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Renaud Gris : «La qualité du système… La force du groupe » (2ème partie)

Renaud Gris : «La qualité du système… La force du groupe » (2ème partie)

Suite de notre entretien exclusif avec Renaud Gris à l’aube d’une saison 2016 qui promet de beaux succès à venir pour le golf tricolore. Interrogé quelques jours après les résultats des cartes européennes, et l’accession de plusieurs jeunes talents issus des pôles France, le coach national nous explique comment sont préparées les nouvelles générations, et en quoi le haut niveau peut inspirer tous les amateurs.

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Deuxième partie : De la formation élite à la française à la mutualisation de la motivation

Au sommet de la pyramide du golf amateur et quasi-professionnel, Renaud Gris porte un regard global sur ce qui constitue la performance au golf, du plus jeune âge jusqu’aux portes du professionnalisme, et même au-delà.

La deuxième partie de cet entretien a été construite autour de cette montée en puissance pour toucher les plus jeunes, comprendre ce qui doit être réalisé avant de rentrer dans un pôle espoir, mais aussi les golfeurs amateurs qui pourraient s’inspirer des bonnes pratiques de ceux qui jouent au golf avec l’ambition d’en faire leur métier.

Comment s’entraîner seul même si on veut simplement être performant, et sans avoir l’ambition de passer pro ? Comment tenir la performance sur 18 trous ? Comment gagner en distance au drive passé 18-20 ans ? Qu’est-ce qui distingue un bon amateur d’un golfeur en passe de devenir pro ?

Des questions qui permettront à un grand nombre de lecteurs de s’approprier un ou plusieurs éléments du haut niveau pour leur propre expérience du jeu.

Quel regard portez-vous sur les dernières générations de golfeurs que vous avez contribué à  former?

Ils sont prêts plus tôt !

Plus tôt que la génération précédente, tout simplement parce qu’ils sont reçus une formation accélérée ou « accélérante » de par les structures mises en place par la fédération, et notamment les pôles ou par le programme ELITE qui a permis d’emmener des jeunes joueurs pour les confronter plus rapidement au haut niveau.

Je me souviens d’avoir emmené Romain Wattel à l’étranger alors qu’il avait à peine 14/15 ans sur des épreuves internationales.

Et puis par la suite, Alexander Levy, Julien Brun…et d’autres qui à 16 ans avaient déjà joué partout dans le monde.

Dans cette optique, nous avons voyagé aux USA, en Afrique du Sud, en Asie pour faire des stages dans le but de les former plus vite et plus tôt.

Ils ont une connaissance des parcours, des qualités d’herbes, de ce qui les attend dans les différents continents pour développer un sens du jeu par rapport à ces situations. Cela accélère évidemment le processus.

Et puis, ils sont aussi décomplexés !

Ils reçoivent l’héritage des générations plus anciennes qui ont réussi à gagner à force de travail, et en y mettant plus de temps parce qu’elles n’ont pas bénéficié de ces mêmes programmes.

Il n’en demeure pas moins qu’elles ont ouvert la voie.

Du coup la nouvelle génération qui arrive est décomplexée à l’idée de gagner sur le tour.

On voit que les joueurs qui ont été dans les 50 meilleurs mondiaux amateurs, les Levy, Dubuisson, Espana démontrent qu’ils sont rapidement capable de performer, de conserver leurs cartes, et même de gagner.

Il nous reste maintenant à faire la même chose au niveau des majeurs. C’est notre prochaine étape !

Quand un de ces joueurs va gagner un majeur, cela va ouvrir la voie à d’autres.

Selon vous, quel est le cœur de la motivation de vos joueurs ? Qu’est-ce qui les tire en avant ou les motive à ce point ?

Les rêves de victoires ! C’est une certitude ! Sans rêve, il n’y a pas de motivation ! Ils se voient tous au départ du Masters ou d’avoir ce putt pour gagner un British.

Ils ont tous des grands rêves, jouer des Ryder Cup, jouer des majeurs, et être performant dans ces grands rendez-vous.

Est-ce qu’il faut de la ténacité ?

Ah oui ! C’est une évidence ! C’est un sport qui est difficile où la frustration est bien plus souvent présente que la satisfaction.

Il faut effectivement être tenace.

Ce n’est pas toujours facile.

C’est d’ailleurs souvent le rôle du coach d’alimenter ces rêves pour les tenir dans cette direction, de les motiver au quotidien.

Renaud Gris à l'écoute d'un pro français 

Qu’est-ce qui distinguent les français des autres nations ?

En premier, le système !

On a vraiment un système assez unique avec les pôles qui sont des structures qui combinent du scolaire avec du golf à l’initiative d’une fédération.

En Europe, je ne connais pas d’autres structures équivalentes. Je crois qu’en Australie, ils ont quelque chose de plus ou moins équivalent.

C’est le modèle du sport français en général.

Les pôles existaient déjà dans toutes les disciplines sportives avant que cela n’arrive dans le golf, et que cela s’étoffe à quatre pôles espoirs filles et garçons aujourd’hui, deux pôles Messieurs, et deux pôles Dames.

Les premières générations emmenées par des Sébastien Gros, Jérôme Lando-Casanovo, Clément Berardo, Julien Guerrier… les premiers dans ces structures commencent à faire leurs preuves, et valider ce schéma sur le tour.

Le deuxième principe qui nous distingue, c’est la notion de groupe et force du groupe.

Tous les joueurs du tour l’expriment aujourd’hui ! Il y a une véritable bonne ambiance, et une belle solidarité entre les anciens et les jeunes joueurs.

Ils passent beaucoup de temps ensemble. Les anciens accueillent, transmettent, partagent de manière très naturelle. …Et pour moi, c’est une vraie force !

Même si le golf est un sport individuel, la force du groupe n’est vraiment pas négligeable.

Et c’est ce qui à mon sens fait le succès dans les structures de pôles.

Si on arrive à individualiser le programme de chaque joueur, et à mutualiser la force du groupe, et les motivations, cela permet d’avancer encore plus vite.

En plus d’être entraineur national, vous vous occupez individuellement de certains joueurs dont par exemple Clément Sordet, qu’est-ce que vous approfondissez ?

Quand Clément est revenu des Etats-Unis…qu’il est passé pro, il a souhaité continuer à travailler avec moi et de manière complète.

Concernant ce que nous approfondissons, il s’agit tout simplement de continuer ce que l’on faisait en Pôle France, voir même en Pôle Espoir, à savoir travailler sur tous les secteurs de la performance.

On alimente ses objectifs, sa planification…C’est le même métier avec à l’évidence plus de détails, et plus de choses pointues.

On aborde par exemple le contrôle de profondeur de ses frappes…

Au golf, ce qu’on fait à un âge relativement jeune, on peut le retrouver à un âge plus avancée, et le reprendre de manière plus pointue.

Les grandes lignes restent sensiblement les mêmes avec un niveau d’exigence qui lui s’élève fortement en fonction du niveau des joueurs.

Niveau d’exigence fixé par les circuits sur lequel le joueur veut évoluer, sachant qu’il y a des standards à atteindre.

Avec les statistiques des circuits, on sait quel niveau de performance on doit atteindre dans les différents secteurs du jeu, et on tient aussi compte l’existant du joueur, ce qu’il réalise déjà.

Il y a des choses que le joueur va très bien faire, et d’autres où il faut le faire progresser.

Dans des périodes comme l’hiver, on va travailler sur le foncier pour essayer de faire passer un cap au joueur dans les points particuliers à améliorer.

Le 16 décembre dernier, ils étaient au moins 5 français sur le top-9 des qualifications de l’Alps Tour, premier passage vers le professionnalisme, qui sont les joueurs les plus prometteurs ?

C’est une question piège pour moi puisqu’il y en a deux dont je m’occupe plus particulièrement : Alexandre Daydou et Leonard Bem.

Bien entendu, j’ai envie que ces deux-là performent, et je travaille pour. Maintenant tous ceux qui sont dans le top-10 ont de bonnes chances de faire une belle année sur l’Alps Tour.

Je connais moins Nicolas Tacher qui n’a pas été dans les circuits amateurs plus jeune.

Je connais mieux Victor Perez que j’ai eu en suivi aux Etats-Unis, et en équipe aux championnats du monde au Japon.

Lui aussi, il a de bonnes chances de bien marcher.

Ces garçons ont tous entre 20 et 23 ans. Alexandre étant le plus jeune.

Quelle est la principale qualité d’un Alexandre Daydou ?

La ténacité ! C’est vraiment un compétiteur et un scoreur avec beaucoup de confiance. Il croit beaucoup en lui. Il progresse d’année en année. Il tape assez fort la balle, et fait preuve de plus en plus de consistance avec une moyenne à 265-275 mètres au drive.

A de telles distances, est-il encore possible de progresser ?

Oui, même si ce sont des qualités qui se développent jeune. Dans la formation, je dirai même que c’est quelque chose de très important à développer.

Après, par le matériel, un bon fitting, du développement physique, on peut gratter un peu, même si ce sera moindre par rapport à ce qu’on peut faire jeune, et par du développement technique, on arrive à gagner en distance.

C’est quelque chose qui est aujourd’hui à l’évidence très important à haut niveau.

Quand on voit un Justin Rose encore gagner 15 à 20 mètres sans perdre en dispersion, c’est un très gros avantage pris sur les autres.

Séance de travail au trackman au practice du golf de Mionnay 

Qu’est ce qui fait la différence entre un très bon amateur, et un jeune du pôle espoir en passe de devenir professionnel ?

On peut mettre en avant les facteurs qui me semblent fondamentaux pour arriver à haut niveau.

La première chose, c’est le projet !

Il faut un projet très fort, et très clair.

Etre habité par ce projet, être à 100% investi sur ce projet, ce qui met en avant la notion d’ambition, de motivation, et d’objectif présent au quotidien. Il n’y a pas un joueur qui  réussit qui n’a pas mis un projet solide en place.

Si on est à fond dans son projet, il faut en complément un bon encadrement. Le staff autour de soi, c’est fondamental.

Aujourd’hui, on ne peut pas y arriver tout seul. On peut faire des choses très correctes tout seul à un niveau amateur. Cependant, on ne peut pas aller à haut niveau sans un encadrement de qualité.

Enfin, en dernier lieu, j’ai envie de dire qu’il faut un appui moral et financier important pour soutenir les deux points précédents.

Est-ce que la veut dire que ne peuvent réussir que les enfants qui ont des parents aisés ?

Le gros avantage du système français et des fédérations, quel que soit le sport, c’est que les meilleurs jeunes dès le plus jeune âge sont pris en charges quasi intégralement.

Les meilleurs depuis tout jeune vivent des expériences à l’étranger, sont encadrés par des entraîneurs, ont des préparateurs physiques, et tout cela principalement aux frais de la fédération.

Il n’y a pas franchement de freins par rapport au niveau social du joueur.

Maintenant, il est vrai que la fédération ne peut pas tout couvrir, et prendre en charge tous les joueurs.

On s’occupe des meilleurs, donc le problème peut se poser pour les joueurs qui sont dans un entre-deux.

Ceci dit, les ligues et les clubs soutiennent aussi, et des fois même les conseils généraux donnent des petites bourses.

A mon sens, il n’y a pas réellement de freins, si ce n’est si on vient de loin, que l’on n’est pas repéré.

Là, il faut se débrouiller tout seul, et cela peut être plus compliqué.

Aujourd’hui, je connais pas mal de joueurs qui ont des aides y compris de membres de leurs clubs, des chefs d’entreprises qui ont envie d’investir sur un jeune…

Sur le plan moral, il faut aussi un environnement très équilibré, et qui aide le joueur à aller vers ses objectifs.

Avant d’intégrer un pôle Espoir, que doit réaliser seul un très jeune golfeur ?

Les premiers rentrent à 13 ans.

Avant cela, ce sont des joueurs qui sont repérés dans leurs équipes de ligues, qui jouent dans leurs équipes de clubs.

Il y a pas mal de compétitions internationales pour les moins de 14 ans. Les clubs actifs incitent à ces programmes de formations par le jeu.

Avant de rentrer dans un pôle, il faut surtout valider toutes les aptitudes et habilités physiques à développer.

C’est pourquoi, j’encourage les jeunes à pratiquer plusieurs sports différents.

Un jeune comme Jordan Spieth a pratiqué trois sports différents tout au long de sa formation.

Cela lui a donné beaucoup de qualité, beaucoup de coordination, de relation à la cible, de feeling, de motricité fine, et de puissance pure…

Les sports collectifs sont excellents.

Le tennis est excellent de par les déplacements, la relation à la cible, la balle…Tous les sports à connotations énergétiques avec beaucoup de variations d’intensités sont excellents. Le ski est excellent…Beaucoup de sport peuvent être intéressants.

Les sports d’endurances sont intéressants pour le foncier et le niveau physique général, et moins pour la motricité fine et la création de vitesse. Ce ne sont pas les sports que je préconiserais le plus en complément du golf.

Je privilégie vraiment tous les sports où il y a de la création de vitesse, des variations d’appuis, du lancer de balle, du lancer d’objet, etc.

En quoi les simples amateurs pourraient s’inspirer du travail réalisé par vos joueurs pour progresser ?

Le fait d’avoir un entraînement structuré !

De bien séquencer les moments…

Prendre connaissance de son swing, de ses forces, de ses faiblesses, et après cette analyse, savoir quoi travailler pour améliorer les choses.

Avoir des entrainements ou des phases de jeu très orientés sur la phase de développement de trajectoires.

Le fait de vouloir atteindre des cibles de plus en plus précises en fonction de son niveau, et puis le travail de la performance pure, et systématique à l’entraînement.

Une autre question qui préoccupe beaucoup les amateurs, comment maintenir la performance sur 18 Trous ?

Effectivement, la difficulté c’est de durer.

Et à haut niveau, je dirais qu’il faut aussi tenir quatre tours, plusieurs semaines, plusieurs mois, et en fait une saison complète.

Il y a bien sûr un minimum de condition physique.

Le côté alimentaire est très important. Cela reste un effort long qu’il faut maîtriser pendant trois ou quatre heures.

Du point de vue technique, plus on est consistant dans son jeu, et plus on arrive à tenir sur la durée. 

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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