus haut, Wattel a pris deux décisions difficiles, en se séparant d’abord de son coach Olivier Leglise après 9 ans de collaborations, et ensuite de son ami cadet Charles Dubois.

L’année 2017 aura donc été celle du déchirement pour finalement éclore au plus haut niveau. De la difficulté, le golfeur de Bussy a finalement mis en œuvre les moteurs de sa première victoire.

Certains observateurs considèrent que la relation cadet-pro comme la relation coach-golfeur a une durée de vie limitée. Les exemples de duo de longue durée sont rares, même si souvent spectaculaires comme l’association Mickelson-McKay ou McIlroy-Fitzgerald.

Changer, c’est aussi sortir de la zone de confort et relancer son attention.

Un succès qui donne de l’oxygène

Avec sa victoire néerlandaise, Wattel gagne deux ans d’exemptions pour jouer sur le tour.

La pression va donc retomber. Ce ne serait pas étonnant que cela déclenche plus naturellement d’autres bons résultats.

Et alors que suite à cette saison 2017 jusqu’à présent en demi-teinte pour le camp tricolore, on pouvait commencer à craindre l’absence d’un golfeur français pendant la prochaine Ryder Cup à Paris, le classement de qualification ne faisant que commencer, Wattel est déjà deuxième du ranking !

Tout change !

Avec une première victoire, Wattel devient une sérieuse chance de qualification pour la prochaine Ryder Cup. A tel point que le capitaine Bjorn a déjà émis le souhait d’être programmé dans des parties avec Wattel pour l’observer de plus près !

Bien entendu, une seule victoire ne suffira pas, mais c’est un gros encouragement à poursuivre dans la bonne direction.

Et première bonne décision pleine de maturité, Wattel s’est aligné sur le Portugal Masters alors qu’il aurait pu faire relâche.

Wattel vient tout juste de prendre un « boost » de confiance. Il est dans la « zone ». Il a tout intérêt à essayer de faire durer cette période le plus longtemps possible, surtout qu’il ne joue plus avec le pistolet sur la tempe.

A l’inverse, en arrivant aux Pays-Bas, il venait de manquer 6 cuts sur 9 tournois disputés. Les mauvaises périodes sont souvent plus longues que les bonnes.

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Pour l’emporter sur le « Dutch » un parcours délicat, Wattel a scoré 3 birdies sur les 6 premiers trous, ce qui l’a mis en position de gagner.

Dès lors, il a contrôlé le tournoi alors que la concurrence était rude derrière avec 13 golfeurs qui finissent à 3 coups du vainqueur.

Sur le dernier tour, après avoir manqué le green, il a su rentrer l’approche-putt pour assurer le par nécessaire à sa victoire.

Malgré le fait qu’il ait admit à posteriori avoir été très nerveux, il a su le dissimuler extérieurement, et dominer son golf, ce qui n’a pas été le cas de son supposé principal adversaire, le thaïlandais Aphibarnrat, leader d’un coup au départ du dernier tour, qui a posté deux doubles, au 15 et au 18.

L'histoire peut enfin commencer...

Délivré par cette première victoire, Wattel a compris que ce n’était pas une fin en soi, mais une invitation à aller plus haut.

Avec beaucoup d’humilité, il a eu l’intelligence de ne pas annoncer des objectifs comme entrer dans le top-50 mondial, gagner un majeur, etc. mais il n’en est pas moins pour autant à la fois ambitieux et conscient qu’une carrière de golfeur pro réussi passera par de plus grandes réalisations.

Gagner sur l’European Tour est une première étape.

Elle semble à la portée des meilleurs joueurs français dont Romain Wattel.

La véritable question, sans parler de jouer à plein temps, sur le PGA Tour, va être de voir si un golfeur français va être à nouveau capable de bien figurer en majeur, à commencer par y passer les cuts. Ce qui n’a pas été le cas cette année pour Levy ou Lorenzo-Vera.

Une performance en majeur reste le principal « révélateur » pour un golfeur professionnel. C’est là où on va attendre Wattel.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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