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Le débat fait rage autour du putting de Tiger Woods

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Cette semaine, deux figures du golf mondial, un chroniqueur, et un guru du putting se sont opposées de manière très vive au sujet du putting de Tiger Woods. L’un assénant des statistiques froides et implacables, quand l’autre répliquait que l’on peut faire dire ce que l’on veut aux chiffres. Sur le fond, à l’occasion du Quicken Loans National, tournoi du PGA Tour disputé près de Washington, Francesco Molinari s’est imposé avec huit coups d’avances sur le second, et dix sur Tiger. Ce débat sur le putting du tigre nous ferait pratiquement oublier qu’il a pris la quatrième place finale.

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Tiger a changé de putter

C’est un événement pour ceux qui suivent Tiger Woods depuis bientôt près de 20 ans sur le PGA Tour.

Tiger a décidé de ranger son traditionnel putter lame au garage, afin de changer de modèle, et tenter de retrouver des bonnes sensations, après un mois de passage à vide.

Out le Scotty Cameron Newport 2 GSS utilisé avec succès sur 13 de ses 14 victoires en majeur.

Woods a mis dans son sac un putter maillet TaylorMade TP Black Copper Ardmore 3 qui a été beaucoup remanié par rapport au modèle dans le commerce, et pour correspondre à son besoin.

Aux termes de la semaine sur le TPC de Potomac, Woods a pris la septième place du tournoi pour le nombre de coups gagnés au putting.

Du coup, il en a profité pour prendre la quatrième place du tournoi avec un score total de 11 coups sous le PAR, dont un solide 66 sur le dernier tour.

Plus tôt dans la semaine, le tigre avait admis, ce qui pourrait être pris pour une révolution, qu’il allait laisser son putter lame au garage pour quelques temps.

J’ai souvent cité Tiger Woods en modèle pour le fait de justement être un excellent putter, sans avoir besoin de changer de putter tous les quatre matins ! Quel coup dur pour mon argumentation !

J’avais tendance à penser que les bons putters ne se plaignaient jamais de leur outil.

J’imagine que 20 ans de fidélité à un putter, c’est déjà plutôt bien, à une époque où on « switch » beaucoup de choses, de plus en plus rapidement.

Au départ d’un tournoi qu’il a la particularité d’organiser (le Quicken Loans National), Woods a donc démarré un nouveau cycle qu’il est difficile de ne pas lier avec son équipementier TaylorMade.

En l’espace de quelques mois, Tiger a d’emblée pris le driver et les bois, puis changé ses fers, puis changé ses wedges, et maintenant, il en arrive au putter.

A part le fait qu’il joue une balle Bridgestone (fabricant caché des anciennes balles Nike), Tiger joue donc désormais l’intégralité des clubs de son sac dans un choix proposé par TaylorMade.

S’agissant du putter, en-dehors des aspects contractuels…Tiger aurait, selon le témoignage que m’en avait fait Benoit Vincent en février dernier, ex-CTO TaylorMade, un accord financier lié à sa participation à des tournois. Concrètement, il est payé que quand il joue…

En dehors des aspects contractuels, depuis le Masters, Tiger a traversé une période de doute au putting.

Il n’est pas choquant qu’il ait voulu tester autre chose, histoire de se secouer dans ses habitudes, et peut-être retrouver le bon feeling.

Un premier essai sur le TPC de Potomac

Au cours du premier tour qu’il a joué en 70 (son moins bon score de la semaine), avec son nouveau putter, Woods a manqué deux putts à moins de 2,5 mètres pour birdie.

Le soir, il n’a pourtant pas blâmé son putter.

Woods a mis dans son sac un putter maillet TaylorMade TP Black Copper Ardmore 3 qui a été beaucoup remanié par rapport au modèle dans le commerce, et pour correspondre à son besoin.

« J’ai tapé dans la ligne que je voulais, et cela faisait un petit moment que je ne l’avais pas fait.»

Pour me rassurer, il a admis que si son Scotty Cameron allait rester un petit peu sur le banc... «Je suis certain qu’il reviendra à un moment. »

En attendant, Woods semble surtout préoccupé par le fait de faire partir la balle en ligne avec sa cible.

Si en début de saison 2018, pour son retour, le putting n’était pas un sujet, sur les quatre derniers tournois, Woods a soudainement déraillé dans le compartiment de son jeu, qui est pourtant réputé le plus fort.

Pour le coup, les statistiques résumaient bien le problème.

Depuis l’US Open où il a manqué le cut, Woods aurait pris la décision de tester plusieurs putters.

Il espérait qu’un changement pourrait l’aider à mieux lire les lignes, et qu’il pourrait aussi swinguer la tête du putter plus efficacement dans la balle.

Sur le TPC Potomac, il a encore été assez loin de son meilleur niveau, manquant plusieurs putts que l’on pourrait qualifier de faisable.

Dimanche, il a manqué un putt à deux mètres pour birdie (trou numéro 10), et un autre à trois mètres, toujours pour birdie (trou numéro 14).

Cela a été contrebalancé par le fait qu’il a réussi plusieurs putts à mi-distance.

En sortant du tournoi, il n’a pas confirmé s’il allait continuer à jouer avec ce putter, mais il s’est montré plutôt satisfait. Etait-ce pour ménager son équipementier ?

L’enjeu est tellement énorme pour TaylorMade !

Le changement de putter du tigre pourrait être un événement sans précédent dans le business du golf ! Un événement qui arrive seulement tous les 20 ans !

« Je recommence à putter dans la ligne, et j’ai trouvé la vitesse. J’ai tapé beaucoup de bons putts qui ne sont pas rentrés, mais tant que je tape des bons putts et que je vois mes lignes, cela m’ira. »

Poursuivant « Cela fait des semaines que je n’y arrivais plus, et ce week-end, j’ai pu retrouver mes sensations. »

Le TaylorMade Ardmore 3 de Tiger

Tout comme avec le Newport 2, s’agissant de l’Ardmore 3, il y a néanmoins quelques points de divergences avec le modèle vendu dans le commerce.

Au niveau de la finition, le putter de Woods semble être dans une couleur « black copper » qui est moins sombre que celui dans le commerce.

Pour avoir interrogé TaylorMade, la marque s’est refusée à tout commentaire.

Visiblement, chez TaylorMade, on n’est pas encore certain que le tigre bifurque définitivement sur un putter de la marque…

De ce que l’on peut voir des photos, le putter du Tigre n’a pas reçu la même finition pour en fait paraître plus ancien, et moins moderne.

Autre différence, ce putter semble utiliser des poids plus légers par rapport au modèle standard.

Au lieu des poids de 10 grammes placés en pointe et en talon, il semblerait que Woods utilise des poids de 2,5 grammes.

Au lieu des poids de 10 grammes placés en pointe et en talon, il semblerait que Woods utilise des poids de 2,5 grammes.

A moins que TaylorMade ait déplacé la masse à un autre endroit, ce putter est probablement plus léger de 15 grammes par rapport au poids standard de 350 grammes généralement mesuré sur le Ardmore 3 standard.

Cela pourrait faire du sens, car l’ancien putter Scotty Cameron de Woods ne pesait que 326 grammes à l’origine.

Ainsi, cette problématique de poids plus léger pourrait faciliter la transition du joueur d’un putter lame vers un putter maillet.

Sur le modèle standard, le hosel présente une forme dite en L-neck, et une seule ligne d’alignement sur l’arrière.

Le putter de Woods présente une ligne blanche d’alignement plus courte, et une encolure plus incurvée, qui se retrouve plus souvent sur la famille des putters Red-White.

Cette forme peut favoriser un stroke avec plus d’arc de swing.

Pendant des années, Tiger a utilisé un grip de putter PING.

En junior, il jouait un putter PING, et depuis il s’est habitué au feeling de ce grip.

Il l’a toujours utilisé que ce soit avec un putter Scotty Cameron, Nike ou maintenant TaylorMade.

Le débat autour du putting de Woods dévie sur une opposition chroniqueur-coach

A la fin du Quicken Loans, au moment de faire un premier bilan du tournoi, et notamment de la performance de Tiger, Brandel Chamblee, un éminent chroniqueur de Golf aux Etats-Unis, et Phil Kenyon, star du coaching en matière de putting, se sont vertement opposés via Twitter, au sujet du putting de Woods.

Dès dimanche, les deux hommes se sont déchirés sur la question des statistiques.

Pour Chamblee, les problèmes de putting du Tigre étaient loin d’être résolus, y compris en prenant en compte le changement de putter.

Pour Chamblee, les problèmes de putting du Tigre étaient loin d’être résolus, y compris en prenant en compte le changement de putter.

Molinari qui a remporté le tournoi avec 8 coups d’avances n’a jamais été connu pour être un putter de classe mondiale.

Il aurait surtout remporté sa victoire sur la base d’un jeu de fers phénoménal, ce qui n’est pas sans rappeler sa victoire à Wentworth. Il avait dégoûté Rory McIlroy.

Pour Chamblee « Tiger n’a pas performé à moins de 3 mètres cette semaine. Il a manqué 13 putts à cette distance. A l’inverse, Molinari n’a manqué que 5 putts. A la fin du tournoi, il y a eu plus de 8 coups d’écarts entre les deux. »

De là, Phil Kenyon a réagi puisqu’il se trouve être le coach putting de l’italien, signalant que Woods s’est classé 14eme du tournoi pour le nombre de coups gagnés au putting.

A partir de cet échange, les deux hommes ont cherché à prendre le dessus, en particulier, Chamblee, se servant des statistiques pour appuyer son argumentation.

“Si vous regardez les faits, ils vous diront ce que vous ne pouvez ou ne voulez voir.”

L’opposition est alors montée dans les tours.

“Tout le monde sait que Phil Kenyon est derrière Molinari dans le domaine du putting. Le score dépend de votre capacité à putter la balle au fond du trou, et c’est bien le domaine d’expertise de Phil.” se défend alors un internaute se mêlant à la bagarre.

Chamblee ne s’est pas démonté “Molinari est classé 203eme pour le nombre de coups gagnés au putting sur 206 joueurs mesurés sur le PGA Tour cette année. Ce n’est pas une injure que de dire que son putting n’est pas la raison pour laquelle il a bien joué. En revanche, ll n’a jamais aussi bien frappé la balle.”

Molinari se classe actuellement 4eme pour le nombre de coups gagnés du tee au green sur le PGA Tour.

Cette semaine, il a pris 62 des 72 fairways possibles.

Si Molinari n’est peut-être pas un excellent putter, Tiger est quant à lui juste en-dehors du top-50 pour les coups gagnés au putting, tout en restant le numéro un pour les putts à moins d’un mètre.

Effectivement, dans les faits, Tiger a mieux putté cette semaine, se classant 23eme sur les greens.

Kenyon narguant Chamblee “Vous pouvez utiliser les statistiques comme vous le voulez, surtout pour qu’elles servent votre argumentation.”

Le coach ne masquant pas son ironie au sujet du chroniqueur.

Ce à quoi le journaliste n’a pas manqué de répondre en sortant la sulfateuse : “Je regarde la vérité, et ce qui marche. Par exemple, si je regarde vos meilleurs joueurs, et leurs stats sur le putting en 2017… McIlroy est classé 141eme, Stenson 120eme, Rose 123eme, Kaymer 108eme, Fleetwood 192eme, Noren 171eme, et Willet 250eme…Peut-être que c’est la raison pour laquelle vous n’aimez pas les chiffres.”

Le ton est monté d’un cran…

Les statistiques donnent effectivement l’avantage au chroniqueur, cependant, cette liste contient des noms de vainqueurs ces dernières semaines comme McIlroy au Arnold Palmer, Rose à Fort Worth ou encore Noren à Paris.

Surtout, s’agissant des chiffres 2018, Rose est premier pour le nombre de coups gagnés au putting. Fleetwood a joué 63 sur le dernier tour de l’US Open.

Il y a donc un débat entre la forme du moment et la qualité du putting.

Deux élèves de Kenyon ont alors pris la parole pour défendre le coach : Eddie Pepperel et Lee Westwood. 

Pour le premier nommé “ J’ai travaillé avec Phil Kenyon depuis l’an passé, et j’étais au-delà des 200 premiers. Depuis, je peux vous dire qu’il y a une chose qui est certaine. Il connait son affaire. Je pense avec certitude que Twitter n’a pas été inventé pour échanger des propos aussi irrespectueux.”

Pour le second “Les golfeurs professionnels n’ont pas tendance à faire les choses à la légère. Au lieu de regarder les statistiques, regardez la qualité des joueurs qu’il entraîne, et depuis combien de temps, il les a. Cela vous donnera une vraie idée de sa qualité d’enseignant.”

Tout ce débat, qui a par la suite largement dévié, est simplement parti du fait que Tiger n’a pas complètement récupéré sa qualité intrinsèque de putting.

Sur ce point, Chamblee a raison.

Savoir si Molinari a gagné parce qu’il frappe divinement ou parce qu’il a manqué moins de putts importe finalement assez peu. Il a gagné.

Woods va-t-il changer durablement de putter ?

Il va certainement chercher la meilleure solution le temps de retrouver ses sensations.

Kenyon est-il un bon coach de putting ?

Certainement, même si en la matière, les statistiques démontrent qu’il n’est pas non plus dieu, et que la forme du moment dans le sport, joue un rôle considérable.

Chamblee est-il un bon chroniqueur ?

Il a le mérite de relever les faits, et de créer des bons débats.

Tout le reste n’est qu’agitation !

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Auteur

Fondateur du site www.jeudegolf.org en juillet 2010, découvre le golf à l'âge de 10 ans au travers d'une première expérience de caddy en Angleterre (Golf d'Uckfield/Essex) en 1985. Golfeur amateur depuis les années 90, d'abord en région parisienne, puis depuis 2005 en région lyonnaise.


Journaliste professionnel sur le golf, co-auteur du livre Tiger Woods, l'homme aux deux visages aux éditions SOLAR en septembre 2018.


Dans ce cadre est intervenu sur la Matinale de RTL dans la rubrique 3 minutes pour comprendre animée par Yves Calvi, et sur un reportage réalisé par la direction des sports de M6 pour le magazine du 12.45 du samedi 29 septembre.


Se déplace chaque année aux Etats-Unis pour interviewer les principaux acteurs de la filière Golf, aux sièges des marques en Californie ou au PGA Merchandise Show à Orlando.

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