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Rémy Arnaud: Itinéraire d’un ingénieur français au pays du golf

A gauche, Rémy Arnaud avec un collègue chez TaylorMade à Carlsbad

Dans quelques mois, l’ingénieur Français Benoit Vincent (56 ans) va quitter TaylorMade pour embrasser une toute nouvelle carrière professionnelle, loin des clubs de golf. Cependant, la relève française dans l’ingénierie mécanique appliquée au golf sera bien assurée, avec notamment Rémy Arnaud, 27 ans, jeune francilien arrivé à Carlsbad en 2016, après 4 ans passés en Chine. Portrait d’un fan du PSG, et accessoirement d’un excellent golfeur directement impliqué sur la réalisation des tous derniers bois de parcours de la famille M2.

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Mardi 14 Février, pour ma première journée de visite des fabricants de golf démarrée par TaylorMade, je finis mon parcours par la découverte du Kingdom, le centre d’essai des clubs.

Rémy Arnaud a eu alors la gentillesse de venir me saluer, et se présenter. Entendre quelques mots dans la langue de Molière à près de 9000 kilomètres de la « maison » m’a d’abord beaucoup surpris, d’autant que je ne savais pas qu’un autre français faisait partie du staff TaylorMade.

Dans ce métier très américano-américain, les ingénieurs français qui conçoivent les clubs de golf ne sont à priori pas plus de 3 ou 4 dans la région.

J’ai voulu en savoir plus sur ce jeune homme, très content de me voir essayer alors ses nouveaux clubs, ceux pour lesquels il a directement contribué, à savoir le driver M2 D-Type, une tête un peu inférieure à 460cc, la plus tolérante de la gamme, et les bois de parcours M2.

Rendez-vous était pris pour jouer une partie de golf au ShadowRidge Golf Club, un 18 trous situé à Vista, à une quinzaine de minutes du centre-ville de Carlsbad, et l’un des deux principaux golfs public local où Rémy est justement membre depuis une année.

Rien de mieux qu’une partie de golf pour apprendre à connaître une personne ! Au passage, ce sera ma seule partie du voyage, essentiellement consacré à la visite des « majors companies », et à la couverture du Genesis Open.

Comme beaucoup d’ingénieurs ou plus largement de personnes travaillant chez TaylorMade, Rémy est un excellent golfeur, et surtout un golfeur passionné.

D’ailleurs, il a choisi sa carrière professionnelle en fonction de sa passion.

Le parcours déterminé de Rémy Arnaud pour travailler dans l'industrie du golf

Membre à Courson et au Stade Français, réalisant qu'il lui serait très difficile de passer pro, à quinze ans, il décide de tout faire pour travailler dans l’industrie du golf. Plutôt littéraire de formation, il se tourne pourtant vers une formation d’ingénieur en mécanique, passe par les Arts et Métiers et l’ENSA, pour décrocher son diplôme.

Il l’admet lui-même. Pour réussir, il lui a fallu parfois travailler plus que les autres ! Enfin arrivé à son but, il annonce à ses parents qu’il part en Chine pour trouver son premier travail.

Fils unique d’une famille de golfeurs, cela ne ravit pas immédiatement ses parents.

Dans un premier temps, il arrive dans une ville industrielle gigantesque avec 32 millions d’babitants : Chongqing.

Au départ avec un autre français, et ne parlant pas un mot de chinois, il se lance dans un premier projet pour réaliser des drivers au COR dépassant largement la limite autorisée.

Son driver illégal pouvait atteindre un COR de 0,95, soit près de deux fois la limite autorisée.

Comme il s’en amuse encore aujourd’hui, un driver sur deux cassait !

Ce projet lui a pourtant permis d’accomplir son rêve, et de se faire repérer par TaylorMade. Il fut ainsi embauché par le numéro un mondial des metalwoods pour superviser la production en Chine.

Pendant 4 ans, il va développer une véritable expertise, ce qui lui vaut d’être rapatrié aux USA depuis 2016.

Sa nouvelle mission consiste à superviser le travail des sous-traitants, régler les problèmes de fabrications, et remonter les éléments au département R&D.

Un nouveau projet de club chez TaylorMade se déroule au moins sur 4 étapes (le dessin, le prototype, la première réalisation en métal, et enfin, la validation en produit final).

Rémy intervient particulièrement sur la troisième étape.

Il n’est pas peu fier des produits de sa marque. Pour avoir joué 18 trous avec lui, en plus, il les utilise plutôt bien. Au détour de notre conversation, il me parle de la réputation de son employeur, et du marketing souvent jugé très/trop performant, ce que je ne manque pas de lui confirmer.

Effectivement, nous golfeurs pouvons-nous poser parfois la question de la technologie réelle par rapport à la force du discours marketing.

Il l’avoue, avant de travailler chez TaylorMade, lui-même se posait parfois la question. En revanche, une fois de l’autre côté de la barrière, en toute sincérité, il affirme que ce n’est pas du pipeau.

Il en veut pour preuve tout le soin apporté par ses collègues au développement de nouveaux produits performants.

Le juge de paix étant les victoires sur le PGA Tour !

Sur ce point, amicalement, je me permets de lui dire que c’est plus facile quand vous payez les meilleurs joueurs pour jouer vos clubs. Ce à quoi, il répond sans se démonter « Jason Day et Dustin Johnson étaient autour de la 1000eme place mondiale quand nous les avons signés ! »

Ajoutant aussi fort à propos « Si c’était toujours Dustin Johnson qui gagnait tous les tournois, vous pourriez dire, c’est plus le joueur que les clubs. Or, depuis le début de l’année, les victoires sont venues à chaque fois par des joueurs différents… Sergio Garcia, Jon Rahm, Dustin Johnson… »

Un point pour l’ingénieur qui au passage a largement gagné notre petit match-play à la faveur d’un driving surpuissant, et une meilleure connaissance du terrain… On se rassure comme on peut...

La vie aux Etats-Unis pour un jeune ingénieur français

Francilien d’origine, Rémy est un grand fan du PSG. Il fait d’ailleurs partie de deux clubs de supporters, celui de San Diego, et celui de Guangzhou.

La semaine passée, avec ses collègues, il a d’ailleurs assisté avec plaisir à la victoire de ses protégés sur le Barcelone de Messi and Co.

L'ingénieur dans la peau du golfeur sur le terrain, club en mains

L’acclimatation à la vie américaine pose plus de soucis à sa compagne chinoise qui ne parlait pas anglais, toutefois, il note des points de convergences plus évidents entre la Chine et la France, qu'entre les Etats-Unis et nous.

Par exemple, il juge que le système de santé, et malgré les réformes, est très défavorable. Mais ce n’est pas ce qui l’inquiète le plus ! Depuis l’élection de Trump, il hésite à retourner en France, ne serait-ce que pour visiter sa famille.

Le président élu souhaite en effet durcir considérablement les conditions d’obtentions des visas de travail « talents » en augmentant le salaire minimum de 60 000 dollars à 130 000 dollars, un coup de frein terrible à l’embauche d’ingénieurs.

D’ailleurs, il est intéressant de noter que l’élection récente de Donald Trump divise toujours l’Amérique depuis un mois.

Au cours du Genesis Open, il m’est arrivé de discuter avec d’autres journalistes, et j’ai constaté à quel point les Californiens sont anti-Trump, et presque honteux vis-à-vis des européens. S’ils connaissaient le niveau du débat politique en France, ils verraient que nous n’avons pas grand-chose à leur envier…

Plus surprenant, au moment de faire de l’essence, un pompiste me demande sans détour « Do you Like Le Pen ? » au motif qu’elle aime la France et veut protéger les Français. Si je m’attendais à une telle question ici !

20 ans en arrière quand j’allais aux Etats-Unis, l’américain moyen savait à peine situer la France sur une carte !

Pour Rémy, le nouveau président représente une forme d’incertitude sur l’avenir des Etats-Unis, et les relations extérieures. Cependant, il reconnait l’habileté avec laquelle il a réussi à parler à l’Amérique profonde.

Autre point relevé par le jeune français, l’organisation des tournois de golf laisse à désirer aux USA, et au contraire, il vante le système fédéral français, les Grands Prix…

Aux USA, pour un bon golfeur, il n’existe tout simplement pas de ligues ou de compétitions régulières. C’est le cas pour les jeunes et les universitaires qui se destinent à devenir professionnels. En-dehors des aspirants pros, le système américain n’est pas très développé.

Concernant l’index, il vous suffit de jouer une partie sur un 18 trous de votre choix, d’enregistrer votre carte de score sans aucune autre forme de vérification, et vous avez un classement !

Les principales compétitions locales sont en fait l’Open de Carlsbad ou celui d’Oceanside, soit deux événements en tout et pour tout sur l’année. Des compétitions dont le tarif d’entrée est de 200 dollars !
En attendant de relever d’autres défis, Rémy conclue la partie sur un score de 78 pour la journée. Nous nous sommes promis de rester en contact pour continuer à être informé régulièrement sur les innovations TaylorMade.

Si Benoit Vincent quitte bientôt l’entreprise, la relève française est entre de bonnes mains à Carlsbad.

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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