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Rolex Series 2017 : Plus d’argent ? Plus de spectacle ?

Rolex Series 2017 : Plus d’argent ? Plus de spectacle ?

Les nouvelles Rolex Series vont mettre en avant plusieurs tournois à fortes dotations pour résoudre plusieurs problématiques posées à l’European Tour, dont l’attractivité de son circuit pour les meilleurs joueurs, le public, et les télévisions. Pour Keith Pelley, le directeur de l’European Tour, c’est même le plus gros événement depuis 44 ans. L’Open de France qui avait déjà réussi à se hisser au niveau exigé par le biais de l’entreprise chinoise, sponsor titre, HNA, a été finalement logiquement intégré dans cette organisation. Développons le sujet ci-après pour illustrer quels sont les véritables enjeux…

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Bonne nouvelle pour les fans de golf, Rory McIlroy devrait passer de plus en plus de temps sur les tournois du circuit européen. Il a d'ailleurs démarré sa saison sur le parcours de Glendower en Afrique du Sud pour le compte du SA Open, un tournoi qu'il ne jouait pas nécessairement les saisons précédentes, comme illustré ci-dessus.

En tant que golfeur amateur, vous-même, homme ou femme, vous n’en avez pas forcément conscience, et quelque part, le haut niveau est quelque chose qui ne vous touche pas dans votre quotidien.

Pourtant, imaginez que si cela vous passe peut-être un peu au-dessus de vos préoccupations ou de votre plaisir à jouer au golf, le manque de reconnaissance médiatique du golf en Europe est quelque chose qui tracasse les grands donneurs d’ordres de ce sport…business.

Ceux qui oeuvrent pour son développement, espérant par une plus grande médiatisation du haut niveau, susciter plus de vocations de la part des amateurs.

Il y a donc une logique de course en avant pour obtenir plus de visibilité, plus de reconnaissance, alors que paradoxalement, au tout début de la pyramide de la pratique du golf, un peu partout en Europe, notre sport reste parfois ou semble parfois trop cloisonné.

Ce n’est pas seulement vrai en France.

C’est aussi le cas en Italie avec la persistance de clubs fermés, ce qui limite le nombre de pratiquants à seulement 90 000.

C’est globalement vrai dans les pays d’Europe du Sud, et un peu moins en Europe du Nord.

Ceci dit, le débat sur les clubs fermés aux femmes n’est toujours pas totalement écarté au Royaume-Uni, berceau de l’activité.

Créer une vitrine hyper « sex-appeal » au plus haut niveau a-t-il un sens, tant qu’on ne s’occupe pas toujours de l’entrée, et de l’accueil du tout-venant ?

L’argent appelle-t-il l’argent ?

Certains d’entre vous se souviendront peut-être du jour où le roi Pelé a signé un contrat mirobolant avec l’équipe de football des New York Cosmos.

En 1975, Pelé aurait pu jouer au football dans n’importe quelle équipe du monde.

Il avait choisi une équipe et un championnat qui n’avait aucune notoriété sur la planète football, au motif d’un chèque, alors jamais vu dans ce sport.

Des centaines d’américains s’étaient alors rendus au premier entraînement de Pelé avec son équipe, ne connaissant rien au football, ne sachant même pas ce qu’était ce jeu, tout simplement pour voir avec curiosité, qui pouvait être cette star payée autant, pour simplement taper dans un ballon.

Depuis 30 ans, les choses n’ont pas changé.

Quand vous voulez créer un intérêt qui dépasse le cadre de votre activité, il faut en mettre plein la vue, ou en l’occurrence, aligner les dollars sur la table.

Quelque part, c’est triste car cela limite l’intérêt du sport à l’intérêt financier.

Devons-nous regarder un tournoi de golf pour le spectacle ou pour savoir quel sera le joueur qui va empocher le plus gros chèque ?

En 2017, l’European Tour de golf s’est trouvé des ressources que nous ne soupçonnions pas pour changer de dimension, et tenter de rivaliser avec le PGA Tour, circuit professionnel de golf nord-américain, qui attire tous les meilleurs joueurs, les meilleurs annonceurs, et le plus de public sur site ou derrière la télévision.

Rolex apporte-là une aide décisive.

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Sept tournois seront portés à sept millions de dollars de dotations alors que jusqu’à présent, les meilleurs tournois ne dépassaient pas les 3 à 4,5 millions d’euros, dont notamment l’Open de France.

Il y a plusieurs enjeux derrière ce coup de force

Le premier est une véritable rivalité économique face au PGA Tour.

Quelques années en arrière, l’intérêt du circuit européen se discutait réellement, au point, que les américains, alors en position de force envisageaient d’éventuellement racheter le circuit, et ainsi fusionner.

Les Rolex Series entérinent au moins pour un moment que cette hypothèse ne va pas voir le jour ou…

Ou alors cela renchérit considérablement le prix de cession de l’European Tour ! Et c’est peut-être tout simplement cela, le véritable enjeu : Augmenter la valorisation du circuit dans l’hypothèse d’un rachat par le PGA Tour.

Circuit que de son côté s’est étendu sur tout le continent américain du Canada au Brésil, et qui s’ouvre de plus en plus vers l’Asie.

Pour l’instant, les Rolex Series ne vont pas dans le sens d’un rapprochement à court terme entre les deux circuits américains, et européens.

Sans un seul circuit mondial et fédéré, la pertinence de chaque circuit est à remettre en cause, le PGA comme l’European Tour.

Clairement, les américains ne veulent pas jouer en Europe, et les Européens en ont assez d’aller jouer aux Etats-Unis.

En plus d’être fatigué par des allers-retours incessants au-dessus de l’Atlantique, les européens constatent que le PGA Tour durcit ses règles, et rend concrètement plus difficile, le fait de jouer les deux tours la même saison.

Pour être membre du circuit européen, il faut au moins jouer 5 tournois dans la saison, alors qu’outre-Atlantique, il faut en jouer au moins 15.

Ce principe a dissuadé Martin Kaymer de jouer aux USA alors qu’au contraire, Paul Casey, un des meilleurs européens a décidé de ne plus jouer en Europe.

Pour Rory McIlroy « C’est vraiment très difficile de jouer sur les deux circuits. Vous constatez que beaucoup de bons joueurs ont essayé avec beaucoup de dévotion, mais cela n’a pas pour autant bien fonctionné pour eux. Cela demande un certain type de compétences, et une certaine mentalité pour y parvenir. De sorte que vous allez voir de plus en plus de joueurs, passer plus de temps d’un côté ou de l’autre. Faire des allers-retours incessants, vous ne pouvez pas le faire très longtemps, et cela ne fonctionne pas si bien au niveau des performances. »

Pour plus de spectacle ?

Distribuer plus d’argent aux meilleurs golfeurs, pourquoi pas ? Est-ce qu’ils vont mieux jouer pour autant ? Le spectacle sera-t-il plus palpitant ?

En réalité, l’argent ne répond pas à ces questions, car ce n’est tout simplement pas seulement une question d’argent.

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D’une part, il faut enfin admettre que le format de jeu du strokeplay a vécu !

Le spectacle, ce n’est pas seulement les hommes.

C’est aussi le mode d’organisation de la compétition.

Et pourtant, nous avons la chance d’avoir à disposition quantités de formats de jeux, dont le spectaculaire match-play !

Les audiences télévisuelles du golf pourraient être plus fortes, et moins dépendantes de Tiger Woods, si le golf se dotait d’un format de jeu plus lisible, plus direct, plus impactant, et en fait, plus spectaculaire : le mano à mano.

Quoi qu’on en dise, le sport est une activité humaine.

Soit vous pratiquez, soit vous entraînez, soit vous regardez. Et qu’est-ce que vous regardez ?Des hommes ou des femmes !

Même, la formule 1 est un sport d’hommes ! Qui se soucie de savoir si c’est Mercedes ou Ferrari qui va gagner le championnat du monde ? En revanche, il y a des pros Hamilton et des pros Vettel !

Plus que l’argent, le golf de haut niveau a besoin de nous raconter plus d’histoires d’hommes ou de femmes !

Dans les années 60, la télévision ne s’est pas passionnée pour le golf.

Elle s’est passionnée pour trois personnalités : Arnold Palmer, Gary Player et Jack Nicklaus.

Des hommes, des personnalités qui ont supporté le spectacle.

Plus tard, ce rôle a été assumé par Norman, Faldo ou encore Ballesteros, le premier golfeur que j’ai personnellement découvert à la télévision, puis Tiger Woods, l’histoire de ce jeune afro-américain, venu chambouler ce monde bien propre sur lui, et si pleins de certitudes.

Souvenez-vous de l’interview du jeune Tiger par l’expérimenté Curtis Stange….

Le monde a aimé cette histoire à la Robin des Bois.

Pour plus d’équité ?

Autre enjeu posé par les Rolex Series, quid des circuits satellites qui permettent la formation et l’accès des plus jeunes ?

Distribuer plus d’argent à Danny WIllett, Rory McIlroy, Andy Sullivan…très bien.

Que va-t’il se passer pour le centième, deux-centième, trois-centième européen, celui qui est en grande difficulté pour financer une saison complète sur le circuit européen, mais aussi sur le Challenge tour, et pire sur l’Alps Tour ?

Sans tomber dans une logique « socialiste » de partage des revenus, il faut tout de même se poser cette question, pour la santé d’un sport, et sa capacité à renouveler ses joueurs.

SI demain, McIlroy gagne 50 millions d’euros de plus, les investira-t’il pour autant dans quelque chose d’utile à la communauté des golfeurs ?

Une économie fonctionne à partir du moment où l’argent circule. Alors tant mieux qu’il en y ait plus, mais la bonne question, c’est « Est-ce que cet argent va circuler plus ? »

Si McIlroy ou un autre est un « John Daly » en puissance qui va dépenser cet argent en casino, alcool, prostituée…Tant mieux pour ces « économies », mais pour le golf, quel intérêt ?

Ne vous méprenez pas ! Je ne dis pas que McIlroy ne fera pas les bons choix.

Il faut aller jusqu’au bout de la démarche, et se soucier des circuits inférieurs, où alors le golf perdra une de ses valeurs les plus importantes, et les plus justes : permettre aux meilleurs enfants de devenir les meilleurs golfeurs.

Souvenez-vous de l’histoire de Francis Ouimet !

Enfant pauvre, son père ne voulait pas qu’il joue au golf, car il considérait que son fils n’était pas de ce monde, et cela ne lui procurerait que de la peine ou pire de la honte.

Ouimet a remporté l’US Open 1913 devant les meilleurs joueurs du monde, qui étaient eux financés par des grands argentiers.

Ce n’est pas l’argent qui fait les légendes. Cela peut y contribuer, mais cela ne suffit pas.

Des tournois plus forts ? Certainement !

Très certainement, un autre enjeu posé par les Rolex Series consiste à donner une dynamique plus importante à des tournois qui ne pourront jamais être des majeurs, mais méritent d’être des grands rendez-vous.

C’est le cas de l’Irish Open, du PGA de Wentworth, de l’Open d’Italie, et bien entendu de l’Open de France.

Est-ce que la dotation va permettre d'augmenter la présence des médias, et en particulier, des chaînes de télévisions généralistes ? C'est sans doute le plus gros enjeu pour Keith Pelley et pour Rolex.

Il serait intéressant de connaître leurs prévisions à ce sujet.

Pour le coup, le golf s’est inspiré du tennis et de la formule des Masters 1000.

Sur ce point, les Rolex Series vont apporter un intérêt supplémentaire au calendrier Européen alors que son fondateur, le célèbre coach, John Jacobs vient de nous quitter.

Quoi qu’il en soit, son héritage est bien parti pour lui survivre encore de nombreuses années.

Il est important que l’Europe ait un circuit développé, et en bonne santé.

Il serait mieux qu’il soit un des cœurs battants d’un circuit plus mondialisé, et avec une meilleure montée en escalier de la rémunération de ses joueurs.

Non pas, pour verser dans l’égalitarisme aboslu, mais pour tout simplement, susciter plus facilement des vocations, et pas seulement des enfants des plus grandes fortunes.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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